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dimanche 29 octobre 2017

L'hiver ensorcelé de Moomin

Oserais-je le dire? Oui, j'aime énormément Tove JANSSON, ses nouvelles, son univers et les bandes dessinées préparées avec son frère Lars. Et pourtant je n'ai pas été complètement sous le charme des deux livres jeunesse lus: "Moomin le troll, le chapeau du magicien" et "Les mémoires de Papa Moomin". Les récits étaient décousus, et pourtant, que d'extraits magnifiques.
Mais voilà le tome qu'il me fallait: "L'hiver ensorcelé de Moomin" (ou "Un hiver dans la vallée de Moumine" ancienne version aux éditions Fernand Nathan) est d'une beauté du début à la fin. Plus lisible, toujours aussi poétique mais aussi plus fluide.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Moomin vit dans la vallée des Moomins avec sa famille, son père, sa mère, Mademoiselle Snorque. Et à chaque automne, ces trolls hippopotamesques ferment la maison, la calfeutrent et hibernent jusqu’au printemps en s'endormant dans leur lit.
Mais cette année Moomin se réveille en plein hiver. C'est une catastrophe, il fait froid, rien ne ressemble à sa vie normale, la vallée est méconnaissable. Il est seul, triste et ne souhaite qu'une chose, réveiller sa mère. Mais rien n'y fait.
Il rencontre Tou-ticki qui a pris ses quartiers dans le cabanon de bain de la famille Moomin. Elle parait sans gène, se servant des affaires des Moomins avec les musaraignes invisibles, ses amies. Et puis il y a cet écureuil un peu étourdi qui réveille la petite Mu, feu follet un peu égoïste. Et les autres qui ne trouvent pas de nourriture et ont appris que dans la vallée des Moomins il y avait une cave pleine de pots de confiture. Oui mais ce sont toutes les réserves de Maman Moomin. Peu à peu la vallée accueille tous les laissez pour compte.
"Que viennent les muets
seuls et timides
sauvages et tranquilles"
Et Moomin est désolé, nostalgique de son été, effrayé par cette population inconnue, respectueuse dans endormis mais pas forcément de leurs affaires. Ils sont nourris de soupes et de confitures. Et ne sont pas forcément aimables. Repartiront-ils au printemps? Et cet émule si peu agréable qui skie toute la journée?
Et que dira Maman Moomin de ces objets utilisés à d'autres fins et abimés, ou disparus, de cette vaisselle non faite, des pots de confiture vides, du banc du jardin parti pour un bucher de joie.

L'histoire nous entraine dans ces journées longues et noires. Très noires car durant quelques temps, des jours, des semaines, le soleil ne se lève pas. Nous découvrons la neige, les aurores boréales, la mer gelée, l'effrayante Dame de glace, la non moins mystérieuse Courabou. Tou-ticki est l'hôtesse de la saison, celle qui appelle les démunis, met en garde des dangers, accompagne Moomin. Son bonnet rouge marque la chaleur dans la saison, elle acclamera le printemps aussi, à sa manière. Avec elle, Moomin prend patience, de ce premier jour où le soleil reviendra, juste un peu. Elle est de celles que personne pense à remercier quand elle réchauffe les héros après leur aventure. Et puis il y a Maman Moumine, elle aussi réconfortante.
L'hiver est magnifié mais n'est pas doux: froid, luminosité, gel, manque de nourriture. L'auteure nous offre des sensations, des images, des bruits, de la festivité et de la musique. Les inconnus sont accueillis même incompris, les ancêtres ont leur place. Pendant un hiver la maison de Moomin a servi de décors à une autre vie qui ne semble pourtant pas parasitaire.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Voilà la force de Tove JANSSON: laissez à ces lecteurs/héros le temps d'appréhender les choses, seuls tout en étant accompagnés, leur laissez la liberté, celle aussi de se tromper et de voir le beau derrière la gêne. Les bons sentiments sont là mais ils ne sont pas seuls.
Et puis tout est poésie: un cheval de neige, une pêche sur un rocher sous la glace.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Tou-ticki et Mu, la sérénité et le grain de folie. Quoique: "Elle frottait les carreaux rouges et verts pour que la première mouche de l'été soit contente."


mardi 3 janvier 2017

L'ours qui n'était pas là

Une de mes résolutions pour cette année 2017, si je poursuis encore ce blog, est de ne plus laisser trainer mes billets en brouillon. Soit je les termine, mal mais au moins j'en parle, car ma volonté est de partager une lecture et de vous donner envie, pas forcément de faire une critique aussi exigeante que je l'aimerais. Soit je les supprime.

