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lundi 2 mars 2015

Le Petit Chaperon rouge

Mais bien-sur tout le monde connait le petit Chaperon rouge. Cette enfant partie seule dans la forêt pour amener des victuailles à sa grand-mère là-bas. Oui, cette petite innocente rencontre le méchant loup qui ne pense qu'à la manger.
Oui tout le monde connait l'histoire, enfin d'histoire il y en a plusieurs. De quel conte parlons-nous? De celui de Charles PERRAULT ou de celui des frères GRIMM?

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

Ce "oui bien-sûr!" devient juste une accroche que l'album de Joanna CONCEJO défile encore. Elle fait le choix de séparer les deux versions, l'une après l'autre, et pourtant ses illustrations se font suite, continuent une même trame.
Charles PERRAULT offre la belle enfant à dévorer sans punir le loup. Les frères GRIMM, eux, emportent la petite et sa grand-mère mais les font revivre après engloutissement grâce au chasseur. Ces deux versions d'un conte oral présentent une petite fille, assez grande pour partir de l'autre côté du village, à travers les méandres d'une forêt immense, sombre et merveilleuse. L'enfant se dévoile presque grâce à son habit de femme, le chaperon: au masculin d'ailleurs, pas la petite chaperonne rouge. Rouge, véritable point de mire dans une forêt, véritable ligne directrice.

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

Joanna CONCEJO laisse parler les textes mais nous convie à bien plus que la moralité du danger. Un loup en veut à la vie de la mère-grand et de l'enfant. Mais la poésie des illustrations offre une toute autre lecture, ce jeu entre eux deux. Ils se cherchent, jouent à se faire peur un peu, beaucoup. Il y a comme une complicité, une initiation au danger. Le loup tire le fil rouge, le ruban des cheveux, la piste des empreintes, le sillage des odeurs et lie, délie, enroule et tire à nouveau.

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

En prenant le partie de la deuxième version, l'illustratrice apporte aussi une autre approche, celle de la vie, du chasseur sauveur mais aussi de ces femmes qui se sont fait flouées une fois et pas deux. Le chaperon rouge parle encore avec le loup mais l'attend avec astuce. La vieille femme et la jeune qui rentre dans l'âge adulte se partagent une sorte de féminité dégourdie.

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

Mais les illustrations sont encore plus troubles, avec grand délice. Nous sommes tour à tour, elle, l'enfant, puis nous sommes loup. Et puis ils sont plusieurs, toujours tapis dans la forêt. Et dire qu'elle en rêve aussi, qu'elle se joue aussi de lui...

Quel bonheur de redécouvrir ces contes dans les textes d'origine, après celle orale avec l'habit de fer blanc. Puis, quel plaisir de retrouver ce loup dangereux, cruel ou aguicheur, par exemple avec Fabrice GARNUNG ou encore un autre loup.

jeudi 23 juin 2011

Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc

© Jean-Jacques FDIDA et Régis LEJONC/Didier jeunesse

Dans mon optique de ne pas fournir de conte simplifié à notre lutin (il a aujourd'hui 4 ans 1/2), je n'avais pas encore acheté de contes classiques. Pas de Perrault, pas de Grimm, pas d'Andersen (euh sauf un). J'attendais de lire le texte original et de permettre au petit d'homme de découvrir non édulcorées ces histoires orales. Dans cet optique, et pour ne plus le laisser dans "l'ignorance des classiques", ma libraire m'a présenté cette collection "Contes du temps d'avant Perrault". Bien lui en a pris, mais là je crois que vais patienter un tout petit peu, mais vraiment tout petit peu, pour le lui lire.

Parce que oui les lectures que je lui propose lèvent certains pans obscurs dans la littérature jeunesse: nous lisons sur la mort, sur les dangers, sur les peurs etc... au risque de passer pour certains comme une "bibliothécaire familiale des tabous". "Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc" de Jean-Jacques FDIDA et illustré par Régis LEJONC est un superbe petit livre mais très très loin d'être aseptisé. Il faut le savoir.

Le parti-pris de nous offrir une version différente de celles de PERRAULT ou des frères GRIMM est une très belle proposition. Nous n'avons plus la censure sociétale de leur époques et nous apercevons, un peu, le langage cru d'avant... ces contes racontés pour l'exemple, le danger et la sagesse.

Alors oui, il y a bien un chaperon rouge, un loup et une grand-mère. Tout réside dans le duel mais aussi dans la saveur de l'enfance. Les habits de fer-blanc forment comme une entrave à la liberté et un obstacle à l'épanouissement sensoriel (voir même sensuel). La petite fille passe d'un habit protecteur, dissuadeur mais aussi foncièrement aseptisé, à une capeline rouge pourpre, une de celle qui attire, une de celle qui donne des envies.
Les choix sont alors là: celui d'un chemin de femme, celui d'une fuite. Mais les âges de la petite fille restent bien un destin: de petite à vieille, d'immature à mature, quitte à "manger les autres femmes de la famille" pour trouver sa place. Les aides ne sont pas tant extérieures (seules des mises en garde apparaissent de corbeaux ou de chat) mais le sursis, le sauvetage est bien celui d'une enfant qui devient une adolescente, une jeune femme.
Que dire, n’hésitez pas à le lire, pour vous, puis pour vos filles, vos garçons: une histoire dangereuse où il est de bon ton de narguer le loup, inconsciemment puis sciemment.

© Jean-Jacques FDIDA et Régis LEJONC/Didier jeunesse

Le texte est très rythmé et mérite vraiment d'être lu à vous haute. Pas de doute, Mr FDIDA est un conteur. Le vocabulaire est aussi très ancré dans une période, aux allures d'authenticité: pas de "mère grand" mais bien "ma Grand" entre autre.
Les illustrations de Régis LEJONC offrent un graphisme presque classique mais montrent bien cette part de sensualité derrière l'histoire, une forêt dangereuse, une ombre, et l'atmosphère devient épaisse.
Pour vous faire une idée encore plus complète n'hésitez pas à lire ce très beau billet là.

© Jean-Jacques FDIDA et Régis LEJONC/Didier jeunesse

Après cette lecture je comprends d'autant mieux les écrits de Francis GARNUNG dont je vous conviais la lecture de "La pomme rouge" et qui par "La clé des champs", entre autre, prouve tout l'aspect bien ambiguë de ce duel de l'enfance contre l'adulte, du bien pensant contre les dangers de la nature, de toute la sensualité (et sexualité) derrière tout cela.