"Elle se vantait à voix haute d'avoir tout encaissé, tout digéré, elle avait chaussé ses bottes de mille lieues pour se barrer loin de tout ça, pour affronter le monde. Jusqu'au jour où cette enfance blessée lui est remontée d'un seul coup. Acide. Elle avait beau mâcher, ruminer, déglutir, ça ne passait plus. Elle croyait qu'elle était quitte, qu'elle avait eu sa dose. Elle croyait qu'elle pouvait s'en tirer comme ça, presque indemne, à peine un peu plus sensible, mais elle n'en finissait plus de faire rouler dans sa bouche ces petits morceaux d'enfance comme des cailloux terreux qu'elle refusait de cracher. Elle ne voulait pas grandir, comment peut-on grandir avec ces blessures à l'intérieur de soi? Elle voulait combler par le vide ce manque qu'ils avaient creusé en elle, leur faire payer ce dégoût qu'elle avait d'elle-même, cette culpabilité qui la reliait encore à eux."
Lou DELVIG, "Jours sans faim"
et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
jeudi 15 septembre 2011
vendredi 9 septembre 2011
La maison où tu n'arrives jamais
La participation de Joanna CONCEJO à un livre est souvent (toujours?) gage de sensibilité.
Celle qui m'a donné envie de continuer mes pérégrinations dans son univers, Cristiana, a offert de très beaux billets sur cette illustratrice : n'hésitez pas à lire le magnifique interview sur son blog La boite à thé (blog à recommander).
© Paloma SANCHEZ IBARZABAL et Joanna CONCEJO/ OQO éditions
"La maison où tu n'arrives jamais" de Paloma SANCHEZ IBARZABAL et illustré par Joanna CONCEJO est un petit bijou.
L'enfant est perdu dans la nuit et ne retrouve pas sa maison. Il déambule dans un univers onirique, pieds nus chaussette (oui, oui). Il cherche sa maison dans une forêt, les arbres feuilles deviennent des feuilles mortes dans le vent. Poussé par des voix encourageantes, toujours différentes, l'enfant avance dans son rêve, cherche son chez lui.
© Paloma SANCHEZ IBARZABAL et Joanna CONCEJO/ OQO éditions
La perte de repères est ici flagrante. Il erre dans des univers en état d’apesanteur, où les éléments s'entrechoquent. Le milieu aérien et marin côtoient le sol. Le monde animal change de proportions. Le mobilier, les tasses de thé, un dragon, des poissons pochoirs comme des éléments de paysage.
La peur du noir est transmise par cette perte temporaire de la vue, les yeux masqués par des ailes de papillons de nuit, la tête devenue source de sensations félines. Les végétaux se font forêt, prison. Le bruit des klaxons de voiture, des mouettes, du vent ponctuent la nuit. Le bruissement des papillons deviennent preuve de présence fantomatiques.
L'angoisse est aussi dans la perception du monde et du temps: la fin du monde, le début, une journée, le néant, la solitude.
Mais ce n'est pas un cauchemar, les sensations de chute, de fuite, sont amoindries par la présence d'éléments magiques, comme un dragon, une grande ourse constellation aux allures de peluche aux yeux brillants, repère dans la nuit. La lune amortit comme un gros ballon, une étoile se fait aide. Et surtout, il y a ces voix qui poussent l'enfant à continuer le rêve, la recherche, à ne pas se laisser aller au malaise.
© Paloma SANCHEZ IBARZABAL et Joanna CONCEJO/ OQO éditions
Et puis aussi, restent des traces d'un chez-lui dans toutes les pages. Un chat est le point d'accroche de l'enfant, son pelage est monde en soi, sa présence est observatrice mais aussi réconfortante.
Nous émergeons de ce voyage dans le mystérieux des rêves avec apaisement. Le texte poétique et encourageant accompagne les images déstabilisantes. Les illustrations montrent, elles, l'imbrication du réel et de l'onirique. Un très beau livre pour se détendre avant de sombrer dans les bras de Morphée.
jeudi 25 août 2011
L'Ogresse en pleurs... et Cuisine de Sorcière
Je succombe toujours devant un livre illustré par Wolf ERLBRUCH. En plus de ces images si spécifiques j'ai souvent l'impression de suivre un choix de texte précieux, éclairé, souvent autant pour adulte (voire plus?) que pour enfant, à la limite aussi du non-sens quelques fois.
"L'Ogresse en pleurs" de Valérie DAYRE illustré donc pas ERLBRUCH ne déroge pas à la règle et c'est un coup de cœur.
Une femme méchante, une ogresse, veut faire encore pire que toutes ses actions jusque là: elle souhaite manger un enfant. Elle est difficile et fait le tour des villages pour trouver le bon, celui qui sera le plus appétissant.
