mardi 20 novembre 2012

Balthazar prépare Noël (l'Avent)

IL est quelque fois difficile de mettre un enfant dans l'ambiance d'une fête. Pour Noël, les calendriers de l'Avent permettent de se faire un idée du temps qui passe et qui sépare du jour des cadeaux. Il y a les calendriers gourmands et d'autres plus "inspirés". "Balthazar prépare Noël" de Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER fait parti des seconds.

© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/ Hatier jeunesse

Cette nouvelle proposition s'inspire toujours de la pédagogie Montessori. Là pas tant d'action d'apprentissage pour l'enfant si ce n'est que les 24 mini-livres détachables sont à suspendre pour marquer les jours et des manières d'être à la saison. Ils ne sont pas déjà suspendus mais bien mis un à un au fil des jours par l'enfant: au dernier suspendu, l'enfant sait que Noël sera cette nuit, surtout que le mini-livre 24 est un sapin de Noël.
Ce calendrier s'ouvre en trois parties sur un salon chaleureux et décoré. Balthazar et d'autres enfants jouent en attendant le jour de Noël. Et l'ambiance monte grâce aux petites lectures de chaque jour.
La fête de Noël étant chrétienne, il en est bien-sûr un peu question mais avec parcimonie: la crèche, les Rois mages. Mais la décoration et la saison hivernale sont surtout mises en valeur: la couronne de l'Avent, le bouquet de houx, le feu de cheminée et la nature avec la balade en forêt ou la nourriture à préparer aux oiseaux.

© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/ Hatier jeunesse

Le calendrier de l'Avent est aussi fait de mini-histoires, présentant le Père Noël, Saint-Nicolas, le Père fouettard mais aussi un poème de Clément Clarke MOORE. C'est aussi une entrée dans les festivités chez Balthazar.
En plus, des activités sont proposées: la bûche de Noël à préparer, une boule d'ambre, des cartes de vœux etc...

© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/ Hatier jeunesse

Loin de s'être contenter d'une mise en scène religieuse, ce livre/calendrier est magnifique et offre de nombreuses autres voies de festivités... j'aime ce sapin celtique décoré de fleurs séchées, de fruits... j'aime cette crèche avec de l'écorce et de la mousse véritable.
En un mot, ce livre est MAGIQUE!

Et je remarque juste que je n'ai pas encore parlé du "Noël de Balthazar" du même duo! Allez, promis, je prépare le billet pour avant Noël (c'est fait: il est là)... et pour d'autres histoires sur le thème de Noël, n’hésitez pas à suivre le lien.

dimanche 18 novembre 2012

Histoires comme ça

 © Rudyard KIPLING et Justine BRAX/ Milan Jeunesse

Adolescente, j'avais adoré lire et relire mon exemplaire d'"Histoires comme ça" de Rudyard KIPLING et traduit par Robert D'HUMIERES et Louis FABULET. L'imaginaire de KIPLING y est foisonnant et les histoire courtes me donnaient de l'évasion rapidement. Par contre, l'écriture y est très alambiquée. Je pensais qu'il s'agissait d'un trait du style de l'auteur anglais. Et c'est vrai qu'il était difficile de le proposer en lecture au lutin, j'avais essayé vers ses 4 ans, 5 ans et... 6 ans.
Mon petit folio avec sa couverture dessinée par Henri GALERON est toujours chéri avec ces dessins intérieurs de KIPLING lui-même. J'aimais (et aime toujours) les encarts concernant justement ces dessins. Je vous proposais un encart du "Papillon qui tapait du pied" là.

© Rudyard KIPLING et Henri GALERON/ Folio jeunesse

Je dois dire que là, j'ai été ravie d'avoir à disposition plus qu'une autre traduction mais bien une adaptation. C'est rare que je sois pour, je suis souvent très frustrée par la simplification mais l'adaptation d'Emmanuelle PINGAULT nous permet une lecture plus fluide et toujours avec les effets de style.

