samedi 2 mai 2015

"Zam avait douze ans quand nous avons été arrachés l'un à l'autre" - Habibi

© Craig THOMPSON/ Casterman

"La tradition mystique dit que 70 000 voiles de lumières et de ténèbres nous séparent du Créateur. Les bébés pleurent à la naissance car l'âme sait qu'elle est séparée d'ALLAH. Et quand un enfant pleure dans son sommeil, c'est l'âme qui se rappelle un partie ce qui a été PERDU. [...]

© Craig THOMPSON/ Casterman

A 3 ans, je racontais à Zam des histoires pour l'aider à s'endormir. [...]
A 4 ans, je racontais à Zam des histoires pour nous rapprocher. [...]
A 5 ans, je racontais à Zam des histoires pour nourrir son imaginaire. [...]
A 6 ans, je racontais à Zam des histoires pour le distraire de la faim. [...]
A 7 ans, je racontais à Zam des histoires pour l'encourager à m'aider. [...]
A 8 ans, je racontais à Zam des histoires pour lui donner des leçons de morale. [...]
A 9 ans, je racontais à Zam des histoires pour  lui montrer que la vie es plus complexe que les leçons de morale veulent le faire croire. [...]
A 10 ans, je racontais à Zam des histoires pour le distraire des études.[...]
A 11 ans, je racontais à Zam nos expériences de manière à peine voilée. [...]
A 12 ans, nous avons été arrachés l'un à l'autre."

(extrait, sur 11 pages, de "Habibi" de Craig THOMPSON, Casterman; j'en parle là)

mardi 28 avril 2015

Bouche au vent

Oui, j'aime le travail de Rémi COURGEON! J'ai retrouvé un de ses anciens albums et, comme à chaque fois, le charme opère. Gageons qu'il soit réédité, pourquoi pas à prix doux ou avec d'autres histoires.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Giacomo suit son père sur les chantiers. Son père est artiste-peintre-en bâtiment. Comme bon artiste italien, il chante aussi ou plutôt il siffle de l'opéra. Giacomo n'y arrive pas. Il faut sûrement qu'il attendent d'avoir les dents d'adulte. Mais non, rien.

Il lui faudra une émotion (voir extrait) pour que le vent lui ouvre la voie. Giacomo sait qu'il veut vivre avec et de la musique. Puis il rencontrera les autres bouches au vent pour poursuivre sa vie, fonder sa famille, inspirer son humeur et son quotidien.

"Puis il y eut d'autres voyages, sous d'autres vents. Blizzard, föhn, tramontane, simoun, sirocco, alizé, melteme, autan."

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON proposait là un album sur deux de ses thèmes favoris.
La musique comme pratique rigoureuse d'un instrument mais aussi expression de soi, chrysalide complète. Grâce à ce son de souffle, de vent, Giacomo grandit, se découvre, pratique une profession et trouve un sens à sa vie.
Le partage intergénérationnel n'est jamais loin non plus. Le père de Giacomo veut partager et transmettre sa passion, son fils le fera aussi en vivant.

Et puis j'adore le vent!

"Giacomo n'avait jamais vu la mer. " - Bouche au vent



- Rassure-toi, la mer ne t'a jamais vu non plus, plaisantait sa grand-mère.
La blague faisait rire tout le monde, sauf Giacomo. Pour ses sept ans, ses parents lui firent la surprise. Il l'emmenèrent en Normandie, les yeux bandés. Il faisait un froid de mouette. Quand il eut droit de regarder: merveille! Il n'avait jamais rien vu d'aussi grand... Giacomo resta bouche bée devant toute cette eau que le sable n'arrivait pas à boire. Le vent en profita pour souffler dans sa bouche comme le goulot d'une bouteille. Un long sifflement puissant. Un soufflement."