Mais à force d'être exigeante, elle se fait repérer et les enfants vivent cachés. Elle se fâche et décide d'en manger plus d'un, milles et un, sans y parvenir. Elle dépérit jusqu'à en croquer un.
Une femme méchante, une ogresse, veut faire encore pire que toutes ses actions jusque là: elle souhaite manger un enfant. Elle est difficile et fait le tour des villages pour trouver le bon, celui qui sera le plus appétissant.
Mais à force d'être exigeante, elle se fait repérer et les enfants vivent cachés. Elle se fâche et décide d'en manger plus d'un, milles et un, sans y parvenir. Elle dépérit jusqu'à en croquer un.
Le propos est grinçant. L'ogresse fait peur et elle mange l'enfant. Cependant ce n'est pas un livre si effrayant. Elle menace mais les astuces des enfants et des parents apportent une touche d'humour: les petiots se font plus grands en taille, se costument, restent chez eux.
C'est encore plus une histoire de parents:
"- N'importe lequel! gémissait maintenant l'affamée. Donnez-moi le plus maigrichon, le plus couillon! (elle avait abaissé ses prétentions).
Dans les maisons, on se taisait. Des couillons? Des maigrichons? Si on en avait, on se les gardait."
C'est encore plus une histoire de parents:
"- N'importe lequel! gémissait maintenant l'affamée. Donnez-moi le plus maigrichon, le plus couillon! (elle avait abaissé ses prétentions).
Dans les maisons, on se taisait. Des couillons? Des maigrichons? Si on en avait, on se les gardait."
Le texte de Valérie DAYRE joue sur les termes: un enfant "à croquer". Et c'est bien la parentalité et l'amour le sujet du livre. L’ogresse a des yeux "brillants-gourmands" et cherche l'enfant idéal. D'ailleurs j'aime cette réplique "- Celui-là est trop futé, je ne veux pas avoir à lutter." Au fil des pages, les enfants, les nôtres, apparaissent les plus tendres à nos yeux, les plus à même d'être aimés. C'est de son enfant que l'on s'éprend et dont nous souhaitons être parent.
Je ne vous livre pas la plainte finale de l'ogresse mais qu'elle est belle!
Le vocabulaire nous propose mille et une manière de nommer l'enfant et ces jeux de mots exquis donnent envie d'aimer par gourmandise.
Je ne vous livre pas la plainte finale de l'ogresse mais qu'elle est belle!
Le vocabulaire nous propose mille et une manière de nommer l'enfant et ces jeux de mots exquis donnent envie d'aimer par gourmandise.
Les illustrations de ERLBRUCH sont toujours si particulières. Des aplats de tissus, comme des pochoirs, des tampons japonisants, des lieux lunaires et très proches de DE CHIRICO. Le repas de l'ogresse est magnifique d'épouvante (à regarder même avec des enfants!).
Et que ces lunes, astre protecteur, sont belles en témoins de notre parentalité.
***
Et que ces lunes, astre protecteur, sont belles en témoins de notre parentalité.
"Cuisine de Sorcière" de Johann Wolfgang GOETHE et illustré par Wolf ERLBRUCH est un petit en-cas au doux goût de je n'y comprends rien mais j'aime.
Ici la quatrième de couverture nous apporte plus de sens que le texte du livre: "La sorcière prépare pour Faust le breuvage de rajeunissement et Goethe lui faire dire une formule magique qui n'est qu'un jeu turbulent de chiffres stimulant l'imagination et, en particulier, celle du grand illustrateur Wolf Erlbruch." Et c'est ainsi qu'il faut le prendre, comme une parenthèse dans l'initiation aux pièces "Faust" de l'auteur.
Ici la quatrième de couverture nous apporte plus de sens que le texte du livre: "La sorcière prépare pour Faust le breuvage de rajeunissement et Goethe lui faire dire une formule magique qui n'est qu'un jeu turbulent de chiffres stimulant l'imagination et, en particulier, celle du grand illustrateur Wolf Erlbruch." Et c'est ainsi qu'il faut le prendre, comme une parenthèse dans l'initiation aux pièces "Faust" de l'auteur.
Ici la recette de la sorcière est très mystérieuse, ce qui apporte un plus est le pied de nez graphique de l'illustrateur. Il donne à vivre les chiffres, il cartographie les formes et fait des nombres des textures. Ci-dessous le fabuleux: "Le quatre perd"
Le rajeunissement ou l'éloignement de la mort (déambulant sur l'infini du huit)... j'aime son personnage... récurrent.
