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mardi 27 mars 2018

La Malédiction d'Old Haven



Fabrice COLIN offre avec "La Malédiction d'Old Haven" une lecture que j'aurais adorée avoir en main enfant (et je n'ai pas boudé mon plaisir adulte).
Mary est élevée par les Sœurs de la Charité, elle a grandit et même pris quelques fonctions, enseignante des plus petites. Mais elle le sait, à 17 ans, elle doit quitter l'orphelinat et découvrir son métier et surtout le monde.
Comme par hasard, mais il n'y en a pas, elle s'arrêtera en cours de route dans un village. Elle sait qu'elle y a sa place. Old Haven est le lieu de ses ancêtres. Nous sommes à un tournant de l'histoire. La Grand Inquisition tue toujours les sorcières mais il y a pire, ce n'est pas l'hérésie qui est touchée. Mary doit prendre sa part dans le combat.
En découvrant le journal de sa grand-mère, Lizbeth Wickford, elle entrevoit un monde prêt à exploser.

Elle cherche son passé et se découvre en trouvant son aïeule. Elle est sorcière sans s'en apercevoir et doit fuir l'Inquisition mais encore plus l'Empereur, un être redoutable, qui voit en elle une porte de sortie à sa malédiction.
Mary découvre les relations de ses ancêtres, se lie d'amitié, fait confiance ou non, se forme aussi pour son destin.
Le combat se fera sur Terre mais il est aussi question d'un ailleurs. Le processus magique est aussi plein de fantaisie comme l'originalité qu'apporte l'auteur à ses dragons.

Au fil des pages, ce sont de multiples références à la piraterie, aux découvertes scientifiques avec des machines fabuleuses, à la magie, à l'ambiance de Gotham et de son asile de fous, aux indigènes amérindiens, aux mythes de Cthulhu (avec une ou deux tentacules). 
De nombreux personnages apportent de la couleur à cet enchantement: Jack O'Lantern homme à la tête de citrouille, un Jonathan Swift imaginaire, Usher esclave noir si fidèle, l'indienne Nicketti nageant même sous la glace ou Thomas Goodwill pirate amateur d'arts. Et puis des objets magiques marquants comme Sun le chat automate ou le tableau envouté.
L'aventure est au rendez-vous comme la désillusion, la sensualité comme l'obscurité. Celle des sorcières, ancêtres de Mary, mais aussi sa propre volupté et ses désirs.

J'aurais aimé faire un billet plus construit, je vous laisse avec un autre, si bien écrit, par celle qui amena les premières lignes de Fabrice COLIN par chez moi.

"Ainsi, les créatures qui peuplent la Terre ne sont pas des dragons complets. Il faut les voir comme des reflets; il leur manque quelque chose." - La Malédiction d'Old Haven


"- Tes ancêtres ont domptés un dragon. Elles ont marqué son âme à jamais. Mais, si l'animal a rejoint notre Terre, il a tout oublié. Tu n'as aucune chance de chevaucher en unité si ta monture ne se souvient pas de toi, de ton sang, précisa-t-il en exhibant le flacon qui pendait autour de son cou.
[...]
Ce dragon-ci était plus grand que les autres, plus élancé aussi. Tous arboraient la même apparence translucide, fantomatique, et la même couleur noirâtre, mais tous aussi étaient différents. Certains étaient à peine plus grand qu'un homme. D'autres atteignaient cinquante pieds. La forme de leurs gueules variait également. Les pattes étaient plus ou moins arquées, robustes et courtes, petites et griffues. Les ailes portaient de fines membranes ou bien étaient cartilagineuses. Les queues étaient fourchues, divisées, ressemblant à des serpents. Les épines dorsales: couvertes de piquants ou lisses comme du marbre.
Tous uniques.
Tous magnifiques, endormis, irréels.
Le temps passait. Le temps ne passait pas. Je frôlais les carcasses alanguies. Aurais-je avancé la main que je n'aurais rien ressenti. Ces bêtes étaient des fantômes, des songes superbes - songes de guerre et de voyages sans fin, mais des songes tout de même.
Et puis...
Ce museau. Ces moustaches fines. Ce corps replié, ces pattes.
Je frémis.
Celui-ci avait les yeux entrouverts. Il semblait... Non, c'était absurde.
Il semblait sourire."

(extrait de "La Malédiction d'Old Haven" de Fabrice COLIN, édition Albin Michel, dont je parle là; peinture de Jean-Baptiste MONGE)

vendredi 9 mars 2018

Inventaire illustré des dinosaures

Bon, vais-je encore dire tout le bien que je pense des propositions de ce duo, Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL?
Vais-je rappeler mon opinion sur ces inventaires, de quoi mettre de la vie sur une diversité animale ou végétale, de quoi allier images et mots spécifiques, de quoi se familiariser aussi avec une classification du vivant?