 © Rudyard KIPLING et Justine BRAX/ Milan Jeunesse

"Histoires comme ça" de Rudyard KIPLING et illustré par Justine BRAX est donc une très belle mise en bouche. Ces contes étiologiques proposent de considérer les caractéristiques de la faune avec exotisme et fantaisie.
Un enfant d’Éléphant un peu trop curieux, battu par ses proches, va découvrir que les réponses sont aussi douloureuses que les refus d'explications... ou comment avoir une trompe.
Un rhinocéros à la peau comme un imperméable découvre qu'elle peut devenir rugueuse, pleine de pli et surtout gratter, gratter, gratter.
Un chameau qui n'a pas de bosse... va boffer dur.

Les explications du pourquoi de la situation animale sont vraiment fabuleuses. Nous en redemandons. Une petite remise en situation des caractères mais aussi c'est une version de la faune toute particulière: comme une adoration mais aussi une supériorité assumée de l'homme sur elle... le rhinocéros ne respecte par le Parsi et se moque du fourneau (le feu étant vénéré par ces adeptes), le chameau ne veut pas donner sa part de travail à l'homme, comme s'il fallait être au service de l'homme.
Dans cette édition, le choix des contes mis en scène s'est focalisé sur les plus simples pour les enfants, en offrant aussi la poésie Si et une présentation de Mowgli, un des héros du "Livre de la jungle". Une vraie invitation au voyage.

 © Rudyard KIPLING et Justine BRAX/ Milan Jeunesse

Les illustrations de Justine BRAX sont très exotiques, les textures semblent se créer sous nos yeux avec ces motifs ou alphabets posés partout sur le végétal ou la fourrure ou peau animale. L'Inde transpire sous ses dessins, comme des kolams.

vendredi 16 novembre 2012

La question de Dieu

J'aime beaucoup le travail d'Oscar BRENIFIER. Ce praticien de la philosophie offre des livres destinés aux enfants, de maternelle et de primaire avec la collection "les petits philozenfants", sorte de petits albums aux réponses multiples dont je parlais là. Il propose une collection encore plus aboutie avec les "Philozenfants", pour le primaire et plus, sans histoire juste avec un questionnement aux réflexions multiples et offrant à chaque fois des pour et des contres laissant l'enfant être seul le décideur. J'en reparlerais mais vous pouvez vous faire une première idée lors d'un billet où je parlais de la politique.

 © Oscar BRENIFIER et Jacques DESPRES/ Nathan

"La question de Dieu" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Jacques DESPRES parle bien-sûr du thème de la religion mais comme toujours avec cet auteur, les réflexions sont plurielles.
Qu'est-ce que Dieu? Un homme, une idée, unique, pluriel ? Est-il lié à une tradition, à des textes sacrés et relégués grâce à des "experts" ou diffus dans la vie entière, dans le cœur de chacun?
Ce ne sont là que des positions mises l'une à côté de l'autre offrant là une réflexion sur la présence divine, notre responsabilité par rapport à la vie, celle d'un Dieu, la rationalité ou la foi, le mal et le bien découlant de lui ou inhérent à la vie humaine. Par une phrase aussi une ouverture sur les oppositions religieuses, les guerres.

 © Oscar BRENIFIER et Jacques DESPRES/ Nathan (sur cette illustration, le respect de la tradition sur la page de gauche et sur la droite, le choix personnel!)

Ce livre est destiné aux plus petits mais permet une ouverture totale sur le sujet. C'est un magnifique outil pour démarrer la philosophie "religieuse".

 © Oscar BRENIFIER et Jacques DESPRES/ Nathan

Les illustrations de Jacques DESPRES sont déstabilisantes, au début: images virtuelles, paysages très simplifiés, présence d'objets de mobilier ou high tech et des individus, sûrement enfants, asexués, non-communicants et comme en tenue de cosmonaute. Ses personnages au regard étonné apportent pourtant une plus-value impensée: leurs comportements en situation mettent en lumière la réflexion, le vivre en société, ils sont attentifs, curieux, contemplatifs avec les mains derrière le dos et ont la spontanéité des enfants en attendant les bonbons ou en tirant à la corde en nous prenant à témoin.

jeudi 15 novembre 2012

Les deux routes

Les éditions Notari proposent de très belles nouveautés en ce moment, mais avant de vous parler d'un autre de mes coups de cœur du moment, je reviens sur un plus ancien... parce qu'il ne faudrait pas passer à côté, tout de même.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO n'en sont pas à leur première collaboration et à chaque fois la magie opère. Je les connaissais pour des propositions pour lectorat plus jeune, ici, ils nous offrent avec "Les deux routes" une magnifique invitation au voyage.