Libellés :
DAYRE Valérie,
ERLBRUCH Wolf,
GOETHE Johann W.,
Je lis seul,
La joie de lire,
La mort,
Les mathématiques,
Les ogres,
Les parents,
Littérature jeunesse,
Milan Jeunesse
mercredi 24 août 2011
Ulysse et le Cyclope
"Ulysse et le Cyclope" de Christine PALLUY et illustré par Aurélia GRANDIN offre un autre duel mythologique.
Nous retrouvons Ulysse juste après la guerre de Troie lors de son retour au pays. Il découvre avec ses compagnons une île inconnue leur permettant de prendre du repos et de se rassasier.
Et Ulysse, curieux et intrépide, va chercher à explorer plus loin, l'île d'en face. Et là dans une grotte, où sont entreposés de grandes quantités de lait de chèvres et de brebis, des fromages, vit un Cyclope, Polyphème.
Alors oui, les ruses d'Ulysse sont ici bien rendues pour les enfants et aussi le caractère orgueilleux du personnage principal. La mise en avant d'un seul élément, la confrontation du héros face au monstre, apporte une lisibilité au récit, quand le feuillet de complément propose la mise en situation.
L'histoire n'est jamais finie et la conséquence du défi d'Ulysse voulant à tout prix être reconnu le perd. L'adaptation pour enfants ne limite pas les drames et s'est aussi une bonne chose: la mythologie n'est pas qu'une accumulation de combats et d’héroïsmes mais des individualités pleines de défauts et de nombreux drames humains.
Les illustrations d'Aurélia GRANDIN offrent un aspect surréaliste. Les contrastes sont importants sont importants et marquent bien le lieu, extérieur ou enfoui dans la grotte. Son partis-pris de présenter les hommes quasiment que de profil et le cyclope de 3/4 accentue la différence. Le côté surréaliste est compléter par un bouc à la "face de Picasso" et l'épopée, elle, est superbement illustré par un début et une fin avec une cartographie imaginaire.
Encore une belle proposition de cette collection Le fil d'Ariane: vous pouvez retrouver
"Thésée et le Minotaure" là
"Pégase et Bellérophon" ici
lundi 8 août 2011
Là où vont nos pères
J'ai enfin pu me délecter de la lecture de "Là où vont nos pères" de Shaun TAN. Florizel m'avait harponnée là.
L'homme se prépare. Il choisit de partir, de laisser pour un temps sa famille et sa maison afin de trouver mieux ailleurs. Ailleurs, l'étrange, le merveilleux de la terre rêvée, un pays aux multiples codes ethniques, un monde protecteur, plus riche en travail et nourricier comme pourraient le symboliser les immenses statues égéries (oiseau conservant son œuf, animal aux provisions ou hommes en pleine fraternité).
Il fuit un pays déserté où les gens se calfeutrent à l'intérieur de chez eux par peur de ce monstre tentaculaire, ombre serpent qui s'insinue partout. Et commence l'exil, le voyage d'un individu pris dans la masse des populations en partance. A l'arrivée, il y a les démarches administratives, les formulaires, l'identification et le nouveau départ. Se refaire une identité, une vie dans un autre pays, avec d'autres codes, un autre langage, d'autres us et coutumes. Et rencontrer d'autres immigrés.
L'homme se prépare. Il choisit de partir, de laisser pour un temps sa famille et sa maison afin de trouver mieux ailleurs. Ailleurs, l'étrange, le merveilleux de la terre rêvée, un pays aux multiples codes ethniques, un monde protecteur, plus riche en travail et nourricier comme pourraient le symboliser les immenses statues égéries (oiseau conservant son œuf, animal aux provisions ou hommes en pleine fraternité).
Il fuit un pays déserté où les gens se calfeutrent à l'intérieur de chez eux par peur de ce monstre tentaculaire, ombre serpent qui s'insinue partout. Et commence l'exil, le voyage d'un individu pris dans la masse des populations en partance. A l'arrivée, il y a les démarches administratives, les formulaires, l'identification et le nouveau départ. Se refaire une identité, une vie dans un autre pays, avec d'autres codes, un autre langage, d'autres us et coutumes. Et rencontrer d'autres immigrés.
Cette bande-dessinée, véritable roman graphique sans parole, est une histoire de l'exil.
Une histoire réglementée par les contrôles de l'immigration: la visite médicale, les nouveaux papiers voire même l'étiquetage des arrivants (qui pourrait rappeler d'autres formes de signes distinctifs moins amicaux). Une histoire de fuite aussi, de tragédies et d'utilisation du malheur des autres avec les passeurs bien cupides.
A travers le héros et ceux qu'ils rencontrent ce sont les destins de ceux qui partent. Ce qu'ils fuient et ce qu'ils recréent ici, sur la terre d'accueil. Tous ces individus sont mêlés à la multitude, juste un élément de cette grande transhumance.