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin michel jeunesse

Oui, peut-être encore un peu. "L'inventaire illustré des dinosaures" aurait pu être de trop par chez nous. Un fiston avec une période jurassique, crétacé et trias importante. Des figurines. Quelques bons documentaires sur la question. Et pourtant.
Le parti-pris est toujours de vous présenter un candidat. Il n'est pas tant à échelonner ou à distinguer parmi les autres mais bien, mis en avant pour ce qu'il est. Alors oui, vous trouverez le Tyrannosaure rex (poilu), un diplodocus, un stégosaure, un ankylosaure, un cératops ou un raptor (entre autre vedette), c'est pourtant ailleurs que se situera l'intérêt. Dans la présentation des saurischiens ou ornithischiens, et aussi, au au fur et à mesure des pages, les représentants de très très nombreuses familles (compsognathidés, vulcanodontidés, troodontidés, hadrosauridés, droméosauridés,...). 
Une succession de portraits en pied (43) amène chaque dinosaure à être découvert seul mais classé zoologiquement. Quelques éléments épiques sont accompagnés par des anecdotes sur les découvertes en elles-même (les erreurs des chercheurs, leurs hypothèses).
Un lézard souris mais qui atteindra 3 mètres devenu adulte. Des pieds d'éléphant devant et griffues derrière. Un casque bombé mais trop faible pour les combats, des plumes d'apparat, des cous qui ne peuvent pas se redresser, une distinction de chaine alimentaire sans à priori: ils sont dessinés en mouvement mais pas en situation.

L'introduction est aussi toujours intéressante. Les indications de l'illustratrice, quant au choix artistique. Les couleurs, les plumes ou les poils, seront potentiellement remis en question par les futures découvertes.
Et en plus, l'entretien avec la paléontologiste, Claire Peyre de Fabrègues, apporte des éléments sur le métier (travail de bureau et fouilles), les études pour y arriver ou les autres métiers qui "touchent" aux dinosaures. Des détails pour amener les vocations comme les nouvelles découverte, observation de la matière organique (même les globules rouges), changement d'optique sur les attitudes, les dinosaures ne semblent plus apathiques mais bien très dynamiques, la différenciation mâle et femelle...

Le tout est merveilleux, à lire période par période ou une page au hasard.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin michel jeunesse

Seul minime bémol: j'aime leur format souple avec stickers (moins cher)... il faudra attendre encore pour certains thèmes. Je les rappelle: fleurs, montagne, oiseaux, insectes, mer, arbres, fruits et légumes, merveilles du monde, animaux (et je dois en oublier). En listant je me rends compte que je ne vous les ai pas tous présentés... erreur! Mais l'intérêt est là quelque soit le sujet que vous choisirez!

lundi 30 mai 2016

Le crapaud - N'y a-t-il personne pour se mettre en colère?


"Le crapaud était en colère et la fourmi lui expliquait quoi faire de sa colère. Il pouvait la souffler, comme on souffle sur une poussière. La fourmi souffla une colère imaginaire de son épaule.
Il pouvait aussi la casser en morceau et la pulvériser.
Il pouvait l'enterrer et la recouvrir d'un rocher.
- Un rocher? demanda le crapaud. Où en dénicher un? Et d'ailleurs: soulever, ce n'est pas mon fort.
- Un petit rocher suffit, dit la fourmi.
- Un tout petit rocher alors, grommela le crapaud.
Il pouvait oublier sa colère, poursuivit la fourmi.
Il pouvait bâtir un mur tout autour.
- Il faut un mur tout de même assez haut, crapaud, dit la fourmi, impossible à gravir.
- Ou à sauter, dit le crapaud.
- Ou à sauter, dit la fourmi.
[...]
Il pouvait danser avec elle.
- Danser avec ma colère? demanda le crapaud, étonné.
- Oui, répondit la fourmi. La colère, en effet, ne le supporte pas. Elle dépérit.
[...]"

(extrait de "N'y a-t-il personne pour se mettre en colère?" de Toon TELLEGEN et illustré par Marc BOUTAVANT dont je parle ici)

