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dimanche 14 février 2016

Troie, la guerre toujours recommencée

En profitant du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC avec le lutin, j'avais envie de relire la proposition d'Yvan POMMAUX sur l'Ililiade. De la mythologie grecque, il s'agit bien de la partie qui me plait le moins. Moins de bestiaires fabuleux, peut-être des héros que je n'appréhendais que peu. Lire différentes versions de la guerre de Troie ne me tentait pas. Et puis voilà, Murielle SZAC a déclenché l'envie de revenir à Yvan POMMAUX, comme "Troie, la guerre toujours recommencée" provoquerait le même effet.
Je vous rappelle que les bandes-dessinées mythologiques de cet auteur sont maintenant en format poche et à prix mini: aucune raison de s'en passer. Je vous parlais là d'"Oedipe, l'enfant trouvé" et de "Thésée, comment naissent les légendes". Vous trouverez aussi en version poche "Ulysse aux mille ruses".

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Yvan POMMAUX met en situation: gros plans sur les personnages importants, cartes et petite explicitation aux néophytes. Et à Troie de nombreux chefs de guerre sont rassemblées. Nous connaissons plus facilement ceux acquis à la cause grecque - Agamemnon, Ménélas, Achille, Nestor ou Ulysse - mais beaucoup moins le camp des Troyens - Priam bien-sûr, ses deux fils Hector et Pâris mais aussi les Thraces, Pandare -.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Troie est une ville dans l'actuelle Turquie où va se dérouler une guerre de 10 ans. Le prétexte est amoureux: Hélène la femme de Ménélas, roi de Lacédémone, a été kidnappée par Pâris, fils du roi de Troie. Fidèle en honneur, les guerriers grecs partent demander justice avec le roi bafoué. Mais cette guerre n'est en fait qu'un désir de conquête pour les hommes et une revanche pour les dieux.
Une déesse aigrie, n'est pas conviée à une fête des dieux. Elle décide de se venger auprès des trois plus grandes déesses, Héra, Aphrodite et Athéna, en proposant une pomme à la plus belle. Mais il faut un juge, ce sera Pâris, un humain. Aphrodite gagne par tricherie en offrant au juge l'amour de la plus belle femme du monde, Hélène.
A partir de là se joue une guerre sans merci entre la mer Égée et la ville de Troie. Des duels, Pâris et Ménélas ou Hector et Achille. Des ruses, espionnages, renforts, magouilles des dieux. Pâris, Achille, Agamemnon, Hector prennent ici de la consistance. Ulysse n'est ici qu'un participant, sa ruse finale n'arrivant qu'après la fin de l'Iliade.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Ce "roman graphique" présente l'envie d'en découdre des hommes et des dieux. Ils leur faut du sang, de l'honneur et de la vengeance, chacun de manière assez égoïste. Le tout est fourni, plein de détails sur les costumes, les armes, les navires. Les caractères sont trempés, les actions très réactives aux présages des dieux.
L'auteur nous offre 10 ans en 70 pages. C'est assez succinct tout en proposant les différents revirements des dieux et des hommes. Pari réussi!

samedi 15 août 2015

Chien pourri à la plage

Oui, nous aussi, nous lisons les aventures de ce chien serpillière et de son copain le chat aplati. "Chien Pourri à la plage" de Colas GUTMAN et illustré par Marc BOUTAVANT n'est pas le premier que nous nous mettons sous la dent mais il est de circonstance... eh, eh, vacances à la mer obligent!

© Colas GUTMAN et Marc BOUTAVANT/ École des loisirs

Tous les chiens partent en vacances avec leur maître. Enfin les chiens de race... et puis ceux qui ne sont pas abandonnés pile à ce moment-là. Mais une Colonie des chiens délaissés propose d'emmener à la mer un certains nombres de canins indésirés, Chien Pourri et si moche qu'il aura droit à la dernière place avec Chaplapla. 
"- Notre maîtresse nous a abandonnés pour les vacances, dit le caniche à frange.
- Mais plutôt que de nous laisser sur le bord de la route, elle nous a offert un "stage d'enfant", dit le basset à petit manteau d'été.
- C'est quoi? demande Chaplapla.
- Un stage de perfectionnement pour nous aider à trouver notre compagnon idéal."

Les voilà partis pour la Côte d'azur, qui ressemble à une Côte de porc. Sur la plage, les chiens devront se faire un maître, un enfant, et grâce à cela gagner une place au Club Biquet.

© Colas GUTMAN et Marc BOUTAVANT/ École des loisirs

Avec Chien Pourri, tout tourne de travers. Pas très beau ni très propre, il n'attire pas que la bonté humaine. Mais il y a Short Bleu et son père CRS (Croquettes Rares et Salées), serait-ce lui son maître de l'été? Le toutou est, de toutes façons, un peu à l'ouest. Gentil mais pas très intelligent.

 Nous rions de ses déconvenues, de ses maladresses. Mais la force de l'écriture de Colas GUTMAN n'est pas tant de se moquer de lui mais plutôt des humains bien pensants autour, de nos propres comportements en somme: notre rapport aux animaux de compagnie, notre maltraitance envers les animaux avec une petite idée de l'écologie et des droits aux plus démunis.
Nous retrouvons avec grand plaisir le travail de Marc BOUTAVANT qui nous offre toujours de magnifiques animaux, stylisées, doux et bien campés. Ici il rajoute les humeurs du chien et chat héros et c'est désopilant.