Une histoire réglementée par les contrôles de l'immigration: la visite médicale, les nouveaux papiers voire même l'étiquetage des arrivants (qui pourrait rappeler d'autres formes de signes distinctifs moins amicaux). Une histoire de fuite aussi, de tragédies et d'utilisation du malheur des autres avec les passeurs bien cupides.
A travers le héros et ceux qu'ils rencontrent ce sont les destins de ceux qui partent. Ce qu'ils fuient et ce qu'ils recréent ici, sur la terre d'accueil. Tous ces individus sont mêlés à la multitude, juste un élément de cette grande transhumance.
L'auteur choisit une version, non édulcorée, mais positive: que l'immigration soit organisée, volontaire, collective pour le travail ou que ce soit une immigration individuelle de refuge contre une société inégalitaire, une guerre, les immigrés sont accueillis.
L'exil n'est pas une évidence. La fuite, la valise comme seul monde, seul lien avec la famille. Et cette adaptation à la langue, aux écritures, aux coutumes, aux méthodes, aux machines, aux transports, aux mesures du temps, aux aliments étrangers.
L'apprentissage est aussi difficile pour le premier arrivant que pour les suivants, enfants compris. Et puis l'immersion amène l'intégration, une assimilation respectant les ethnies d'origine.
L'exil n'est pas une évidence. La fuite, la valise comme seul monde, seul lien avec la famille. Et cette adaptation à la langue, aux écritures, aux coutumes, aux méthodes, aux machines, aux transports, aux mesures du temps, aux aliments étrangers.
L'apprentissage est aussi difficile pour le premier arrivant que pour les suivants, enfants compris. Et puis l'immersion amène l'intégration, une assimilation respectant les ethnies d'origine.
Cette terre d'accueil en elle-même est aussi le rêve de l'ailleurs. Un pays moderne, industriel, où les petits métiers sont aussi mis en avant. Les cultures, les ethnies cohabitent.
Le monde inventé par Shaun TAN est immense, vertical, très architecturé. Mais en plus des machines, des cheminées d'usine, il y a aussi toute une infrastructure (des transports en commun, une poste) et une profusion alimentaire.
En plus, l'homme ne semble pas être de trop, les logements sont là, exigus au départ mais offrant aussi des villages. Des statues gigantesques posent leur regard sur les habitants, non sans rappeler les divinités grecques, égyptiennes, cambodgiennes ou des mégapoles inventées pour les super-héros.
Le monde inventé par Shaun TAN est immense, vertical, très architecturé. Mais en plus des machines, des cheminées d'usine, il y a aussi toute une infrastructure (des transports en commun, une poste) et une profusion alimentaire.
En plus, l'homme ne semble pas être de trop, les logements sont là, exigus au départ mais offrant aussi des villages. Des statues gigantesques posent leur regard sur les habitants, non sans rappeler les divinités grecques, égyptiennes, cambodgiennes ou des mégapoles inventées pour les super-héros.
Le monde de l'auteur est aussi très humanisé. La promiscuité humaine ne restreint pas les services rendus. Les ethnies cohabitent et offrent une solidarité et une convivialité apaisante et fondatrice. Chaque habitant semble aussi être accompagné, et non victime d'isolement: un animal fantastique est "offert" et reste en permanence avec les individus.
Cette bande dessinée n'est pas forcément destinée aux enfants, elle faite de subtilité et de références. Les illustrations ont un rendu très peaufiné, elles sont minutieuses et très travaillées. L'usage du temps est là,
© Shaun TAN /Dargaud
Cette bande dessinée n'est pas forcément destinée aux enfants, elle faite de subtilité et de références. Les illustrations ont un rendu très peaufiné, elles sont minutieuses et très travaillées. L'usage du temps est là,
dans cette double page de nuages, de ciels, d'étendue brumeuses comme des pensées mais aussi dans la patine des objets usuels, du quotidien ou le végétal marquant les saisons.
Les illustration oscillent entre des panoramas et des focus comme dans un film et un reportage photographique, où les récits des autres personnages sont présentés comme des photos jaunies. C'est aussi un livre témoignage où de nombreuses situations peuvent être réelles. Quelques images m'ont marquée particulièrement: ces oiseaux rencontrés en mer après un dur voyage comme la marque de la terre enfin proche ou ces origami comme trace éphémère du père, absence de la famille, présence et offrande.
Les illustration oscillent entre des panoramas et des focus comme dans un film et un reportage photographique, où les récits des autres personnages sont présentés comme des photos jaunies. C'est aussi un livre témoignage où de nombreuses situations peuvent être réelles. Quelques images m'ont marquée particulièrement: ces oiseaux rencontrés en mer après un dur voyage comme la marque de la terre enfin proche ou ces origami comme trace éphémère du père, absence de la famille, présence et offrande.
