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jeudi 28 septembre 2017

"Je n'étais peut-être rien" - Le loup des sables




- [...] Vous étiez partis faire du vélo et dormir sous la tente et je n'ai même pas eu le droit de venir!

- Mais c'était avant que tu sois là! expliqua son papa.
Avant qu'elle soit là? Zackarina observa plus attentivement la photo. Une tente, deux vélos. La forêt, le ciel et la pluie. Deux personnes heureuses, sans Zackarina, qui n'existait pas encore...
"Je n'étais nulle part", songea-t-elle, et elle se sentit incroyablement seule.
[...]
"Mais non, ce n'est pas possible", se reprit-elle. Ça semblait si triste et décevant de ne pas exister, puis soudain de se trouver dans le ventre de sa maman, de naître et de devenir enfin un bébé.
Un volcan peut-être? Une pierre?
"Non, pas moi, se dit-elle. Pas une pierre..."
[...]
J'étais le vent, pensa-t-elle. Le vent dans le ciel a soufflé sur la pluie, et la pluie est tombée pendant des centaines de jours, et tous les gens étaient fâchés car ils étaient trempés jusqu'aux os. Mais, dans une tente sous la pluie, deux personnes étaient heureuses. C'est comme ça que j'ai trouvé maman, et que maman m'a trouvée, puis ensemble nous avons trouvé papa."
- Et voilà comment je suis devenue ce que je suis, conclut Zackarina, songeuse.
- Comment?
- La photo dans la tente sous la pluie.
- Je l'aime bien, cette photo, souffla rêveusement son papa.
- Moi aussi, dit Zackarina."
(extrait de "Le loup des sables" de Asa LIND et illustré par Violaine LEROY, je vous disais là tout le bien que j'en pensais; Bayard jeunesse)

samedi 12 mars 2016

"Ce beau marin à la barbe douce et aux yeux de ciel et de mer, je le veux pour moi!" - Le feuilleton d'Ulysse


"Tu es assurément la plus belle, ô Calypso. Je n'y avais pas songé, mais oui, bien sûr, le visage de Pénélope a dû vieillir. Son corps aussi. C'est une femme, pas une déesse comme toi. Pour autant, ne le prends pas mal, je préfère la retrouver, elle. Chacune de ses rides me racontera une histoire, celle de la vie. Ses rides me parleront de son immense douleur et de la mienne à vivre séparés l'un de l'autre; certaines auront été creusés par ses larmes. Sans doute me croit-elle mort. Je veux que d'autres rides se creusent sur ses joues, avec les larmes de joie qu'elle versera à mon retour. Oui, je veux que mes doigts caressent les plis de sa vie et qu'elle caresse les miens. Car nos cœurs, eux, sont sans rides. Personne ne me connaît mieux qu'elle. Pénélope comprend tout de moi, sait tout de moi, aime tout de moi. Elle est la mémoire de moi-même, ma seconde peau. Toi, tu chantes et tissent divinement, déesse, mais elle chante et tisse mon histoire et ma renommée. C'est infiniment plus précieux pour moi. Et puis, tu sais, l'immortalité que tu m'offres en restant ici à jamais avec toi est une autre manière de mourir... Si personne ne porte la mémoire de ce que je suis, je suis mort. Pénélope, elle, le fait jour et nuit. Elle est mon autre moi-même, ma moitié d’orange."

(extrait du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC, Bayard jeunesse; source photo AWTB)

mardi 16 février 2016

Devant la tente, le regard d'Ulysse se posa sur le bouclier d'Achille - Le feuilleton d'Ulysse


"Héphaïstos s'était surpassé, jamais on n'avait vu ouvrage plus finement sculpté. Son regard fut attiré d’abord par une scène cruelle: la Mort tirait un cadavre par les pieds. Juste à côté, plusieurs berges tombaient sous les coups d'ennemis. Une ville semblait en proie aux attaques d'une armée d'assaillants. Ulysse ne pouvait plus détacher ses yeux des scènes représentées sur le bouclier. A côté de cette ville en guerre, une cité en paix surgissait du bronze. Un splendide champ était en train d'être labouré, des moissonneurs au travail fauchaient les céréales avec habilité, dans le champ voisin un immense vignoble était chargé de lourdes grappes. Des jeunes gens emportaient le raisin dans de grands paniers d'osier. Et voilà un vallon où des troupeaux de moutons paissaient paisiblement. "C'est cela, murmura Ulysse, c'est bien cela le bonheur. La vie et la paix. Héphaïstos nous indique le chemin..." C'est alors que surgit une grande farandole. C'était une scène de noces! Les filles qui dansaient portaient des couronnes en or. Les garçons qui leur tenaient la taille avaient de beaux habits. Le travail du dieu forgeron était si fin qu'Ulysse eu l'impression de voir la danse villageoise s'animer!
"Tu aimes ce bouclier, valeureux Ulysse, n'est-ce pas?" Perdu dans sa contemplation, Ulysse n'avait pas vu Agamemnon arriver. "Par ton courage au combat, par la manière vaillante dont tu n'as pas laissé le corps d'Achille aux ennemis, tu as mérité que ce bouclier te revienne." Ulysse, ému, accepta en silence ce précieux héritage. "C'est un bouclier de paix, murmura-t-il. Les quatre saisons et le bonheur de vivre y sont gravés..."

(extrait du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC, Bayard jeunesse; source image)

mercredi 6 janvier 2016

Le feuilleton de Thésée, la mythologie grecque en 100 épisodes

Nous avons les trois feuilletons "commis" par Murielle SZAC (et avec quel bonheur reçus). Et après avoir lu le premier tout en lui donnant aussi une dimension scolaire, nous avons dévoré le second sans y ajouter quoique ce soit (ou presque). Ce fut donc une lecture orale, offerte par les parents au petit d'homme et quelques fois en sens inverse.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

"Le feuilleton de Thésée" de Mureille SZAC et illustré par Rémi SAILLARD est plus facile d'accès que celui d'Hermès. Les épisodes mettent en scène des héros mieux connus ainsi que des défis identifiables rapidement: Thésée et le minotaure, Dédale et Icare, Héraclès et ses 12 travaux, Œdipe et le Sphinx, les jeux olympiques.