A la recherche de l'enfant maître - "Chien pourri à la plage"



"Chaplapla a raison, Chien Pourri reçoit les quolibets de vacanciers en colère.
- Il n'a même pas de maillot de bain, s'indigne une dame.
- Il faudrait le faire piquer par une méduse."

(extrait de "Chien pourri à la plage" de Colas GUTMAN et illustré par Marc BOUTAVANT, École des loisirs)

jeudi 6 août 2015

La double vie de Cassiel Roadnight

Ne pas se fier à la couverture floue, se remémorer celle du grand format. Faire confiance à la sensibilité des libraires. Je n'ai pas pu passer à côté une fois le livre sorti en poche. "La double vie de Cassiel Roadnight" de Jenny VALENTINE ne vous lâchera pas.


Il n'est rien. Ou plutôt il est Chab rien. Il a vécu reclus dans une immense maison avec son grand-père. Dans une pièce de la maison. Il n'y était pas prisonnier, il partait jouer dehors. Son grand-père, ancien instituteur lui apprit à lire, à écrire et à compter et l'endormait en lui lisant de la littérature classique. Plus tard Chab découvre que ce n'est pas la vraie vie, qu'il n'est pas allé à l'école et que son grand-père est saoul du matin au soir. Un jour, ce dernier part acheter son whisky et ne revient pas.
Les services sociaux viennent chercher Chab âgé de 10 ans. Il attends son grand-père mais personne ne le croit, personne le l'écoute. Chab est placé en familles et s'enfuit dès que possible. Son comportement est agressif mais pas pour les raisons invoquées par les spécialistes. Il veut retrouver son grand-père. Après 2 ans de cavale, il est repris. Mais les intervenants sociaux le prennent pour un autre, pour Cassiel. Non, non, il n'est pas lui, il est rien. Et puis, il accepte juste pour voir. Il sera Cassiel, juste pour ne pas avoir à déclarer sa non-identité. La sœur de Cassiel vient le chercher.

Chab usurpe l'identité de Cassiel. Au départ, c'est facile: il lui ressemble tellement. Cela devient plus compliqué au sein de la famille de ce dernier. Il vit sous inspection, chaque mouvement, parole est passé au crible mais les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir. Il aura peut-être la famille dont il rêve depuis qu'il est enfant.
Il y a ce jeu d'identité, savoir qui l'on est, ce qui nous construit, ce qui nous défini. Et puis la famille, l'esprit, le soutien, le choix. Mais Jenny VALENTINE nous offre aussi un secret de famille tellement lourd que même Chab est en danger. Il lui faudra choisir entre le mensonge, la trahison, la réalité... tout cela sans se perdre. Parce que non, il n'est vraiment pas Cassiel, ses amis, il les choisit autrement.

 

lundi 3 août 2015

"- Attends-moi! [...] Tu es le lapin blanc ou quoi? - La double vie de Cassiel Roadnight

- Lewis Carroll ou Hunter S.Thompson?"


"Floyd se déplaçait dans le cercle de silence. Où qu'il aille, les gens s'arrêtaient de parler et le regardaient. Ils ne se donnaient même pas la peine de cacher leur mépris. Si on voulait évacuer un immeuble, dans cette ville, il suffisait d'y mettre Floyd. Si on voulait faire taire une foule, il suffisait de l'amener devant elle pour qu'elle le dévisage. Je m'en suis aperçus dès le premier jour, en me rendant à notre rendez-vous. Il se tenait près de la tour de l'horloge, dans son étrange tenue noire, en face de la petite mairie, dans une zone réservée à lui seul, excluant tous les autres. Je jure que pas même les oiseaux, la vermine, les insectes n'osaient enfreindre la règle. Il était totalement seul.
Je me rappelle avoir pensé que nous avions ça en commun.
Grand-père aurait aimé Floyd. Il aurait aimé sa façon d'être, de lire, de parler, de penser, différemment des autres. Il aurait aimé son côté marginal. Il aurait aimé, comme moi, tout ce qui en faisait une personne à part."

(extraits de "La double vie de Cassiel Roadnight" de Jenny VALENTINE, École des loisirs, dont je parle là; illustration de Gerald BROM)

mardi 21 juillet 2015

Nanouk et moi

Vous vous souvenez de ce film documentaire, "Nanouk l'esquimau"? Je l'avais vu enfant, j'ai aussi lu des livres sur ces peuples du froid, de la fiction et des essais. Alors "Nanouk et moi" de Florence SEYVOS arrivait en terrain conquis.


Thomas a rendez-vous avec le docteur Zblod pour parler de ses cauchemars. Thomas ne sait pas quoi dire, il lui faut faire attention aux mots et avoir confiance. Et puis ses cauchemars se font le jour et dépendent d'un homme inconnu. Nanouk l’esquimau est mort, une phrase au début du documentaire le dit. Thomas est si triste qu'il pourrait se noyer.
Le docteur le prend au sérieux. Ils parlent de leurs conditions de vie, des températures, de la chasse où Nanouk/ L'ours est reconnu. Ils évoquent le désarroi de la famille en deuil de Nanouk. Peu à peu ils égrainent les tristesses, vécues et ressenties et l'adulte l'amène à évacuer le trop plein. Grâce à lui, Thomas va être joyeux, même un peu trop, et trouvera lui aussi son ours.