La première route est la bleue. Le papa, le fiston et la grand-mère la prennent. C'est l'autoroute, la route la plus rapide. La seconde est la rouge. La maman, l'autre fiston et la sœur prennent l'ancienne route. Bien-sûr ils sont partis plus tôt, avec des casses-croutes à cas où. Chaque route est une histoire autonome, pour lire l'autre il faut prendre le livre en sens inverse... mais même à la lecture de l'une, l'illustration de l'autre apporte une relativité du propos.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

La bleue est rapide. Le trajet sera court, ils le savent. Ils ont hâte d'arriver. De toute façon, le voyage n'est pas très agréable, il faut déchiffrer des chiffres et des panneaux, longer des murs d'isolation (de la circulation), se contenter d'un arrêt repas pas très bon, se faufiler dans la file d'attente.
C'est une route encore urbaine même en pleine campagne: le paysage ne forme presque que des traits, pas le temps de voir autre chose avec la vitesse.
La bleue est une invitation à profiter de l'arrivée, une route vers le futur mais aussi empreinte de passé: "On en profite pour penser au passé. On en profite pour rêver au futur. On essaie d'imaginer ce qui nous attend à la fin de la route. Ça ne va pas tarder, nous allons arriver... Qui sera là pour nous attendre?"

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

La rouge est lente, sinueuse. Elle déambule dans les quartiers oubliés de la ville avant d'en sortir puis direction la campagne et ses habitants, de la ferme comme des maisons.
Elle est longue, il faut prendre le temps (son temps), ne pas se frustrer à chaque imprévu, savoir s'arrêter pour demander le chemin. C'est aussi profiter du voyage, des jeux, du vent et des arrêts spontanés et non chronométrés, pour un pic-nique, pour un baby-foot.
"Le soir commence à tomber. Nous traversons un vieux pont. Tout en bas, là, il y a une rivière où des gamins se baignent. "On peut s'arrêter juste un petit peu? Allez...""
La rouge est aussi un voyage en soi.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Nous pourrions croire à première lecture que la rouge est la plus mise en valeur. Oui, bien-sûr, mais Isabel MARTINS n'oublie pas les désagréments, non pas de la lenteur, mais l'irritation, les erreurs de parcours, comme aussi un arrêt de la climatisation. Les enfants sont fatigués et énervés.
Ils arrivent tard, les enfants derrière dorment... mais c'est aussi ça le voyage avec un grand bol de liberté!

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Les illustrations de Bernardo CARVALHO ont toujours cette clarté de propos. La bichromie rouge/bleue est bien-sûr là pour suivre les histoires. Mais encore plus  ce sont les routes qui apportent la fluidité. Nous voyageons avec eux... lignes droites et larges, lignes sinueuses, paysages ou absence de paysage et puis les personnages de la famille avec beaucoup de tendresse.

mardi 13 novembre 2012

Les passants du moment


... du Christian BOBIN, pour la sincérité
... du Gérard GAROUSTE, pour la vie, folie, passion et art
... du Jérôme FERRARI, pas parce que primé mais parce qu'après avoir lu "Un Dieu un animal" et parce que Lily est de bon conseil (toujours) et d'amitié sûre, parce que le lire c'est aussi lire entre les lignes mon amitié pour elle (comme toute intertextualité le permet),
... du Christophe ANDRE pour continuer à cheminer, lire sur la méditation et m'exercer, pour ne pas me sentir seule, pour me savoir soutenue, mise sur les rails... encore

lundi 12 novembre 2012

L'art face à l'histoire


"L'art face à l'histoire, 50 événements racontés par les artistes" de Nicolas MARTIN et Eloi ROUSSEAU présente des événements marquants de l'Histoire internationale à l'aide d'un tableau. Ce ne sont pas forcément les points les plus fondamentaux qui sont mis en valeur, pas forcément non plus les tableaux les plus connus mais il offre aux regards 50 faits depuis la Révolution française. Des guerres (Corée, Vietnam), des révoltes et des personnages (Mao, Staline, Hitler, Kennedy, Marylin), des états totalitaires mais aussi la modernité, entre technicité et défis humains.
Dans ce livre, les artistes prennent position. "La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements; c'est une arme offensive et défensive contre l’ennemi." Pablo PICASSO

