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mercredi 5 août 2015

Le spermatozoïde qui ne savait pas nager

Je ne suis pourtant pas la plus réceptive aux fictions documentaires. Mais je dois bien dire que "Le spermatozoïde qui ne savait pas nager" de Lucas SALOMON et illustré par Mikaël BLANC convient totalement au thème de la fécondation végétale.

© Lucas SALOMON et Mikaël BLANC/ L'atelier du poisson soluble

Nuck et Puck sont deux spermatozoïdes du cerisier, contenus dans un grain de pollen. Un jour il découvre que leur mission, féconder une fleur de cerisier, sera plus complexe que prévu. Une enfant et sa mère parlaient sous Nuck et Puck du bébé que la maman attendait dans son ventre. La rencontre d'un spermatozoïde nageant vers l'ovule.
Horreur, Nuck et Puck n'ont pas de queue pour nager! Comment vont-ils faire pour retrouver l'autre cerisier, au bout du jardin? Blizz, une abeille, va les aider.

© Lucas SALOMON et Mikaël BLANC/ L'atelier du poisson soluble

En partant à l'aventure, Nuck et Puck rencontrent des abeilles, un oiseau, une grenouille et les organes internes de la fleur. Ils découvrent quelques mystères de la vie. La fécondation humaine mais aussi les chaines alimentaires, les abeilles, les essaims et les ruches, les métamorphoses ou l'évolution de l’œuf ou embryon à l'âge adulte.
Le parti-pris, de proposer dans le haut de la page une histoire et dans le bas des croquis scientifiques, est une très bonne idée pour le plus jeune lectorat. L'histoire se suffit à elle-même et selon la curiosité du lecteur, des informations précises mais concises se rajoutent. Des schémas, des anatomies (abeilles, grenouille et têtards, organes propre à l'alimentation des insectes).

© Lucas SALOMON et Mikaël BLANC/ L'atelier du poisson soluble
 
Le livre offre ainsi une très belle illustration de la classification des insectes et du fonctionnement reproducteur des végétaux. Les auteurs ne se contentent pas d'offrir des vues en coupe de la fleur (organes reproducteurs), des schémas de germination ou une classification des fruits mais indiquent les cellules du pollen et proposent des explications sur la pollinisation et la fécondation (germination du pollen dans le pistil, autofécondation, fécondation double).
L'histoire met bien en valeur la pollinisation mais aussi accentue la curiosité: ici pas de spermatozoïdes nageurs mais des spermatozoïdes qui doivent arriver à bon port et creuser et l'importance d'en avoir deux dans chaque grain de pollen.
Les illustrations bien différenciées entre les couleurs et une stylisation en haut et les croquis crayonnés en noir et blanc du dessous sont très accrocheurs!

Tout cela en fait un très très bon documentaire pour comprendre la reproduction végétale!

samedi 8 octobre 2011

Neandertal (et des poussières)

© Yann FASTIER et MORVANDIAU/ L'atelier du poisson soluble

Je n'en avais pas parlé après la lecture. Quelle erreur! Parce qu'il faut bien l'avouer "Neandertal (et des poussières) " de Yann FASTIER et illustré par Morvandiau est une petite bombe d'humour. Pour tout dire il m'a valu des fous rires dans le métro (et ce n'est pas si courant que cela, et pour moi, et pour les autres).
Yob dévoile des moments de sa vie préhistorique autour d'une vingtaine d'histoires. Mais ne vous y fiez pas, même si certains détails peuvent rappeler ces temps anciens, le propos est très moderne.
Alors oui Yob parle de leurs moyens de survivances (chasse, pêche et ce feu que les Cro-magnons maîtrisent, eux les arrogants), des relations dans la communauté, avec les femmes, avec les autres communautés. Les situations quotidiennes sont revues et corrigées, des apéro, de l'écossage de chenilles, des gazelles qui taquinent les chasseurs, des fossiles gelés.
L'humour vient de l'anachronisme des réflexions, des valeurs. Les références culturelles sont à toutes les pages, cinématographiques, d'atmosphère d'enfants des années 80 (le kiki de tous les kiki, Cheeta accompagnant Tarzan, Rahan). Mais aussi par les références à l'évolution (pousse opposable, position debout, venir du singe ou de la mer), aux connaissances anthropologiques, historiques (dinosaures) et aux inventions.
Les histoires débattent de racisme, de naissance de l'univers ou de Création avec Adam et Eve (Nadam' et Ef), de sagesse, d'art "contemporain" et rupestre, de moralité, de gustatif.