Thésée est un tout jeune garçon, né d'une union entre une princesse, Aethra, et un roi, à moins que cela soit Poséidon qui en soit le père. Il bénéficie de la pédagogie et des conseils de son précepteur, Connidas et découvre grâce à lui comment devenir un homme aux valeurs morales et aux aptitudes physiques. Mais Thésée est admiratif de son grand cousin de Héraclès.
Envieux de cette force de la nature, demi-dieu puisque fils de Zeus, Thésée souhaite suivre ses exploits. Il découvre aussi la rage, la folie qu'Héra lui a insufflé et les meurtres que ce grand héros commet autour de lui. Les douze travaux se succèdent mais s'accompagnent aussi des violences d'Héraclès, mort de sa famille sous l'emprise de la déesse des déesses mais aussi de ses méprises aussi irrévocables, par exemple la mort des centaures, ennemis comme amis.
Connidas met en garde Thésée. Il va devenir un jeune homme, puissant, courageux et peut-être violent. Encore faut-il qu'il soit responsable de ses actes. Et effectivement, après le mystère de sa naissance, Thésée veut lui aussi ses exploits et peu à peu va à la rencontre de son père, le roi d’Athènes, Égée. Il souhaite être digne de la couronne et se portera volontaire pour suivre les jeunes hommes et femmes envoyés pour être sacrifiés dans le labyrinthe en Crète, tuera le Minotaure, emportera Ariane tout en ne la ramenant pas avec lui et fera mourir de douleur son père.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

Oui, mais Thésée est devenu roi et cette partie-là du livre est aussi importante. Il érige la convention grecque d'être un bon hôte à celle d'accueillir tous les laissés pour compte. Il change le mode de gouvernement pour une démocratie. Il devra tout de même subir les conséquences de ses actes, gérer les liens avec le roi Minos ou sa descendance, accueillir Œdipe et Antigone tout en donnant une complète liberté à cette dernière. Et puis Thésée devient amoureux, prends femme et se perd... jusqu'à devenir aussi monstrueux que son cousin Héraclès.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

"Le feuilleton de Thésée" nous parle de la fougue de la jeunesse, éblouie par la force et l’héroïsme. Elle parle aussi des actes insensés, violents, fous et la responsabilité que peut avoir l'homme même manipulé par les dieux. Le livre parle de rédemption aussi, ou presque. De la sagesse d'un individu pris dans les feux de l'amour et dans la douleur de la perte.
Tout le long, nous pouvons comparer Héraclès et Thésée, le dernier grandit avec sagesse et pourtant.Il deviendra un autre, un mauvais père, un homme de parole mais aux actes intolérables... jusqu'à reprendre ses esprits. Et nous saurons comment Héraclès finit.
Autant à la naissance du monde et des dieux, thème du "Feuilleton d'Hermès", les focus sur les autres intervenants ou les flashbacks dépendaient des pouvoirs de ses nourrices, ici ce sont les oracles qui donnent le la. Thésée est ainsi témoin inactif de la vie d'Oedipe par exemple. Les femmes ont aussi un rôle plus complexe avec par exemple le très beau portrait d'Antigone.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

L'auteure ne déçoit pas. Le propos est complexe, la thématique mythologique, évidemment puits sans fond de délices et de péripéties, offre son lot de cruauté, de sang, de peur, de dégoût ou de passages fantastiques avec des créatures fabuleuses. Mais les réflexions amenées par les constants dialogues entre Thésée et son maitre ou son ami Iolaos sont de très belles ouvertures à la réflexion.
Le vocabulaire est riche, les épisodes addictifs. Le jeu d'appel du prochain est haletant et c'est avec énormément de plaisir que nous suivons, non plus un dieu joyeux et hyperactif Hermès, mais un jeune homme à l'éducation parfaite en prise avec la vie, le pouvoir et les émotions.
Murielle SZAC a travaillé avec un autre illustrateur, Rémi SAILLARD. Le résultat est toujours entre l'abstrait, le symbolique et le figuratif. Les doubles pages évoquent les défis sans jamais totalement les illustrer. Il y a aussi un soupçon de surréalisme, un peu DE CHERICO quelques fois. Les petits dessins ponctuant le texte apportent eux une respiration.
C'est bon, très bon!

mercredi 15 juillet 2015

Le lettré indien, un "pandit" musicien - Le Grand Livre des Sciences et Inventions Indiennes


"En Inde, le savoir est plus oral qu'écrit. L'enseignement est un art de la parole: le maître récite des textes et les disciples les répètent. Le savoir est confié plus volontiers à la mémoire d'un homme qu'aux rayonnages d'une bibliothèque. [...] Le pandit n'est pas un "peintre", comme le lettré chinois ou arabe, qui aime dessiner, calligraphier lettres et mots. C'est avant tout un "musicien", un chanteur même! Il apprend un texte toujours de la même manière: d'abord, la phrase sans aucune pause (la musique), ensuite en séparant les mots (le sens), ensuite par paire de mots, etc. Le texte se retient comme une mélodie et se travaille comme une gamme."

(extrait de "Le Grand Livre des Sciences et Inventions Indiennes" de Samir SENOUSSI, Jérôme PETIT et illustré par Emmanuel CERISIER, Bayard jeunesse)

jeudi 25 juin 2015

Le Grand Livre des Sciences et Inventions Arabes

Nous continuons à découvrir les avancées scientifiques des hommes, ici avec l'empire musulman. "Le Grand Livre des Sciences et Inventions Arabes" d'Anne BLANCHARD, Ahmed DJEBBAR et illustré par Emmanuel CERISIER remet en perspective les connaissances d'un des empires les plus étendus de l'histoire.

