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mardi 22 mars 2016

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

"Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill" de Jean REGNAUD et illustré par Émile BRAVO nous entraine dans les souvenirs de l'auteur.

Le premier jour de classe dans une nouvelle école, Jean répond aux questions de la maîtresse: que font tes parents? Il panique et brode. Mais il se fait aussi un nouvel ami, Alain. En rentrant à la maison avec Yvette la gouvernante, il retrouve Paul le petit frère et enfin le père seul. La maman est absente et personne n'en parle.
Il y a bien cette gouvernante, toujours là, affectueuse, les garçons seraient presque tentés de l’appeler maman. Oui mais elle n'est pas une maman. Sans enfant, pas l'amoureuse du papa, elle partira peut-être.
Michelle, la voisine avec qui Jean joue, quand elle n'est pas occupée à ses jeux de grande, s'étonne qu'il ne soit pas au courant. Mais elle est partie en voyage. Tiens d'ailleurs elle a reçu une carte postale chez elle avec Jean comme destinataire, parce qu'il ne faut prévenir personne. Jean ne sait pas encore lire, pas de problème, Michelle la lui lit. La maman de Jean est en Espagne. Une autre carte postale arrive, elle est maintenant en Amérique et a rencontré Buffalo Bill, puis en Afrique.

© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

Jean vient juste de rentrer au CP, lui et son frère ne sont pas bien vieux. Ils ne veulent que s'amuser et avoir maman avec eux. L'arrivée d'un psychologue à l'école marque aussi les angoisses. S'il prend un enfant en entretien, il l'envoie aux SS des nazis et déclenche comme il se doit les cauchemars des enfants. Surtout qu'Alain est convoqué... puis Jean.

Pendant une année scolaire, Jean va grandir et découvrir ce que sont les parents, la famille. Une ulcérée et hurlante, comme celle de sa voisine Michelle. Une atypique, tellement peu conventionnelle et pourtant passionnante qu'est celle d'Alain.
Il y a bien les grands-parents. Les parents de la maman, tristes, chez qui les deux enfants s'ennuient ferme. Ou Mamie Edyth, la grand-mère paternelle au "oui, bien sûr!" au bord des lèvres offrant une liberté totale si elle n'est pas dérangée.
Et puis il y a ces amis, les Ossard, un couple de vieux. Ils sont attendris mais Jean et Paul ne comprennent pas ce qu'ils font là. Les occupations proposées sont automatiquement contrecarrées.


© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

Toute l'atmosphère d'une enfance de petit garçon dans les années 70 est retranscrite dans cette bande-dessinée. La télé, les premiers dessins-animés, les jeux, l'ennui.
Cette année sera charnière, l'enfance insouciante laisse place à une compréhension et sa forme de désillusion. Jean croyait encore au Père-Noël, confondait les SS et les Séss éducatifs. Il ne comprenait pas les adultes si graves et ne recherchait que le réconfort des adultes et le visage maternel qui s'efface de son souvenir.
C'est émouvant et très emprunt de vérité!


samedi 12 mars 2016

"Ce beau marin à la barbe douce et aux yeux de ciel et de mer, je le veux pour moi!" - Le feuilleton d'Ulysse


"Tu es assurément la plus belle, ô Calypso. Je n'y avais pas songé, mais oui, bien sûr, le visage de Pénélope a dû vieillir. Son corps aussi. C'est une femme, pas une déesse comme toi. Pour autant, ne le prends pas mal, je préfère la retrouver, elle. Chacune de ses rides me racontera une histoire, celle de la vie. Ses rides me parleront de son immense douleur et de la mienne à vivre séparés l'un de l'autre; certaines auront été creusés par ses larmes. Sans doute me croit-elle mort. Je veux que d'autres rides se creusent sur ses joues, avec les larmes de joie qu'elle versera à mon retour. Oui, je veux que mes doigts caressent les plis de sa vie et qu'elle caresse les miens. Car nos cœurs, eux, sont sans rides. Personne ne me connaît mieux qu'elle. Pénélope comprend tout de moi, sait tout de moi, aime tout de moi. Elle est la mémoire de moi-même, ma seconde peau. Toi, tu chantes et tissent divinement, déesse, mais elle chante et tisse mon histoire et ma renommée. C'est infiniment plus précieux pour moi. Et puis, tu sais, l'immortalité que tu m'offres en restant ici à jamais avec toi est une autre manière de mourir... Si personne ne porte la mémoire de ce que je suis, je suis mort. Pénélope, elle, le fait jour et nuit. Elle est mon autre moi-même, ma moitié d’orange."