La découpe des "bulles" est aussi très particulière: double page sur les mondes en vue d'ensemble, oppressants ou accueillant, puis sur la temporalité (les nuages, le temps par le passage du temps sur la plante); enfin l'individu fondu dans la multitude.
Vous trouverez là un interview de l'auteur à propos de ce livre et ici un avis argumenté
mercredi 3 août 2011
Pégase et Bellérophon
"Pégase et Bellérophon" de Christine PALLUY et illustré par Elodie NOUHEN est une autre proposition de la collection "Le fil d'Ariane".
Cet épisode est un peu plus complexe que "Thésée et le Minotaure" (billet en suivant le lien ci-dessus "le fil d'Ariane"). En effet, il fait intervenir plus de personnages secondaires.
Bellérophon est un jeune prince. Il souhaite dompter le cheval ailé mythique qu'est Pégase. Aidé par Athéna, il y parvient. Ils deviennent inséparables même dans les épreuves.
Un des combats mythiques qu'ils mènent est contre la Chimère.
Mais aussi la trame du récit poursuit la vie impétueuse de Bellérophon, de ces premiers défis où il est aimé et se croit invincible jusqu'à sa mort, seul.
L'histoire est noire mais aussi plus complexe pour des enfants car le parcours de Bellérophon est la conséquence de nombreux quiproquos et de sentiments humains complexes comme l'envie, le dédain, l'orgueil... en plus de la colère. Les dieux sont ici aussi plus présents. En fin de volume, toujours quelques explications complètent le propos est offre encore plus de richesses à l'histoire en amenant la mythologie dans le langage courant, aussi.
Les illustrations d'Elodie NOUGHEN portent toujours le récit. Les couleurs rappellent ces épisodes entre les feuillages et le ciel, lieu de chevauchée de Bellérophon sur Pégase. Sa chimère, monstre massif, et son Pégase, cheval sans yeux et presque évanescent, donnent de l'ampleur à la scène de duel.Ce livre se lit aussi dans sa verticalité.
vendredi 29 juillet 2011
Le convoi de l'eau

"Le convoi de l'eau" d'Akira YOSHIMURA est un conte noir. Inspiré de légendes, de faits divers et de la grande Histoire du Japon, il marque de manière cruelle et poétique le lien des japonais à la terre, à la mort et aux traditions.
A la fin de la seconde guerre mondiale, une vallée en haute montagne est découverte, lieu idéal pour devenir un étang de rétention d'eau d'un futur barrage. Mais en son milieu un hameau ancestral vit ici en complète autarcie. La machine économique a choisi: construire le barrage, détruire le hameau.
Dans ce contexte extrême de travail, les saisons passent, les explosions se succèdent et la cruauté humaine est apparente. Les ouvriers et les autochtones ne se mêlent pas. Les uns dédommagés de leur labeur par un salaire conséquent. Les autres, dédommagés de leur terre et de leur destin devenu précaire, pour un prix symbolique.
Le narrateur n'est pas venu là pour l'appât du gain.
"Et jusqu'à notre arrivée dans la vallée, à chaque pas j'entendais un léger bruit provenir de la boîte. Un cliquetis comme celui de la bille de verre qui ferme les bouteilles de limonade ou de coquillages s'entrechoquant, que je ressentais dans mon corps. Ce bruit qui martelait des reproches pendant que je continuais à marcher. Je ne cessais de marcher en attisant ma haine envers ma femme."
Il fuit et recherche un isolement. Il semble trouver une tranquillité dans la vision de celle du hameau, dans ce lieu en pleine nature, lié aux éléments, humide, et jusqu'ici permanent, sur la défensive. Ému par sa destruction programmée, il trouve en la vivacité de ses habitants non une fatalité mais une force. D'un côté, les ouvriers détruisent pour l'avenir économique du pays, les habitants du hameau, eux, semblent se laisser désaisir tout en reconstruisant leur village prévu à l'inondation.
Mais comment abandonner leur lieu de sépulture, symbole de cette communauté encore préservée?
"Pour la vie en pleine montagne, la moindre parcelle de terre cultivable est précieuse. Les terrains plats des vallées doivent naturellement être cultivés et le cimetière aurait dû se trouver dans les bois à proximité. Du point de vue du bon sens, l'étendue occupée par les tombes du cimetière ne pouvait être que disproportionnée pour des montagnards en manque d'espace cultivable."