jeudi 24 mars 2016

Minus, l'incroyable histoire des reptiles marins au temps des dinosaures

Voici le troisième de cette collection (le second en terme de parution). Est-ce que le trio norvégien nous en prépare un autre? Ce serait parfait pour appréhender cette vie sur terre avant l'homme et différent du dinosaure. La plupart du temps ce sont ces sauriens nos plus vieux repères.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Avec "Minus, l'incroyable histoire des reptiles marins au temps des dinosaures" de Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et illustré par Esther VAN HULSEN, les mers deviennent habitées.
Minus est un petit ichthyosaure, il vit en bande avec trois femelles et le mâle dominant, Géant balafré. Il nait et doit très vite manger, sa mère ne lui apporte pas de lait. Il nage, respire à la surface et doit vite s'enfuir devant les prédateurs, le pliosaure en tête. Tous n’auront pas la chance de s'échapper cette fois-ci.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Après cette courte histoire, les auteurs nous ouvrent leur camp lors de l’expédition de fouille de ce fossile-là justement. Le froid, la nourriture, le fusil absent quand les toilettes sont occupées. Ils expliquent aussi les plâtrage, collage, moulage, démoulage et  livraison des trouvailles.
Comme à chaque fois, le lieu géographique est donné ainsi que les conditions favorables pour trouver un aussi beau fossile.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Et puis ce sont les explications: la morphologie, l'alimentation, la nage d'un ichthyosaure mais aussi d'un plésiosaure et d'un pliosaure. Minus apparait dans toute sa grandeur. Son œil est le plus grand des vertébrés. "Les ichthyosaures étaient ovovivipares: il y a bien un œuf, mais il éclot dans le ventre de la mère, ce qui fait que le petit sort complètement formé."
Nous pouvons aussi distingué les deux prédateurs, le plésiosaure à long cou bien rigide et le très très imposant pliosaure aux dents aussi grandes que des concombres. Puis les ammonites et les bélemnites, nourritures de Minus, se dévoilent.
Ce focus scientifique présente aussi très bien la théorie de l'évolution convergente. L'ichthyosaure ressemble à un dauphin mais il en est extrêmement éloigné. L'ancêtre de Minus ressemblait à un gros varan, reptile, et celui du dauphin était un petit mammifère.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

La dernière partie propose des activités: de fossilisation, de décomposition d'un os, de dessins. Le tout apporte, encore une fois, un album très complet et plaisant grâce à l'histoire, la démarche scientifique, l'interaction et l'humour (des moules pourraient-elle vivre sur le derrière des vaches?).

vendredi 4 mars 2016

Mix, l'extraordinaire histoire d'un scorpion de mer vieux de 428 millions d'années

Il s'agit du troisième volet d'une série de documentaires scientifiques débutée par "Ida, l'extraordinaire histoire d'un primate vieux de 47 millions d'années" des mêmes auteurs et illustratrice. Chaque proposition peut se lire seule.

 © Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse
 
"Mix, l'extraordinaire histoire d'un scorpion vieux de 428 millions d'années" de Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et illustré par Esther VAN HULSEN va cette fois-ci encore plus loin dans le temps. Avant que les terres ne soient occupées, avant même la flore.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Une histoire simple, un scorpion de mer qui nait, grandit, se nourrit, mue et meurt. Le texte court offre une mise en avant des illustration presque pleine page.
Et l'intérêt est dans ce suivi de l'histoire, le documentaire. Le focus seul n'offrirait pas tout. Ici les auteurs nous ont mis en condition, nous allons être plus réceptifs aux informations. Encore une fois, le propos est intelligible tout en étant scientifique.

Il y a l'indice de la présence de Mixopterus kiaeri, de son petit nom Mix, une preuve même, son fossile. Pris dans le sable, couche après couche, surmonté de lave volcanique, toutes les conditions étaient là pour que Mix devienne pierre. Les auteurs nous présentent son découvreur et les différents fossiles de scorpions de mer retrouvés sur ce site de Finlande. La science est incarnée par les deux bouts: la vie d'alors et celle des scientifiques travaillant dessus.
Avec ce scorpion c'est la présentation des premiers arthropodes et poissons. Les premiers vertébrés, exosquelette ou endosquelette, l'apparition d'un crâne (et d'un cerveau), la formation d'une mâchoire.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

A chaque fois aussi, la découverte du fossile amène une éducation géologique: les éléments de notre planète Terre, ce qu'est une plaque tectonique, un rift.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Le parti-pris est d'interpeler les jeunes lecteurs, des expériences sont ainsi indiquées: "manger" à la paille comme si nous n'avions pas de mâchoire (en crachant ou non sur notre nourriture avant) mais aussi une belle mise en pratique des temps géologiques (passer d'une année à des millions). Et quelques éléments comme le troisième œil et la couleur du sang ne pourra que les titiller.

Restera à découvrir "Minus, l'incroyable histoire des reptiles marins au temps des dinosaures"!

samedi 30 janvier 2016

Qui fête son anniversaire aujourd'hui? - Lettres de l'écureuil à la fourmi

" 
Chers animaux,
Qui fête son anniversaire aujourd'hui?
S'il n'y a personne,
qui veut le fêter à l'avance?
S'il n'y a personne non plus,
qui veut fêter autre chose et m'inviter
à manger du gâteau et des pâtisseries?
S'il n'y a toujours personne,
qui veut tout simplement faire un gâteau
(un au miel et à la crème alors,
avec de la gelée douce et du sucre fondu)
et me proposer de venir le manger?
S'il n'y a personne, que faire... ?
Savez-vous ce que signifie "toucher le fond"?
J'en suis là. Aidez-moi.
L'ours

Cet après-midi-là, tout le monde fêta son anniversaire bien à l'avance, célébra autre chose ou fit tout simplement un gâteau. L'ours courut de l'un à l'autre jusqu'à l'épuisement puis s'allongea sous le saule, tout essoufflé et gémissant, et sombra lentement dans un profond sommeil, dans la lumière du soleil couchant."