(extrait du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC, Bayard jeunesse; source photo AWTB)

mardi 21 juillet 2015

Nanouk et moi

Vous vous souvenez de ce film documentaire, "Nanouk l'esquimau"? Je l'avais vu enfant, j'ai aussi lu des livres sur ces peuples du froid, de la fiction et des essais. Alors "Nanouk et moi" de Florence SEYVOS arrivait en terrain conquis.


Thomas a rendez-vous avec le docteur Zblod pour parler de ses cauchemars. Thomas ne sait pas quoi dire, il lui faut faire attention aux mots et avoir confiance. Et puis ses cauchemars se font le jour et dépendent d'un homme inconnu. Nanouk l’esquimau est mort, une phrase au début du documentaire le dit. Thomas est si triste qu'il pourrait se noyer.
Le docteur le prend au sérieux. Ils parlent de leurs conditions de vie, des températures, de la chasse où Nanouk/ L'ours est reconnu. Ils évoquent le désarroi de la famille en deuil de Nanouk. Peu à peu ils égrainent les tristesses, vécues et ressenties et l'adulte l'amène à évacuer le trop plein. Grâce à lui, Thomas va être joyeux, même un peu trop, et trouvera lui aussi son ours.

"Je me suis réfugié contre la cloison et j'ai pleuré avec un chagrin comme je n'en avais jamais connu. Un chagrin dont je ne voyais pas le bout. Je me rappelle avoir pensé que j'étais trop jeune et trop seul pour affronter un tel chagrin. Il était au-dessus de mes forces. Peut-être est-ce la définition du chagrin."
La force de ce petit roman n'est pourtant pas tant l'évocation de ce chasseur qui a vraiment existé, vécu durement et est mort de froid, de fatigue ou de faim très jeune. Ce sont les émotions ressenties par l'enfant, sa sensibilité, son rapport à la mort.
La mise en confiance, la relation d'égal à égal, même si Thomas est un enfant et que le docteur le lui rappelle bien, tout cela aide Thomas a réagir, seul mais accompagné. Les angoisses et l'hypersensibilité sont décrites, posées, dépassées. La tristesse exceptionnelle fait place à la triste normale.

dimanche 10 mai 2015

Un paradis pour Petit Ours

J'aime suivre les collaborations de l'illustrateur Wolf ERLBRUCH, il s'agit souvent de livres pour enfants avec des thèmes d'adultes. J'aime, j'aime. J'aime ne pas prendre les petits lecteurs, auditeurs, pour des petits naïfs.

© Dolf VERROEN et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse

"Un paradis pour Petit Ours" de Dolf VERROEN et illustré par Wolf ERLBRUCH est un court album. Papi Ours vient de mourir, Petit Ours est inconsolable. Maman Ourse a beau lui dire qu'il était vieux et fatigué, qu'il sera mieux au paradis, rien n'y fait. Et puis le monde ici bas est moche, gris, sans attrait, il veut retrouver son grand-père et aller dans ce paradis si fabuleux.
Petit Ours part ainsi à la recherche du paradis. Très pragmatique, il va demander aux prédateurs de le manger. Mais ce n'est pas si simple. Le crocodile ne veut pas déguster ses pattes, le serpent a trop froid pour penser à manger, la girafe ne veut pas croquer d'ours et, comble du comble, le tigre a déjà mangé.

© Dolf VERROEN et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse
 
Quelle poisse! Même d'en haut la terre est moche, le ciel et ses constellations sont d'ici bien fades. Petit Ours cherche encore... et il va trouver son paradis.

© Dolf VERROEN et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse

Cet album parle du deuil, de cette tristesse qui atteint tout. Il parle de cette solitude qu'il faut dépasser et reconsidérer la beauté du moment. C'est doux, chaleureux malgré le thème. L'auteur se place bien dans la peau d'un enfant. Les illustrations sont toujours aussi intemporelles, des collages, peu de décors et pourtant le propos est tenu et l'essentiel est dit.


dimanche 12 avril 2015

Les cheveux de Léontine

Vous pouvez retrouver "Les cheveux de Léontine" de Rémi COURGEON dans son album recueil dont je vous parlais là, en plus de cet album cartonné grand format.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Une enfant porte un prénom qu'elle n'aime pas, "Léontine la honte", et se cache derrière ses cheveux. Noirs, ils sont magnifiques mais pourquoi donc les garder aussi longs et quel visage cache-t-elle derrière? Elle doit justement en avoir honte, c'est sûr!