Et c'est bien la mort, aiguisée par les drames, qui est le personnage principal dans ce lieu clôt. Elle apparait dans cette impermanence de la vie, dans une logique différente: corps utilitaire de l'extrême et mort indemnisable, mort sacralisée ou ritualisée dans le village.
Elle revêt toutes ses formes, clivages d'un même "sacre". Le contexte dramatique de la mort et la dépouille (l'inhumation, l'incinération, l'hommage mais aussi la décomposition). Mais aussi le respect symbolique aux morts ou le sacrilège et la profanation.
Le combat des villageois contre les éléments, l'expulsion et l'extérieur, envahissant et scrutateur, fait écho à la force des émotions du narrateur. Les actes prennent ici un sens aigu, poétique et dramatique. La honte, la trahison, comme l'expiation des fautes, le repentir ou le pardon trouvent un échappatoire surprenant. Les uns sauvés par l'autre, ce dernier apaisé par eux.
La force du propos est aussi dans ce dynamisme à reconstruire dans un cycle de vie dramatique: les mousses des toits restant pour moi un des moments forts de ce récit.
A la fin de la seconde guerre mondiale, une vallée en haute montagne est découverte, lieu idéal pour devenir un étang de rétention d'eau d'un futur barrage. Mais en son milieu un hameau ancestral vit ici en complète autarcie. La machine économique a choisi: construire le barrage, détruire le hameau.
Dans ce contexte extrême de travail, les saisons passent, les explosions se succèdent et la cruauté humaine est apparente. Les ouvriers et les autochtones ne se mêlent pas. Les uns dédommagés de leur labeur par un salaire conséquent. Les autres, dédommagés de leur terre et de leur destin devenu précaire, pour un prix symbolique.
Le narrateur n'est pas venu là pour l'appât du gain.
"Et jusqu'à notre arrivée dans la vallée, à chaque pas j'entendais un léger bruit provenir de la boîte. Un cliquetis comme celui de la bille de verre qui ferme les bouteilles de limonade ou de coquillages s'entrechoquant, que je ressentais dans mon corps. Ce bruit qui martelait des reproches pendant que je continuais à marcher. Je ne cessais de marcher en attisant ma haine envers ma femme."
Il fuit et recherche un isolement. Il semble trouver une tranquillité dans la vision de celle du hameau, dans ce lieu en pleine nature, lié aux éléments, humide, et jusqu'ici permanent, sur la défensive. Ému par sa destruction programmée, il trouve en la vivacité de ses habitants non une fatalité mais une force. D'un côté, les ouvriers détruisent pour l'avenir économique du pays, les habitants du hameau, eux, semblent se laisser désaisir tout en reconstruisant leur village prévu à l'inondation.
Mais comment abandonner leur lieu de sépulture, symbole de cette communauté encore préservée?
"Pour la vie en pleine montagne, la moindre parcelle de terre cultivable est précieuse. Les terrains plats des vallées doivent naturellement être cultivés et le cimetière aurait dû se trouver dans les bois à proximité. Du point de vue du bon sens, l'étendue occupée par les tombes du cimetière ne pouvait être que disproportionnée pour des montagnards en manque d'espace cultivable."
Et c'est bien la mort, aiguisée par les drames, qui est le personnage principal dans ce lieu clôt. Elle apparait dans cette impermanence de la vie, dans une logique différente: corps utilitaire de l'extrême et mort indemnisable, mort sacralisée ou ritualisée dans le village.
Elle revêt toutes ses formes, clivages d'un même "sacre". Le contexte dramatique de la mort et la dépouille (l'inhumation, l'incinération, l'hommage mais aussi la décomposition). Mais aussi le respect symbolique aux morts ou le sacrilège et la profanation.
Le combat des villageois contre les éléments, l'expulsion et l'extérieur, envahissant et scrutateur, fait écho à la force des émotions du narrateur. Les actes prennent ici un sens aigu, poétique et dramatique. La honte, la trahison, comme l'expiation des fautes, le repentir ou le pardon trouvent un échappatoire surprenant. Les uns sauvés par l'autre, ce dernier apaisé par eux.
La force du propos est aussi dans ce dynamisme à reconstruire dans un cycle de vie dramatique: les mousses des toits restant pour moi un des moments forts de ce récit.
samedi 23 juillet 2011
Se rajoutent d'autres lectures... mais pas forcément de billets
Comme il est facile de lire... et difficile d'en parler. Comme pourrait me dire une amie, faisant écho à aux réflexions menées avec une autre, c'est peut-être parce que je lis trop vite, que je ne malaxe pas le texte, que je ne laisse pas au temps le soin de digérer. Et elles ont raison et comme j'aimerais pouvoir vraiment déguster le texte, lire entre les lignes, faire miennes certaines.