(extrait de "Lettres de l'écureuil à la fourmi" de Toon TELLEGEN et illustré par Axel SCHEFFLER; Albin Michel jeunesse)

**
Vous ne connaissez toujours pas Toon TELLEGEN, courez-donc vous en offrir un... c'est du plaisir à l'état pur (et pas que sucré)!

jeudi 12 novembre 2015

Ida, l'extraordinaire histoire d'un primate vieux de 47 millions d'années

©  Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Ce documentaire est un album, une histoire pour enfant. Enfin presque. Ida est un primate et nous la rencontrons pour faire un petit bout de route avec elle, jusqu'à sa mort assez rapide.
Ida est née au sein de sa tribu il y a 47 millions d'années, elle a grandit accrochée aux poils de sa mère, puis s'est émancipée et a glaner pour se nourrir d'elle-même, sauter de branche en branche sans son aide et est partie à l'aventure, un peu. Puis elle meurt, empoisonnée, et coule au fond du lac où sa dépouille se fossilise.

©  Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Sauf que cette histoire est vraie. Comment donc le sait-on?
La seconde partie du livre nous ouvre les portes du travail des paléontologues.
Une zone géographique, Messel, pas encore en Allemagne, propice aux fossiles par un étrange concours de circonstance géologique. Sa faune aquatique ou terrestre vieille de 47 millions d'années. Nous est présentée aussi la théorie de l'évolution et le travail obligatoirement subjectif de l'illustratrice, Esther VAN HULSEN.

©  Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse
 
Le plus intéressant cependant est l'identification pas à pas d'Ida... les fossiles sont rarement complets, Ida n'est qu'une moitié, l'autre ayant disparue. Elle doit être conservée, examinée... par un paléontologue norvégien, Jorn HURUM, celui-là même qui nous présente cet ouvrage.

©  Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Mise en comparaison avec les autres fossiles de primates, découverte de son âge, de sa pâte cassée, de son alimentation (grâce aux articulations, à la mâchoire, à la bosse de ses os). L'évolution des primates et l'identification de la race d'Ida sont encore débattues... primate oui, mais prosimien (lémuriens ou loris) ou simien (singes)?

©  Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Le livre se termine par une partie plus interactive nous proposant de dessiner Ida, de dormir, se déplacer ou manger comme elle. Parfait pour les plus jeunes lecteurs! Ce documentaire a reçu le prix en 2014 de "La science se livre" et effectivement il est parfait en combinant une histoire et un documentaire.

mercredi 16 septembre 2015

Le grand match

© Fred BERNARD et Jean-François MARTIN/ Albin michel jeunesse

Un album illustré sur un match de rugby, bouais. Mais "Le grand match" de Fred BERNARD et illustré par Jean-François MARTIN est une virée beaucoup plus intense qu'une simple confrontation entre deux équipes. Et tout de suite cela se sent. Il y a cette ambiance des ruelles, désertes. Et puis ces drapeaux avec un symbole bien proche d'une croix gammée.

© Fred BERNARD et Jean-François MARTIN/ Albin michel jeunesse

L’Équipe Nationale rencontre les Aigles Frères. La première n'est plus tout à fait celle d'origine: les juifs, les noirs, les homosexuels, les opposants au Guide ont déjà été éliminés. La seconde doit vaincre, pour l'honneur du gouvernement Fanultra en place. Mais rien ne se passe comme prévu. Volodia nous en parle, il y était, il a joué.
Portée par la foule, par la population, par ceux qui ont dû s'exiler pour survivre, l'équipe de Volodia suit son meneur, Eugenio, un jardinier passionné. Contre toutes attentes, au risque de leur vie, ils décident de gagner ce match, de résister.
Ils donnent tout. Leur arrêt de mort est au bout. A moins qu'il y ai un miracle.

La sueur, le sang, la hargne. Le match, les matchs se suivent. Les points adversaires et les leurs aussi. Combien de temps seront-ils épargnés? Les rugbymens se révoltent contre le fanatisme en place, avec leur moyen, le sport. Mais que peut faire une équipe? Changer le slogan pour se démarquer? Gagner? Et puis ce ne sont pas des professionnels.
"Dans les vestiaires, Eugenio sait d'un regard nous encourager et trouve les mots justes. [...] Poser nos mains sur son bonsaï encore, comme un talisman...
"Cet arbre est petit, mais il a la force des géants." Le temps de me faire la réflexion que, au moins, aucun homme ne peut être pendu à ses branches et je remets mon protège-dents avec la furieuse intention d'aplatir du fanultra et des ballons!"