Un voici un qui attend sagement que je parle de ces grifouilles, patouilles et errements.

***
© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Je sais que quand j’achète un livre illustré par Wolf ERLBRUCH, le parti pris est poétique, empli de réflexion. Oren LAVIE, auteur, compositeur, interprète, offre ici avec son premier livre une quête de soi. "L'ours qui n'était pas" n'était pas. Pas là, pas présent, inexistant. Et puis il est apparu, de presque rien, d'une sensation, et puis il a grandit.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Un ours, c'est sûr qu'il est bien un ours. Mais un autre doute, dans sa poche une feuille de papier avec la question "Es-tu bien moi?" et des indices. Il va alors chercher s'il est bien lui. A travers la forêt, à travers les rencontres. Il se découvre, découvre les autres mais aussi les sensations, les réflexions.
Qu'est-ce qui fait soi? Le regard des autres, la reconnaissance, une étrange sensation dans le ventre? Qu'est-ce qui fait l'autre? Le fait d'en prendre conscience?


© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Cet album grand format est extrêmement poétique et plein d'humour mais pas que. Il part d'une question existentielle, soi, pour nous amener sur le chemin d'une redécouverte de ses sens, de ses sensations.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Et puis il y a derrière ces questionnements le chemin parcouru, lent, chaleureux, bienheureux. Chaque page offre de petits détails de bonheur, chaque page est un poème en soi.
Et je ne me lasse pas des illustrations de ERLBRUCH.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire


jeudi 15 octobre 2015

Les fleuves autour du monde

Je me dis encore que si j'avais eu des documentaires de si bonne qualité, ma mémoire n'aurait pas été si sélective sur certaines matières. Encore un exemple ici avec "Les fleuves autour du monde" d'Elisabeth COMBRES, cartographié par Paul COULBOIS et illustré par Marguerite LE COURTIEU.

© Elisabeth COMBRES, Paul COULBOIS et Marguerite LE COURTIEU/ Gallimard jeunesse

Ce livre semble simpliste et pourtant il ouvre énormément de possibles. Continent par continent, l'auteur nous présente les 22 plus grands fleuves du monde. Des indications techniques, longueur, débit moyen, source ou embouchure, côtoient des anecdotes. Les doubles pages consacrées à chaque fleuve semblent assez vides et pourtant avec la carte simplifiée, les petites photos, les illustrations de la faune, la flore et les costumes qui ponctuent leur rives et les épingles pointant les villes, les parcs et lieux mythiques, vous avez une histoire de l'homme qui se déplie devant vous. C'est succinct et vous êtes intrigué.

© Elisabeth COMBRES, Paul COULBOIS et Marguerite LE COURTIEU/ Gallimard jeunesse

Vous découvrirez bien-sûr l'Amazone, le Nil, le Gange, le Rio Grande, le Congo, le Danube mais aussi le Huange He, le Zambèze, le Murray etc...
Oui bien-sûr mais justement, ce livre vous convie à une découverte différente des continents. En suivant ces plus grands fleuves, vous traversez les pays et suivez la vie attirée par ce point d'eau et ses ressources, la maitrise de l'eau, de son parcours et son exploitation électrique, son importance pour les anciennes civilisations, les légendes, mythologies et spiritualité qui leur sont liés. Vous découvrez l'importance géostratégique et politique des fleuves. Plus que les pays, indiqués mais pas forcément par leurs frontières, vous trouverez des régions propices aux découvertes des hommes.