J'aime beaucoup cette approche. Elle aurait pu se limiter à n'être qu'un événement présenté par un tableau, un peu comme dans nos livres d'histoire. Mais là, et c'est d'autant plus intéressant, le parti-pris de l'artiste est présenté. Il n'est pas tant question d'une exhaustivité de l'art face à l'histoire ou de l'histoire présentée par les artistes que de choix pertinent pour parler de l'histoire. A chaque fois, un retour sur un événement et ensuite les tableaux, la position de l'artiste dans son temps et ses choix graphiques: d'une glorification, d'une allégorie, d'un style, d'un réalisme. Ainsi ce sont des solutions de révolte picturales qui sont mises en avant.

La peinture d'histoire " ne se limite pas à la représentation d'événements contemporains, mais trouve aussi ses sujets dans l'histoire ancienne, la mythologie ou les scènes religieuses", où le regard critique n'existe pas. Puis, avec la Révolution française, les styles artistiques deviennent partisans même abstraits: "Même si la situation était en fait plus complexe, les formes géométriques permettent d'en donner une vision schématique et dépourvue de toute ambiguïté. Le message est clair: il faut choisir son camp!"

Nous retrouvons Guernica de PICASSO, où le cubisme "qui décompose la réalité en fragments vus sous différents angles" permet de rendre compte de la dislocation des corps, de la projection des murs et reste le symbole de toutes les guerres. Mais aussi:
Jacques Louis DAVID et la Révolution
Marc CHAGALL et la souffrance juive
Théodore GUERICAULT et son Radeau de la Méduse
Eugène DELACROIX et ses allégories de la liberté
Oskar KOKOSCHKA tentant de nous ouvrir les yeux sur l'expansion d'Hitler
Francisco de GOYA
Andy WARHOL et son approche de l'histoire comme de la consommation
JR et ses photographies d’Israéliens et de Palestiniens sur le mur de séparation
... et tant d'autres, avec un fin d'ouvrage les styles artistiques resitués.

La mort de Kennedy, Hiroshima, le 11 septembre, le coup d’État de Pinochet au Chili... les événements prennent une autre couleur, pour mieux nous questionner.
Une superbe proposition que ce livre, autant destiné aux enfants pour leur amener un esprit critique à toujours entraîner et encourager, qu'aux adultes pour nous confirmer que l'art est aussi un message. 

Livre lu dans le cadre de Masse Critique Babelio. Merci aux édition Palette!



vendredi 9 novembre 2012

Madame Le Lapin Blanc

Et voici le second choix pour une enfant accro aux princesses et contes de fées (le premier étant celui-ci)... une entrée, décalée, dans l'univers féérique et, décalé, de Lewis CARROLL et de son Alice...

© Gilles BACHELET/ Seuil jeunesse

"Madame Le Lapin Blanc" de Gilles BACHELET nous plonge dans l'univers caché du lapin blanc courant avec sa montre à gousset dans "Alice aux pays des merveilles".
Madame Le Lapin Blanc reprend l'écriture de son journal intime. C'est une femme au foyer débordée. Pendant que son mari travaille, de mauvaise grâce, pour la Reine de Cœur et aide Alice, Madame fait le ménage, les courses et tente de comprendre les états psychologiques de sa plus grande adolescente, entre période d'opposition alimentaire et fashionista. Son intérieur regorge de menus travaux à faire et de détails permettant une autre lecture des histoires d'Alice.

© Gilles BACHELET/ Seuil jeunesse

Ainsi dans ce monde-ci, les personnages ont une vie bien différente, au quotidien plus urbain (des magasins pour dodo coquette, d'autres de sport avec bien-sûr les flamants roses et les hérissons). Ce sont aussi les élèves de la nouvelle école de la petite qui intriguent: le chapelier fou par exemple. Et cette salle de classe comme un cabinet de curiosité où le Jaberwocky est tout petit et juste en squelette.
Au fil des illustrations ce sont aussi des modes de vie français et anglais (vieil électroménager, presse féminine) et la condition féminine qui apparaissent. Une petite critique sociale en somme. Mais dans cette débâcle, le Lapin Blanc toujours en retard et pas très attentionné à sa famille va nous prouver le contraire.