© Rémi COURGEON/ Nathan

Mais Léontine les garde car elle les tient de son père mort et reste derrière parce que trop timide. "Ce rideau séparait Léontine des autres. Cela les agaçait et parfois les rendait méchants." Chahutée, elle tombe et se fait rattraper par... ses cheveux. Ils ont une vie propre. Ils lui apportent liberté et force et frémissent quand la garçon chanteur de la classe d'à côté passe près d'elle.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Rémi COURGEON nous offre là une ode à la liberté d'être soi. Bousculés par les autres, les enfants sensibles apprennent à s'assumer et à vivre pleinement. Cela donne de la poésie dans le comportement et dans les frémissements des premières émotions.

mardi 7 avril 2015

Le ciel d'Anna

Stian HOLE est un illustrateur déconcertant. Il m'a fallu lire son premier album entièrement pour découvrir que cette sensation assez désagréable devenait une immersion surréaliste dans un univers d'enfant. Avec sa série sur ce garçon bien sympathique qu'est Garman, je suis devenue addicte.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

"Le ciel d'Anna" laisse encore plus la place aux illustration, le texte étant moins présent. Anna n'est pas pressée de suivre son père. Elle est là, la tête ailleurs à regarder le monde autour d'elle, à imaginer et à rêver. Lui est prêt, en costume, les fleurs aux bras et puis la cloche sonne dans l'église au bout du fjord.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Anna parle à son père, de ces impressions, de ce qui lui murmurait sa mère. C'est l'absente. Anna propose une évasion surréaliste à son père... dans l'eau, dans le ciel, dans la multitude de la faune et flore réelles et imaginaires. Sa maman a rejoint les invisibles. Anna découvre leur contrée. Mais où est-elle? Dans le jardin de Dieu ou à prendre le thé avec des êtres disparus... le monsieur aux timbres de la rue de Garman peut-être mais aussi Picasso ou Elvis.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Avec énormément de poésie, Stian HOLE offre un regard d'enfant sur le deuil, sur les premiers moments de manque et d’absence de l'être aimé. L'enfant a la tête ailleurs et les illustrations montrent bien son imaginaire onirique mais c'est aussi ce rapport d'après la mort qui apparait.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

La religion apparait ici dans l'après mort, le ciel: un espace et des occupations d'invisibles. Mais aussi les préoccupations de Dieu, ses yeux partout, ses correspondances avec les hommes, sa capacité à refaire le monde peut-être.


mardi 6 janvier 2015

Frida et Diego au pays des squelettes

L'année 2014 nous a offert un magnifique dessin animé sur la fête des morts au Mexique "La légende de Manolo". Nous avions ainsi découvert une autre forme d'appréhender la vie et la mort. Ce livre illustré contribue aussi à faire connaître cette fête nationale.

© Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

"Frida et Diego aux pays des squelettes" de Fabian NEGRIN est un album assez court comme une porte ouverte sur la culture mexicaine.
Toute la journée, Frida prépare avec sa famille la fête des morts et le soir venu, elle aide à rendre festif les tombes de leurs proches. Diego, son amoureux, est là aussi, il a un petit crâne en sucre dans la bouche encore mais surtout, il est en train d'embrasser sa meilleure amie. Frida n'y tient plus. Folle de jalousie, elle court à sa poursuite et tombe après lui dans une tombe vide, pile vers le pays des squelettes.

© Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

Un xoloitzcuintli, petit chien mexicain sans poil, la trouve en bas. Elle découvre une fête, des jeux, des courses, de squelettes bien animés. Diego a rencontré une dame squelette et est ravi. Mais le xolo veille.
© Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

Alors bien-sûr il y a l'aventure de ses deux enfants qui ne sont que les représentations de deux peintres célèbres et amants, Frida KAHLO et Diego RIVERA. Une romance mais aussi une immense affection pour la culture mexicaine: les aliments de fêtes avec ces célèbres crânes de sucre (calavera de azucar) ou la sauce au chocolat (mole poblano), puis ce fameux chien que les amis aimaient dans la réalité.

 © Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

Je serais bien restée plus longtemps dans leur monde. Dommage l'album est court et sert juste de porte ouverte mais cela donne envie, grâce aux illustrations offrant aussi une belle part surréelle sous terre, de se plonger plus avant: des racines, des cactus et une nature luxuriante, une tresse sans fin.


*peinture de Frida KAHLO


vendredi 13 juin 2014

La vie à petits pas

J'aime énormément les vulgarisations scientifiques, historiques... Cela ne veut pas dire que j'aime la simplification mais j'y vois là des portes ouvertes pour plus de curiosité et pour, pourquoi pas, cumuler le nombre d'approches d'un même élément.
 
© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

"La vie à petits pas " de Jean-Benoît DURAND et illustré par Robin GINDRE répond à un des premiers mystères présenté à notre attente: d'où vient le monde, la vie et l'homme?