© Elisabeth COMBRES, Paul COULBOIS et Marguerite LE COURTIEU/ Gallimard jeunesse

En cours de lecture, des focus reprennent les enjeux politiques, économiques et écologiques. A la fin un lexique vous attend en face des fleuves "portraiturés de profil" (leur longueur bien mise en avant). J'aime particulièrement les cartographies de fleuves, très stylisées et pourtant très précises. Elles permettent de regarder superficiellement mais aussi d'y revenir plus tard pour les associer à toutes nos découvertes historiques, géostratégiques (avec tous ses barrages), mythologiques ou folkloriques.
                                                                    
© Elisabeth COMBRES, Paul COULBOIS et Marguerite LE COURTIEU/ Gallimard jeunesse

Emprunté à la bibliothèque après l'avoir voulu, pris et laissé, repris et relaissé. Non non décidément c'est plus qu'une approche géographique, je l'ai acheté!

mercredi 16 septembre 2015

Qui va rassurer Tounet/Tibou ?


"Tounet partit vers l'ouest sur ses pattes endolories, toujours aussi seul. Dans une clairière, un joyeux émule donnait une grande réception. On dansait sous les arbres et quatre manèges tournaient en musique avec treize mouchaillons qui tenaient des ballons. Tous les invités avaient accrochées des fleurs à leur queue. L'émule fit partir un feu d'artifice tout en savourant une grosse tartine au beurre et à la framboise. Personne ne remarquait Tounet, debout à la lisière du bois.
Qui va le rassurer et lui dire:
- Il faut entrer et dire bonjour pour qu'ils sachent que tu existes!"
(extrait de "Qui va rassurer Tounet?" de Tove JANSSON, édition Circonflexe ou pour une version plus récente "Qui va rassurer Tibou?" aux éditions P'titGlénat)

... émules, filigondes, touilles, mouchaillons, selve, trolls, La Mume, rican, touillette, dronte... ou les habitants de la vallée des Moumines
... à la lisière nous aussi, nous entrons et allons dire bonjour, pour qu'ils sachent que nous existons.
- Bonjour Moumine ou autre troll!


lundi 24 août 2015

Au temps d'Azur et Asmar

Les dessins animés de Michel OCELOT me plaisent. Je n'en ressors pas avec la même émotion qu'après un MYIAZAKI mais je ne peux pas nier que j'adhère même à ses histoires un peu trop gentillettes. J'aime beaucoup "Azur et Asmar" peut-être justement parce que les références sont nombreuses. Avec "Au temps d'Azur et Asmar" de Sandrine MIRZA, mon côté documentaliste est comblé.

© Sandrine MIRZA / Nathan

Les thèmes se déploient sur une double page et allient images du film, textes, photographies et iconographies. Les premiers chapitres mettent en valeur le contexte géographique, historique et religieux du monde musulman au Moyen Age. Se côtoient les empires sassanide, byzantin et les royaumes franc et wisigoth; puis les empires byzantin, abbasside et carolingien, le tout avec des cartes et des focus sur les villes, les conquêtes, les puissants. L'islam est présenté entre autre avec le zakat (aumône aux pauvres dont vit Crapoux) ou les mosquées.
Une part importante offre aux yeux les richesses de l'artisanat avec les gouts de luxe des puissants, magnifiques palais avec jardins, discrétion assurée, moucharabieh, peintures sur bois et tapis floral. Mais aussi le commerce des souks avec les tissus (brocarts et satins), parures de femmes (bijoux, henné, khôl et parfums). Ou la richesse des saveurs avec les épices, le sucre.

© Sandrine MIRZA / Nathan

Il s'agit là du merveilleux connu. Mais comme le film qui portait haut la volonté d'accepter les différences, ce documentaire montre combien le Moyen-Orient est riche de ses idées et de ses sciences. Les femmes des milieux aisés étaient éduquées et toutes pouvaient travailler et même atteindre des postes à pouvoir. Une tolérance des religions est de mise, les idées circulent, les sciences sont transmises, partagées, avec une approche globale surtout attirée par l'astronomie, les mathématiques et la médecine sans dénigrer les arts (musique, motifs iconographiques géométriques et florales, calligraphie).