© Yann FASTIER et MORVANDIAU/ L'atelier du poisson soluble

L'évolution arrive aussi pour le langage, de nouveaux mots aux notions complexes que l'on trouve en allant faire pipi au fond de la grotte, là où il fait noir et où il y a un bruit d'eau. Le style de Yann FASTIER apporte aussi ces métaphores très parlantes dans le contexte. Il joue avec les images, avec les mots, avec nos propres réflexions contemporaines et c'est jubilatoire.

© Yann FASTIER et MORVANDIAU/ L'atelier du poisson soluble

Les illustrations de Morvandiau apportent comme un esprit caricature qui soutient aussi l'humour du texte.

Et au final, il fait parti de ces livres que j'aime lire à voix haute à une tiers personne, adulte qui plus est. A relire aussi après avoir relu "Pourquoi j'ai mangé mon père" de Roy LEWIS.

Merci à L'atelier du poisson soluble!

jeudi 28 avril 2011

Départs d'enfants

© Nicolas GERRIER et Gaëlle CHARLOT/ L'atelier du poisson soluble

"Départs d'enfants" de Nicolas GERRIER et illustré par Gaëlle CHARLOT est un
condensé d'enfance. Ce sont 30 textes courts, des tranches de vie qui relatent des départs. Il y a de la magie à la lecture de ces pages.

Les départs sont nombreux, très symboliques de l'enfance.
Certains moments sont anecdotiques, comme ce départ de table, caprice et jalousie pour une portion trop petite, un départ de course avec les individualités de mômes coureurs, un tour de jeu, un départ en colonie, un trajet en voiture, encore une histoire du soir ou des fantasmes de métiers.
D'autres prises de paroles marquent d'un fer rouge la condition des enfants dans le monde: un mariage arrangé, un enfant soldat, une petite ouvrière... ou une sortie de "conditionnelle", une entrée dans le trafic de rue, un retour dans la famille biologique étrangère.
Il y a aussi les étapes de vie qui prennent des proportions énormes pour les bambins (ou jeunes adultes) et tout un univers qui s'ouvre, de jeux, de rêves, des sentiments, de peurs, de honte aussi quelque fois. Des moments de vie où s'inscrivent les attentes des enfants, leur caractère changeant, leur besoin de se positionner et de se faire réconforter. Les adolescents sont ici présentés avec leur part d'"étrangeté", leur besoin d'être relié mais aussi leur incroyable finesse de compréhension du monde.

"Allez ma vieille, c'est l'heure. Vas-y. Pars. Ferme les yeux, pousse la porte et fais le grand saut. Regarde, Josie, je vole!
Zoé, 15 ans
Nouveau départ"
© Nicolas GERRIER et Gaëlle CHARLOT/ L'atelier du poisson soluble

Dans tous les départs, il y a l'émotion brute. Certains auraient pu tomber dans le pathos, il n'en est rien. Là, les mots des enfants, que leur attribuent l'auteur, touchent juste, l'émerveillement est là comme l'indicible. Les anicroches de la vie comme sa noirceur sont déroutées par une perspicacité, une maturité, une sérénité même dans les moments les plus fous.
Nicolas GERRIER nous offre là de subtiles focus et propose une vision de l'enfance spontanée, fraiche, impertinente mais aussi si pleine de sagesse. Les enfants y sont quelque fois plus impressionnants que les adultes sauf cas sublimes de chansons, d'atmosphères, de regards. Les peurs parentales, les manques de communications, les éducations hâtives, les lois, une autre forme de temporalité sourdent derrière les mises en évidences des enfants.
Ce livre se relie encore et encore, pour sourire, rire, pincer les lèvres et se serrer la gorge!