© Fred BERNARD et Jean-François MARTIN/ Albin michel jeunesse

L'album est puissant, emporté par la dynamique des matchs, des courses, des coups, des ballons aplatis. Le rythme est juste avec comme un vrai journal, pour reprendre de plus belle. Le tout est puissant de résistance, de faiblesse et de force, de peur et d'espoir. Nous en sortons hors d'haleine.
Je retrouve aussi avec énormément de plaisir les illustrations de Jean-François MARTIN. Encore des couleurs sépia, porteuse d'une certaine réminiscence de temps lourds du passé (que du passé?!). Il apporte aussi énormément de force dans ces corps en mouvement, en déséquilibre et bousculés, choqués, écrasés, face à ceux lisses et immobiles des hommes de pouvoir. Le mouvement est pourtant en marche, dans le stade, dans les tribunes et sur les trottoirs.


mardi 19 mai 2015

Inventaire illustré des arbres

Je ne reviendrais pas ici sur cette collection, j'ADOORE ces inventaires illustrés proposés par ce duo. Et puis il s'agit de la version souple avec stickers, moins cher...

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel Jeunesse

L'"Inventaire illustré des arbres" de Virginie ALADJIDI et illustré par Emmanuelle TCHOUKRIEL propose un panel d'arbres avec comme clef de détermination la feuille.

Les auteures présentent les feuillus aux feuilles limbées aux bords lisses pour commencer. Le fait de choisir aussi de mettre en avant des arbres exotiques en premier est enthousiasmant: eucalyptus, frangipanier, jaquier. Puis olivier ou oranger. Suivent les arbres aux feuilles dentelées comme le houx, le bouleau, le châtaigner.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel Jeunesse

Les conifères présentent leurs aiguilles, mélèzes, pins puis quelques palmiers finissent de nous faire un tour du monde.

Au fil des pages, le vocabulaire s'inscrit de plus en plus en tête. Le lecteur découvre des feuilles accrochées aux branches sans pétiole, des racines aériennes, des troncs tortueux, se développant en spirale, des fruits impressionnants.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel Jeunesse

D'ailleurs une grande page est réservée à mon arbre fruitier préféré, le durian. Ce fruit énorme qui a maturité développe une odeur nauséabonde mais propose un aliment très riche. Une particularité de ces inventaires est aussi de présenter la faune autour des végétaux. Ici les éléphants sont présents, les premiers à choisir les meilleurs fruits, me faisant penser aux prunes africaines marula qui tombent et fermentent et laissent les pachydermes saouls. Sont-ils "ivres" de durian? La présence des chauves-souris qui aident à la germination des fruits est un marqueur écologique.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel Jeunesse

Les arbres deviennent aussi des éléments plus concrets: source d'un bois utilisé pour les meubles, fruits comestibles pour l'homme ou les animaux mais aussi vitalité débordante ou même "méchants arbres" avec une sorte de figuier qui envahit un tronc et le fait mourir.
Le séquoia impressionne par sa taille, l'eucalyptus par sa croissance.
Encore et comme toujours, le livre offre une découverte très visuelle et anecdotique des éléments présentés.

dimanche 10 mai 2015

Le merveilleux dodu-velu-petit

Avec Beatrice ALEMAGNA, nous sommes sûr d’avoir affaire à une histoire un peu loufoque et poétique.

© Beatrice ALEMAGNA/ Albin Michel jeunesse

"Le merveilleux dodu-velu-petit" est une quête. Édith a 5 ans 1/2 et ne sait rien faire. Chaque autre membre de la famille a un don mais pas elle. Une phrase entendue subrepticement ce matin va pourtant l'entrainer dans un périple où elle va découvrir toutes ses compétences.
Il lui faut trouver un cadeau pour sa maman, un truc "dodu-velu-petit".
La voilà partie à travers la ville pour retrouver les adultes qui font son univers, le boucher, la fleuriste, l'antiquaire. Mais personne n'a de dodu-velu-petit. Mais chacun y va de son conseil, de son don ou de sa mauvaise humeur.

© Beatrice ALEMAGNA/ Albin Michel jeunesse

 La petite fille, bien dégourdie, le découvrira pourtant ce fabuleux dodu-velu-petit, tout rose fluo comme sa doudoune, toute hirsute comme elle est échevelée.
C'est parfait, il sait tout faire cet animal qui ressemble presque plus à une grosse tâche avec un museau pointu.