"Je me suis réfugié contre la cloison et j'ai pleuré avec un chagrin comme je n'en avais jamais connu. Un chagrin dont je ne voyais pas le bout. Je me rappelle avoir pensé que j'étais trop jeune et trop seul pour affronter un tel chagrin. Il était au-dessus de mes forces. Peut-être est-ce la définition du chagrin."
La force de ce petit roman n'est pourtant pas tant l'évocation de ce chasseur qui a vraiment existé, vécu durement et est mort de froid, de fatigue ou de faim très jeune. Ce sont les émotions ressenties par l'enfant, sa sensibilité, son rapport à la mort.
La mise en confiance, la relation d'égal à égal, même si Thomas est un enfant et que le docteur le lui rappelle bien, tout cela aide Thomas a réagir, seul mais accompagné. Les angoisses et l'hypersensibilité sont décrites, posées, dépassées. La tristesse exceptionnelle fait place à la triste normale.

jeudi 23 octobre 2014

Un sari couleur de boue

Acheté il y a pourtant longtemps, je m'attendais à un livre rêche, je tardais encore et encore. Et non. Kashmira SHETH s'inspire de sa grande-tante pour décrire son héroïne dans "Un sari couleur de boue" et le résultat est un bel hommage à cette jeune fille et à toute l'Inde qui change.


Leela a 13 ans. Elle aime les saris colorés, les fêtes, les amies, les gourmandises et les bracelets. Sa vie est réglée depuis longtemps, fiancée, mariée, elle va bientôt vivre son anu, cérémonie qui l'emportera dans sa belle-famille auprès de son jeune époux Ramanlal. Elle est gâtée par la vie, chouchoutée par ses parents, elle a été à l'école jusque là. Et puis même sa belle-mère semble lui vouloir du bien, même son mari, qu'elle n'a pas encore le droit de connaître ni de regarder dans les yeux, semble l'apprécier.
Et puis, son jeune époux meurt de la morsure d'un serpent. Son monde s'écroule. Plus de feu aux joues ou d'impression dans le ventre pour ce jeune homme. Un grand chagrin. Et la fin de la vie. Elle ne sera plus qu'une veuve, une widhwa, sans le droit de se remarier, sans le droit de prendre position dans la société, sans le droit de se vêtir à nouveau comme une femme. Plus de magnifiques saris, bijoux de poignets, d'oreilles, de doigts de pieds, de nez. Plus de maquillage au khôl sur la tempe pour prévenir le mauvais œil ou de rouge sur le front pour marquer son état. Elle ne portera que des chidri (sari couleur de boue réservé aux veuves dans l’État du Gujarat), se rasera la tête.

Pendant un an, Leela ne pourra ni sortir de chez elle, ni accompagner sa famille dans les tâches quotidiennes, ni participer à aucune fête. Elle vivra la mise au coin, c'est à ce khuno palvo de deuil que l'auteure choisit de nous convier.
La fin de l'enfance, de l'adolescence prend ici le goût du manque. Leela décrit toutes ces choses qui apportent la joie, l'enthousiasme dans cette Inde du début du siècle. Les couleurs, odeurs, chaleurs et vents, les plats, fêtes, discussions de village.
Il y a aussi le poids des coutumes, elle est devenue pour certains une raand. Une non-personne voire une à fuir, à mépriser, à dénigrer. Le poids des traditions est lourd et cette année va dérouler toutes les nuances de cet état et permettre de micro-changements.
Leela, perdue, anéantie, va pourtant trouver un autre chemin en reprenant l'école à la maison, avec cette enseignante aux idées progressistes. Elle est soutenue par un grand frère parti en ville. Elle qui se morfond va prendre la plume pour écrire sur les bruits du monde écoutés de son coin, comme un devoir de classe. Elle lira le journal et l'intellectuel Narmad. Jour après jour, ses sens s'éveillent, son esprit aussi. 

Lentement, doucement, elle change. De petite fille choyée, elle devient en attente. De couleurs, de touchers de sari. Puis de discussions, d'apprentissages, de lectures et de débats. Brahmane (classe la plus haute), elle se prend d'amitié avec une rabari de basse caste. De thés en thés, elle apprend que l'écriture, la lecture et les mathématiques ne sont pas les seuls apprentissages nécessaires. L'actualité comprise, la littérature essayiste abordée, elle devient un esprit critique. Gandhi(ji) réveille l'Inde dans ses rapports à la colonisation et à l'agriculture. Leela y lit aussi toute une ouverture sur l'égalité des sexes, une prise de position possible pour chacun dans le monde.

"- Veux-tu du thé? lui demandé-je en avançant vers elle.
- Ho've, bien-sûr! crie-t-elle.
- Allons à la maison alors.
J'attrape son coussin et son ouvrage et la laisse prendre sa tasse. Elle reste assise sur le seuil de la cuisine en attendant qe je prépare le thé.
- Leelabon, qu'est-ce que tu lis toute la journée?
Je lui tends mon livre. [...] Le thé est prêt, elle me tend sa tasse et je la sers. Je bois le mien dans une tasse en argentan, assise à côté d'elle.
Elle souffle sur son thé avant d'en boire une petite gorgée.
- Il est bon.
De son autre main, elle tourne les pages du livre.
- C'est la légende de Rama et Sita?
- Non.
- Alors de quoi ça parle? Nous [les rabari] ne savons pas lire, mais nos anciens nous racontent beaucoup d'histoires sur Rama et Sita, sur le combat de Rama contre Ravana. Ils nous parlent aussi de Krishna, qui volait du beurre et qui a anéanti le méchant roi Kansa. Nous écoutons tellement d'histoires que, si on devait les écrire dans le ciel, elles le rempliraient entièrement, il n'y aurait plus de place pour les étoiles.
- Il y a d'autres histoires que tu ne connais pas.
- Alors raconte-m'en une de ce livre.
Il n'y a pas d'histoires dans ce livre. C'est juste un texte.
- Mais si ça ne raconte pas une histoire, de quoi ça parle?"