© Anne BLANCHARD, Ahmed DJEBBAR et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse

Les conquêtes des musulmans les ont amenés à rencontrer de nombreuses populations. La religion musulmane a une place de choix dans leurs vies et implique des habitudes hygiénistes (les hammams et l'étude du Coran).
Avec les invasions ce sont aussi des apports de richesses cloisonnées dans les villes. Les puissants s'entourent des lettrés et des savants. L'éducation a une place de choix, de 6 à 16 ans les enfants apprennent l'arabe, le calcul et le Coran. Gratuitement après 16 ans, les études en rapport à l'islam continuent mais d'autres écoles proposent elles des études en littérature, droit et sciences.
Les musulmans sont aussi très intéressés par les avancées scientifiques des autres empires et investissent beaucoup en copie et traduction. Les puissants s'appuient sur les sciences pour contrôler leur empire ou mieux suivre le Coran.

© Anne BLANCHARD, Ahmed DJEBBAR et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse

Puis les villes incarnant les avancées majeures sont présentées, de manière chronologique, avec les scientifiques importants de l'époque.
Bagdad (en actuel Irak), au 8ième siècle, voit s'ouvrir une Maison de la sagesse (lieu de rassemblement des savoirs et des hommes de sciences). Al-Khwarizmi (dont on doit le mot algorithme par déformation occidentale) met en place le système décimal jusque là utilisé par les indiens (important pour le commerce).
Le Caire (en actuelle Égypte), au 10ième siècle, accueille Al-Hazen, un scientifique connu pour être le premier à utiliser la démarche expérimentale. La volonté de l'empire est de contrôler le nil et demande ainsi des avancées en géométrie, en physique.
Ispahan (dans l'actuel Iran) au 11ème siècle est sur la route de la soie et attire Ibn Sina (Avicenne), scientifique, médecin dont le "Canon de la médecine" était encore au programme en Europe il y a 300 ans. Les Bimaristan, hôpitaux, vous accueillir les malades physiques et mentaux et sont financés par les puissants. Au même moment en Europe, rien de tout cela, juste une mise à l'écart des lépreux et des fous.

© Anne BLANCHARD, Ahmed DJEBBAR et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse
(Non, non, non, il n'est pas égorgé, ce patient souffre d'une tumeur, le chirurgien l'opère à peu de chose près comme aujourd'hui.)

Al-Idrisi, géographe botaniste, habite Palerme (en actuelle Sicile), au 12ième siècle et décrit le monde connu (sauf les Amériques) avec énormément de détails aussi sur les habitants et les mets.
Ibn al-Shatir place l'astronomie au centre des sciences de l'empire musulman au 14ème siècle, à Damas (actuelle Syrie).

Avec cette multitude de détails validée un expert, l'empire musulman apparait comme un des premiers à financer les sciences et par bien des côtés est très en avance sur son temps. Vous trouverez aussi une chronologie et une carte.
Encore une fois, cette collection offre des merveilles! Je suis impatiente de découvrir les inventions indiennes.

mardi 16 juin 2015

Rendez-vous nocturnes - Le Grand Livre des Sciences et Inventions Arabes


"En arabe, il y a un mot pour désigner le fait de discuter la nuit: samar. Lorsque la nuit est tombée, c'est l'heure des histoires, de la lecture de récits de voyages. En assemblée, autour du calife, d'un poète, d'un causeur, on écoute les contes des Mille et une nuits, qui mettent en scène les frasques de personnages historiques tels que le calife Harun al-Rashid ou racontent les péripéties de héros légendaires comme Sindbad le marin ou Aladin."

(extrait de "Le Grand Livre des Sciences et Inventions Arabes" d'Anne BLANCHARD, Ahmed DJEBBAR et illustré par Emmanuel CERISIER, Bayard jeunesse; illustration d'Edmund DULAC)

lundi 15 juin 2015

Le Grand Livre des Sciences et Inventions Chinoises

Je ne pourrais jamais nier mon amour pour les documentaires. Pour les documentaires jeunesse aussi, surtout. J'y trouve toujours ce juste milieu entre expertise et didactique. J'aime l'idée qu'après, le monde devient juste un peu plus clair, un peu plus explicité. A nous de peaufiner la recherche au besoin après.
Commencer par la culture chinoise est très indiqué, elle est exotique à souhait et nous ne savons pas toujours ce que nous lui devons.

© Jean-Michel BILLIOUD, Danielle ELISSEEFF et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse

"Le Grand Livre des Sciences et Inventions Chinoises" de Jean-Michel BILLIOUD, Danielle ELISSEEFF et illustré par Emmanuel CERISIER permet de mettre en lumière les avancées humaines dans ce qu'elles ont de plus révolutionnaires.
Au début, le livre décrit le pays, dans sa géographie d'escalier aux multiples paysages et aux deux fleuves (jaune et bleu) et ses matières premières, dans sa volonté d'unité et de conquête, dans sa manière de concevoir le temps et de penser le monde (Confucius, Laozi, le bouddhisme).
De là découlent des inventions pour transmettre les savoirs. Ce n'est pas la naissance de l'écriture mais elle se formalise et même, en Chine, devient un art, la calligraphie étant réservée aux lettrés, comme la peinture à l'encre (cf ici pour un billet sur cet art et là pour une approche avec les enfants). Puis la conception du papier, la technicité de la gravure et une première approche de l'imprimerie, trop complexe pour les idéogrammes chinois mais reprise en occident.

© Jean-Michel BILLIOUD, Danielle ELISSEEFF et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse

Les chinois sont des observateurs de la nature. Leurs inventions utilisent ainsi beaucoup de propriétés de la faune, de la flore ou de la géologie de leur pays. Avec la terre et l'argile, ils inventent la céramique puis, par essais successifs, la porcelaine transparente par sa finesse, brillante à souhait. Mais ils excellent aussi en moulage de métaux ou en couches de laque (cf ici pour une approche du rouge urushi japonais). Et puis cette soie qui sera une de leur plus précieux trésor, à l'origine d'échanges (la route de la soie).