© Sandrine MIRZA / Nathan

Avec 14 chapitres, ce livre fait la part belle à la somptueuse culture du Moyen-Orient en finissant par le merveilleux. Une très belle approche et mise en lumière, à offrir pour savoir regarder autrement autrui.
Magnifique apport au film!

jeudi 16 avril 2015

Jane, le renard & moi

Une magnifique couverture mêlant cette jeune fille, un beau renard roux, le visage d'une héroïne de littérature et cette plante d'un beau vert tendre. Hum, j'avais envie de lire "Jane, le renard et moi" d'Isabelle ARSENAULT et illustré par Fanny BRITT.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Elle est toute seule, toute seule dans les couloirs de l'école, toute seule dans le bus. Avant elle était accompagnée de ses copines et, un jour, l'une d'elles a décrété qu'elle n'aurait plus d'amie. Elle les voit se moquer d'elle. Et puis il y a les mots griffonnés dans les toilettes.
Oui, elle est persuadée qu'elles ont raison: elle est grosse comme une saucisse et puis ça se trouve elle pue comme elles le disent.
Il va falloir pourtant partir en Angleterre avec la classe. Bien-sûr elle se retrouve avec les sans bande. Seule encore parmi les esseulées... 

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Encore heureux qu'elle a Jane Eyre. Elle lit le livre de Charlotte Brontë et découvre cette pauvre enfant orpheline qui jeune femme se mettra au service d'une famille. Et il y a la rencontre avec le renard.

"Il a le regard tellement doux que j'explose presque. Le même regard dans l'oeil d'un humain : je lui offre mon âme, garanti."
© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et il y a ces yeux bleus qui clignent tout le temps. Le malaise va s'effacer.

Ce roman graphique, entre bande-dessinée et album, est la confidence de cette gamine au début de l'adolescence.
Elle est mal dans sa peau, dénigrée et même harcelée par les autres. Tout est gris autour d'elle, elle n'a plus le goût à rien. Sauf en ce roman, cette histoire de fille, Jane, qui devient quelqu'un, "adulte et brillante et mince et sage". Elle se reconnait en elle et pourtant ce double fictif, lui, est apprécié. Ou presque... enfin si.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et le roman l'a déstabilise, comme la vie, comme les nouveaux partages, le changement de regard et d'attitude, d'elle et des autres. Les couleurs reviennent, comme une amitié, une pousse qui grimpe et se propage.

Au fait, pourquoi un renard? peut-être parce qu'il était déjà là... tout près.


dimanche 12 avril 2015

Les cheveux de Léontine

Vous pouvez retrouver "Les cheveux de Léontine" de Rémi COURGEON dans son album recueil dont je vous parlais là, en plus de cet album cartonné grand format.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Une enfant porte un prénom qu'elle n'aime pas, "Léontine la honte", et se cache derrière ses cheveux. Noirs, ils sont magnifiques mais pourquoi donc les garder aussi longs et quel visage cache-t-elle derrière? Elle doit justement en avoir honte, c'est sûr!

© Rémi COURGEON/ Nathan

Mais Léontine les garde car elle les tient de son père mort et reste derrière parce que trop timide. "Ce rideau séparait Léontine des autres. Cela les agaçait et parfois les rendait méchants." Chahutée, elle tombe et se fait rattraper par... ses cheveux. Ils ont une vie propre. Ils lui apportent liberté et force et frémissent quand la garçon chanteur de la classe d'à côté passe près d'elle.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Rémi COURGEON nous offre là une ode à la liberté d'être soi. Bousculés par les autres, les enfants sensibles apprennent à s'assumer et à vivre pleinement. Cela donne de la poésie dans le comportement et dans les frémissements des premières émotions.

vendredi 24 octobre 2014

L'Inde à l'honneur dans les livres jeunesse

J'ai profité de la fête colorée et joyeuse de Diwali pour lire autour de l'Inde. Nous l'avions fêtée ainsi il y a deux ans. Des albums et des livres un peu plus pointus, de quoi se plonger avec les enfants dans ce pays si riche de cultures. Les liens vous renvoient aux billets dédiés aux livres cités.

*source peinture Kalighat, Dolls of India

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Les textes fondateurs:


La fête de Diwali est liée à Rama, roi mythique, un des avatars de Vishnu. L'histoire de ce souverain est racontée dans l'épopée mythologique Ramayana. La version de Sanjay PATEL, "Ramayana, la divine ruse", est parfaite. Très stylisée, elle apporte une fraicheur et une lisibilité à cette mythologie.


Un second grand récit marque la culture hindoue, il s'agit du plus long poème du monde. Notre version de cette oralité de la civilisation de l'Indus nous vient d'une enfant. "Le Mahabharata" raconté par Samhita ARNI est un peu brouillon mais il est très impressionnant.

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L'Inde offre une multitude d'évocations exotiques. 