© Gilles BACHELET/ Seuil jeunesse

Il ne faut pas se méprendre, derrière, la magie opère toujours... les détails laissés-là emportent. Un chat de Cheshir animal de compagnie, un chien carte faisant sa crotte cœur, la photo célèbre de la véritable Alice Liddel dans la vitrine, le pied immense d'Alice fantasmé s’offrant une entrée dans la maison du Lapin Blanc.

mercredi 7 novembre 2012

Le Prince des Marées

Ça y est, je l'ai lu. Je l'avais emmené cet été et je m'étais laissée intimidée par le nombre de pages. Et puis j'avais déjà lu mon pavé des vacances. Mais il ne faut pas se fier au volume, le roman séduit, happe, nous laisse captif. Une merveille!


"Le Prince des Marées" de Pat CONROY est une histoire familiale de sudistes américains. En Caroline du Sud, dans les années 40 naissent trois enfants, Luke et, Tom et Savannah, les jumeaux. Tom est maintenant un adulte inscrit dans une petite vie, au chômage, mari d'un médecin et père "au foyer" de trois filles. Mais sa sœur, la poétesse de génie, vient de refaire une tentative de suicide. Il part à New York pour la soutenir et se retrouve confronté à son mutisme, obligé de dévoiler leur enfance au psychiatre de Savannah pour aider cette dernière à refaire surface.
Tom, qui avait choisi d'oublier, reprend les moments clefs de cette enfance, de rêve et de cauchemar. A travers ses mots c'est le cri d'épouvante de sa soeur qu'il explique, elle qui ne voulait pas oublier le pire et pourtant dont la mémoire a laissé des pages blanches et des hallucinations horrifiantes.

Le père est crevettier. Homme de la mer et terrien, il a toujours une idée en tête pour devenir riche, et perdre encore plus. Sa femme est une beauté pure, mère attendrie et ambitieuse. Le père est violent, bat sa femme et ses enfants, sauf en mer, où partit dans des monologues, il réfléchit sur la vie et partage le bonheur avec ses enfants. La mère protège ses enfants et leur fantasme une vie.
La violence est là, à chaque pas, celle physique du père, celle morale de la mère: la loyauté familiale oblige l'oubli. Il ne peut rien arrivé sur l'Ile de Melrose, et bien si, le pire peut se produire. Comment devenir un adulte en l'ayant subie? En étant fort, fier, héroïque voir Don Quichottesque comme Luke, en perdant la raison et offrant son génie dans l'art par des mots comme Savannah ou en restant médiocre comme Tom.

C'est une enfance tragique où les blessures infligées par les parents sont aussi le résultat d'une histoire. L'amour est un sentiment difficile à offrir. Le roman parle de cette parentalité pas si évidente, de la souffrance presque induite.
"Moi, personne ne m'a prévenu de ce genre de truc quand j'étais petit, dis-je sérieusement, mais les parents ont été mis sur terre dans le seul but de rendre leurs enfants malheureux. C'est une des principales lois voulues par Dieu. [....] Parce que Maman et moi on vous bousille. [....] Mais je sais qu'on vous bousille un petit peu chaque jour. Si nous savions comment, nous arrêterions tout de suite. Nous ne recommencerions jamais plus, parce que nous vous adorons. Mais nous, les parents, on ne peut pas s'empêcher. C'est notre rôle de vous détruire. Vous comprenez?"
De l'amour, même si mal formulé, et du pardon familial. Et c'est fou ce qu'ils pardonnent...

C'est aussi un roman magnifique, d'une énorme poésie sur la nature et les espoirs d'enfants. Les trois font preuve d'un certain héroïsme. Leurs aventures sont intenses, dangereuses, utopiques mais réussies. Libérer un marsouin blanc, offrir une vengeance odorante à un dénigrement social. Une liberté, un épanouissement qui rappellent effectivement Huckleberry Finn.
Et puis cette désillusion d'être adulte, de grandir sans utiliser tout son potentiel, de ne pas échapper aux douleurs du passé, le tout avec l'intelligence de la réflexion... et beaucoup d'humour.

Le Sud des États-Unis et New York sont aussi comme des personnages. Symboles d'un rapport à la terre ou de la culture, simplifié comme la médiocrité et le racisme ou comme repère de la misère et de la violence. La géographie concrétise un choix de vie et marque une blessure.