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mercredi 29 juin 2016

Autour du café - Gravesend


"La cafetière sur le fourneau lui rappelait la maison de sa grand-mère: debout à côté de la vieille femme, arrivant à peine à hauteur de sa hanche, Duncan et lui regardaient le café bouillant remplir peu à peu la boule de verre tandis que l'odeur du café se répandait dans la maison au point de se confondre avec celle de sa grand-mère, avec sa propre odeur et celle du monde entier. Ils s'asseyaient ensuite autour de la table, sa grand-mère versait du café pour tout le monde - Pop, leur mère à l'époque où elle était encore leur mère, Duncan, lui - et on ouvrait également des paquets de sfogliatelle et de biscuits aux couleurs de l'arc-en-ciel qu'on plaçait au milieu de la table avec du fenouil, du raisin, des couteaux à légumes. "Mange du fenouil", disait leur grand-père. Mais il voulait un biscuit arc-en-ciel et, même s'il était trop jeune pour en boire, de ce café qui sentait si bon. "Mange du raisin", disait leur grand-père avant de mettre une grappe dans l'assiette de Conway aux côtés d'une sfogliatella. Les sfogilatelle étaient les pâtisseries préférées de Duncan. Il était capable d'en manger une entière, voire deux. Il adorait le sucre glace sur le dessus. Quand personne ne regardait, il les trempait dans le café de leur mère. Conway, lui, n'aimait pas les sfogliatellle plus que ça. Il leur préférait les biscuits arc-en-ciel. Mais, comme Duncan, il avait hâte d'être en âge de boire du café."


"Le café se mit à bouillir. Alessandra se leva et éteignit la plaque sous la cafetière Laroma. Elle remplit deux tasses, frotta le rebord de la sienne avec un morceau de citron, puis les rapporta à table."

(extrait de "Gravesend" de William BOYLE, éditions Payot-Rivages; photographie et recette de sfogliatelle, de Beau à la louche)

lundi 27 juin 2016

"Conway suivait [son père], de la même manière qu'il suivait aujourd'hui Ray Boy, jusqu'à ce qu'[il] s'effondre sur un banc, à bout de forces. - Gravesend


"Avant que Conway ne comprenne ce qui se passait, Ray Boy avait pivoté sur ses talons et fonçait droit sur lui. Il n'y avait aucun endroit où se cacher. Conway n'eut pas le temps de dire ouf que Ray Boy était déjà planté devant lui.
- Il te faut un manuel? demanda Ray Boy.
- Hein?
- On peut aller quelque part. Je te ferai un dessin. Je t'expliquerai comment t'y prendre.
- Pourquoi tu ne te tues pas toi-même? s'étonna Conway.
- J'ai besoin que ce soit toi.
- Pourquoi?
Pas de réponse.
- Pourquoi? répéta Conway.
- C'est ce que tu veux, non?
Conway hocha la tête.
- Alors, j'ai besoin que ce soit toi. C'est assez simple, il me semble. Comment est-ce que je peux te faciliter la tâche? Si t'y arrives pas, si tu crois que c'est trop difficile pour toit, je comprends. T'es pas un tueur. OK. Dis-toi que t'en es un. Rien qu'une minute. Trente secondes. Même pas. C'est tout ce qu'il faut. Dis-toi que t'en es capable.
Conway garda le silence.
- Si tu veux, on retourne dans le nord de l’État. A Hawk's Nest. Tu me fous dans le coffre, et on y va. T'as peur d'avoir des ennuis, peut-être? Ça n'arrivera pas. On mettra une bâche en plastique dans la cave. Je te montrerai comment faire. Comment étouffer le bruit de la détonation. Je te montrerai où m'enterrer. Il y a quatre-vingts hectares de collines derrière cette baraque. Des arbres. De la terre bien froide. Des animaux. C'est tout. Je te montrerai le meilleur endroit pour enfouir mon cadavre. Je t'aiderai à creuse le trou, si tu veux. Après ça, on retourne dans la maison, tu me flingues, tu me charges dans une brouette et tu vas me vider dans le trou. Je pourrai pas t'aider à le combler. Ça te prendra un peu de temps. A moins que tu me flingues directement dans les bois."

(extrait de "Gravesend" de William BOYLE, éditions Payot-Rivages; source photographie de Stephen Colbrook)