"Radhika, la petite hindoue" de Chrystel PROUPUECH et illustré par Sabrinah propose de découvrir le pays à regard d'enfant en y mettant les mains.


Rudyard KIPLING nous a proposé, lui, d'y découvrir la jungle et ses aventures, autour des animaux ou de Mowgli, l'enfant élevé par eux. Ses "Histoires comme ça" en offrent un bel exemple.

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La place des femmes est elle très ancrée dans la tradition. Les choses bougent doucement mais deux propositions peuvent nous faire vivre la situation d'une enfant en âge d'être mariée. A chaque fois, l'instruction est une voie vers l'émancipation.


Le premier, un album pour les plus jeunes, celui d'une enfant qui s'interroge sur le mariage et sur la place d'une femme en Inde: "Rouge Bala" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Justine BRAX.



Le second, "Un sari couleur de boue" de Kashmira SHETH, un roman sur le passage de fille à femme, d'enfant à mariée et propose aussi cette descente aux enfers qu'est le veuvage féminin.

jeudi 16 octobre 2014

Premiers atlas


J'aime quand la géographie est incarnée. J'aime que nous puissions la toucher, la savourer, la rêver... à défaut de la parcourir.
J'aime aussi l'idée que les plus petits lecteurs puissent profiter d'elle et de toutes ses richesses. Voici donc un pêle-mêle des premières approches que nous avons chez nous.


"Mon premier Larousse du Monde" est un parfait début. Il présente la Terre dans sa globalité: la proportion d'eau et de terre, les latitudes et longitudes, les distances. Puis les différents biotopes possibles, les indices géologiques.
Après une planisphère colorée, ce sont les continents qui défilent, découpages politiques et drapeaux, et avec eux une double page pour des pays caractéristiques. La faune, la flore, les productions, les us, coutumes et légendes.
Une partie très intéressante est aussi celle consacrée aux pays producteurs: de café, de chocolat, le bois de construction, le coton etc...
Vous voyez sur la photo l'Inde avec son tea-time, les éléphants.


"Mon premier atlas à reconstituer" édition Auzou amène ce qui me parait essentiel aussi: la manipulation. Il s'agit d'un puzzle de pièces aimantées, à la forme des pays.
Avec son petit livret associé, une double page est proposée par pays ou ensemble de pays. Une face avec la géographie et l'autre avec des informations administratives et politiques. La photo montre le sous-continent indien.


"Tour du monde de Mouk à vélo et en gommettes" de Marc BOUTAVANT est lui essentiellement ludique. En suivant Mouk, un ours globe-trotteur, l'enfant découvre double page à l'appui un endroit du globe exotique. La part belle est faite aux cultures, saveurs et langues du pays. Les gommettes repositionnables sont aussi un plus. Sur la photo pêle-mêle, l'Inde est à l'honneur aussi. Celle juste au dessus nous amène dans le Sahara.

Parce que, oui, nous avons déjà abordé ce pays ici et là ou d'une autre manière la Grande Bretagne ou l'Afrique noire avec un autre livre, "Cartes, voyage parmi mille curiosités et merveilles du monde" d'Aleksandra MIZIELINSKA et Daniel MIZIELINSKI dont je parle là .
De la géographie incarnée, quoi!

   

mercredi 9 juillet 2014

L'Oizochat

J'aime le travail de Rémi COURGEON. "L'Oizochat", son dernier album, n'est pas forcément mon préféré mais il correspond tout à fait à celui qui permet de rentrer dans son univers.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Il est tombé un jour dans cette forêt de Cécédille, du ciel. Oui l'Oizochat est comme un oiseau ou presque. En fait, les habitants de la forêt ne savent pas qui il est, l'étrange animal ne parle pas leur langue. Des ailes, dont une blessée, comme les volatiles mais un minois de chat. Que faire de lui? Qui va le considérer comme de sa communauté? Les habitants demandent l'aide du sage grand-duc mais rien n'y fait, il sera juste toléré et pour faire parti du groupe, exploité et nourri de ce qui reste. Il chante pourtant de manière si envoutante mais les habitants trouvent plus judicieux de ne pas tenter le comprendre.
L'Oizochat n'est pas heureux. Il tente de fuir. Mais un jour, une vache devient son amie. Elle parle sa langue, elle le réconforte. L'amitié est belle et redonne du baume au cœur de l'Oizochat, qui a enfin pu dire son nom. Mais un jour la vache est partie. L'Oizochat est à nouveau seul.