Ce documentaire délimite en fait de nombreux éléments importants.
D'une part les origines de la vie sur Terre et même les origines de l'Univers, des planètes et de la notre. Un défilé historique présente alors les premières bactéries, les premiers poissons, les premiers vertébrés, les premiers insectes et amène jusqu'aux premiers primates, cousins (comme Lucy célèbre 3 millions d'années plus tard!) et ancêtres de l'homme.
Puis c'est la notion de vie qui est mise en avant: la fécondation, l'alimentation, la croissance, la mort, l'extinction des espèces. L'homme et son rôle, les conséquences sur son environnement, écologique ou extinction des espèces ou encore voies du futur, le dangereux clonage.

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

En soi le pari est gagné: c'est clair et complet. Il y a aussi quelques petites pointes de bonne conscience un peu facile mais si les enfants ne peuvent avoir de débats ou d'autres supports en complément, ce documentaire est tout de même à choisir!

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

Ce qui fait d'autant plus l'intérêt d'un tel ouvrage est le discours adapté aux enfants par les illustrations de Robin GINDRE, d'une part, qui apportent énormément d'humour; mais aussi par quelques éléments bien appuyés: l'importance de l'eau, d'une enveloppe dure autour de l’œuf ou d'un embryon bien au chaud dans le ventre maternel.

mardi 13 mai 2014

Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher

La collection "Trimestre" des éditions Oskar propose des ouvrages toujours aussi justes. Par année, ce sont quatre albums aux textes courts mais riches et aux illustrations très particulières d’aplats de couleurs et de dessins, donnant à chaque fois un style gravure ou croquis et une belle bichromie.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

"Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher" de Benoît BROYARD et illustré par Laurent RICHARD est une tranche d'émotion.
Thomas se demande où est partie sa maman. Luc, son père, n'est pas bavard. En rentrant de sa journée de pêche, il prend son temps pour réparer les filets. Il faut le laisser travailler, ne pas le déranger. Oui mais l'enfant veut savoir et le papa ne veut pas montrer ses larmes, ce serait trop dur pour son fils.
Alors Thomas imagine sa maman redevenue sirène par malédiction à sa naissance. Il va aller lui parler, au fond de l'eau, elle va le cajoler et lui expliquer. L'enfant imagine des retrouvailles, une rencontre. Ce ne sera pas dangereux, la maman est sirène, il est donc à demi-poisson et puis en plus, elle viendra vite à sa rencontre.

© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

L'album présente ce manque de communication entre le père et le fils, une difficulté à dire l'indicible, une envie de ne pas culpabiliser, de ne pas amener plus de malheur. Le silence n'est pas un manque d'amour
A travers cette métaphore, l'eau est l'inconnu et l'attente pour l'enfant mais aussi le lien avec ses parents, le déclic. Un filet de pêche peut peut-être attraper une sirène et dénouer les larmes et les mots.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

Le travail de Laurent RICHARD est lui aussi une fantasmagorie. Le réel et l'imaginaire sont ainsi repris avec des croquis, des découpages bruts et des dessins à l'encre d'une science naturelle, d'une imagerie féérique ou de dessins industriels. 

lundi 20 janvier 2014

Où va-t-on quand on disparaît ?

L'auteure Isabel Minhos MARTINS, dont les livres étaient au début destinés pour de très jeunes enfants, nous offre depuis quelques années de petites pépites pour tous les âges.

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

"Où va-t-on quand on disparaît?" illustré par Madalena MATOSO parle de changements. L'eau s'évapore et monte au ciel, les nuages sont comme des fantômes et reviendront en pluie, les chaussettes restent toujours perdues une par ici, l'autre par là dans des endroits incroyables. Les doubles pages nous parlent du soleil, de son départ qui n'en est pas un mais bien 1 petit tour et puis revient, ou des roches qui, elles aussi, disparaissent.
Ce sont des leçons de chose avec en soi une belle poésie. Mais bien plus que cela, la mort est le sujet principal de ce livre. Elle est intrinsèque à la vie, pour tous, même pour les choses les plus pérennes dans son caractère de disparition. Elle ne se manifeste ou ne se comprend pas de la même manière, ne se vit pas non plus pareil en fonction de la situation. Ce manque, cette petite mort, est aussi celui de l'autre partit, ailleurs, sans soi mais pas forcément décédé.
Le propos est délicat, parle de religion sans jamais les indiquer. Ce sont des "idées" qui amènent à croire que nous allons tous quelque part, revenons, partons loin au paradis ou ailleurs, restons fantômes.
Il est question de cette absence de l'autre, où va-t-il?, mais aussi de ce manque à celui qui reste.
"Si on disparait sans que personne ne s'en rende compte, on ne disparait pas vraiment: pour que quelque chose disparaisse, il faut que quelqu'un l'ait d'abord vu et s'aperçoive ensuite de son absence.
Pour disparaitre, il faut toujours être deux." Avec l'absence il y a la solitude, marquée par les illustrations, et beaucoup de questions, si difficiles, sans réponse... comme une pelote de laine à démêler... quelque fois l’opération est possible avec de la patience, d'autre fois, il ne reste que soi, qu'un "écho". 

