jeudi 31 mars 2016

L'auteur, l'autorité - Jules Verne, l'enchantement du monde


"Comment définir l'autorité? Le mot latin autor a donné en français "auteur" et cet autor vient du verbe latin augeo qui veut dire augmenter [...] 
Qu'est-ce donc, maintenant, qu'un auteur? Quelqu'un qui augmente: celui qui vous augmente, qui fait grandir le lecteur ou qui enrichit la matière sur laquelle il travaille: l'augmentateur. Jules Verne m'a augmenté. La seule chose que je puisse dire avec autorité sur lui, c'est qu'il a été pour moi un auteur; de la lecture de ses livres, je suis sorti grandi, adulte. Mieux savant et enthousiaste du monde. Jetez par la fenêtre toute œuvre qui ne vous augmente pas. Refusez toute autorité à qui n'augmente rien ni personne. D'où, chez lui, tant de récits où le héros se révolte contre l'autorité abusive, l'impérialisme britannique aux Indes, par exemple."
(entretiens de Michel SERRES répondant à Jean-Paul DEKISS, "Jules Verne, l'enchantement du monde"; Le pommier)

La p'tite loco bleue


Je l'aime ce poème extrait du "Bord du monde" de Shel SILVERSTEIN dont je vous parlais ici. Le voici comme je l'offre au lutin, ici au chat dont on voit une oreille.



vendredi 25 mars 2016

La gratouille - L'ours qui n'était pas là



"Il était une fois une gratouille.

Ce n'était pas une grosse gratouille.
Ce n'était pas une petite gratouille.
C'était une moyenne gratouille.
Et cette gratouille voulait se gratter.

Il était une fois.

Un peu plus tard, environ un quart d'heure après Il était une fois, la gratouille vit un arbre, et elle alla se gratter contre lui. C'est alors qu'il arriva une chose vraiment bizarre: la gratouille se mit à grandir. Et plus elle se grattait, plus elle grandissait.

"C'est curieux", pensa la gratouille en se grattant de plus belle. Une minute après, une fourrure commença à recouvrir le gratouillement. Puis la fourrure fabriqua des bras et des jambes et un nez... Peu après, la gratouille ressembla presque exactement à ... un ours."

(extrait de "L'ours qui n'était pas là" d'Oren LAVIE et illustré par Wolf ERLBRUCH, La joie de lire)
Ceci n'est pas un poème mais le début de ce fabuleux petit album (grand par le format) et pourtant, il aurait pu, aussi, se suffir à lui même. Je vous parle de l'album

jeudi 24 mars 2016

Minus, l'incroyable histoire des reptiles marins au temps des dinosaures

Voici le troisième de cette collection (le second en terme de parution). Est-ce que le trio norvégien nous en prépare un autre? Ce serait parfait pour appréhender cette vie sur terre avant l'homme et différent du dinosaure. La plupart du temps ce sont ces sauriens nos plus vieux repères.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Avec "Minus, l'incroyable histoire des reptiles marins au temps des dinosaures" de Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et illustré par Esther VAN HULSEN, les mers deviennent habitées.
Minus est un petit ichthyosaure, il vit en bande avec trois femelles et le mâle dominant, Géant balafré. Il nait et doit très vite manger, sa mère ne lui apporte pas de lait. Il nage, respire à la surface et doit vite s'enfuir devant les prédateurs, le pliosaure en tête. Tous n’auront pas la chance de s'échapper cette fois-ci.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Après cette courte histoire, les auteurs nous ouvrent leur camp lors de l’expédition de fouille de ce fossile-là justement. Le froid, la nourriture, le fusil absent quand les toilettes sont occupées. Ils expliquent aussi les plâtrage, collage, moulage, démoulage et  livraison des trouvailles.
Comme à chaque fois, le lieu géographique est donné ainsi que les conditions favorables pour trouver un aussi beau fossile.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