... ou l'art de lire comme une ouverture sur le monde!

dimanche 6 juillet 2014

L'Histoire de la France en BD

Je voyais beaucoup de jeunes lecteurs avec cette BD dans les mains. Une BD avec un apport historique, cela pouvait être tentant. Surtout avec ce nouveau format peu cher et tout petit: au lieu de trois tomes, comptez-en six.

© Dominique JOLY et illustré par Bruno HEITZ/ École des loisirs


"L'Histoire de la France en BD, de la préhistoire à la Gaule celtique" de Dominique JOLY et illustré par Bruno HEITZ permet en un minimum de pages d'avoir devant les yeux les principaux éléments de chaque période.
Un grand-père a ses petits enfants chez lui pour les vacances: il est bavard et adore l'Histoire, ils ont oublié leurs jeux vidéo. Et l'Histoire se déroule. Les premiers hommes apparaissent avec leur caractéristique (habitat, alimentation, vêtement et art) mais aussi les particularités françaises des découvertes sur notre territoire. Puis l'affrontement des celtes et des romains est bien expliqué, sans oublié une référence à "Astérix et Obélix". Les premiers échanges, le melting pot, les invasions sont présentés.

© Dominique JOLY et illustré par Bruno HEITZ/ École des loisirs

Les illustrations de Bruno HEITZ allient une sorte de droite lignée BD belge avec une simplicité du trait, sans trop de détail et plus une vue en général.

 © Dominique JOLY et illustré par Bruno HEITZ/ École des loisirs

Tout est clair: les dates à retenir, les personnages importants, une idée des us et coutumes. Mais c'est presque trop factuel, un exposé sans passion. Si vous souhaitez un résumé assez scolaire, bien fait et précis, et juste cela, cette proposition est parfaite.

mercredi 21 mai 2014

"Et pourtant elle ne sait rien faire d'autre que s'asseoir, prendre son biberon et dire "areu". - Maintenant nous sommes deux


"Assise dans sa chaise haute, Lulu n'arrêtait pas de jeter son hochet par terre. Je le ramassais, je lui rendais, alors elle éclatait de rire, puis elle le jetait à nouveau. Elle riait comme si on lui faisait des chatouilles.
Mamie nous regardait depuis la cuisine avec un drôle de sourire. Un sourire comme quand elle avale une gorgée de café. Ou comme quand elle regarde un film qui la fait un peu pleurer, ou encore comme quand elle serre fort maman contre elle."

(extrait de "Maintenant nous sommes deux" de Antonio MALPICA et illustré par Mélanie RUTTEN)

mardi 23 avril 2013

Les Willoughby

Il suffit de peu pour passer à côté: croire qu'il s'agit d'un auteur à la mode pour de mauvaises raisons, penser que ses textes sont insipides sans même avoir lu une ligne juste parce que encensée ici ou là entourée de mièvreries. Alors oui, j'ai bien failli ne pas lire du Lois LOWRY. Cela aurait été dommage parce qu'elle offre pourtant un discours différent. Mais heureusement, la petite voix d'une de mes libraires préférées était là: "C'est l'histoire de parents abjectes et d'enfants qui veulent se débarrasser d'eux!" enfin avec plus de détails et de nuances.


"Les Willoughby" de Lois LOWRY propose une histoire d'orphelins, pas si orphelins, de parents exécrables, d'une nounou qui pourrait être odieuse et d'un milliardaire triste et pouilleux.

Le ton est donné dès les premières pages. Les parents Willoughby ne connaissent pas le nom de leurs enfants et décident de partir en vacances sans leur progéniture. Ils embauchent une nounou, la énième, sans même lui parler, parce qu'il ne faut pas pousser tout de même, et mettent en vente la maison... les enfants se retrouveront à la rue, tant pis!
Tim, l'ainé, les jumeaux Barnaby A et B et la petite dernière Jane, ne voulaient plus d'eux de toute façon. Et puis quand on est élevé aussi mal c'est assez logique d'avoir des comportements pas forcément gentils. Un bébé est abandonné sur le pas de la porte, bah, il faut l'abandonner à une autre.

Les règles sont données. Tim décompte les points selon la pertinence d'une vie d'enfant: bien se comporter, être éloquent, ne pas couper la parole, être alerte. Mais avec l'arrivée de cette nounou qui n'est pas ce qu'elle semblait (beaucoup plus maternante et réconfortante que ce qu'il pensait), la vie reprend des couleurs. Des cartes postales des parents ponctuent leur "abandon" si joyeux. Ils défient la mort sans jamais y passer.
Et tous les personnages, mauvais et bons, se déclinent. L'histoire partait mal et pourtant, comme l'indiquait la quatrième de couverture, ces vies "vieux jeu" vont devenir pleine de bons sentiments.