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Les illustrations assez géométriques pour certaines apportent un côté labyrinthique au propos, même si une ligne noire nous aide à trouver le chemin, vers l'après. Ce sont des pelotes de laine, des tables dont la perspective ne s'arrêtent pas, des branches d'arbres qui n'en finissent pas. Ce sont aussi des personnages en attente.

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Il y a des disparitions d'enfants sous la table pour nous faire sourire, des hommes transis avec leurs bouquets de fleurs ne voyant pas arriver l'être tendre, il y a des plages qui se créent là parce que leur sable est parti de là-bas mais il y a aussi le plus douloureux et ce livre permet d'en parler. Le livre est loin d'être triste pourtant.

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Et même dans le propos, nous partirons oui, mais en s'imaginant danser.
"Nous pouvons aller dormir ou danser. Ou danser pendant que nous dormons.
C'est mieux que rien...
Le rien est un endroit trop vide pour que quelqu'un puisse s'y trouver. Et si tout le monde finissait par y aller, il cesserait rapidement d'être le rien. (Et on ne peut pas lui faire une chose pareille.)"

Livre sacrément recommandable! Merci aux éditions Notari, continuez vos propositions touchent toujours juste!

mardi 12 novembre 2013

Le grand arbre et autres histoires

Je vais vous parler d'un livre que je n'ai pas. Parce qu'il ne faut surtout pas passer à côté. Il s'agit d'une compilation de 4 histoires écrites et illustrées par Rémi COURGEON:  "Le grand arbre", "Invisible mais vrai", "Trois jours en plus" et "Les cheveux de Léontine". Et il ne faut pas bouder son plaisir quand nous pouvons retrouver 4 récits d'une sensibilité fine pour un prix raisonnable. Les deux premières histoires étaient sorties en petit format souple et peu cher mais là, retrouver aussi deux grands albums déjà édités c'est comme un cadeau.
Alors pourquoi me permettre d'en parler: parce que si vous ne connaissez pas encore Rémi COURGEON, après les prix reçus par son album "Brindille", je ne peux que vous convier à son univers et parce que sur les quatre histoires, j'en ai tout de même 3!

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Je ne vous parlerais donc pas de ce fabuleux "Trois jours en plus", mon avis est ici, ni de "Invisible mais vrai" avis là mais du "Grand arbre".

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Un riche monsieur est en voyage d'affaires et survole un magnifique arbre. C'est décidé, il le veut près de sa piscine. Il peut tout acheter alors voici tout un groupe de personnes et de machines en train de déraciner le grand arbre. Oui mais voilà, une de ses racines est soudée à une autre, celle d'un petit arbre, planté chez la voisine, une vieille dame. Pas de souci, on coupe. Non ce n'est pas possible disent les jardiniers. Le secrétaire de l'homme riche tente d'intercéder pour récupérer le second arbre mais pas moyen. L'homme riche se déplace alors lui-même chez la voisine. Il était attendu, elle lui offre le thé et les tuiles aux amandes.
Et l'homme est déstabilisé. Personne ne prend soin de lui. La parole de la femme a coupé la dynamique de vie de l'homme. Pourquoi, comment? Peu importe, c'est l'anniversaire de la dame et l'homme lui demande ce qui lui ferait plaisir: de ré-enraciner le grand arbre. L'homme congédie son personnel et se met à la tâche.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Il y a dans cette histoire un rêve de gosse, inassouvi, un manquement qui, sûrement à force d'être répété, amène une manière de vivre. L'homme riche peut tout acheter mais il semble que le regard de la vieille femme le laisse démuni, désorienté, prêt à nouveau au contact, à l'échange.
Ce pourrait être un conte écologique: le grand arbre est soudé à un autre, il ne sera pas déraciné mais restera dans sa terre d'origine. Au début cela fait un peu penser à "Mia et les Migou" mais non.
C'est une tâche longue, dure, un labeur quotidien, qui pourrait être trivial mais qui n'est là pas, ne l'est plus. Il y a du partage, de la vie. L'homme s'enracine dans ce qu'il aime. Et le dernier coup de fil est magnifique.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Je n'ai pas lu "Les cheveux de Léontine" mais je suis sûr d'y trouver de cette sensibilité aux autres, à la différence, un retour à certaines valeurs. Non, rien de moralisateur, juste un petit encart sur du réactif.
Rajout du 16/04/2015: voici "Les cheveux de Léontine" lu ici.