"Épuisé par l'effort, il se posa en catastrophe aux pieds d'une belle grosse vache. LOizochat jura dans sa langue:
- Kratchoup! Kokoï! Novik katapo!
- Kiritcho mataki? Tchoup grotzi moï! lui répondit la vache.
Elle parlait oizochat avec un charmant accent italien."
© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

L'album parle de l'étranger, de cet autre qui ne nous ressemble pas tout à fait, avec du poil ou des plumes, volant ou terrien. Même s'il tente de communiquer, le plus facile est de ne pas faire d'effort.
Il y a bien la vache mais elle connaissait la langue.
L'isolement, l'amitié ou l'amour dépendrait de cette connaissance ou de cette sensibilité à la différence. Non?! Oui?! L'espoir est là, un premier plus accessible aux jeunes lecteurs donne un happy end, le second nous propose de nous mettre dans la peau plumée d'un petit corbillot curieux, attentif.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON peut traiter d'un thème souvent abordé par d'autres mais vous êtes sûr que ce ne sera jamais pareil. C'est sensible, plein de sagesse et ouvert à une lecture plus réfléchie, pour les plus grands.

mercredi 18 décembre 2013

La rue de Garmann

Nous avions lu et relu le troisième volet avant même d'avoir le second. Je peux enfin continuer à vous parler de Garmann. Tant mieux, cela parle de chaleur humaine, de nature et d'émotions.

 © Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Dans "La rue de Garmann", Stian HOLE continue de nous emmener dans l'univers de ce garçon norvégien.
Plutôt solitaire, Garmann voudrait terminer un herbier. Les plantes qui lui manquent sont dans le jardin du vieux monsieur, l'ancien postier. Sauf qu'il n'a pas l'air commode celui-ci. Oui mais il y a Roy, ce garçon sûr de lui, qui sait faire du vélo sans les mains et a les faveurs des jumelles. Et puis Roy est méchant et quand il vous prend à partie pour montrer votre courage, de peur, vous êtes capable de ne plus être vigilant. Et voilà, le feu a pris dans le jardin de l'Homme aux Timbres. Et celui-ci sort furieux de chez lui.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Qu'est-ce que le courage? ""La vie n'est jamais sûre. C'est seulement quand on a très peur qu'on peut être courageux", a dit papa à Garmann. Sans doute, mais qui peut être courageux quand Roy bloque la porte de la grille?" Il y a ce manque de courage face au plus fort mais aussi le courage de ses actes, le courage d'être là.
Avec Stian HOLE, ce sont toujours des partages. Ici aussi entre générations, de petits riens, le nom des plantes, des chiffres qui en disent plus long.
L'histoire se déroule à travers Garmann, avec de ces détails qui obnubilent un enfant, comme la goutte au nez. Ce sont aussi des petits riens d'atmosphère qui donne une idée d'une ville, d'un quartier mais aussi d'une nature à ne pas laisser de côté.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Et puis nous retrouvons là un style graphique très particulier: des dessins comme des photographies, des prises de vue incroyables comme des contre-plongées, des déformations de visages pour aller à l'essentiel de l'émotion.

mercredi 13 novembre 2013

N'y a-t-il personne pour se mettre en colère?

J'aime beaucoup la poésie de cet auteur, Toon TELLEGEN, ce médecin devenant auteur jeunesse et donnant la voix à de petits (ou gros) animaux. Des petits riens, des petits bonheurs, des petits partages, du quotidien mais aussi ce qui fait le lien, le charme, l'amitié. Je vous donnais là un exemple de sa poésie, "La boîte à fêtes", extrait de "L'anniversaire de l'écureuil" ou là une idée de l'ours glouton, extrait de "Lettres de l'écureuil à la fourmi".
Vous ne serez pas étonné de savoir que le premier livre en ma possession fut celui illustré par Kitty CROWTHER pour qui j'ai une admiration intense, autant pour son art, que pour la sensibilité qu'elle met entre chaque touche colorée et chaque mot. Le premier volet avait été illustré par Alex SCHEFFLER, chacun pouvant être lu de manière complètement autonome, les caractères et les relations entre les animaux s'intensifiant juste au travers de leurs histoires.