L'impertinence des enfants mais aussi le caractère exécrable et sans excuse de certains adultes sont assez jouissifs. La parenté n'est pas évidente, le respect non plus et la famille devient le regroupement de ceux que l'on choisit. Des anecdotes sont aussi très rigolotes comme une nounou statue d'albâtre ou ces cartes postales parentales.
Et le livre finit bien. Alors non, je ne suis pas contre les happy end mais je suis restée un chouïa sur ma faim. Mais je suis sûr que les jeunes lecteurs trouveront eux tout ce qu'il faut pour réfléchir sur le respect, sur l'amour filial et parental avec assez de gentillesses pour ne pas être déstabilisés à la fin.
Le livre est aussi entouré, accompagné par des propos de l'auteur, "abominablement écrit et ignominieusement illustré" dit-elle. C'est aussi une référence à d'autres histoires d'orphelins dans la littérature jeunesse (références notées en fin de livre) et une mise en avant lexicale avec un glossaire repris avec beaucoup d'humour.

***
 

J'en ai profité pour lire le petit carnet sur l'auteur offert par les éditions l’École des loisirs: "Lois Lowry, mon auteur préféré" de Agnès DESARTHE.
J'aime ces focus, même parfois malgré une réticence pour l'écriture des auteurs en question. Là, je compte bien lire d'autres propositions de cette écrivaine américaine venue à la littérature jeunesse sur le tard.
Agnès DESARTHE nous la dévoile photographies par photographies. Les prémices d'une imagination sont là, d'une solitude aussi. En sandwich entre sa soeur et son frère qui accaparent l'attention. Il y a aussi ce manque de présence parentale, un père absent par son métier, une mère occupée à être mère des autres.
Il y a là de la curiosité, des débuts d'histoire mais aussi des retournements de vie propres à offrir ce qu'il faut d'impulsion.
Lois LOWRY apporte une écriture adulte aux plus jeunes. Les difficultés, les moments durs ne sont pas mis sous silence, même la mort et, pourtant, il semble que l'on peut retrouver sous sa plume beaucoup de tendresse et d'humour comme dans ce livre-ci.
Une belle mise en scène est aussi l'interview de certains personnages récurrents de LOWRY. C'est adulte et pourtant tout à fait intriguant pour les enfants.
Je reviendrais peut-être sur ce dévoilement de cette auteure après d'autres lectures. A suivre alors... peut-être.

mardi 26 mars 2013

" - Je crois que je vais créer un club de lecture à voix haute"

" Thomas se sentit rougir. En classe, il devait souvent lire à voix haute, mais il ne l'avait encore jamais fait chez quelqu'un. C'était une impression étrange. Il ouvrit le livre et se lança.
D'abord, il trébucha sur quelques mots. Mais cela s'arrangea en cours de lecture. Parfois, Mme Van Amersfoort riait. Thomas ne savait pas pourquoi. Il était trop occupé à lire.
Ce qui arriva ensuite fut miraculeux. Thomas ne lisait pourtant que des vers pour enfants! Comment se faisait-il qu'une adulte rie en entendant cela! Thomas levait de temps en temps les yeux de son livre, afin d'observer le visage de Mme Van Amersfoort. Quant elle riait, des rides rigolotes s'étiraient depuis sa bouche jusqu'à ses oreilles. Sa tête opinait comme si elle disait oui! oui! oui! Et deux nattes garnies de noeuds encadrèrent peu à peu son visage.
Pendant un moment, Thomas ne comprit rien à ce qu'il voyait, mais ça ne dura pas. Mme Van Amersfoot n'était plus une vieille dame, mais une vieille petite fille. Peut-être allait-elle bientôt bondir de sa chaise pour attraper sa corde à sauter."
(extrait de "Le livre qui dit tout" de Guus KUIJER, École des loisirs, illustration de Fiep WESTENDORP extraite de la série de "Jip et Janneke" d'Annie M.G.SCHMIDT)

mercredi 13 mars 2013

L'arbre généreux

De Shel SILVERSTEIN nous connaissons ses poèmes dans ""Le bord du monde" dont la "recette du sandwich à l'hippopotame". Avec "L'arbre généreux", il nous offre un court récit plein de sagesse.

© Shel SILVERSTEIN/ École des loisirs

Le garçon aime l'arbre et ce dernier le lui rend bien... grimper, se balancer, manger ses pommes. Mais l'enfant grandit et néglige cette amitié. Il ne pense plus autant à l'arbre et il le retrouve ses occupations ne sont plus à l'émerveillement et au jeu mais tournées vers des considérations bien matérielles. Et l'arbre généreux tente, encore, de satisfaire le jeune homme et l'homme plus âgé que le garçon est devenu.
Mais que peut bien offrir un arbre à son ami?

© Shel SILVERSTEIN/ École des loisirs

Shel SILVERSTEIN dépeint son garçon comme un petit insatisfait, dès lors qu'il a quitté l'enfance et nous réconcilie avec lui à son grand âge.
Cette histoire est belle et, oui, généreuse. J'aime aussi que l'auteur nous propose ses croquis émaillant le texte, surtout les chaussures et les trognons de pommes au pied de l'arbre...

© Shel SILVERSTEIN/ École des loisirs

jeudi 7 février 2013

Corbelle et Corbillo

Il y a bien-sûr de nombreuses propositions de livres pour les premiers lecteurs. Yvan POMMAUX nous offre avec "Corbelle et Corbillo" de petites histoires qui répondent très bien à mon attente: peu de texte et une illustration encore prépondérante.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Dans le livre album "Corbelle et Corbillo, cinq rêves, six farces et un voyage", sont regroupées trois histoires: "Les rêves de Corbillo", "Corbelle et Corbillo" et "Le voyage de Corbelle et Corbillo".