dimanche 27 janvier 2013

Annie du lac

La littérature jeunesse est un divertissement pour enfant. Oui, soit. Mais c'est aussi une proposition de changement éclair d'atmosphère et l'offre d'une parenthèse dans notre quotidien. Comme pour une nouvelle, le choix des mots pour donner le meilleur en peu de pages est important. Chez certains auteurs (jeunesse), l’album devient un monde en soi d'autant plus vite que les illustrations aident à présenter la toile de fond.
Depuis que j'ai découvert Kitty CROWTHER c'est vers sa sensibilité que je reviens, j'y trouve des détails d'une manière de vivre, une certaine difficulté à être, des priorités, ici sublimés. J'avais décidé de parler moins du travail de cette auteure/illustratrice, parce qu'en terme de visibilité sur mon blog, elle devenait presque la seule lisible dans la colonne des auteurs. Mais me censurer ne me permet pas de suivre ici mes objectifs de blog: parler de coups de cœur, de sensibilité. Et bien que mes avis enthousiastes sur des univers singuliers soient nombreux, il est vrai que les parutions de CROWTHER sont encore les plus nombreuses dans notre bibliothèque familiale. Alors parce que je la relis... et que je vous ai parlé d'elle trop vite.

©  Kitty CROWTHER/ Pastel

"Annie du lac" est une femme bien solitaire. Elle vit dans cette petite maison sur la colline qui donne au-dessus du lac. Elle n'est pas très jolie et sa vie, sans amis, ne lui plait plus. Elle pourrait bien aller de l'autre côté du lac pour rencontrer d'autres personnes mais si elle était déçue ce serait encore pire. Lasse, elle décide le pire en plongeant dans le lac, près de ces trois îles, mouvantes, que les autres n'aiment pas et qui forment pourtant sa zone de pêche privilégiée.
Elle se réveille hors de l'eau, encore étourdie de son rêve, une main immense l'avait rattrapée au fond du lac. Et  oui, le lac est habité, les îles sont les chapeaux de trois géants, Émile, Tile et Basile. Et eux aussi ont besoin d'aide. Ils doivent absolument former une union avec une géante sinon une malédiction les frappera. "Les femmes géantes, comme tout le monde le sait, se trouvent dans les mers... Les hommes, eux, préfèrent le calme et la tranquillité des lacs."

©  Kitty CROWTHER/ Pastel
Annie va les aider à rejoindre la mer. Mais à la fin du voyage, après le chant d'appel des hommes géants, il manque une amoureuse. Émile et Annie reviennent près du lac, si anxieux de la suite. Que va-t-il arriver à Émile? Mais c'est sûr Annie sera jusqu'au dernier moment avec son nouvel ami.

©  Kitty CROWTHER/ Pastel

Comme toujours avec cette auteure, ses personnages ne sont pas tout à fait intégrés à la société, au monde. Ils sont un peu à l'écart, dans une maison isolée, mais aussi avec peu d'amis, souvent.
Mais loin de nous laisser avec des albums sombres, elle nous propose des révélations. La mélancolie de vie devient une exigence dans les relations humaines et la vie la satisfait.
Le rapport à la terre et à la nature est aussi très important. Se nourrir (même quand ses héros ne sont pas des animaux) mais aussi profiter d'un lieu, d'un paysage.
Kitty CROWTHER nous invite à la poésie d'un moment et à une authenticité envers soi.
Et bonne nouvelle les albums de Kitty CROWTHER sont en format album cartonné et en album plus petit format et souple (à prix modique!)

lundi 10 décembre 2012

L'été de Garmann

"L'été de Garmann" de Stian HOLE est un album magnifique à mettre aux pieds du sapin. Et, quelle chance, il a des suites "La rue de Garmann" et "Le secret de Garmann".

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Garmann a peur de rentrer au CP. C'est la fin de l'été et les tantines sont de visites. Elles sont vieilles et apportent avec elles leurs petits et moyens maux et leurs joie de vivre.
Lors de cet après-midi d'été, le garçon se rend compte que les enfants ne sont pas les seuls à avoir peur. Les tantes pensent à la mort et à la vieillesse avec poésie et sans rancœur... le papa parle de ses absences professionnelles et de son trac de musicien, la maman de ses peurs pour Garmann mais aussi d'autres plus frivoles.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

La vie apporte là de petits instants précieux et taquins, un dentier dans un verre d'eau, un skate comme déambulateur mais surtout de très beaux moments de poésie à qui sait regarder... des poils sur le menton d'une vieille tante mais aussi une veine bleue que l'on peut suivre comme un aveugle du bout du doigt.
Les préoccupations enfantines, perdre une dent de lait, ne pas savoir nager, rentrer au CP, deviennent comme des moments précieux, d'étape dans une vie.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Les illustrations de Stian HOLE sont déconcertantes. Des photographies retouchées et des dessins mettent en scène de manière assez surréaliste la vie de Garmann, comme monter dans un bus scolaire accompagné de sa maman Grace de Monaco et y retrouver Elvis Presley entre autres musiciens et autres personnages "culturels". Le jardin, avec ses plantes, ses oiseaux et ses insectes a une part importante dans l'album, presque comme tableau de la temporalité... la fragilité de la vie d'un moineau ou d'une guêpe, des feuilles qui tombent.