Je suis de celles qui lisent assez lentement mais ma compréhension semble assez juste. Je vous invite d'ailleurs à effectuer le test vous aussi: il permet de connaitre la vitesse mais surtout la compréhension d'un texte, soit l'efficacité de lecture (et cela donne des impressions en mpm, mots par minute, pourcentage de compréhension et en mepm, mots efficaces par minute). Je vous envoie délibérément sur un test plus complexe que la majorité de ceux proposés en ligne, cela permet de parler de philosophie en même temps en lisant "De la brièveté de la vie" de Sénèque. Je vous recommande d'ailleurs ce blog, Des livres pour changer de vie, qui parle de certains essais que j'ai lu sans en parler, ici ou ailleurs, mais en insistant sur leur apport avec des billets très détaillés et argumentés. Je vous en parle en seconde partie de billet.
Et question test, l'idée est juste de connaitre la pertinence de notre compréhension à la lecture. Je n'ai aucune envie de vouloir gagner du temps en escamotant un texte. Et j'ai heureusement le luxe de ne pas être obligée de lire à des fins professionnelles juste pour accumuler les informations.
Alors oui, ma vitesse de lecture ne me permet pas de les multiplier à l'envie. Mais sur ce blog ce n'est pas le propos. Pourtant j'avais dans l'idée de proposer un carnet de bord de lectures pour me rendre très vite compte que c'était juste impossible, présomptueux et peu honnête. Parce que je ne suis qu'une lectrice, parce que mes mots sur l’œuvre des autres ne sont rien qu'un peu de bruit dans l'eau, une certaine fanfaronnade. Que le principal est ailleurs: en fait dans l'acte de proposer un écrit, un texte, une œuvre, une émotion.
Parce que je ne lis pas de la même manière un roman, un album jeunesse (là c'est une évidence pas si nette que cela!) ou un essai. Que certaines lectures n'ont pour but que la décontraction de l'esprit, qu'une rêverie guidée et semblent ne me laisser le choix que de faire un pitch sans rien de plus. Que d'autres apportent une sensation peu définissable, soit trop profonde, soit si peu. Ma catégorie "en attente d'un billet présente d'ailleurs ces lectures, quelques fois atypiques, quelques fois au rendu trop personnel, dont je n'arrive pas encore à parler sur ce média.
Et puis aussi j'aime insister sur les lectures qui m'ont apportée plus qu'une histoire, même si souvent je me précipite bien avant de pouvoir proposer un retour sensitif ou argumenté équivalent à mon plaisir ou mes apports de lecture. Parce que sinon à quoi bon écrire sur les livres... à quoi bon aussi écrire publiquement (et anonymement), sans même une crédibilité quelconque autre qu'être une lectrice attentive.
Alors oui, des livres embarqués pour les vacances, j'en ai lus 6 et encore aucun billet ne vient. Pourtant l'envie d'en parler est là... tout le paradoxe des bloggeuses littéraires, sûrement. Mais pire encore (en terme de qualité de lectures fondatrices, qui, même pour un roman, apportent une réflexion, un focus permettant d'avancer dans nos vies réelles) et mieux aussi pour une shootée à l'émulation, pourquoi pas intellectuelle que je suis, d'autres livres sont venus sur la pile.
- "Le convoi de l'eau" de Akira YOSHIMURA, sorte de conte noir et puissant mettant en avant les valeurs, la mort, le respect d'une manière assez sidérante
- "L'art de la guerre pour les femmes, pour vaincre sans conflit" de Chin-Ning CHU où comment mettre en pratique les fondements taoïstes pour l'émancipation féminine, leur évolution professionnelle et une certaine féminité des actes.
- "Le souffle du jasmin, Inch'Allah 1" de Gilbert SINOUE saga qui m’amènera dans une histoire du Moyen-Orient
- "Les poings dans mes poches crevées" d'Arthur RIMBAUD, une sélection de poèmes pour appréhender l'auteur dès l'enfance... pour me replonger dans mes lectures d'adolescente où j'ai lu en boucle les "Illuminations" tout un été.
***
Dans les essais que je n'ai pas commenté et qui pourtant méritent que l'on s'y attarde, il y a:
- « S’organiser pour réussir, la méthode GTD » de David ALLEN que je n'ai pas mis en pratique, sinon ça se saurait ;). C'est une technique managériale pour ne plus être en procastination administrative, que ce soient des tâches fonctionnelles de bureau, de chef d'entreprise ou de gestion domestique d'un foyer. Pour vous faire une idée, n'hésitez pas à lire ici.
