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lundi 21 mars 2016

Passeurs de mort


Angel vient de perdre son oncle George. Elle se rend seule à son enterrement, il n'avait plus vraiment de contact avec le reste de la famille. L'affection entre les deux était accrue, une certaine folie, une envie d'aventure. George était un peu illuminé et offre à sa nièce un héritage, une porte ouverte vers un monde incroyable.
"La mort n'est pas qu'une marche ratée, un silence entre deux notes, un cri perdu sur la banquise.
La mort n'est pas qu'une idée.
La mort est un monde. Des gens en font profession. il existe une entreprise, un système, une procédure.
Rendez votre ultime soupir et quelqu'un se trouvera là, à votre chevet, téléphone en main: un homme ou une femme en costume gris, que vous serez seul à voir, que vous ne connaîtrez pas."
George a créé des lunettes permettant de voir la mort, enfin non, voir ses employés montrer le chemin au défunt. Angel, curieuse, avide d'étrangeté, va alors suivre les traces laissées par cet oncle et rencontrer une famille bien particulière, les Cooper.

Commence alors un jeu du chat et de la souris. Angel a un rôle à jouer, elle sera un des maillons dans le jeu de la Mort.
"Ce que tu as vu sur l'écran, c'était la Mort. Disons: une représentation. Une énergie, une présence, qui se manifeste quand la vie d'un homme touche à son terme. La Mort se nourrit de ces moments. En échange de quoi, elle guide les défunts. [...] La Mort s'ennuie, elle veut... Elle a besoin de ressentir la vie. [...] La Grande Faucheuse. Izanami, Mictlantecuhtli, Odin, Yanluowang, Anubis, Thanatos, etc. Toutes ces représentations. Toutes ces peurs. Et sur terre, nous La Mort en chair et en os."

Les professionnels de la mort sont dans un monde intermédiaire, ni celui des vivants, ni celui des morts. Il existe une firme gérant les décès, où la date de naissance et de mort pour chaque être humain sur terre est archivée.
Fabrice COLIN ne nous dévoile pas tout. La mort reste un mystère personnel pourtant il offre bien dans "Passeurs de mort" une quête de sens : que faire de sa vie? Angel, par exemple, veut être une jeune fille normale. Elle compte par la suite écrire un roman ou peut-être... une autobiographie. Pour réussir sa vie, et sa mort, il faut aussi être bien accompagné, choisir des personnes de confiance, et que la Mort ne se joue pas de nous. Angel va l'apprendre à ses dépends, ainsi que la Mort d'ailleurs.

L'auteur réussit le pari de ne pas nous faire lâcher son livre du début à la fin par ses personnages qui se complexifient au fil des pages, par l’apport du fantastique et de cette étrange sensation de simplicité et de début de réflexion.

Couverture d'Olivez BALEZ.

vendredi 2 décembre 2011

Lali l'orpheline

© Thierry LENAIN et Olivier BALEZ/ Oskar

"Lali l'orpheline, où l'on se demande si l'on peut faire du mal en croyant faire du bien" de Thierry LENAIN et illustré par Olivier BALEZ est un roman graphique court, pour tous, jeunes ou grands, un coup de cœur!

Marion est née ici, de ce côté du continent, et décide jeune adulte d'offrir 3 mois de sa vie à un orphelinat, là-bas, de l'autre côté, en Inde.
Le papa parle à sa fille dans ces quelques pages, reprend le malaise. Marion arrivait dans ce lieu de don de soi, personne ne lui parlait, par manque de temps, par scepticisme quand aux objectifs de le jeune occidentale peut-être aussi.

Là des orphelins et des infirmières démunis, un lieu qui contraste avec ce pays coloré et odorant:
"- [...] Tu sens, papa? Tu sens toutes ces odeurs, tous ces parfums? Ça fait tourner la tête... Tu sens, papa?
- Mais... Marion...
- Tous ces gens partout... Regarde, papa! Et toutes ces couleurs partout, regarde! ...
- Mais, Marion, tu es là-bas, de l'autre côté de la terre! ... Et je suis au téléphone!"
Et là Marion rencontre Lali, une enfant muette qui ne marche toujours pas malgré son âge. Marion se prend d'affection pour elle mais une infirmière se fâche.

© Thierry LENAIN et Olivier BALEZ/ Oskar

Tout l'art du livre réside dans les actes de cette jeune femme... des gestes beaux, tendres, généreux... affectueux, maternants. De ce parti-pris tendre, de ce que Marion reproduit des signes d'affection de son père quand elle était petite enfant. C'est tout cet amour filial qui transpire, cette affection devenue connivence... de cet aveu d'impuissance après.
Parce que oui on peut faire du mal en voulant faire du bien... ou presque. Mais là Marion doit prendre sur elle, offrir d'elle et de la pertinence, de la vérité.

Les illustrations en or, noir et blanc d'Olivier BALEZ offrent une modernité et comme une abstraction à l'histoire. Très beau parti-pris.

Magnifique histoire d'affection, de limite, mais aussi de ce qu'un geste peut apporter.

Gaëlle en parle là
Sophie Van der Linden là
Œil d'ailleurs là