Cet album est magnifique. Plein de poésie, il parle de questions sensibles sans mièvrerie et surtout donne un sacré entrain pour la vie et cette part de l'enfance aux multiples découvertes.

dimanche 21 octobre 2012

La Terre, la vie, l'Univers

J'aime beaucoup les documentaires pour la jeunesse. Ce sujet-là me plait aussi énormément car il représente les débuts de la vie, les débuts de notre histoire. Il répond parfaitement aux premières questions fondamentales à aborder entre 6 et 9 ans (et en cela je ne fais que suivre les Grandes leçons à la Montessori): la naissance de la terre, de la vie et de l'homme.

 © Jean-Baptiste De PANAFIEU et Mayana ITOIZ/ Milan jeunesse
 
"La Terre, la vie, l'Univers" de Jean-Baptiste De PANAFIEU et illustré par Mayana ITOIZ propose ainsi des doubles pages répondant aux questions cruciales. La formation de l'Univers, de la Terre, du Soleil et sa mort. Les étoiles, une autre planète habitable, l'évolution de la Terre. Les conditions nécessaires à la vie, les premiers signes de vie, les plantes, les animaux, les hommes et leurs évolutions.
Ce documentaire reprend avec un texte clair, précis mais pas trop long les éléments explicatifs. Ce sont des débuts de réponses (suffisantes aussi en soi) permettant de mettre l'accent sur l'une des questions abordées sans la retirer de son ensemble, création ou naissance, scientifique et non religieuse, évolution et mort. L'univers et le vivant sont réinscrits dans leur logique.

 © Jean-Baptiste De PANAFIEU et Mayana ITOIZ/ Milan jeunesse

Comme à chaque fois Jean-Baptiste De PANAFIEU propose une vulgarisation qui reste précise et scientifique. Le fait de choisir de répondre à des questions permet aussi plus de compréhension de la part des plus jeunes (6/8 ans). L'homme descend-il du singe? Quand la vie est-elle née sur Terre? Le Soleil va-t-il s'éteindre un jour?
Les illustrations de Mayana ITOIZ sont très belles, réalistes tout en étant stylisées, elles apportent l'aspect scientifique tout en offrant une vision plus enfantine.

Ce sont souvent les publications de ce scientifique que j'achète: il a l'art de parler aux enfants. Je ne peux que vous recommander ses focus aux éditions Gulfstream remplis d'humour et d'anecdotes propices à retenir les informations: "Les bêtes qui rôdent, qui rongent, qui rampent à la ville", "Les bêtes qui crachent, qui collent, qui croquent à la mer" dont je parlerais d'ici peu et "Humanimal, notre zoo intérieur" dont je parle là.

vendredi 13 avril 2012

Pas de ciel sans oiseaux

Alors comment dire? Cet exemplaire était dans la vitrine, le seul exemplaire de la librairie jeunesse. Comment dire, je ne l'ai même pas feuilleté... et pourtant cela devient une de mes priorités pour ne plus trop accumuler les livres, pour ne choisir que des coups de cœur, je vais même jusqu'à lire l'album jeunesse entier dans les rayonnages.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Je l'ai sorti de sa présentation de verre et l'ai payé en espérant... et voilà, j'ai reçu... : par son "Pas de ciel sans oiseaux", Rémi COURGEON m'atteint encore une fois...