© Beatrice ALEMAGNA/ Albin Michel jeunesse

Cet album est très dynamique et nous entraine dans l’enthousiasme de cette gamine. Réjouissant pour se confronter aux adultes, pour se faire confiance. Comme toujours avec cette auteure, les enfants sont spontanés mais pas dénués d'un aspect insaisissable, comme pouvait l'être "Joe singe garçon" par exemple.


mardi 7 avril 2015

Le ciel d'Anna

Stian HOLE est un illustrateur déconcertant. Il m'a fallu lire son premier album entièrement pour découvrir que cette sensation assez désagréable devenait une immersion surréaliste dans un univers d'enfant. Avec sa série sur ce garçon bien sympathique qu'est Garman, je suis devenue addicte.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

"Le ciel d'Anna" laisse encore plus la place aux illustration, le texte étant moins présent. Anna n'est pas pressée de suivre son père. Elle est là, la tête ailleurs à regarder le monde autour d'elle, à imaginer et à rêver. Lui est prêt, en costume, les fleurs aux bras et puis la cloche sonne dans l'église au bout du fjord.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Anna parle à son père, de ces impressions, de ce qui lui murmurait sa mère. C'est l'absente. Anna propose une évasion surréaliste à son père... dans l'eau, dans le ciel, dans la multitude de la faune et flore réelles et imaginaires. Sa maman a rejoint les invisibles. Anna découvre leur contrée. Mais où est-elle? Dans le jardin de Dieu ou à prendre le thé avec des êtres disparus... le monsieur aux timbres de la rue de Garman peut-être mais aussi Picasso ou Elvis.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Avec énormément de poésie, Stian HOLE offre un regard d'enfant sur le deuil, sur les premiers moments de manque et d’absence de l'être aimé. L'enfant a la tête ailleurs et les illustrations montrent bien son imaginaire onirique mais c'est aussi ce rapport d'après la mort qui apparait.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

La religion apparait ici dans l'après mort, le ciel: un espace et des occupations d'invisibles. Mais aussi les préoccupations de Dieu, ses yeux partout, ses correspondances avec les hommes, sa capacité à refaire le monde peut-être.


mercredi 4 mars 2015

Equilibre - Lettres de l'écureuil à la fourmi

Il n'y a pas à dire: certains livres reviennent avec fréquence dans les lectures du soir. Il n'y a pas à dire mais certains auteurs ont une douceur, une tendresse que nous aimons retrouver encore et encore. Il n'y a pas à dire mais certaines rencontres, qu'ils nous proposent, restent en mémoire.


Un échange entre l'éléphant et l'escargot:
"
Bien cher escargot,
Puis-je vous demander de m'accorder une danse, pas n'importe où, sur votre maisonnette? Rien que quelques pas? C'est mon vœu le plus cher. Je danserai très délicatement, pour que nous ne transpercions pas votre toit. Je le promets. Pour autant, bien sûr, que l'on puisse promettre une telle chose.
L'éléphant

Bien cher éléphant,
Merci pour votre lettre. Plus tard, je vous accorderai bien volontiers une danse sur ma coquille. Cela ne fait presque aucun doute. Je trouve que je danse très bien. Mais en ce moment, hélas, cela ne m'arrange pas vraiment.
L'escargot
"
(extrait de "Lettres de l'écureuil à la fourmi" de Toon TELLEGEN, Albin Michel jeunesse; source sculpture de Miquel BRACELO)

Nous aimons suivre cet éléphant pataud qui ne souhaite que trouver l'équilibre en hauteur, défier la pesanteur.
Une certaine option serait l'escargot et la tortue de Bernard FRIOT...

jeudi 5 février 2015

Inventaire illustré des insectes

Nous sommes nombreux à présenter aux bambins au cour de leur petite enfance des imagiers. Une chose, un animal et son nom dessous. Quand les bouts de chou ont la chance d'être élevés avec un soupçon de pédagogie Montessori, ils bénéficient aussi des cartes de nomenclature (une image en noir et blanc avec une partie colorée rouge et son nom dessous, carte et nom associé, carte et nom à associer). Ainsi un insecte est présenté puis sa morphologie principale, un caractère par carte (les ailes, le thorax, les yeux, l'abdomen, les pattes). J'aurais adoré être élevée comme cela. Gamine, j'ai aimé tous les livres sur la nature, de photos, de croquis, de description.

 © Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel

Avec "Inventaire illustré des insectes" de Virginie ALADJIDI et illustré par Emmanuel TCHOUKRIEL, ce sont mes rêves d'enfant qui s'exaucent. Ce documentaire a un parti-pris permettant de présenter au mieux les insectes et leur taille réelle. Alors pour les plus jeunes, un imagier aux magnifiques illustrations s'ouvre page par page.


Je ne suis pas étonnée que l'illustratrice ai travaillé sur un imagier Montessori (en suivant le lien vous tomberez sur un billet de l'auteur avec un bonus le tutoriel de la boite de rangement).