© Jean-Michel BILLIOUD, Danielle ELISSEEFF et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse

Les chinois marquent aussi de leur génie les constructions. Leur architecture, très codifiée et esthétique, doit perdurer aux inondations et séismes nombreux. Une première approche de séismographe est inventé: un des dragons lance une perle dans la gueule d'une grenouille pour montrer la direction de l'épicentre. L'irrigation, la création d'un monumental canal ou une première approche de boussole apportent des changements au quotidien, quand la Grande Muraille de Chine elle impose sa magnificence pour préserver la Chine ou du moins impressionner. Les combattants chinois sont encore plus menaçants de par leur arbalète meurtrière et leur poudre à canon.
La médecine chinoise est un peu présentée dans sa vision de prévention plus que de guérison par la phytothérapie ou l’acupuncture. L'homme étant un tout avec la nature, à la fois yin et yang.
Le livre finit par l'éducation des enfants devenue nécessaire pour fournir les éléments de l'administration. Elle est inculquée par un maitre aux garçons, incluant aussi la spiritualité. Et les jeux chinois!

© Jean-Michel BILLIOUD, Danielle ELISSEEFF et Emmanuel CERISIER/ Bayard jeunesse

Le documentaire présente des cartes géographiques du pays, de la route de la soie mais aussi une chronologie ou des croquis de fabrication. Le tout est passionnant, clair et assez complet.
Les dessins réalistes apportent leur authenticité même si une petite erreur s'est insinuée parmi les pages: pour l'avoir manipulé, le suan pan (boulier chinois) se manipule dans l'autre sens ;)

lundi 20 avril 2015

Où le petit Thésée s'attaque à un lion - Le feuilleton de Thésée


"Thésée allait abattre son arme sur le fauve lorsque trois hommes firent irruption dans la salle du banquet. Les cris et les appels au secours des enfants les avaient alertés. Au lieu de se jeter sur l'animal, ils éclatèrent de rire. L'un d'entre eux, un homme immense aux muscles énormes, attrapa la hache de Thésée au vol avant qu'elle ne frappe le lion. " Hé, mon gars, arrête, tu vas abîmer mon manteau!", s'exclama-t-il. Étonné, Thésée laissa retomber son bras. Le grand homme se pencha vers le lion, le saisit par la peau du cou, comme il l'aurait fait avec un petit chat, et le jeta sur ses épaules. La tête du lion retomba comme un capuchon sur celle de l'homme!"

(extrait du second épisode intitulé "Où Thésée rencontre son cousin Héraclès", "Le feuilleton de Thésée, la mythologie grecque en cent épisodes" écrit par Muriel SZAC et illustré par Rémi SAILLARD, Bayard jeunesse)

mercredi 28 janvier 2015

Le feuilleton d'Hermès, la mythologie grecque en 100 épisodes

Nous manipulons ce livre depuis plus d'un an. En effet, "Le feuilleton d'Hermès" de Murielle SZAC et illustré par DUVIVIER Jean-Manuel est plus qu'une simple présentation.

© Murielle SZAC et Jean-Manuel DUVIVIER/ Bayard jeunesse

Au premier abord, 100 épisodes impliquent un fourmillement, des personnages à n'en plus finir et des histoires qui se suivent sans forcément impliquer les mêmes héros. Oui. Au début, je trouvais que le récit tirait en longueur. Au début seulement.
Le parti-pris n'est pas de proposer un livre jeunesse simplifié mais bien une longue version de manière presque exhaustive. Murielle SZAC propose ainsi par "feuilleton", ici Hermès, mais un autre Thésée et encore un en préparation, Ulysse, les différents cycles épiques de la mythologie grecque.

© Murielle SZAC et Jean-Manuel DUVIVIER/ Bayard jeunesse

Avec Hermès, nous assistons à la création du monde. Hermès fait partie des douze dieux résidant sur l'Olympe. Il est facétieux et curieux. Son enseignement auprès de ses trois nourrices lui permettent de voir le passé, le présent et l'avenir. Il peux ainsi découvrir ce qui s'est passé avant lui (Ouranos et Gaïa, les naissances fantastiques des Titans, des dieux, des hommes) et ce qui se passera pour sa descendance (ses fils feront équipe avec Jason).

© Murielle SZAC et Jean-Manuel DUVIVIER/ Bayard jeunesse

Nous découvrons peu à peu certains épisodes des mythes grecs: Prométhée et sa foi en l'homme, persécuté par Zeus, Perséphone capturée et détenue aux Enfers, Orphée perdant son amoureuse, Le duel entre Bellérophon montant Pégase contre la Chimère, Persée tuant Méduse.

© Murielle SZAC et Jean-Manuel DUVIVIER/ Bayard jeunesse

Mais encore plus. Ce sont les défauts et les emportements des dieux que nous découvrons: leurs amoures, leur jalousie, leurs emportements mais aussi leurs soutiens. Ils jouent avec les hommes, changent les destins et modifient le monde (certaines victimes pâtissent et deviennent faune, flore ou étoiles).
Avec ce premier opus, Murielle SZAC offre la génèse de ce monde. La mythologie grecque se découvre sous la forme d'un roman, décrit par Hermès le fil conducteur mais aussi comme des prises de parole avec à chaque début d'épisode un résumé du précédent. C'est magnifique, imposant et servi par les illustrations de Jean-Manuel DUVIVIER très stylisées, souvent géométriques permettant d'évoquer bien plus que de décrire. Un peu désappointée au départ, je dois avouer qu'au fil des pages, je tombe de plus en plus sous le charme des formes inspirées.

© Murielle SZAC et Jean-Manuel DUVIVIER/ Bayard jeunesse

Parce qu'au final, ce livre doit se savourer. C'est une épopée qui se raconte au coin du feu, une aventure chaque soir, déclamée ou théâtralisée par un conteur. Je vous invite à lire cet avis argumenté.

***
Et puis oui, nous nous en servons comme un support de culture mais aussi de débats et d'apprentissage (cf premier lieu en haut du texte). En suivant en cela le pédagogue Serge BOIMARE, nous utilisons les épisodes comme d'un moteur de travail différent (en français mais aussi en géographie). Je m'aide en cela du magnifique travail d'un professeur, Bruce  DEMAUGE-BOST.
Mais surtout comme un appel aux réflexions sur nos émotions et nos conflits intérieurs: en suivant les caprices décrits, les tueries fantastiques, les trahisons, les orgueils et mauvaises fois, l'enfant serait à même de trouver des références culturelles et langagières pour mettre des mots sur leurs maux.


vendredi 8 août 2014

Les p'tits philososphes 2

Il n'y a pas d'âge pour commencer à philosopher. Si vous lisez ce média, vous savez déjà que ce thème me tient à coeur. Demain je revois ma vieille amie, pas vieille par l'âge non mais une amie de 20 ans, et surtout je revois ma filleule que je n'ai pas vu depuis... pfiou près de 2 ans. Bah oui je ne suis pas fière surtout que la miss est toute petite encore. Alors pour l'instant, ce ne sont pas encore de grandes conversations téléphoniques, ni de grandes correspondances (même si elle possède déjà des petites cartes un peu longues). Pour l'instant, je lui offre des cadeaux, des jouets et bien-sûr des livres. Voici celui qu'elle recevra donc demain.

© Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et Dorothée de MONFREID: Bayard jeunesse

"Les p'tits philosophes 2" de Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et illustré par Dorothée de MONFREID est le résultat d'un choix éditorial des petits "Pomme d'Api". Dans ce second tome sont ainsi reprises les petits bandes-dessinées sur les thèmes abordés à chaque sortie avec un suivi de réflexion.
Au fil des pages, 18 questions sont présentées. A chacune: 3 pages de BD, une double page de prolongement. Et le fini est convainquant pour cette tranche d'âge (3-6 ans).
- Pourquoi y a-t-il des méchants? - Pourquoi on aime bien rire? - Pourquoi c'est moi qui suis né? - Pourquoi on ne peut pas se promener tout nu? - La mort, ça dure combien de temps? sont des exemples de questions traitées.

© Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et Dorothée de MONFREID: Bayard jeunesse

 Les petites histoires sont celles du quotidien de l'enfant. Mais à chaque fois, l'un des personnages se pose la question tout en proposant avec ses copains des réponses. Une double page offre une parenthèse pour que le lecteur s'arrête et se questionne puis quelques pistes sont offertes et des mots d'enfants, et à nouveau des prises à parti du petit lecteur. Le propos est simple et les réponses sont proposées en quelques lignes claires. Elles permettent une réflexion douce. La jalousie, la naissance, le choix, les idées, la famille, les goûts. Souvent le propos reste à teneur des enfants, de leur quotidien, d'une explication des émotions ou d'une incitation à aller en parler à un adulte. Vous ne trouverez pas là matière à débattre en société. Mais est-ce vraiment ce que l'on attend pour l'âge cible? Vous trouverez juste matière à réfléchir sur le moment avec un autre regard ou à se mettre à la place des autres. C'est déjà pas si mal.

© Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et Dorothée de MONFREID: Bayard jeunesse

A voir donc avec le premier tome!

lundi 5 août 2013

Pense pas bête

"Pense pas bête" de Gwénaëlle BOULET et Anne-Sophie CHILARD, illustré par Pascal LEMAITRE est une petite mine d'or. Ce livre fluo reprend les pages du même nom éditées dans le petit magazine Astrapi. Bien-sûr j'adore et peu étonnant j'y retrouve les réponses ouvertes et toutes les voies possibles des livres Philoz'enafnts dont je vous parlerais dans ce média de manière plus détaillée : normal le conseiller philosophique n'est autre que l'auteur de ces derniers, Oscar BRENIFIER. -Rajout du 11/04/2014: attention le titre et la couverture ont changé, il s'agit maintenant de "Les grandes questions philo des 7-11 ans, Pense pas bête tome 1".

© Gwénaëlle BOULET, Anne-Sophie CHILARD et Pascal LEMAITRE/ Bayard jeunesse

Il reprend en 4 pages plusieurs thèmes abordés dans des ateliers avec des enfants de 7 ans et plus. C'est quoi la honte? C'est beau ou c'est pas beau? Est-ce grave de se tromper? Pourquoi veut-on toujours plus? Trente notions sont ainsi mises en scène. Les possibilités de réponses avec des exemples concrets apportent une réflexion quelque fois elle-même rediscutée. Le texte est très très clair, il n'est pas simpliste, reprend toutes les nuances de réponses et amènent même à certaines conceptualisations. Le propos met en avant une mise en situation immédiate superbement illustrée par de petits personnages. Le concept, la réflexion, le dialogue répondent aussi à un code couleur, permettant de bien suivre.

© Gwénaëlle BOULET, Anne-Sophie CHILARD et Pascal LEMAITRE/ Bayard jeunesse
Le livre est vivant dans sa lecture et même se veut par moment interactif: le jeune lecteur a le choix des réponses, peut aussi la créer.

© Gwénaëlle BOULET, Anne-Sophie CHILARD et Pascal LEMAITRE/ Bayard jeunesse

Pourquoi les parents font-il des enfants? Est-ce grave de se tromper? Pourquoi y a-t-il des chefs? Faut-il toujours obéir? De nombreuses questions amènent aussi concrètement une réflexion sur la vie même des enfants: elles expliquent les règles, les lois, l'autorité naturelle des adultes mais aussi leur permet d'être critique sur leur outre-passements, les dérives de ce que l'adulte leur demande. Le propos présente aussi les erreurs des grands. Sans minimiser les fautes de tous, les réflexions attribuent une explication et un début de dialogue.

© Gwénaëlle BOULET, Anne-Sophie CHILARD et Pascal LEMAITRE/ Bayard jeunesse

D'autres questions amènent vers des réflexions plus scientifiques, spirituelles ou morales: l'homme pas tout-à-fait un animal parmi les autres, la place de la vie sur Terre, la place de Dieu, les sentiments et leurs manifestations (jalousie, amour, orgueil etc...).

Tout n'est pas, pour moi, de la même qualité. Certains thèmes sont succinctement abordés mais cela est peut-être juste le rendu des discussions réelles menées avec les enfants. La réflexion est lancée, les concepts presque abordés. Une valeur sûre!

mercredi 12 juin 2013

La véritable histoire de Diego le jeune mousse de Christophe Colomb

Je suis très sensible aux pédagogies alternatives. Quel lien avec ce livre, me direz-vous? Et bien j'aime la notion de "living books" présentée par Charlotte MASON, enseignante britannique du début du XXème siècle et dont la philosophie de l'éducation est très répandue dans les famille en homeschooling (école à la maison). Les living books sont des livres écrits par un expert du domaine traité, un scientifique pour de la physique etc... mais aussi comporte une dose de vie. Les biographies font ainsi parti du lot.
La collection "Les romans images doc" de Bayard jeunesse répond en partie à cette attente. Les courts romans peuvent faire partie des premières lectures à partir de 8 ans et présentent la vie réelle, quoique bien réduite pour le format d'un personnage rentré dans la grande histoire par une petite porte. A travers les pages de cette histoire qui permet une vraie identification de l'enfant, il trouvera des focus documentaires succincts mais très clairs, avec des cartes et les dates importantes de la grande histoire concernée.