Le couple de corbeaux s'animent par petites anecdotes.
Corbillo, une fois rentré du travail, se prépare un chocolat chaud et se met sur sa branche lit. Il rêve alors de Corbelle, celle qu'il aime, des attitudes de Corbek, l'autre corbeau qui aime aussi la belle. Par son imaginaire, les sentiments de Corbillo prennent de la couleur et des conséquences comiques, même sa jalousie et sa volonté de faire le beau. Et bonheur, Corbelle l'aime aussi.
Une fois en couple les petites habitudes arrivent, toutes douces mais aussi de petites blagues. Corbelle est une pipelette et Corbillo, pour la taquiner, va lui montrer qu'elle n' a besoin de personne au bout du fil. Puis il tente un réveil charmant loin de l'arbre maison qui finira à l'eau... Avec ces farces sur les attitudes des corbeaux et leur petits défauts, ce sont aussi de très belles attentions, des moments doux et tendres.
Puis ils partent en voyage pour se changer les idées. Mais où et qu'emmener? Ils découvriront d’autres terres, d'autres beaux parleurs, des aides et un trésor... parfait pour le ramener avec eux.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Les histoires sont très courtes sauf le voyage mais elles offrent de très beaux instants de poésie, d'humour et de taquinerie.
Les images nettes d'Yvan POMMAUX sont rehaussées par les très belles couleurs de Nicole POMMAUX mais avec ce livre compilation, toutes les histories n'ont pas le même traitement. Je dois dire que j'ai une préférence pour les apprêts sombres des deux premiers épisodes, le voyage étant traité, lui, comme une bande dessinée.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Ce n'est pas un intégral, certains épisodes n'y apparaissent pas, par exemple "La marque bleue", "La pie voleuse" et "Le théâtre de Corbelle et Corbillo". Pourtant vous aurez une belle idée de l'univers de ce couple de corbeaux.

lundi 3 décembre 2012

Oedipe, l'enfant trouvé

Je ne vous ai pas encore parlé du Salon du livre jeunesse de Montreuil 2012 ?! Je n'y suis pas allée?! Mais si, mais si, et en plus je n'étais pas (la) seule. Je vous en parle bientôt. Dans mon petit sac au retour, de la religion et de la mythologie... même si j'aurais aimé revenir avec 8 nénés (est-ce bien 8?)...

Alors là, oui, j'attendais les autres albums d'Yvan POMMAUX sur la mythologie. Oui bien-sûr, il nous a proposé de magnifiques albums en cartonné et grand format, Thésée, Ulysse, Orphée, Troie. Mais l'idée de rééditer ces albums comme des romans pour les plus jeunes est sensationnelle. Ainsi le format est réduit (très bien pour notre bibliothèque surchargée) et le prix aussi (très bien pour le porte-monnaie de plus en plus déchargé).
Alors comme "Thésée, comment naissent les légendes", je me suis empressée de prendre les deux autres sorties petit format. Ici "Œdipe, l'enfant trouvé" d'Yvan POMMAUX. (mon appareil photo s'est caché dans l'appartement, dès qu'il ne joue plus, je vous ajoute quelques illustrations)

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Œdipe est un enfant abandonné. Son père, Laïos, attend avec impatience l'avis des dieux concernant son premier enfant. Est-ce qu'il pourra compter sur un fils pour le succéder? Malheureusement la Pythie dévoile d'autres projets divins: son fils sera son assassin et prendra sa veuve pour femme.
Laïos abandonne donc le rejeton sur la montagne à la portée des bêtes féroces lui liant les pieds. L'enfant n'a pas encore de prénom, destiné comme il est à la mort, mais un berger d'un autre royaume le trouve et l'amène à son propre roi qui se désespère d'avoir un enfant. Œdipe (pieds enflés) a maintenant un nom et grandit.
Jeune adulte, il entend des rumeurs sur son adoption. Pour en avoir le cœur net, il part écouter l'oracle. La Pythie confirme: il sera le meurtrier de son père et l'amant de sa mère. Pour échapper à la malédiction, Œdipe s'enfuit mais on ne s'échappe pas des dieux comme cela.
 Les destins dictés par les dieux non-favorables sont toujours ceux qui se révèlent exacts. Œdipe va droit à sa perte et pourtant il va au fil du temps apprendre la sagesse, en réponse au sphinx, en réponse aussi à la violence et à sa propre colère meurtrière.

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs (et remarquez ce tout petit Œdipe à côté de ses arbres immenses, peu maître de sa vie)
Cet épisode de la mythologie écrit par l'auteur est beaucoup plus facilement appréhendable que celui de Thésée. Est-ce parce que "Thésée" était le premier écrit ? Peut-être. Ici le récit est plus fluide sans perdre de sa richesse et de ses détails. Même si les événements ne sont pas faciles, l'auteur les reformule ainsi même le plus jeune lectorat comprend le parricide et l'inceste. Et puis la présence divine est aussi presque plus explicitée.

Comme à chaque fois, POMMAUX nous offre une connaissance hellénique. Avec Œdipe, jouet des dieux, c'est la relation des hommes aux dieux, avec les oracles, volontés divines transmises par la Pythie aux humains, qui prend une place de choix.
Et comme à chaque fois, l'histoire mythologique est amenée par un début de nos jours... ici le grand-père, à la demande de ses petits-enfants, compte raconter la plus tragique d'entre elles: " - On aime bien les histoires mythologiques, grand-père, mais elles finissent mal! - Les mythes ne sont pas des contes de fées, ma jolie! - Alors raconte-nous la plus terrible, la plus effroyable des histoires mythologiques. - Ça, c'est facile! La plus triste, la plus tragique, la plus pitoyable de toutes..."

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Je ne peux que vous confirmer mon coup de cœur pour la collection mythologique complète d'Yvan POMMAUX, je vous parlerais d’Ulysse bientôt... et en plus, elle existe format poche!

mardi 15 mai 2012

Thésée, Comment naissent les légendes

"Thésée, Comment naissent les légendes" d'Yvan POMMAUX est une proposition de lecture mythologique parfaite. C'est un coup de cœur!

 © Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Elle allie les illustrations à même de permettre de suivre l'histoire dès le plus jeune âge, une ligne de récit complète et une vraie trame du mythe. Thésée est ainsi réinscrit dans une histoire qui le devance.

En 1966, deux plongeurs remontent d'une épave des morceaux de vase grec ancien. L'occasion de se remémorer la légende du combat entre Thésée et le Minotaure.
Mais Thésée est avant tout un enfant, l'union d'Aïthra avec soit son roi, Égée d'Athènes, soit le dieu de la mer Poséidon. Et là, toute une destinée est tracée: il est le fantasme d'un roi, l'incarnation d'une force et d'un courage et la victime de haines précédentes.

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Egée, oubliant son amour de campagne, est extrêmement envieux du fils du seigneur de Crète, Minos, symbole d'une continuité du pouvoir. Il entamera les hostilités contre son principal adversaire en précipitant à la mort l'héritier. Minos, fou de rage, prononcera la sentence: chaque année 14 jeunes gens d'Athènes serviront à venger la mort de son fils. Ils entreront dans le labyrinthe de Crète avec soit la joie d'en sortir libres (mais le dédale est si complexe qu'aucun n'a réussi), soit la fatalité d'être donner en pâture à son beau-fils monstrueux, le Minotaure.

De son côté, Minos a aussi des choses à se reprocher. Il invoque Poséidon pour le protéger son peuple des raz de marées et ne l'honore pas comme il convient. Ce superbe taureau blanc livré pour le sacrifice est remplacé par un autre et devient, par un retour diabolique et peut-être voulu par le Dieu de la mer, le père du Minotaure, dont la mère n'est autre que la femme de Minos.

Et Thésée grandit, démontre sa force, sa témérité et son esprit "dent pour dent, œil pour œil". Il conclura cette histoire commencée avant lui.

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Yvan POMMAUX réussit là un tour de force. Les imbrications, les détails, les vices humains et divins sont explicites et clairs. En plus, ils ne plombent pas la lecture et offrent là une complexité du mythe.
Ces illustrations sont belles, ces encarts de focus bien amenés. La mythologie retrouve ses relations humaines et divines, ses actes précurseurs, ses fatalités et ses conséquences.

Une chose encore: je suis ravie de la sortie de ces albums en format poche, comme un roman graphique.

vendredi 25 novembre 2011

Tout pourrit !

J'aime beaucoup cet album que je n'ai jamais eu en mains. "Tout pourrit !" de Hirotaka NAKANO raconte la décomposition de ce qui sent bon d'habitude: la nourriture à table.

De ce repas fabuleux, aux odeurs qui donnent envie de dévorer, les restes deviennent des détritus, des aliments pourris. La maman explique ainsi l'importance du retrait des déchets de manière régulière mais aussi le compost.
Le dialogue entre la mère et la fille amène à la décomposition organique dans le sol, l'explication du rôle de la microfaune et ce cycle des éléments nutritifs de la chaine alimentaire, des restes organiques, aux micro-organismes, aux plantes, aux animaux... et ce cycle qui perdure depuis des millions d'années.
C'est toute une histoire de recyclage, autant des détritus que des êtres vivants, le cycle de la vie expliquée ici aux plus petits.

Très très belle proposition où les illustrations montrent bien en coupe tout ce qui est dans la terre et se décompose pour donner la vie. L'album est disponible en noir et blanc en suivant ce lien.

mercredi 25 août 2010

Maestro

Ma libraire m'a amenée jusqu'à cet auteur, elle a bien fait. "Maestro" de Xavier-Laurent PETIT m'avait offert un très beau moment de lecture.
Nous suivons des gamins de rue d'une ville touristique de Bolivie et plus particulièrement Saturnino, sa petite sœur Luzia et Patte-folle. Ils vivent des menus métiers de rue comme cireurs de chaussures et grappillent ici et là de quoi se nourrir. La vie n'est pas facile et les touristes profitent... pour survivre il ne leur est pas rare de devoir aussi voler.
Le dictateur fait place net avec sa milice sans considérer le peuple. Un jour, Saturnino est pris en flagrant délit de vol auprès d'une belle jeune touriste. Un milicien arrive et souhaite l'enfermer (ou pire). "Si tu sais ce que va faire un macaco, tu en sais plus que lui". Un vieil homme très élégant, Romero, prend parti pour le pilluelo (gamin des rues). Il propose à Saturnino de venir le voir le lendemain et d'emmener ses copains et sa petite sœur.
C'est le départ d'un nouvel espoir dans ce climat politique tyrannique et cette misère, encore faut-il que le monsieur ne soit pas un cazadore (touriste sexuel). Le rendez-vous est à l'école de musique.