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel

Mais ce n'est pas tout. Les aquarelles sont servies avec un discours extrêmement intelligent: une petite description souvent anecdotique et un fond scientifique. Parce que là est le bonheur. Au fil des lectures de cet imagier extraordinaire, ce sont les classifications animales, le jargon, la situation et les noms latins qui apparaissent. L'enfant auditeur ou le jeune lecteur découvrira les points communs, puis distinguera les catégories avec beaucoup plus de plaisir.
Au tout début, la morphologie de l'insecte est présentée et oui, ils ont des yeux (souvent beaucoup) mais aussi des oreilles ou presque, le plus souvent des tympans et pas forcément sur la tête. Le cycle de la vie si spécifique des insectes et la classification apportent des voies pour aller plus loin.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel

Puis défilent les coléoptères, la cétoine dorée, le goliath géant (vraiment géant), le si long rostre du charançon des noisettes femelle. Les lépidoptères avec leurs superbes ailes à écailles dont le sphinx à tête de mort amateur de miel. Les diptères avec ceux que nous aimons moins: moustiques et mouches. Les hyménoptères sociables pour certaines (fourmis, abeilles). Les odonates demoiselles ou non. Et nous découvrons d'autres que nous ne savions pas tellement classer: les isoptères (termites), les hétéroptères (punaises), les blattes, les poux, les cigales, les perce-oreilles, les criquets, phasmes ou mante-religieuse...
Encore une proposition que nous adorons, mon petit entomologiste et moi.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel

Comme toujours, le duo apporte un documentaire de qualité première. Nous avons les fruits et légumes, les monuments, la mer et les animaux... Les deux derniers sont en version souple à prix réduit et avec stickers...

dimanche 1 février 2015

Petites et grandes questions philo de Piccolo

Je suis toujours très friande des livres permettant de nous mettre sur la voie de la philosophie, surtout quand ils ont pour cœur de cible les enfants. J'aime l'idée de faire réfléchir les plus jeunes, de les faire réagir et de les aider à appréhender le monde.

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Alors bien-sûr je me suis ruée sur celui-ci: "Petites et grandes questions philo de Piccolo" de Michel PIQUEMAL et illustré par Thomas BAAS est en fait le recueil de toutes leurs propositions Piccolophilo éditées auparavant: "C'est pas juste!", "C'est à moi!", "Achète-moi la moto rouge!", "C'est quoi la mort?", "Non, c'est pas moi!" et "Mais je suis déjà grand!".

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Par le biais d'histoires courtes, très claires et pour les enfants très jeunes (dès 4 ans), des thèmes de philosophie sont abordées tranquillement, l'air de ne pas y toucher.
Ne pas faire tout ce que l'on veut, enfant ou adulte, et c'est déjà parler d'autorité, de désir, de besoin, de loi. Parler de la mort, de la possession, du désir et des frustrations.
Se confronter aux autres, à l'amitié, à la possession et aux partages. Et des jeux coopératifs ou à deux.
Se sentir frustré, être tenté, surconsommer et des indices de manipulations des grands surfaces.
Parler de la mort comme un élément de vie avec une mise en perspective de la durée de vie d'animaux.
Commencer à se responsabiliser, ne pas mentir et tout ce que le manque de confiance induit, tout ce que le malaise provoque.
Grandir comme une étape, ni en avoir peur, ni la devancer.

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Une page pour les adultes, enseignants ou parents, suit avec le "petit grain de sel philo". Elle reprend ce qui se passe pour l'enfant, les lois, les règles de la vie. Les thèmes sont alors plus explicités avec les multiples voies de réflexions.

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Puis des jeux amènent les enfants à faire l'expérience avec à chaque fois un focus parent pour expliquer les objectifs Les bambins sont ensuite accompagnés et poussés à répondre à des questions et à reformuler peut-être différemment avec "L'atelier en savoir plus" leur étant destiné. Cette dernière partie apporte une ouverture vers la compréhension des notions.

J'aime beaucoup les explications sur la consommation ou sur le mensonge (des médias aussi). Je mets toutefois un bémol sur certains chapitres que je trouve un brin péremptoires et assez moralisateurs. Mais le livre a le mérite d'expliciter et d'accompagner beaucoup. Parfait aussi pour entamer des discussions en famille quand ce n'est pas évident.
Ce recueil regroupe à prix intéressant une première partie des propositions Piccolophilo, ce serait dommage de ne pas en profiter!

 

jeudi 16 octobre 2014

Premiers atlas


J'aime quand la géographie est incarnée. J'aime que nous puissions la toucher, la savourer, la rêver... à défaut de la parcourir.
J'aime aussi l'idée que les plus petits lecteurs puissent profiter d'elle et de toutes ses richesses. Voici donc un pêle-mêle des premières approches que nous avons chez nous.


