et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
lundi 21 mars 2016
Passeurs de mort
samedi 5 juillet 2014
Au temps de Christophe Colomb
© Thierry DELAHAYE et Marie de MONTI/ Flammarion
© Thierry DELAHAYE et Marie de MONTI/ Flammarion
© Thierry DELAHAYE et Marie de MONTI/ Flammarion
mercredi 30 octobre 2013
Eduard Einstein à Burghölzli
samedi 27 octobre 2012
Le grand voyage de Mademoiselle Prudence
© Charlotte GASTAUT/ Flammarion
© Charlotte GASTAUT/ Flammarion
jeudi 16 décembre 2010
Je n'en parlerais peut-être pas #3
"La vie extraordinaire des gens ordinaires" de Fabrice COLIN
"La sexualité" Grandir autrement n°
"La longue marche d'homo sapiens" de Gilles MACAGNO
La Hulotte n°
mardi 24 août 2010
Skellig
Je connais David ALMOND par son livre magnifique "Le sauvage" illustré par Dave McKEAN. Je m'attendais à de la finesse du propos dans "Skellig". Je n'ai pas été déçue même si la part fantastique est un peu plus présente dans ce roman là.Mickaël a déménagé avec sa famille dans une nouvelle maison anciennement habitée par un vieux monsieur. Tout est à refaire, la maison, le jardin et aussi la garage. C'est aussi une étape de vie, la famille s'est agrandie, une petite sœur est arrivée, elle n'a pas encore de nom et se bat pour vivre. La maman est souvent avec elle à l'hôpital et le papa bricole pour que la maison soit prête pour leur retour. Le jeune garçon n'a aucune envie d'être là, dans cette maison en ruine et ce garage qui tombe en miettes. Il lui est défendu d'aller le visiter d'ailleurs mais l'envie est trop forte: dans les décombres, les débris, les toiles d'araignées, il découvre une ombre, un homme, décharné, peut-être mort ou mourant, blanc, qui gobe les mouches.
Elle lui effleure les mains. Elle remonte les manches crasseuses pour palper les poignets enflés. Elle murmure:
- Calcifiés. L'os durcit comme de la pierre. Le corps entier se change en pierre.
Il glousse.
- Pas aussi sotte qu'elle en a l'air.
- En même temps, reprend Mina, l'esprit aussi durcit. Il arrête de penser, d'imaginer. Il devient comme de l'os. Ce n'est plus un esprit. C'est un bloc d'os dans une coque de pierre. C'est l'ossification."
Derrière cet étrange personnage se faufile des thèmes comme la mortalité, la vieillesse mais aussi la naissance et les accidents ou la fragilité de la vie. La relation frère/sœur est aussi à ses débuts, entre jalousie, émotion et envie d'être le sauveur.Et puis comment ne pas être sensible à la pédagogie. Mickaël est scolarisé. Il est accompagné par ses copains, joue au foot et, en cours, réponds à des questions fermées et est très dirigé. Mina, elle, fait l'école à la maison, avec sa maman. Elle est souvent perchée dans un arbre de son jardin, ou sur une couverture au pied de l'arbre, elle dessine, peins, écrit son journal, modèle et observe, écoute la nature.
Elle rit.
Elle saisit un livre sur sa couverture, l'ouvre et me dit:
- Écoute.
Elle s'assied bien droit, toussote pour s'éclaircir la voix et lit:
Mais aller à l'école par un matin d'été,
Oh! Voilà qui tue toute joie;
Par un œil cruel harcelés,
Les petits passent la journée
Elle referme le livre.
- William Blake. Encore. Tu as entendu parler de lui, au moins?
Les notions d'ornithologie ponctuent le texte, lui donne une ligne et une ampleur. Skellig ressemble un peu à l'un d'eux, peut-être, et puis les omoplates sont là, signes d'anciennes ou futures ailes humaines.
Les rêves de Mickaël suivent la réalité de sa vie et s'entremêlent avec la vie des oiseaux, sa petite sœur comme l'un d'entre eux. Le livre ouvre la voie sur d'autres choses encore.
Lily vous propose un très beau billet tout aussi mystérieux.mardi 6 juillet 2010
Les vertes lectures: La Comtesse de Ségur, Jules Verne, Lewis Carroll...