- "L'art de la méditation" de Matthieu RICARD a été aussi une lecture attendue. Ce sont des techniques de méditations pour arriver à la sérénité. Les bénéfices sont présentés, les méthodes à disposition de tous. J'en reparlerais, en attendant n'hésitez pas à lire ici
Je suis de celles qui lisent assez lentement mais ma compréhension semble assez juste. Je vous invite d'ailleurs à effectuer le test vous aussi: il permet de connaitre la vitesse mais surtout la compréhension d'un texte, soit l'efficacité de lecture (et cela donne des impressions en mpm, mots par minute, pourcentage de compréhension et en mepm, mots efficaces par minute). Je vous envoie délibérément sur un test plus complexe que la majorité de ceux proposés en ligne, cela permet de parler de philosophie en même temps en lisant "De la brièveté de la vie" de Sénèque. Je vous recommande d'ailleurs ce blog, Des livres pour changer de vie, qui parle de certains essais que j'ai lu sans en parler, ici ou ailleurs, mais en insistant sur leur apport avec des billets très détaillés et argumentés. Je vous en parle en seconde partie de billet.
Et question test, l'idée est juste de connaitre la pertinence de notre compréhension à la lecture. Je n'ai aucune envie de vouloir gagner du temps en escamotant un texte. Et j'ai heureusement le luxe de ne pas être obligée de lire à des fins professionnelles juste pour accumuler les informations.
Alors oui, ma vitesse de lecture ne me permet pas de les multiplier à l'envie. Mais sur ce blog ce n'est pas le propos. Pourtant j'avais dans l'idée de proposer un carnet de bord de lectures pour me rendre très vite compte que c'était juste impossible, présomptueux et peu honnête. Parce que je ne suis qu'une lectrice, parce que mes mots sur l’œuvre des autres ne sont rien qu'un peu de bruit dans l'eau, une certaine fanfaronnade. Que le principal est ailleurs: en fait dans l'acte de proposer un écrit, un texte, une œuvre, une émotion.
Parce que je ne lis pas de la même manière un roman, un album jeunesse (là c'est une évidence pas si nette que cela!) ou un essai. Que certaines lectures n'ont pour but que la décontraction de l'esprit, qu'une rêverie guidée et semblent ne me laisser le choix que de faire un pitch sans rien de plus. Que d'autres apportent une sensation peu définissable, soit trop profonde, soit si peu. Ma catégorie "en attente d'un billet présente d'ailleurs ces lectures, quelques fois atypiques, quelques fois au rendu trop personnel, dont je n'arrive pas encore à parler sur ce média.
Et puis aussi j'aime insister sur les lectures qui m'ont apportée plus qu'une histoire, même si souvent je me précipite bien avant de pouvoir proposer un retour sensitif ou argumenté équivalent à mon plaisir ou mes apports de lecture. Parce que sinon à quoi bon écrire sur les livres... à quoi bon aussi écrire publiquement (et anonymement), sans même une crédibilité quelconque autre qu'être une lectrice attentive.
- "Le convoi de l'eau" de Akira YOSHIMURA, sorte de conte noir et puissant mettant en avant les valeurs, la mort, le respect d'une manière assez sidérante
- "L'art de la guerre pour les femmes, pour vaincre sans conflit" de Chin-Ning CHU où comment mettre en pratique les fondements taoïstes pour l'émancipation féminine, leur évolution professionnelle et une certaine féminité des actes.
- "Le souffle du jasmin, Inch'Allah 1" de Gilbert SINOUE saga qui m’amènera dans une histoire du Moyen-Orient
- "Les poings dans mes poches crevées" d'Arthur RIMBAUD, une sélection de poèmes pour appréhender l'auteur dès l'enfance... pour me replonger dans mes lectures d'adolescente où j'ai lu en boucle les "Illuminations" tout un été.
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Dans les essais que je n'ai pas commenté et qui pourtant méritent que l'on s'y attarde, il y a:
- « S’organiser pour réussir, la méthode GTD » de David ALLEN que je n'ai pas mis en pratique, sinon ça se saurait ;). C'est une technique managériale pour ne plus être en procastination administrative, que ce soient des tâches fonctionnelles de bureau, de chef d'entreprise ou de gestion domestique d'un foyer. Pour vous faire une idée, n'hésitez pas à lire ici.
- "L'art de la méditation" de Matthieu RICARD a été aussi une lecture attendue. Ce sont des techniques de méditations pour arriver à la sérénité. Les bénéfices sont présentés, les méthodes à disposition de tous. J'en reparlerais, en attendant n'hésitez pas à lire ici
dimanche 17 juillet 2011
L'après-midi d'un faune
*costume pour le ballet de Vaslav Nijinsky, aquarelle de Léon BAKSTEt pour en savoir un peu plus sur les ballets russes, je vous invite à lire Malice ici.
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