© Corinne VANDELET et Philippe MUNCH/ Bayard jeunesse

"La véritable histoire de Diego le jeune mousse de Christophe Colomb" de Corinne VANDELET et illustré par Philippe MUNCH nous entraine à la suite de ce fils d'aubergiste embarqué sur le navire de Colomb lors de son premier voyage à la découverte des Indes par l'Ouest et l'océan en 1492.
© Corinne VANDELET et Philippe MUNCH/ Bayard jeunesse

Diego découvre la vie de marin, à la dure mais protégé, vit aussi le manque de confiance en Colomb en étant témoin du complot contre lui. Puis, avec le célèbre explorateur, il découvre  les îles des Bahamas, San Salvador en particulier, puis Hispaniola (Haïti).
Ce ne sont pas des Indiens d'Inde, le choc des culture est évident: les espagnols veulent des richesses et les Taïnos, indigènes vivant en autarcie, sont pacifiques. Diego se fait un ami pendant l'aventure, Miguel le mousse de l'Amiral Colomb. Avec lui il découvre un peu plus du peuple autochtone grâce à Taïna, une jeune Taïnos.

© Corinne VANDELET et Philippe MUNCH/ Bayard jeunesse

L'intérêt est aussi ailleurs que dans le récit. L'exploration de Christophe Colomb est explicitée dans le texte mais les encarts sont très engageants, ils permettent d'aller plus loin dans le contexte historique mais aussi dans les connaissances de l'époque et la présentation des personnages célèbres.
Les explorations espagnoles et portugaises, les caravelles et une description du navire de Colomb, les instruments de navigation ou les indiens. Quelques mots explicatifs mais surtout des éléments complétant la vie du grand personnage et ouvrant la part d'histoire sur d'autres perspectives.
C'est un parfait compromis entre un léger documentaire très ciblé et une première biographie.

lundi 10 juin 2013

Les vers à soie


Toute leur vie dans une boite! Des maîtres sans cruauté,
Des générations, au seul fruit de leur labeur
Attachés, leur apprirent si bien à patienter
Que jamais ils ne bougent. Silencieux ils demeurent,
Fantômes de papillons, même quand sur leur prunelle
De jais tombe le soleil, ou la lune sur leur aile.

Regarde, c'est un jouet d'enfant! Et même pas fermé!
Qu'ils grimpent, qu'ils volent, leur arbre serait le monde entier;
Mais taisons-nous! se disent-ils, nous sommes prisonniers.
Comme personne ne vient leur parler de liberté
Ils ne sont pas libres, mais liés par des voix d'antan,
Dans un rêve trop profond pour des mots, ou le vent.

Même aux jeunes, pareils à de petits dragons verts
Qui rampent si pleins de vie sur leurs feuilles de mûrier,
On dirait que la voix a parlé: ils se terrent
Où ils ont à manger, où ils sont en sûreté,
File, file ton cocon, leur murmure la voix,
Dors, dors, tu seras bientôt enroulé en moi.

Quand du long sommeil vient le moment de sortir
Un dessin de feuilles orne leurs pâles ailes incurvées,
L'ombrage des arbres, de la lune un blanc soupir;
Et quand le lilas leur offre, par les nuits d'été,
Son nectar pour célébrer leurs noces, imaptients
Ils s'en enivrent, d'une si longue attente tout vibrants.

Ils s'agitent, songent à s'échapper, puis se rappellent:
Il est interdit, interdit de fuir jamais;
Les Mains veillent au dehors. Et tel le feu du ciel,
La voix ancestrale dit Non! Chacun se soumet.
La nuit appelle bien d'indicibles régals,
Mais la terreur est partout, immense, abyssale,

Et la tribu est là, où ils n'ont rien à craindre,
Ils vivent ensemble, doux et gentils, bien à l'abri
Tout trouve sa réponse au moment de s'éteindre
A l'orée de la mort, amants, amantes s'apparient,
Ce pincement de joie - les papillons convolent,
Leurs ailes duveteuses bourdonnent, ils rêvent qu'ils s’envolent.

Poème de Douglas STEWART 
(extrait de "L'homme qui court" de Michaël Gerard BAUER dont je parle là, traduit par David CAMUS et Dominique HAAS)
(source image: Gravure de l'Encyclopédie de Diderot et de Jean le Rond D'Alember, montrant les étapes de la sériciculture)

Le mystérieux cercle Benedict

Bon, il faut l'avouer, j'ai été attirée par la couverture de Carson ELLIS avant même la quatrième de couverture. Une seule illustration cependant, "Le mystérieux cercle Benedict" de Trenton Lee STEWART avait toutefois de quoi me harponner.


Une annonce parait dans les journaux: "Tu es un enfant? Tu possèdes des aptitudes exceptionnelles? Tu souhaites vivre une expérience unique?". Beaucoup d'enfants se rendent au concours. C'est déjà surprenant: les enfants ne lisent pas les journaux. Et puis les tests sont extrêmement compliqués: beaucoup essayent et seulement 4 sont choisis. Ils entrent dans une équipe d'espions menée par Mr BENEDICT et seront amenés à intégrer une pension pour orphelins tenue par Mr CURTAIN.
Nous suivons Reynie et ses copains Kate, Sticky et Constance. Ils vont devoir déjouer les pièges et mettre à mal un grand projet de contrôle de l'intellect humain.