La bibliographie de la Comtesse de SEGUR remise dans son contexte apporte cette touche de peinture de mœurs, de religiosité, de politique. « Le grand bonheur de Sophie, c’est sans doute de nous donner pour notre joie et pour notre perplexité un écheveau de malice et de candeur si bien enchevêtré qu’il ne nous est pas possible de le démêler. »
Jules VERNE nous amène la distinction entre écrivains historiens, intéressés par la noirceur humaine, et les écrivains géographes, euphoriques à toutes nouvelles expéditions. Mais Michel TOURNIER ouvre les aventures écrites par VERNE dans justement ce paysage habité. « […] l’œuvre de Jules Verne relève tout entière de la philosophie et sa forme romanesque elle-même peut se ramener à une quête de la rationalité par un sujet connaissant héroïque affrontant des terres et des mers inconnues pour les conquérir. » La physique et la géographie sont alors en dualité et offre une vision du bonheur dans un lieu clos, éloigné du vrai monde : le bonheur par élimination des intempéries.
Karl MAY que je découvre et son western-choucroute.
Selma LAGERLÖF apparait avec tout le prodige d’unir le réalisme à la féérie, offrant une connaissance appuyée des éléments de la nature, faune et flore, et des activités nocturnes.
Rudyard KIPLING encore plus mystérieux, pour lequel l’Inde apparait en décor mais pas forcément en symbole. La faune et la flore participent de ces caricatures humaines et de cette civilisation victorienne. Le discours entre l’inné et l’acquis est là dans cet adolescent sauvage, pas si sauvage d’ailleurs et pas sexué. J’ai envie de relire « Le livre de la jungle » et « Kim » bien-sûr.
Benjamin RABIER est repositionné dans ses satyres humaines sous forme d’animalier… et un clin d’œil à la vache qui rit.
Un point important est aussi cette proposition d’un discours sur la propre œuvre de l’auteur, Michel TOURNIER. Sont repris cette réflexion superbe sur la solitude, l’inné et l’acquis, le sauvage mais aussi de ce qu’est un livre jeunesse réussi. L’auteur nous présente ses différentes trames, avec un « Vendredi » différent entre la version philosophique et celle jeunesse mais aussi le rôle important d’un livre, car repris en classe, car traduit ou même piraté. En cela le questionnaire de Proust en fait de livre est particulièrement intéressant, surtout quand on pense qu’il a essayé de remettre sur le devant de la scène « La pomme rouge » de Francis GARNUNG, oh combien une merveille!
Même si la lecture est un acte conquis, acte d’apprentissage, elle n’est pas démunie d’oralité. J’aime énormément ce point de vue. De cette lecture à voix haute des proches d’un enfant à celle de comédiens lisant des œuvres classiques pour tout un chacun ou pour les aveugles, en passant par la lecture à voix haute d’apprentissage avant d’être mentale plus tard, l’écrit peut être partage, don de voix.
TOURNIER reprend aussi les genres littéraires dont l’oralité lui semble (et est) une conséquence : le théâtre se doit d’être vécu ; la poésie d’être audible et proclamée ; les contes, résultantes de partages et d’oralité populaire ou ceux créés pour être amplifiés devant public. Le livre offert par l’auteur comme une moitié dont le lecteur par sa voix mentale ou orale présentera le reste, la tonalité, l’emphase etc…
La philosophie aussi transparait là et présente les œuvres avec une nouveauté et une originalité salvatrice : Gilles DELEUZE, KANT, SPINOZA.
Une lecture recommandable bien-sûr !
dimanche 30 mai 2010
Blanche forcée
Job J Jobin, (surnom autoproclamé dès le début, le même que son grand père), océanographe en cours d’examens, se retrace les moments de vie de son couple formé avec Blanche, disquaire à Joliette. Job J cherche à comprendre quand et pourquoi sa relation a commencé à décliner.L’avant avec ses amis où règne le désir (et le plaisir) en maître. Ses rapports avec son ex compagne, France, et sa fille Una…
Leur rencontre par l’intermédiaire de Mina, une amie commune, leurs premiers jeux érotiques, à trois (quatre…).
Les rapports troubles avec la famille de Blanche (sa mère, ses sœurs, le père, Charles décédé)… et tous les secrets réels ou fantasmés.