© Toon TELLEGEN et Marc BOUTAVANT/ Albin Michel jeunesse


"N'y a-t-il personne pour se mettre en colère?" de Toon TELLEGEN et illustré pour ce troisième volet par Marc BOUTAVANT est une superbe proposition. Il s'agit là de la plus accessible des trois par rapport à la quantité de texte. Ici les chapitres sont plus courts et le sujet aussi permet de s’immerger plus facilement.

Tout le monde dans ce bois est en colère... ou presque. Il y en a pour qui la colère est une seconde nature : le daman est un colère contre le soleil, l'éléphant contre lui-même, le rhinocéros et l’hippopotame mutuellement ou d'une autre manière la musaraigne et le cochon de terre. Le scarabée et le ver de terre font une compétition de colère.
Il y a d'autres animaux (le hérisson ou le grillon) pour lesquels la colère est un mystère à élucider. Il faut l'apprendre, l'acheter à l’écrevisse, la comprendre, la faire sienne. Et puis il y a les animaux qui, par amitié, apprennent aux plus timides à faire venir la colère, aux plus hargneux à la faire partir.
Somptueux chapitre de la musaraigne qui souhaite mettre à bout l'écureuil.

© Toon TELLEGEN et Marc BOUTAVANT/ Albin Michel jeunesse


Les scènettes sont magnifiques et pleine d'humour. Comme toujours Toon TELLEGEN a de la poésie dans les dialogues, une subtilité et une sensibilité poussées, tout est en finesse.
Mais ce qui fait vraiment de ce troisième livre une apothéose est le kaléidoscope des émotions proposées. Les manifestations de colères, d'agacement, de découragement, de mélancolie, de frustration, sont autant dans les propos, les attitudes, les manques de respect que dans une mise en situation, une imagination sur la vie. Il s'agit là d'une vraie grammaire émotionnelle et une éducation à la vie : à la seconde lecture, une manière de reconnaitre, de distinguer, de laisser passer et de faire partir... (c'est comme une manière bouddhiste d'envisager les émotions: la souffrance est au sein même de la vie, les émotions sont une part de nous, doivent être prises en considération, être vécues et s'évacuer comme une gros nuage poussé par le vent... le crapaud est là bien loin de la grenouille, calme et attentive, d'Eline SNEL... mince je devais en parler il y a déjà bien longtemps, ici ou ailleurs!).

© Toon TELLEGEN et Marc BOUTAVANT/ Albin Michel jeunesse


Les illustrations de Marc BOUTAVANT proposent encore là des animaux bien campés, stylisés et très attachants. Mais c'est aussi des mises en ambiances, des doubles pages en clair-obscur, des éléments piquants, éclaboussants, venteux. Au fil des pages, le bois, la mare, les herbes prennent possession des lieux, offrent un paysage mais aussi certaines fois un miroir des émotions. Magnifiques effets de feuilles, de vents, de reflets. Superbement abouti.

mardi 12 novembre 2013

Le grand arbre et autres histoires

Je vais vous parler d'un livre que je n'ai pas. Parce qu'il ne faut surtout pas passer à côté. Il s'agit d'une compilation de 4 histoires écrites et illustrées par Rémi COURGEON:  "Le grand arbre", "Invisible mais vrai", "Trois jours en plus" et "Les cheveux de Léontine". Et il ne faut pas bouder son plaisir quand nous pouvons retrouver 4 récits d'une sensibilité fine pour un prix raisonnable. Les deux premières histoires étaient sorties en petit format souple et peu cher mais là, retrouver aussi deux grands albums déjà édités c'est comme un cadeau.
Alors pourquoi me permettre d'en parler: parce que si vous ne connaissez pas encore Rémi COURGEON, après les prix reçus par son album "Brindille", je ne peux que vous convier à son univers et parce que sur les quatre histoires, j'en ai tout de même 3!

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Je ne vous parlerais donc pas de ce fabuleux "Trois jours en plus", mon avis est ici, ni de "Invisible mais vrai" avis là mais du "Grand arbre".