(extrait de "Bouche au vent" de Rémi COURGEON, Mango jeunesse, dont je parle là)

jeudi 23 avril 2015

Emile invite une copine

Vous vous souvenez d’Émile? Ce garçon taciturne qui ne sait pas se faire d'amis. Bah, justement, aujourd'hui il invite une copine. Il prépare sa chambre pour son arrivée.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Sa mère est ravie: enfin son fils a des amis. Elle est de ton école? Elle vient avec ses parents? Émile répond évasivement aux questions de sa mère. Elle est bien curieuse d'ailleurs... comme toutes les mamans qui s'informent à la première invitation. Oui mais Émile n'attend pas n'importe qui et pas pour faire n'importe quoi.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse 

"- Hi hi!
- Ha ha!
- Ça va, les enf... euh... ça va?... vous ne faites pas de bêtises au moins..."

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Le duo CUVELLIER/ BADEL revient ici avec autant d'humour et de dérision. Émile est toujours aussi attachant dans sa différence et ce court album donne encore à penser. Superbe!

Yacouba

Thierry DEDIEU est un auteur illustrateur très prolifique. Je ne parle pas beaucoup de lui car le plus souvent ses albums ont un âge de cible plus jeune que celui de mon lutin. Mais je ne passe pas à côté tout de même. Surtout que ses grands formats ressortent en petit format souple!

 © Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

Avec "Yacouba", l'auteur entame ces petites morales africaines. La fête se prépare dans ce village africain, bientôt les garçons prêts à être des hommes seront initiés et prendront leur place dans la société. Il leur faut affronter la brousse seul et surtout... le lion.
"Sous un soleil de plomb, marcher, franchir les ravins, contourner les collines, se sentir rocher, forcément, herbe, bien sûr, vent, certainement, eau, très peu."
Yacouba part lui aussi et rencontre ce lion magnifique, puissant. Il tient sa lance et bande des muscles mais le lion semble fatigué.

© Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

Le courage est une marque des plus sages. Est-il aussi l'attribut de tous les hommes? Est-ce que Yacouba trouvera sa place parmi les hommes.
C'est court mais fort! Et avec Thierry DEDIEU, vous serez toujours surpris et admiratif de ses illustrations. Il se joue des styles: des dessins naturalistes ici, des croquis, des encres là, des aplats de couleurs ou encore ici des traits noirs comme au charbon qui donnent une puissance et une nervosité aux visages, corps et animaux.

© Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

mercredi 22 avril 2015

Adieu Chaussette

Nous suivons Benjamin CHAUD quand il donne vie à un éléphant rose minuscule avec Ramona BADESCU. Ici point de "Pomelo" mais un petit garçon qui veut devenir un grand dans cet album solo.

© Benjamin CHAUD/ Hélium

"Adieu Chaussette", oui il faut lui dire adieu. De toutes façons ce lapin buffle n'est même pas un copain convenable, regardez donc ses oreilles, sa mollesse.

© Benjamin CHAUD/ Hélium

Oui c'est son seul copain mais il faut bien grandir et avoir des enfants comme amis. C'est décidé il va aller l'égarer dans la forêt.

© Benjamin CHAUD/ Hélium

Mais il est trop lent, pas moyen d'arriver à un endroit que le lapin ne connait pas à cette allure-là. Ah ba si, cette partie de forêt est inconnue.
Et puis il faut réussir à s'en débarrasser, le faire courir derrière une carotte, l'attacher... fuir. Fuir dans ce coin de forêt mystérieux. Mais il est maintenant tout seul... Chaussette lui manquerait-il?

© Benjamin CHAUD/ Hélium

Chaussette est-il un doudou? Se défaire de ces éléments d'enfance, aller de l'avant, vers les autres, renier son doudou, devenir grand en sécurité.
Chaussette est-il un vrai lapin, un animal de compagnie? L'histoire devient beaucoup plus glaçante. Mais la fin est belle même si l'acte d'abandon est là. La solitude, la culpabilité mais aussi les attentes déçues, la surévaluation de nos satisfactions.
Sous ses aspects d'album, ce livre offre une réflexion allant plus loin que ce que nous pouvions imaginer.
Cet album est initialement sorti en très grand format, maintenant il est disponible en format souple et tout petit, et prix réduit: à ne pas manquer!

