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mardi 16 juin 2015

Jonas, le requin mécanique

Retrouver la plume de Bertrand SANTINI  a été un vrai plaisir. Derrière ce roman, il y a encore des références. Avec "Le Yark", les ogres des contes retrouvaient une actualité et aussi beaucoup d'humour. Avec "Jonas, le requin mécanique" illustré par Paul MAGER, ce sont des références de films qui retrouvent leur voie.


Jonas est le robot mécanique inventé pour le film "Les dents de la mort". Une machine trop lourde, qui coulait et a fait déborder le budget du film. Pourtant ce dernier a marché dans les salles au point de créer de toutes pièces une nouvelle terreur sur les plages, celle des dents de la mer.
Jonas est une des attractions d'un parc Monsterland. Il côtoie d'autres monstres de films (Krokzilla, vampires etc...) et fascinent ainsi les visiteurs. Pourtant, cette fois encore, le robot s'est détraqué avant de manger l'actrice. Un fiasco. Le directeur du parc va s'en débarrasser. C'est sans compter sur les amis de Jonas, ils sont au courant et vont le sauver en le mettant à l'eau, comme un vrai requin.
Et que fait un requin, star de cinéma, dans les eaux profondes? Il reste acteur. Mais voilà les hommes ne sont pas toujours réactifs à son jeu de scène. Les hommes sont trouillards, vénales et veulent lui faire sa fête. Encore heureux, Jonas a rencontré Loopy, pingouin de zoo. Ensemble, ils vont chercher leur place, de prédateur, de proie, de ferraille, d'animaux aquatiques.
Les hommes, eux, vont chercher à anéantir le monstre. Mais nous pourrions nous demander de quel côté de la barrière liquide il se trouve.


Bertrand SANTINI offre là un roman enlevé pour nos jeunes lecteurs. Il est à la fois drôle, plein de références, acide sur la condition humaine. Le grand plus est le passage des effets comiques, presque gestuels, au pic de l'émotion.
Paul MAGER donne du corps au requin (et des boulons) et marque des moments forts sans trop dévoiler (même si une main est là). Bertrand SANTINI a, cette fois encore, bien réussi à entourer son récit, les illustrations apportant un plus.


samedi 30 mai 2015

Derrière la crête dentelée des collines, l'océan s'étalait sous la lune comme une nappe dorée - Jonas, le requin mécanique

"L'océan...
– Le pays de mes rêves, soupira Jonas. Ah, comme j'aimerais plonger dans cette immensité et vivre comme un vrai requin blanc !
– Oui... Ce doit être merveilleux d'être vivant, murmura Krokzilla.
– Éprouver le froid, le chaud, la faim ! Poursuivit Jonas d'un air rêveur.
– Sentir la flamme brûler ! Le vent caresser !
– Renifler les odeurs !
– Même des mauvaises, j'adorerais pouvoir les sentir.
– Si nous étions vivants, nous pourrions manger, boire, grandir ! Tomber malade puis guérir !
– Nous aurions des ancêtres ! Une famille ! Une maman ! Rajouta Krokzilla, mélancolique.
– Tant de bonheurs que nous ne connaîtrons jamais, soupira Jonas.
– Et puis, si nous étions vivants, un jour... on mourrait ! Dit le dinosaure sur un ton fasciné.
– Mourir, ça doit faire un drôle d'effet !
– Oui, mais quelle chance de pouvoir mourir. Quel privilège ! Mourir ça n'arrive qu'à ceux qui sont en vie! "


(extrait de "Jonas, le requin mécanique" de Bertrand SANTINI, illustré par Paul MAGER et le lutin de la maison; Grasset jeunesse)

dimanche 20 mai 2012

Le Yark


© Bertrand SANTINI et Laurent GAPAILLARD/ Grasset Jeunesse

"Le Yark" de Bertrand SANTINI et illustré par Laurent GAPAILLARD est un magnifique petit roman illustré. Il nous parle d'un monstre et offre ici une lecture délicieuse pour jeunes et moins jeunes. Les monstres ne sont plus aussi gentils qu'avant, à moins que ce soient les enfants!

"Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue.
Il y en a une autre, cependant, plus rare et moins connue.
C'est le Yark." Cet ogre mange les enfants. Ils représentent un met délicieux, sucré et fondant. Et aucun rejeton n'est à l'abri, le Yark sait ouvrir les serrures et déjouer les pièges.
Enfin presque, parce qu'il ne peut manger que les enfants sages. Les autres passent bien dans son estomac mais sont tellement difficiles à digérer que les périodes aux toilettes sont de véritables cauchemars pour le Yark.

© Bertrand SANTINI et Laurent GAPAILLARD/ Grasset Jeunesse

Il ne peut que chercher à tous prix les gentils. Mais les temps ont changé. Auparavant les enfants étaient naïfs et pour la plupart assez sages. Maintenant les chenapans pullulent et le Yark a peu de bons petits à se mettre sous la dent. Parce que oui, le Yark est difficile: un enfant sage, propre et bien portant, pas trop gras non plus sous la dent.
Il a une idée, se fier aux connaisseurs, par exemple le Père Noël a une liste des enfants gentils. Il part la lui chiper et s'offrir les enfants inscrits en guise de déjeuner.

Mais voilà, le Yark n'est pas au bout de ses peines, la vie va lui jouer de sacrés tours. Les enfants ont des ressources pour se prémunir des monstres. Oui, oui Charlotte ou Lewis sont pourtant des enfants sages. Et pourtant...
Le Yark repartira avec un mal de ventre, des pets, une diarrhée, de quoi le "rendre fusée". Il rencontre la mort, "boule de lumière froide" et vitrée. A son réveil Madeleine est là. Pile une enfant sage!

© Bertrand SANTINI et Laurent GAPAILLARD/ Grasset Jeunesse

Bertarnd SANTINI nous offre là une magnifique histoire de monstre. L'ogre est complexe, subtil. Il réfléchit et est prêt à s'émouvoir. Ses anecdotes sont jouissives et hilarantes pour les petits et les plus grands: des délices d'un enfant, ses doigts, sa cervelle, son goût, son odeur, sa texture aux méandres digestifs des pets, des feux de derrière.
Mais c'est aussi une histoire plus spirituelle. Les à priori alimentaires amènent à se poser des  questions, à agir par tolérance. Et puis l'amitié est là, au bout de la route, une amitié qui peut demander des sacrifices et de se dépasser.
Une lecture pour les plus grands peut vraiment être sur l'éducation de nos petites têtes plus ou moins sages et sur ce qui est monstrueux: le monstre, l'ogre, l'humain.

Les illustrations de Laurent GAPAILLARD sont magnifiques. Ces encrés offrent tout le panel d'ombres prêt à nous mettre dans l'ambiance: un Yark gigantesque, poilu et presque dissimulé même s'il est de plein pied. Puis une ville de nuit, des vues du ciel. Et des duels avec les enfants, des détails qui font peur et leur pendant réconfortants. Le Yark monstrueux semble apeuré et seul.