Les allées et venues géographiques, entre la rue St-Denis à Montréal (chambre de Job J), la rue St-Pierre à Joliette, la maison de Mattavinie. L’importance de la mer, des bateaux et la recherche des baleines (de « Ventre-de-souffre » comme quête fantastique) dans le méandre de leur relation. L’alcool comme un élément de leur relation.
L’héritage communicationnel venu du père de Job J, Jérémie j, et surtout du grand-père Job J (Jobin), vieux marin, mort d’un cancer.
Job J, en partant dans une quête de compréhension, nous distille pêle-mêle tous les moments de passion, contenus et précurseurs, de ses 3 années passées avec Blanche.
« J’essaie pauvrement de sauver les meubles, en fichant mes rapports avec Blanche comme j’ai toujours fait avec les baleines pour m’y retrouver "
Mon avis : récit à la première personne, fouillé, très haut en couleurs mais aussi quelque fois très alambiqué. Style déroutant, fait (je le suppose) de patois québécois.
J’ai été très touchée par cette écriture très imagée :« Blanche toute mollusque contre moi », « il y a du loup-garou dans le passé » et très « intellectuelle » (voire intellectualisante) : la première lecture (anecdotique) entraînant une seconde sur la description des rapports humains, de ses passions et de ses malentendus.
Il nous ai conté une histoire glauque, quoique sensuel…le récit pêche à mon avis par le rapport omniprésent du désir sexuel, ce qui laisse une impression en demi-teinte.
Fascination pour le corps et la relation sexuée (tous les actes) : j’ai été quelque peu déroutée par la quantité et la sensualité des descriptions. Elles n’arrivent pas à être obscènes (quoique ! par leur répétition et pour certaines) mais elles sont tout de même trop présentes, comme une architecture même de la relation affective (était-ce nécessaire d’en faire une névrose ?).
Le sentiment amoureux y est décortiqué: être « existant » pour l’autre (nécessaire comme « une pincée de tabac au vieux serpent de mer »), le rapport au corps, la communication (et ses silences) et le décryptage de la fin d’une relation.
Suggestions de pages à lire :
Les trois premiers § de la page 11 comme une présentation du couple
Pages 65-66 : « De l’ignorance….petite île » au sujet de leur rencontre
Pages 113-114 : ….le piège de la tente bleue s’étant refermée sur elle » pour avoir une idée des caractères de Job J et de Blanche
lundi 8 février 2010
La mécanique du coeur
D’une lecture très rapide, rythmée et très imagée, ce livre a tenu ses promesses.
*illustré par Joan SFAR bien-sûr!
Les personnages, à la Tim Burton, sont des plus attachants. Ils sont visuels, hors norme, un peu bohémiens. Et sous ses portraits à l’encre et aux ombres se dessine une vraie chaleur humaine pour les êtres laissés pour compte, différents.
Le Docteur Madeleine, maman d’adoption, accoucheuse clandestine, tenancière d’une pouponnière de fils et filles de catins (ou de jeune filles désœuvrées), horloger, chamane, sorcière, mécanicienne des cœurs et des âmes. Vieille jeune fille à l’étincelle dans le regard et au faux contact dans le sourire.
Et aussi ce clochard Arthur à la colonne vertébrale musicale, les deux prostituées chaleureuses, Luna et Anna, au cœur d’artichaut, enseignant au tout petit Jack des mots d’une sensualité encore méconnu, un hamster se retrouve avec un nom cher aux femmes : cunni…gus mon amour !
Cette demoiselle Acacia, aux allures d’arbres en fleur, petite donzelle sur talons aiguille, myope, « flamme sans lunette », qui se cogne contre les murs et le monde, danseuse et chanteuse de flamenco.
Ce Joe, ennemi intime, au corps tellement maigre qu’il ressemble à un arbre mort avec une chevelure de plume de corbeau.
Et puis l’horloger Mélies qui l’accompagnera dans son périple vers l’Andalousie, prestidigitateur, truqueur, horloger, docteur Love…prêt à réparer le cœur cassé de Jack. Le Jack l’éventreur rencontré dans le train.
Pour retrouver cet avis et celui, intimement lié, de l'album attenant, suivez donc ce lien.