Il s'agit d'un très bon roman d'aventures. Les épreuves sont à elles-seules de très beaux moments d'originalité où l'intelligence mais aussi la spontanéité, le caractère dégourdi et malicieux des enfants prennent tout leur potentiel. C'est fourmillant et plein de suspens.
Les personnages sont ici les pierres angulaires du roman. Le "Cercle Benedict" est un groupe d'enfants ordinaires et extra-ordinaires. Tout au long de l'aventure, les émotions enfantines, les attitudes et comportements sont au cœur des défis. Les enfants sont ainsi l'argile malléable, le potentiel à venir mais aussi la révolte.
Le lien entre les individus se créé de la solitude à la solidarité, à l'union. Du manque affectif à l'esprit critique.
Le roman parle aussi, d'une certaine façon, de la crise. De celle qui atteint les adultes, crise économique mais aussi démoralisation, déprime. Les médias mais aussi le manque d'esprit critique sont mis au pilori: la manipulation intellectuelle est possible. L'objectif du méchant scientifique CURTAIN est de prendre le pouvoir mais aussi d'atteindre l'homme dans ce qu'il a de plus cher.

Même si la fin m'a un peu déçue, les aventures trépidantes des enfants nous emportent volontiers. Le fantastique est ici doucement dosée et c'est avec plaisir que je suivrais la suite.

D'autres avis, le hérisson ici, ou ici.

mardi 9 avril 2013

Le loup des sables (-, encore lui !)

"Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY a été distribué dans les écoles primaires suédoises à tous les enfants de 6 ans. Et même si je ne m'aligne que rarement aux choix du plus grand nombre, j'avais envie de m'y plonger. Le tome 1 et le tome 2 "Le loup des sables, encore lui!" ne formant à la base qu'un seul livre, je me suis ruée sur les 2! Et je ne suis pas déçue.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Zackarina est une enfant. Elle vit avec ses parents dans une petite maison près de la mer. A la première frustration, et elle en a, enfant unique, en demande constante d'attention, la fillette court à la plage pour ruminer sa colère ou son chagrin. Mais sur la plage, dans le sable, dans ce trou fait à la main... une truffe noire accompagnée du reste du corps d'un animal: un loup des sables, un animal fantasmé de grains de sables, se nourrissant de rayons de soleil et de clairs de lune. Et le loup va devenir le confident mais aussi la source de discussions et de réflexions.
Avec fantaisie, lucidité et poésie, le loup des sables rebondit sur les peurs de Zackarina. En revenant de la plage, elle est plus sereine, plus à l'écoute.

Même si le procédé est effectivement très répétitif: la fille part de chez elle en colère, retrouve le loup des sables sur la plage et revient chez elle avec une solution, il n'en reste pas moins que les 30 histoires du premier tome et les 15 du second apportent justement une pertinence à des questions existentielles. Il y a de l'explication et aussi, surtout une poésie propre à l'enfance.
Le propos n'est pas tant de savoir si le loup est réel mais bien qu'il apporte un soutien et des pistes pour grandir. Des manières de ne pas laisser la solitude nous prendre, de presque récompenser les actes d'espièglerie et d'aventure enfantine, de ne pas oublier ce qu'est l'enfance. Des explications sur les faits incompréhensibles.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Il s'agit d'un conte initiatique. Les français semblent le rapprocher du "Petite prince" de SAINT-EXUPERY, il y a effectivement de belles vérités et de subtiles réflexions. L'auteure nous apprend plutôt s'être inspirée d'une autre forme de poésie amenée par les Moomins du duo JANSSON et plus précisément par le personnage de Renaclerican (ou Pipo).

Ce livre est revigorant. Zackarina est toute malicieuse et garde son énergie. Elle bouge, roule, hurle, se défend.
C'est aussi un très beau livre sur la parentalité et ce soit-disant devoir d'autorité. La maman part de la maison pour travailler, le père semble travailler à la maison. Ils sont débordés, pris par leur occupation puis attentionnés et patients... un peu parents modèles tout de même.
Et puis il y a cette liberté de mouvement, les portes sont ouvertes. Zackarina sort toute seule, va sur la plage, peut même "partir en randonnée". C'est une ode à la nature, à la respiration du dehors, un hymne au mouvement spontané des enfants.
Le(s) livre(s) mérite(nt) lecture et relectures...

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Vous pouvez retrouvez ici l'interview d'Asa LIND.
Et ces deux livres m'ont inspiré les illustrations précédentes: le loup des sables suédois, les illustrateurs des contes lus par la maman de Zackarina ou dont parle le loup des sables.

mardi 2 avril 2013

Le rêveur

"Le rêveur" de Pam MUNOS RYAN et illustré par Peter SIS est un petit ovni. Sous un format de roman, nous découvrons un conte proposant une belle proposition pour entrer dans l'univers du poète Pablo NERUDA.

Neftali est un garçon malingre, bègue et rêveur. Il est souvent malade et son comportement devient vite un sujet de colère paternelle.
Neftali rêve de partages avec son père. Peut-être pendant cette journée en forêt avec son travail, peut-être pendant les vacances à la mer... il siffle au cours du trajet, c'est pourtant bon signe. Entre ce père, souhaitant des fils forts, aux métiers convenables et valorisants, et ce second fils toujours dans la lune et dans ses livres, une tension nait. Elle ne partira pas de la maison familiale. Neftali va par contre réussir à grandir, toujours collectionneur invétéré, mais aussi maintenant lecteur assidu et poète. Il s'épanouira même dans l'écriture et dans la révolte contre le gouvernement de son pays, le Chili, et l'oppression faite aux autochtones, les Mapuches.

" Bien qu'il eût changé de nom, il ne pouvait pas se détacher de son histoire personnelle, et celle-ci imprégnait ses écrits. Certaines suites de mots évoquaient le rythme de la pluie qui avait baigné son enfance; ses souvenir d la grande forêt explosaient en phrases lyriques, aussi poisseuses que la résine de pin, aussi craquantes qu'une carapace de scarabée. Certains vers s’étiraient lentement, d'autres s'arrêtaient net, fidèles à l'alternance des vagues fortes ou faibles qui déferlaient sur le rivage; d'autres encore, semblables aux notes plaintives d'un harmonica solitaire, se balançaient doucement."