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Un riche monsieur est en voyage d'affaires et survole un magnifique arbre. C'est décidé, il le veut près de sa piscine. Il peut tout acheter alors voici tout un groupe de personnes et de machines en train de déraciner le grand arbre. Oui mais voilà, une de ses racines est soudée à une autre, celle d'un petit arbre, planté chez la voisine, une vieille dame. Pas de souci, on coupe. Non ce n'est pas possible disent les jardiniers. Le secrétaire de l'homme riche tente d'intercéder pour récupérer le second arbre mais pas moyen. L'homme riche se déplace alors lui-même chez la voisine. Il était attendu, elle lui offre le thé et les tuiles aux amandes.
Et l'homme est déstabilisé. Personne ne prend soin de lui. La parole de la femme a coupé la dynamique de vie de l'homme. Pourquoi, comment? Peu importe, c'est l'anniversaire de la dame et l'homme lui demande ce qui lui ferait plaisir: de ré-enraciner le grand arbre. L'homme congédie son personnel et se met à la tâche.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Il y a dans cette histoire un rêve de gosse, inassouvi, un manquement qui, sûrement à force d'être répété, amène une manière de vivre. L'homme riche peut tout acheter mais il semble que le regard de la vieille femme le laisse démuni, désorienté, prêt à nouveau au contact, à l'échange.
Ce pourrait être un conte écologique: le grand arbre est soudé à un autre, il ne sera pas déraciné mais restera dans sa terre d'origine. Au début cela fait un peu penser à "Mia et les Migou" mais non.
C'est une tâche longue, dure, un labeur quotidien, qui pourrait être trivial mais qui n'est là pas, ne l'est plus. Il y a du partage, de la vie. L'homme s'enracine dans ce qu'il aime. Et le dernier coup de fil est magnifique.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Je n'ai pas lu "Les cheveux de Léontine" mais je suis sûr d'y trouver de cette sensibilité aux autres, à la différence, un retour à certaines valeurs. Non, rien de moralisateur, juste un petit encart sur du réactif.
Rajout du 16/04/2015: voici "Les cheveux de Léontine" lu ici.

mardi 21 mai 2013

La vie parfaite du Maharadja

Je ne me suis pas laissée facilement impressionnée par ce livre. Il est lumineux, gai et coloré mais je cherchais alors des livres destinés à un lectorat plus âgé. Et pourtant...

© Agnès CATHALA et Julie MERCIER/ Milan jeunesse

"La vie parfait du Maharadja" d'Agnès CATHALA et illustré par Julie MERCIER a beaucoup de charmes.
Le Maharadja vit dans la beauté et le luxe, rien n'est trop beau pour lui et surtout il déteste la laideur, pire l’imperfection. Il ne veut pas se voir dans la glace, ne veut pas poser ses yeux sur ses serviteurs. Il ne veut que du beau. Même dans le choix de ses amis, les plus beaux animaux de la jungle. Seuls un tigre blanc aux magnifiques yeux bleus, un crocodile aux écailles scintillantes et un python le plus souple qui soit ont grâce à ses yeux. Il les invite au palais une fois par semaine et pour profiter de leur compagnie sans danger leur offre repas gargantuesque et musiques. Oui mais le danger est là, chacun peut le mettre en danger, tous peuvent le manger.
Un jour, certains d'entre eux complotent pour goûter au prince.

© Agnès CATHALA et Julie MERCIER/ Milan jeunesse

Alors oui, du texte comme un album pour enfants à partir de 4 ou 5 ans. Une belle histoire. Mais là où la magie opère est dans le rythme du phrasé. Des rimes permettent une ondulation, le conte devient oriental même dans la langue et les mots deviennent envoutants.
La beauté est bien dans celle conventionnelle, des formes, des parures, des matériaux et d'une perfection à l’œil. Bien-sûr aussi la beauté semble bien moindre par rapport aux sentiments humains et à la spontanéité en pleine confiance.
Le travail de Julie MERCIER apporte aussi énormément. Ses illustrations sont des décors pleine page, des formes pures d’aplats colorés sans contours. C'est magnifiquement acidulé et captateur pour les petits auditeurs.

© Agnès CATHALA et Julie MERCIER/ Milan jeunesse

Et moi c'est la dernière double page qui me plait le plus: le sauvage, l'effrayant, l'exotique, le plus beau dans un retournement de situation! Rhhaaa...

Merci à Lily et aux éditions Milan.