Il s'agit de bricolage, mieux de mécanique. Augustin est un vieil homme extrêmement serviable, se rendant disponible pour tous les bricolages de son village. Il aime faire plaisir. Il répare tout, en artisan, en artiste.
Victor, un enfant, frappe à sa porte et lui présente la dépouille d'un oiseau en lui demandant de le réparer... Réparer un service de cristal avant un mariage, oui, mais là, réparer un rouge-gorge:
"- Quand Victor reviendra, je lui expliquerai que tout ne se répare pas, que la vie s'arrête et tout ça..."
© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Et pourtant, Augustin se prend au jeu et le cœur de l'oiseau se remet à battre. Rêve ? Réalité ? Qu'importe...
Le lendemain, le ciel est silencieux, pas d'oiseau, plus d'oiseau. Depuis quand? Augustin se remémore les oiseaux d'hier et se met au travail. A chaque nouvel emplumé, il grave ses initiales sur l'une des pattes. Il est maintenant trop occupé pour se livrer à d'autres réparations... il créée des oiseaux. Après 5 ans, Augustin et Victor se retrouvent, l'enfant n'a rien oublié, le vieillard lui montre son secret. Et les voilà tous les deux repeuplant le ciel de ces oiseaux disparus.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Il y a de la magie dans ce livre. D'une part, bien-sûr dans le propos avec ces créateurs de vie, parce que les oiseaux ne sont pas mécaniques mais bien de chair, de sang et de plumes, tout à fait comestibles pour un chat. D'autre part, parce qu'entre les lignes, il est question de cette nature autour de nous... ce ciel avec ces oiseaux, cette mer avec ces poissons etc...
Bien-sûr, aussi, il est question du cycle de la vie...

jeudi 25 août 2011

L'Ogresse en pleurs... et Cuisine de Sorcière

Je succombe toujours devant un livre illustré par Wolf ERLBRUCH. En plus de ces images si spécifiques j'ai souvent l'impression de suivre un choix de texte précieux, éclairé, souvent autant pour adulte (voire plus?) que pour enfant, à la limite aussi du non-sens quelques fois.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

"L'Ogresse en pleurs" de Valérie DAYRE illustré donc pas ERLBRUCH ne déroge pas à la règle et c'est un coup de cœur.
Une femme méchante, une ogresse, veut faire encore pire que toutes ses actions jusque là: elle souhaite manger un enfant. Elle est difficile et fait le tour des villages pour trouver le bon, celui qui sera le plus appétissant.
Mais à force d'être exigeante, elle se fait repérer et les enfants vivent cachés. Elle se fâche et décide d'en manger plus d'un, milles et un, sans y parvenir. Elle dépérit jusqu'à en croquer un.

Le propos est grinçant. L'ogresse fait peur et elle mange l'enfant. Cependant ce n'est pas un livre si effrayant. Elle menace mais les astuces des enfants et des parents apportent une touche d'humour: les petiots se font plus grands en taille, se costument, restent chez eux.
C'est encore plus une histoire de parents:
"- N'importe lequel! gémissait maintenant l'affamée. Donnez-moi le plus maigrichon, le plus couillon! (elle avait abaissé ses prétentions).
Dans les maisons, on se taisait. Des couillons? Des maigrichons? Si on en avait, on se les gardait."

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Le texte de Valérie DAYRE joue sur les termes: un enfant "à croquer". Et c'est bien la parentalité et l'amour le sujet du livre. L’ogresse a des yeux "brillants-gourmands" et cherche l'enfant idéal. D'ailleurs j'aime cette réplique "- Celui-là est trop futé, je ne veux pas avoir à lutter." Au fil des pages, les enfants, les nôtres, apparaissent les plus tendres à nos yeux, les plus à même d'être aimés. C'est de son enfant que l'on s'éprend et dont nous souhaitons être parent.
Je ne vous livre pas la plainte finale de l'ogresse mais qu'elle est belle!
Le vocabulaire nous propose mille et une manière de nommer l'enfant et ces jeux de mots exquis donnent envie d'aimer par gourmandise.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Les illustrations de ERLBRUCH sont toujours si particulières. Des aplats de tissus, comme des pochoirs, des tampons japonisants, des lieux lunaires et très proches de DE CHIRICO. Le repas de l'ogresse est magnifique d'épouvante (à regarder même avec des enfants!).
Et que ces lunes, astre protecteur, sont belles en témoins de notre parentalité.
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© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

"Cuisine de Sorcière" de Johann Wolfgang GOETHE et illustré par Wolf ERLBRUCH est un petit en-cas au doux goût de je n'y comprends rien mais j'aime.
Ici la quatrième de couverture nous apporte plus de sens que le texte du livre: "La sorcière prépare pour Faust le breuvage de rajeunissement et Goethe lui faire dire une formule magique qui n'est qu'un jeu turbulent de chiffres stimulant l'imagination et, en particulier, celle du grand illustrateur Wolf Erlbruch." Et c'est ainsi qu'il faut le prendre, comme une parenthèse dans l'initiation aux pièces "Faust" de l'auteur.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Ici la recette de la sorcière est très mystérieuse, ce qui apporte un plus est le pied de nez graphique de l'illustrateur. Il donne à vivre les chiffres, il cartographie les formes et fait des nombres des textures. Ci-dessous le fabuleux: "Le quatre perd"

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Le rajeunissement ou l'éloignement de la mort (déambulant sur l'infini du huit)... j'aime son personnage... récurrent.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire