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mardi 24 mars 2015

Féroce

Les loups sont depuis longtemps des présences dans ma vie. Des angoisses peut-être au début mais très vite des compagnons, des sauvages qu'il est difficile d'amadouer, des bêtes fières et sans regret. J'ai même eu la chance d'en côtoyer un, légèrement domestiqué.
J'ai un lien aussi avec les bouleaux. Bien-sûr moins passionnant, quoique. Mes premières siestes de bébé, de tout petit enfant. J'aime l'écorce qui se déchire, se délite mais ne saigne pas. J'aime les tons noir et blanc que l'argent et l'or des feuilles révèlent.
Alors un loup dans une forêt de bouleaux était un thème à ne pas laisser de côté.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Féroce" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est un bel objet aux rabats immenses, aux reflets gaufrés et aux magnifiques illustrations.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Quand Fenris naquit, il n'était, comme tous les louveteaux, qu'une petite boule de poils gluante, que sa mère lécha afin de la nettoyer. Mais dès qu'il écarquilla les yeux et ouvrit la bouche pour bâiller, il eut l'air tout à fait sanguinaire, épouvantable et cruel. C'était certes une qualité indéniable pour un loup, mais point trop n'en faut: ses frères eux-même furent effrayés."

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Fenris grandit mais toujours avec sa gueule si impressionnante qu'il fait peur. A force d'effrayer sans rien faire, à force d'être seul, il le devient, c'est si simple. Féroce dans cette forêt. Féroce au point d'être annoncé partout où il passe. "Plus il était redouté, plus sa cruauté augmentait ; la solitude aggravant les choses, le loup rouge devint légendaire. Il était désormais Fenris le Féroce. Celui qui faisait se coucher les fleurs, et ployer les herbes des champs."

Mais qu'est-ce donc? Une fillette perdue? Que fait-elle là toute seule dans la forêt? Elle ne sait pas encore à qui elle a affaire. Il va lui montrer. Elle sera gober toute crue ou au mieux déguerpira devant tant de férocité.
"On ne l'avait pas touché depuis des années.
 - Ah ! on est timide ! dit la petite fille. On s'effarouche facilement ! Remarquez que je ne vous jette pas la pierre. Il m'a souvent été répété, à moi-même, de ne pas adresser la parole aux étrangers. Vous avez des parents autoritaires ?"

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Ce loup mis de côté, réduit à son apparence, à qui on ne laisse aucune chance, devient lui-même ce que l'on attend de lui. Dans cet album, c'est le devenir de chacun qui est en jeu, le choix d'être ce que nous souhaitons.
Il y a aussi cette référence au chaperon rouge... face, cette fois, au loup rouge. Un loup qui fait peur ou une enfant qui fait peur.
C'est une histoire d'amitié, de partage, de choix de vie.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

mercredi 11 mars 2015

Le coffre enchanté


Une illustration de ce petit conte pour les plus jeunes lecteurs. "Le coffre enchanté" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est une mise en bouche.
Un coffre merveilleux, sublime, que personne ne peut ouvrir. Un coffre offert (à contre-cœur souvent) à l'Empereur. Mais qu'il y a-t-il dedans? Tous sont appelés à la cour pour l'ouvrir... ici le serrurier vient tenter sa chance...
David SALA proposait déjà ses reflets, ses éclats, ses touches de lumières. C'est beau (inspiration Gustav KLIMT et peut-être Kay NIELSEN pour le chevalier de la couverture) mais depuis, l'illustrateur a poussé son style encore plus loin sur les autres albums faits avec son compère auteur, "Le bonheur prisonnier" ou "La colère de Banshee" (et le texte est lui aussi plus dense).

mercredi 16 janvier 2013

Féroce

J'aime beaucoup, beaucoup les illustrations de David SALA. J'aime ses motifs à la KLIMT, j'aime les taches, formes comme des textures, végétales, minérales ou de animales, j'aime ses touches colorées comme des jeux de lumière.
J'aime son choix de lieux, des natures enfouies, enchantées, ses partis-pris de l'aube ou de la pénombre.

Alors oui en attendant que "Féroce" où il retrouve son complice auteur, Jean-François CHABAS arrive à la maison, je ne peux que me perdre dans cette image qui n'ai que ce que j'aime: la forêt... et de bouleaux encore plus... j'aime ces troncs blancs à l'écorce qui pèle... et j'aime les loups!


... et je relis "La colère de Banshee" et "Le Bonheur prisonnier" du duo...
Rajout du 24/03/2015: et je lis "Féroce" ici.

vendredi 2 décembre 2011

Le bonheur prisonnier

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Le bonheur prisonnier" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est un album grand format magnifique. Comme pour le premier que j'avais lu du duo, "La colère de Banshee", ils revisitent un conte du monde en nous invitant en Chine cette fois-ci.

Le narrateur, Liao, revient sur son enfance... à l'aube de ses 7 ans. Dans sa maison où les générations se côtoient et où les ancêtres ont aussi leur place, le bonheur est vivant. Un petit insecte choyé et adoré, un grillon du foyer retenu dans une cage en or dans la cuisine, chante pour les habitants.
Oui mais un soir, il interpelle l'enfant de la maison pour lui demander de l'aide.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

La place des traditions et des croyances est décrite avec poésie. Le bonheur est déterminé et est aussi une affaire de famille. Le geste enfantin devient au cours du récit un geste raisonné, une prise de position à la fois sur un bonheur vécu au dépend d'un autre mais encore plus sur une responsabilisation et non une culpabilisation.

La relation entre l'arrière-grand-mère, Na, et ce petit garçon apporte la chaleur humaine, la transmission aussi de cette responsabilisation et de la croyance bouddhiste.
D'ailleurs le conte de fée n'est pas où on l'attend: l'incarnation en être humain n'est peut-être pas la plus réussie... hum une réflexion aussi bouddhiste, non!?

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Les illustrations sont toujours aussi colorées, pleines et lumineuses. A chaque fois, ce sont des formes décoratives assez art déco et végétales. Les fonds, les paysages et les habits prennent une dimension graphique entière. Elles apportent une atmosphère, chargée certes mais onirique. J'y retrouve encore du Klimt avec aussi cette présence des rides si superbes, par exemple de cette main, par rapport aux visages lisses des plus jeunes personnages...
La présence du chat bleu mais aussi le fond plus épuré de la salle du Bouddha sont d'autres portes ouvertes sur le livre.

L'avis de Libouli (et cette main)

vendredi 19 mars 2010

La colère de Banshee

« La colère de Banshee » de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA m’avait fait de l’œil avec sa couverture aux reflets d’or mais ce sont les mots de Mirontaine qui ont fait le reste.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Je l’ai acheté et le lis avec beaucoup de plaisir (et de théâtralité) à notre loupiot. Il faut bien le dire, quelques crises sont survenues dernièrement. Des sentiments très forts l’empoignent tout entier et il ne sait pas encore comment contrôler l’absence des êtres aimés. Les colères sont alors très très violentes.

Banshee est une enfant princesse : cheveux dorés, yeux étincelles, robe miroitante. Elle est en colère et ne supporte pas de voir le monde autour d’elle ne pas en être ému. D’une démarche électrique, au sens propre carbonisante, elle va ordonner aux éléments de se déchainer. Le temps calme ne dure pas, le vent devient tempête, la mer houleuse fait peur aux marins experts de la mer, le requin est obligé de se sauver aussi. Mais quelle est la raison de la colère de Banshee ?

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Outre cette anecdote, j’ai beaucoup aimé les éléments naturels qui prennent de l’ampleur, de la puissance, devenant source de frayeur. Et que dire de cette enfant qui ne conçoit pas être extérieur au monde, pas en son centre.
L’émotion, elle aussi, est très bien amenée. Une émotion si forte, si oppressante, si englobante, qu’il faut le crier au monde entier. Une banshee, sorcière, n’a pas la convenance de société de se murer dans le silence, le défoulement est visible et aux proportions extraordinaires. La petite a peut-être exagéré mais comment vraiment se rendre compte des frustrations d’un enfant…

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Les illustrations de David SALA sont magnifiques. Effectivement les fonds ressemblent à du Gustav KLIMT comme l’indiquait Mirontaine. J’ai cru y voir aussi une sorte de préraphaélisme dans la peinture de ces deux femmes, la fille et sa mère. Et puis, mais est-ce vraiment cela, un peu de John BAUER dont je montrais là quelques illustrations et que l'on peut retrouver sur ce blog aussi en cherchant par son nom… une enfant blonde dans une nature haute et sauvage, marchant, se précipitant.
Les couleurs sont très belles et ces effets dorés offrent vraiment un plus, féérique, enfin de sorcière, quoi !

Bauchette a aussi beaucoup apprécié et vous offre un très beau billet là
5/24