Lily vous offre une lecture en duo ici. 

lundi 20 avril 2015

Où le petit Thésée s'attaque à un lion - Le feuilleton de Thésée


"Thésée allait abattre son arme sur le fauve lorsque trois hommes firent irruption dans la salle du banquet. Les cris et les appels au secours des enfants les avaient alertés. Au lieu de se jeter sur l'animal, ils éclatèrent de rire. L'un d'entre eux, un homme immense aux muscles énormes, attrapa la hache de Thésée au vol avant qu'elle ne frappe le lion. " Hé, mon gars, arrête, tu vas abîmer mon manteau!", s'exclama-t-il. Étonné, Thésée laissa retomber son bras. Le grand homme se pencha vers le lion, le saisit par la peau du cou, comme il l'aurait fait avec un petit chat, et le jeta sur ses épaules. La tête du lion retomba comme un capuchon sur celle de l'homme!"

(extrait du second épisode intitulé "Où Thésée rencontre son cousin Héraclès", "Le feuilleton de Thésée, la mythologie grecque en cent épisodes" écrit par Muriel SZAC et illustré par Rémi SAILLARD, Bayard jeunesse)

jeudi 16 avril 2015

Jane, le renard & moi

Une magnifique couverture mêlant cette jeune fille, un beau renard roux, le visage d'une héroïne de littérature et cette plante d'un beau vert tendre. Hum, j'avais envie de lire "Jane, le renard et moi" d'Isabelle ARSENAULT et illustré par Fanny BRITT.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Elle est toute seule, toute seule dans les couloirs de l'école, toute seule dans le bus. Avant elle était accompagnée de ses copines et, un jour, l'une d'elles a décrété qu'elle n'aurait plus d'amie. Elle les voit se moquer d'elle. Et puis il y a les mots griffonnés dans les toilettes.
Oui, elle est persuadée qu'elles ont raison: elle est grosse comme une saucisse et puis ça se trouve elle pue comme elles le disent.
Il va falloir pourtant partir en Angleterre avec la classe. Bien-sûr elle se retrouve avec les sans bande. Seule encore parmi les esseulées... 

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Encore heureux qu'elle a Jane Eyre. Elle lit le livre de Charlotte Brontë et découvre cette pauvre enfant orpheline qui jeune femme se mettra au service d'une famille. Et il y a la rencontre avec le renard.

"Il a le regard tellement doux que j'explose presque. Le même regard dans l'oeil d'un humain : je lui offre mon âme, garanti."
© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et il y a ces yeux bleus qui clignent tout le temps. Le malaise va s'effacer.

Ce roman graphique, entre bande-dessinée et album, est la confidence de cette gamine au début de l'adolescence.
Elle est mal dans sa peau, dénigrée et même harcelée par les autres. Tout est gris autour d'elle, elle n'a plus le goût à rien. Sauf en ce roman, cette histoire de fille, Jane, qui devient quelqu'un, "adulte et brillante et mince et sage". Elle se reconnait en elle et pourtant ce double fictif, lui, est apprécié. Ou presque... enfin si.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et le roman l'a déstabilise, comme la vie, comme les nouveaux partages, le changement de regard et d'attitude, d'elle et des autres. Les couleurs reviennent, comme une amitié, une pousse qui grimpe et se propage.

Au fait, pourquoi un renard? peut-être parce qu'il était déjà là... tout près.


mardi 14 avril 2015

Figues molles - Astérix en Corse

... juste pour le plaisir, une note des lectures du soir, du classique non?!
... et pour sourire de connivence avec M.


"- Le premier, c'est sûrement un nouveau.
- Il me fait penser à Salamix, celui qui est tombé du châtaigner sur la tête.
- Il paraît qu'après il s'est engagé chez les romains.
- Il était devenu tellement bête qu'avant de lui faire comprendre quelque chose, on avait le temps de tuer son âne à coups de figues molles."

(extrait d'"Astérix en Corse", texte de René GOSCINNY et dessin d'Albert UDERZO (of course); Hachette)