Bien-sûr le livre parle de l'atmosphère oppressive de la rue, de la ville, de la misère, de la politique, de la situation d'orphelin, mais c'est encore plus l'espace de liberté, d'émotion écoutée, d'attention, de partage, qu'est l'école de musique qui m'a le plus embarquée.
Cet apprentissage de la musique est un réapprentissage de la confiance. Romero est un Maestro (chef d'orchestre), revenu en fin de parcours dans son pays. Sa pédagogie musicale est fabuleuse. Le premier contact avec la musique est auditive mais aussi tactile et émotionnelle : les enfants sont invités à poser leur oreille sur le caisson d'un violoncelle. "Ils jouaient un truc inimaginable, un énorme morceau de gaieté dans lequel chacun pouvait mordre comme dans un gâteau. Rien qu'à l'écouter, j'avais envie de galoper, de sauter, de danser, de crier..." dit Saturnino de la "Marche de Radetsky" de Johann Strauss. Les enfants se mettent aux instruments, la partition sous les yeux juste pour se l'approprier sans apprendre pourtant le solfège. Et puis une fois que chaque instrument connait son morceaux, le Maestro propose un concert privé...

L'école est un repère, un espace privilégié. Un espace atteignable aussi par le dehors même si les enfants y viennent pour la musique en laissant le reste à l'extérieur. C'est un espace où ils grandissent, se trouvent un peu, sont accompagnés... une première approche des changements dans une vie entre l'enfant et l'adulte qu'il deviendra.

Un roman à recommander! "Ce que j'aime en musique, on peut recommencer des milliers de fois comme si c'était neuf."

Un autre livre parle aussi d'une pédagogie de la musique de manière très tentante, "Totto-chan, la petite fille à la fenêtre" de Tetsuko KUROYANAGI dont je parle là, une approche de la pédagogie JAQUES-DALCROZE dont je vous parle ici. Et puis pour le plaisir d'écouter le morceau préféré de Patte-folle "La Marche de Radetsky" de Johann Strauss.

JOHANN STRAUSS "La marche de Radetzky"
envoyé par Ultra_White_Forever. - Regardez la dernière sélection musicale.

jeudi 24 juin 2010

Hulul et la lune

© Arnold LOBEL/École des Loisirs

"Hulul et compagnie" d'Arnold LOBEL est dans notre bibliothèque familiale depuis bien 1 an. Ce livre, recueil compilant des histoires toutes douces "Sept histoires de souris", "Porculus", "Ranelot et Bufolet", "La soupe à la souris", "Oncle Eléphant" et "Hulul" bien-sûr, est une référence en littérature jeunesse. Une de celles qui se transmettent de génération en génération, une de celles qui restent en mémoire.
Ce sont des histoires courtes, pour les plus jeunes, avec une dose de poésie autant dans les illustrations que dans les textes.

"Hulul" est peut-être mon préféré. Ce petit hibou solitaire, un peu naïf ou tout du moins d'une curiosité sur les choses très émouvante. Ou ses moments très poétiques, avec son thé aux larmes par exemple. Des larmes venues en pensant aux objets cassés pour déguster cette boisson chaude et salée, un peu nostalgique mais si chaude au cœur. "Hulul et la lune" est aussi une belle conversation sur la nature, la nuit, la solitude et l'amitié...

© Arnold LOBEL/École des Loisirs

voici une vidéo vous présentant cette histoire.

samedi 13 mars 2010

Mercredi, c'est raviolis !

©Makoto TACHIBANA et Setsuko HASEGAWA/ Ecole des loisirs

"Mercredi, c'est raviolis" de Makoto TACHIBANA et Setsuko HASEGAWA est une vraie invitation à se mettre en cuisine.


Une fille et son petit frère décident de préparer des gyôza. Le déroulement se fait comme une histoire mettant en avant les sensations et les interrogations enfantines. Les enfants avec leur foulard de corsaire sur la tête et leur tablier sont seuls en action. La grande sœur explique les étapes jusqu’à la cuisson faite par la maman (inexistante à l’image mais pourtant présente dans la pièce).©Makoto TACHIBANA et Setsuko HASEGAWA/ Ecole des loisirs

Les étapes de la recette se suivent en même temps que les commentaires : la farine est toute douce, c’est tout collant, c’est long, cela fait un drôle de bruit, ça a la consistance du sein maternel etc… un vrai régal de lecture. La recette (et ses ingrédients) est vraiment à la fin.

©Makoto TACHIBANA et Setsuko HASEGAWA/ Ecole des loisirs

Si l'envie vous prend de vous y mettre. Le temps d’attente de la pâte est adorablement comblé par la lecture de l’histoire une nouvelle fois en reprenant ce que nous avons déjà fait… et surtout ce que nous allons faire. Ici je vous en parlais avec une envie de niddo montessorien.

mardi 16 février 2010

Monsieur le lièvre voulez-vous m'aider ?



« Monsieur le lièvre voulez-vous m’aider » de Charlotte ZOLOTOW, illustré par Maurice SENDAK, apporte une sensibilité émotionnelle, les couleurs ne sont pas affichées dans l'album, elles sont presque juste évoquées. La petite fille souhaite offrir un cadeau pour l’anniversaire de sa maman mais ne sait pas quoi.

Elle demande de l’aide au sage lièvre, s’ensuit les objets rouges, jaunes, verts et bleus.

La poésie de l’offrande est là avec cette sensibilité aux belles choses mise en appositions avec les pierres précieuses, chères et pas si adaptées peut-être : des oiseaux (non pas en cage) ? Le soleil ? Les lacs ? Le ciel ? Une bonne manière de modifier notre vision du présent, le cadeau, et de notre prédisposition au consumérisme. Malice en parle là.