© Nicolas GERRIER et Gaëlle CHARLOT/ L'atelier du poisson soluble

Les illustrations de Gaëlle CHARLOT sont d'une sensibilité à fleur de peau, les mimiques y sont, les univers et pertinences enfantines aussi. Elle apportent effectivement un plus, une émotion complémentaire qui ne nous échappe pas lors des départs les plus fulgurants, les plus durs, les plus sauveteurs ou les plus insidieux.

Merci L'atelier du Poisson soluble.

mardi 16 novembre 2010

Ogrus, histoires à digérer

© Grégoire KOCJAN et Pauline COMIS/ L'Atelier du poisson soluble

"Ogrus, histoires à digérer" de Grégoire KOCJAN et illustré par Pauline COMIS est un recueil d'histoires grinçantes. L'auteur utilise les méchants des histoires pour enfants pour nous décrire des monstruosités humaines. Il est question de manger des hommes bien-sûr mais, pour la plupart, ce sont des satyres sociales sur la guerre, l'alimentation, la santé (et ses médecins) et les fast-food, l'écologie, les règles de vie en société, l'éducation ou l'univers des affaires, l'utilité de nos "vieux".
Le ton est percutant et l'on se prend à rire, rire jaune, car ces ogres sont bien trop proches de nous-même. Notre bêtise, notre goinfrerie, notre volonté de pouvoir, notre égoïsme aussi.

© Grégoire KOCJAN et Pauline COMIS/ L'Atelier du poisson soluble

Dans quelques histoires, aussi, ces monstres de la littérature enfantine prennent leur revanche de courage, de spontanéité, de malice, de générosité et de finesse. Le propos devient plus poétique encore, très chaleureux. Les ogres deviennent tendres, nous aident à grandir en liberté, nous aide à rire de bon cœur ou nous offrent des rêves... et non pas que des cauchemars d'enfants dévorés.
Un ogre a qui le sérieuzigum ne fait rien et qui continue à faire rire les enfants, les faire grandir avec émerveillement, malice et petits pets dans la fontaine. Des rêves d'enfants qui proposent aux ogres mis aux rebuts une fin de vie toute en douceur dans le monde des hommes...

Ces méchants de fiction prennent la parole, quelque fois déçus d'être utilisés sans savoir... alors ce sont les à-priori, l'imaginaire, l'acte d'écrire et toute l'enfance qui nous apparaissent... que dire: ce sont mes histoires préférées!
"Que vont-ils te faire? Te couper en morceaux? Te vider de ton sang? Te manger, en commençant par tes jolis yeux?
Ils approchent dans la pénombre. Ils sont énormes, assoiffés de sang, cruels et sadiques. Voici l'ogre qui arrive... Il veut t'avaler! Non? On dirait qu'il veut me dire quelque chose...
L'ogre: Hé! Ça ne va pas la tête de parler de nous comme ça! Mais pour qui il se prend, ce écrivain? Pendant que tu y es, on est moches, abrutis et puants. Tu as oublié de signaler ça à tes lecteurs!
Le vampire: C'est pour les enfants qu'il écrit, en plus!"

© Grégoire KOCJAN et Pauline COMIS/ L'Atelier du poisson soluble

Petit bémol tout de même: j'adore le format du livre mais c'est dommage pour les illustrations de Pauline COMIS qui sont magnifiques. Pour se consoler, n'hésitez pas à aller directement chez elle là.

"- Quand on écrit des livres pour les enfants, on le les mange pas. Il faut savoir ce que l'on veut dans la vie."

Ogrus Gregoire Kocjan
envoyé par lucb13. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.