Le récit est émaillé d'envolées lyriques et de petites illustrations de Peter SIS presque surréalistes. Il demande peut-être une seconde lecture pour mieux interpréter les signes, découvrir toute la poésie que le jeune Neftalí Reyes (Ricardo Eliecer Neftalie Reyes Basoalto) entrevoit dans sa vie, dans la nature, la météo ou les objets témoins d'une vie fabuleuse.
J'aime les onomatopées qui rythment le récit et les détails de cette nature... comme le scarabée, la pomme de pin ou le chucao, devin des forêts. Et le choix de ponctuer l'histoire par un poème de Pam MUNOS RYAN et de proposer des voix de compréhension de poèmes de Pablo NERUDA est fort agréable. Cependant la police de caractère, l'espacement des lignes, le format, et quelque part, le récit m'ont laissé perplexe.A relire donc pour entrer dans le rythme.

mercredi 27 mars 2013

" - Ah! Tu remues trop...,


bougonna le loup. Facile à dire. Ce sont des adultes. Ils ont oublié.
- Oublié quoi? poursuivit Zackarina.
- Que le corps tout entier gambille et frétille quand on grandit, comme une poêlée de pop-corn! Toi et moi le savons très bien, et n'importe quelle petite grenouille aussi. Mais les adultes ne grandissent plus, ils oublient ce que ça fait!
Il se leva d'un bond et sautilla sur la plage, en entonnant cette chanson d'une voix éraillée:
- Comment rester sage et tranquille
Quand tout le corps fourmille!
Comment rester tranquille et sage,
Quand les jambes aiment le tapage!"
(extrait de "Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY, Bayard jeunesse)

mercredi 2 janvier 2013

Adama N'Diaye, le Tout Premier Griot du Monde

Derrière ce livre blanc et bleu il y a les couleurs de la savane et de la brousse. "Adama N'Diaye, le Tout Premier Griot du Monde " d'Alain KORKOS nous offre 4 contes dans la tradition orale africaine.

 © Alain KORKOS/ Bayard jeunesse

Le début de l'oralité avec ce baobab millénaire, Gouye-le-Baobab, spectateur muet de la savane africaine. Des saisons passent, des animaux le frôlent, des humains viennent l'admirer. Et le baobab écoute, inscrit dans sa mémoire toutes les histoires... mais reste muet. Un marcheur passe, se repose dans son tronc creusé par l'âge et s'endort... des saisons et des saisons... en se réveillant, l'homme découvre que le baobab lui a transmit sa mémoire et toutes les histoires de l'Afrique.

© Alain KORKOS/ Bayard jeunesse

Mais aussi l'histoire des poissons chats jaunes et de Jasit-le-Crocodile bleu, ou comment devint t-il vert de peur et comment les étoiles sont nées.
Ou comment Bouki-la-Hyène a gagné les tâches sur sa fourrure et comment Njamala-la-Girafe obtint son long cou.

© Alain KORKOS/ Bayard jeunesse

Ces contes étiologiques sont courts comme une histoire au coin du feu sous les étoiles mais superbement imagées, les animaux avec leur nom Wolof. L'oralité africaine offre là quelques exemples de cosmologie et de relation animale. Comme un pendant africain aux "Histoires comme ça" indiennes de KIPLING.
Les images géométriques d'Alain KORKOS peuvent être déroutantes et pourtant, peu à peu elles apportent un plus, comme une image symbolique.

mardi 2 octobre 2012

L'homme qui court

"L'homme qui court" de Michaël Gerard BAUER est une belle proposition.


Joseph est un garçon réservé, timide et transi de peur. Autour de lui des femmes, sa mère, la voisine pipelette, Madame Mossop, qui a un avis sur tout, l'autre voisine mystérieuse (les parents Leyton sont morts dans un accident, restent dans la maison les frère et sœur maintenant adultes et seuls)... les hommes sont assez absents: le père parti travailler très loin, le commerçant comme un réconfort clownesque. Joseph se débat entre solitude et cauchemars dont 'un est cette course poursuite, cette attaque, de l'homme qui court.

Sa voisine Caroline Leyton, un jour, lui propose des travaux de jardin et, pour son travail scolaire, de dessiner le portrait de son frère, Tom. Mais Tom est ce cinquantenaire cloîtré dans la maison familiale, il est mystérieux, invisible et peut-être dangereux, sûrement d'ailleurs, il est revenu se terrer dans cette maison, il avait été professeur, il a été renvoyé, il ne sort plus... Dangereux!
Sauf que, par défi, pour ne plus être considéré comme un peureux, pour "devenir un homme" fort comme le veut son père, Joseph va accepter.

Cette rencontre entre le bourru et l'enfant se délie au fil des pages. Du silence, des croquis, des regards puis de la curiosité pour l'intérieur de boites à chaussure... des œufs de vers à soie.
Ils ont l'air desséché, vide... et comme par volonté ils vont revenir à la vie. L'homme y croit et Joseph croit qu'il y a quelque secret derrière l'homme.

Et à travers les mots, ce sont les affres de la vie, les douleurs, les drames qui balafrent les corps. Tom se livre en offrant des bribes, en s'ouvrant de ses peurs, il revient cassé de la guerre du Vietnam. Joseph évoque ses souffrances... et cet homme qui court, affolé, dégingandé.

La métamorphose des vers à soie en magnifiques papillons enfermés à vie à l'intérieur d'une boite est un prétexte à la métamorphose des hommes: l'enfermé et sec Tom, l'enfant Jospeh... et pourquoi pas l'homme qui court au devant du paradis ou en fuyant l'enfer.
Le cycle de vie et les métamorphoses de l'homme suivant le court de sa vie sont ici magnifiquement retranscrits par les mots, les silences mais aussi le cycle de vie des vers à soi, les dessins de Maurits Cornelis ESCHER ou de Lynd Ward (ou la monstruosité humaine) mais aussi par les poèmes, de Douglas STEWART "Les vers à soie" et de John MILTON issu du "paradis perdu".
Faut-il donc croire aux miracles? Faut-il avoir la foi en dieu, en l'homme?

Merci à Anaïs et au Divan Jeunesse
Rajout du 10/06/2013: poème de Douglas STEWART sur les vers à soie, extrait du livre.