"Mon premier Larousse du Monde" est un parfait début. Il présente la Terre dans sa globalité: la proportion d'eau et de terre, les latitudes et longitudes, les distances. Puis les différents biotopes possibles, les indices géologiques.
Après une planisphère colorée, ce sont les continents qui défilent, découpages politiques et drapeaux, et avec eux une double page pour des pays caractéristiques. La faune, la flore, les productions, les us, coutumes et légendes.
Une partie très intéressante est aussi celle consacrée aux pays producteurs: de café, de chocolat, le bois de construction, le coton etc...
Vous voyez sur la photo l'Inde avec son tea-time, les éléphants.


"Mon premier atlas à reconstituer" édition Auzou amène ce qui me parait essentiel aussi: la manipulation. Il s'agit d'un puzzle de pièces aimantées, à la forme des pays.
Avec son petit livret associé, une double page est proposée par pays ou ensemble de pays. Une face avec la géographie et l'autre avec des informations administratives et politiques. La photo montre le sous-continent indien.


"Tour du monde de Mouk à vélo et en gommettes" de Marc BOUTAVANT est lui essentiellement ludique. En suivant Mouk, un ours globe-trotteur, l'enfant découvre double page à l'appui un endroit du globe exotique. La part belle est faite aux cultures, saveurs et langues du pays. Les gommettes repositionnables sont aussi un plus. Sur la photo pêle-mêle, l'Inde est à l'honneur aussi. Celle juste au dessus nous amène dans le Sahara.

Parce que, oui, nous avons déjà abordé ce pays ici et là ou d'une autre manière la Grande Bretagne ou l'Afrique noire avec un autre livre, "Cartes, voyage parmi mille curiosités et merveilles du monde" d'Aleksandra MIZIELINSKA et Daniel MIZIELINSKI dont je parle là .
De la géographie incarnée, quoi!

   

mercredi 15 octobre 2014

"Bien, où en êtes-vous avec l'Effacement?" - L'étrange vie de Nobody Owens




"Bod avait espéré qu'il ne lui poserait pas cette question.

- Pas mal, dit-il. Enfin. Vous voyez, quoi.
- Non, maître Owens. Je ne vois pas. Faites-moi donc une petite demonstration.
Bod se sentit accablé. Il inspira un grand coup et fit de son mieux, les yeux mi-clos, pour essayer de disparaitre.
Mr Pennyworth ne fut pas ravi de sa prestation.
- Nul. Vous n'y êtes pas. Vous n'y êtes pas du tout. Flotter et s'effacer, mon garçon, ainsi que font les morts. Flotter entre les ombres. S'effacer de la conscience. Essayez encore.
Bod essaya plus fort.
- On vous voit comme le nez au milieu de la figure, s'énerva Mr Pennyworth. Et votre nez est particulièrement visible. Tout comme le reste de votre visage, jeune homme. Tout comme vous. Au nom de tous les saints, videz votre esprit. Maintenant. Vous êtes un chemin désert. Vous êtes une porte ouverte sur le néant. Vous n'êtes rien. Les yeux ne vous voient pas. Les âmes ne vous perçoivent pas. Là où vous êtes, il n'y a rien ni personne.
Bod fit encore un effort. Il ferma les yeux et s'imagina disparaîre dans la maçonnerie tachée du mur du mausolée, devenir une ombre dans la nuit et rien de plus. Il éternua.
- Lamentable, soupira Mr Pennyworth. Absolument lamentable."

(extrait de "L'étrange vie de Nobody Owens" de Neil GAIMAN, illustration de Dave McKEAN pour le livre)

jeudi 14 août 2014

Inventaire illustré de la mer

Vous êtes au bord de la mer. Alors précipitez-vous sur ce documentaire. D'une part il est magnifique et vous présente un beau panel de spécimens de toutes les classifications animales et végétales. Puis, il est à prix tout doux dans cette version souple avec stickers (couverture bleue).

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel jeunesse

En effet, j'aime particulièrement les inventaires que propose le duo Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL. Le résultat est toujours magnifique avec cette alliance de présentation scientifique et anecdotique et le dessin naturaliste, précis et aquarellé.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel jeunesse

Leur "Inventaire illustré de la mer" satisfait à la perfection mes envies. Il n'y a pas de longs textes et d'explications globales pouvant laisser les plus jeunes lecteurs inattentifs. Ici que des bestioles et des plantes qui attirent l'oeil et au plus trois petites phrases qui ne sont pas tant un descriptif qu'une présentation de ses caractéristiques les plus importantes et ou amusantes.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel jeunesse

Vous y trouverez les mammifères des mers (otarie, baleine), les mollusques immenses (calmar) autant que les plus petits cachés dans leur coquille (moule). Des éponges, algues et tout autre habitant sous les profondeurs. A moins d'être un expert de la mer ou un petit océanographe en herbe, vous en découvrirez plusieurs. Puis quelques spécimens sont effrayants à souhait!

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin Michel jeunesse