Et puis ce sont les explications: la morphologie, l'alimentation, la nage d'un ichthyosaure mais aussi d'un plésiosaure et d'un pliosaure. Minus apparait dans toute sa grandeur. Son œil est le plus grand des vertébrés. "Les ichthyosaures étaient ovovivipares: il y a bien un œuf, mais il éclot dans le ventre de la mère, ce qui fait que le petit sort complètement formé."
Nous pouvons aussi distingué les deux prédateurs, le plésiosaure à long cou bien rigide et le très très imposant pliosaure aux dents aussi grandes que des concombres. Puis les ammonites et les bélemnites, nourritures de Minus, se dévoilent.
Ce focus scientifique présente aussi très bien la théorie de l'évolution convergente. L'ichthyosaure ressemble à un dauphin mais il en est extrêmement éloigné. L'ancêtre de Minus ressemblait à un gros varan, reptile, et celui du dauphin était un petit mammifère.

© Jorn HURUM, Torstein HELLEVE et Esther VAN HULSEN/ Albin michel jeunesse

La dernière partie propose des activités: de fossilisation, de décomposition d'un os, de dessins. Le tout apporte, encore une fois, un album très complet et plaisant grâce à l'histoire, la démarche scientifique, l'interaction et l'humour (des moules pourraient-elle vivre sur le derrière des vaches?).

mercredi 23 mars 2016

Singes

J'aime beaucoup rencontrer dans les documentaires jeunesse l'illustration d'un propos technique ou scientifique. Il a le même poids que le texte. J'adore ainsi les schémas ou les coupes. Je dois dire aussi que, de plus en plus, je me tourne vers des visuels plus designés.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

"Singes" d'Owen DAVEY est de ces petits albums qui ne paient pas de mine. Il est très beau mais est-il pertinent? La réponse est oui!
Sous l'appellation singe, de nombreux animaux se côtoient. Le focus est mis ici sur les petits singes, singes à queue. L'auteur présente ainsi une classification des primates, nécessaire et précieuse. Il reprend la théorie de l'évolution de manière simple mais resitue l'homme (du genre homo) par rapport aux autres primates, les ancêtres et les cousins contemporains (et éloignés), l'homme et les grands singes.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

Les petits singes se dévoilent alors. Les formes stylisées des illustrations d'Owen DAVEY ne perturbent pas les identifications.
Dans leur morphologie commune à tous ou distinctive par catégorisation. De l'Ancien monde ou du nouveau. C'est simple et pourtant d'une efficacité redoutable. Le singe-lion, le cercopithèque, le colobe guéréza même si inconnus pour vous retrouveront vite leur continent. Tout est histoire de nez, de queue ou de fesses.
Bien sûr leur habitat, leur alimentation ou leur comportement social seront précisés mais vite nous laissant profiter de portraits plus complets.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

Le ouistiti pygmée si petit, amateur de sève et potentiel menu d'une harpie féroce (et rien à voir avec la mythologie), le mandrill aux canines plus longues que celles d'un lion, le gélada aux lèvres retroussées sur les gencives, le macaque japonais dans les eaux thermales chaudes en plein hiver.

Le singe montre son intelligence, ses exploits (aventurier de l'espace porté volontaire). Certains ont des caractéristiques incroyables. Une double page est aussi ouverte sur les croyances et la mythologie, avec Hanuman par exemple.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

Le tout forme un très beau documentaire, sur l'animal mais ouvrant aussi la porte à une réflexion sur l'homme.


mardi 22 mars 2016

Facéties de chats

 © Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

Benjamin LACOMBE nous a habitués à des albums magnifiquement illustrés. Celui-ci est le pendant plein d'humour et de drôlerie de "Destins de chiens" du même duo (Sébastien PEREZ aux textes) dont parlait si bien Lily. Il ressortira ce printemps, d'ailleurs.

© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

Ainsi "Facéties de chats" présente quelques histoires de chats au caractère bien trempé. Un portrait encadré où le félin se met en valeur puis dans la double page suivante un moment de vie sous la forme d'un poème.
Maxwell n'est pas un chat de salon, non, non, il vise plus haut. Il est en pleine ascension, du cerisier japonais pour regarder le ciel, ou ascension sociale ?!... Il a raison c'est pile la saison des sakura!
Aristide est bougon, si, si, il a pas l'air très heureux et sa passion est de faire ses griffes sur les lits... au point de suivre un homme juste pour sa propension à acheter un bon matelas.
Hippolyte le sphinx remplacé dans le cœur de sa maîtresse par un barbu ou chevelu.

© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

Les chats sont espiègles, joueurs, ils passent là où il ne faudrait pas: les touches de piano (parce que non, celui-ci n'a pas d'oreille), un jeu de dominos, près du berceau ou dans une vitrine de restaurant japonais. Ils nous enchantent, par leurs facéties, leur narcissisme, leur égoïsme.
Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE proposent de sacrés animaux de compagnie. Pas toujours les plus adorables mais c'est ce qui nous plait à nous, amoureux des chats: les voir dans des postures affligeantes, sourire de leur mauvaise humeur, s'émouvoir de leur esprit joueur et câlin.

© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

C'est avec délice que les thèmes de prédilection du dessinateur sont épanouis par l'auteur. Des références culturelles (musicale, cinéphile, romantisme littéraire), un peu de monstres de foire, freaks, pas pour le dégoût mais plus par étrangeté. L'univers de l'un est parfaitement abouti par l'autre. C'est pelucheux sans être doucereux.


© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

L'album est très rythmé. Chaque histoire a son quiproquo ou sa chute amusante. C'est délectable jusqu'au bout... et tiens il y a bien les deux chiens du dessinateur... pourquoi donc la dame n'apprécierait pas de mettre ses mains dans son pelage à lui aussi ?

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

"Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill" de Jean REGNAUD et illustré par Émile BRAVO nous entraine dans les souvenirs de l'auteur.

Le premier jour de classe dans une nouvelle école, Jean répond aux questions de la maîtresse: que font tes parents? Il panique et brode. Mais il se fait aussi un nouvel ami, Alain. En rentrant à la maison avec Yvette la gouvernante, il retrouve Paul le petit frère et enfin le père seul. La maman est absente et personne n'en parle.
Il y a bien cette gouvernante, toujours là, affectueuse, les garçons seraient presque tentés de l’appeler maman. Oui mais elle n'est pas une maman. Sans enfant, pas l'amoureuse du papa, elle partira peut-être.
Michelle, la voisine avec qui Jean joue, quand elle n'est pas occupée à ses jeux de grande, s'étonne qu'il ne soit pas au courant. Mais elle est partie en voyage. Tiens d'ailleurs elle a reçu une carte postale chez elle avec Jean comme destinataire, parce qu'il ne faut prévenir personne. Jean ne sait pas encore lire, pas de problème, Michelle la lui lit. La maman de Jean est en Espagne. Une autre carte postale arrive, elle est maintenant en Amérique et a rencontré Buffalo Bill, puis en Afrique.

© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

Jean vient juste de rentrer au CP, lui et son frère ne sont pas bien vieux. Ils ne veulent que s'amuser et avoir maman avec eux. L'arrivée d'un psychologue à l'école marque aussi les angoisses. S'il prend un enfant en entretien, il l'envoie aux SS des nazis et déclenche comme il se doit les cauchemars des enfants. Surtout qu'Alain est convoqué... puis Jean.

Pendant une année scolaire, Jean va grandir et découvrir ce que sont les parents, la famille. Une ulcérée et hurlante, comme celle de sa voisine Michelle. Une atypique, tellement peu conventionnelle et pourtant passionnante qu'est celle d'Alain.
Il y a bien les grands-parents. Les parents de la maman, tristes, chez qui les deux enfants s'ennuient ferme. Ou Mamie Edyth, la grand-mère paternelle au "oui, bien sûr!" au bord des lèvres offrant une liberté totale si elle n'est pas dérangée.
Et puis il y a ces amis, les Ossard, un couple de vieux. Ils sont attendris mais Jean et Paul ne comprennent pas ce qu'ils font là. Les occupations proposées sont automatiquement contrecarrées.


© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

Toute l'atmosphère d'une enfance de petit garçon dans les années 70 est retranscrite dans cette bande-dessinée. La télé, les premiers dessins-animés, les jeux, l'ennui.
Cette année sera charnière, l'enfance insouciante laisse place à une compréhension et sa forme de désillusion. Jean croyait encore au Père-Noël, confondait les SS et les Séss éducatifs. Il ne comprenait pas les adultes si graves et ne recherchait que le réconfort des adultes et le visage maternel qui s'efface de son souvenir.
C'est émouvant et très emprunt de vérité!


lundi 21 mars 2016

Passeurs de mort


Angel vient de perdre son oncle George. Elle se rend seule à son enterrement, il n'avait plus vraiment de contact avec le reste de la famille. L'affection entre les deux était accrue, une certaine folie, une envie d'aventure. George était un peu illuminé et offre à sa nièce un héritage, une porte ouverte vers un monde incroyable.
"La mort n'est pas qu'une marche ratée, un silence entre deux notes, un cri perdu sur la banquise.
La mort n'est pas qu'une idée.
La mort est un monde. Des gens en font profession. il existe une entreprise, un système, une procédure.
Rendez votre ultime soupir et quelqu'un se trouvera là, à votre chevet, téléphone en main: un homme ou une femme en costume gris, que vous serez seul à voir, que vous ne connaîtrez pas."
George a créé des lunettes permettant de voir la mort, enfin non, voir ses employés montrer le chemin au défunt. Angel, curieuse, avide d'étrangeté, va alors suivre les traces laissées par cet oncle et rencontrer une famille bien particulière, les Cooper.

Commence alors un jeu du chat et de la souris. Angel a un rôle à jouer, elle sera un des maillons dans le jeu de la Mort.
"Ce que tu as vu sur l'écran, c'était la Mort. Disons: une représentation. Une énergie, une présence, qui se manifeste quand la vie d'un homme touche à son terme. La Mort se nourrit de ces moments. En échange de quoi, elle guide les défunts. [...] La Mort s'ennuie, elle veut... Elle a besoin de ressentir la vie. [...] La Grande Faucheuse. Izanami, Mictlantecuhtli, Odin, Yanluowang, Anubis, Thanatos, etc. Toutes ces représentations. Toutes ces peurs. Et sur terre, nous La Mort en chair et en os."

Les professionnels de la mort sont dans un monde intermédiaire, ni celui des vivants, ni celui des morts. Il existe une firme gérant les décès, où la date de naissance et de mort pour chaque être humain sur terre est archivée.
Fabrice COLIN ne nous dévoile pas tout. La mort reste un mystère personnel pourtant il offre bien dans "Passeurs de mort" une quête de sens : que faire de sa vie? Angel, par exemple, veut être une jeune fille normale. Elle compte par la suite écrire un roman ou peut-être... une autobiographie. Pour réussir sa vie, et sa mort, il faut aussi être bien accompagné, choisir des personnes de confiance, et que la Mort ne se joue pas de nous. Angel va l'apprendre à ses dépends, ainsi que la Mort d'ailleurs.

L'auteur réussit le pari de ne pas nous faire lâcher son livre du début à la fin par ses personnages qui se complexifient au fil des pages, par l’apport du fantastique et de cette étrange sensation de simplicité et de début de réflexion.

Couverture d'Olivez BALEZ.

jeudi 17 mars 2016

Comment ça marche? Moteurs et voitures, Engins de chantier


Voici la série des "Comment ça marche", livres et construction, agrandie. Je vous avais parlé des "Machines et engins" de Nick ARNOLD et illustré par Allan SANDERS ici, j'avais aussi acheté leur seconde proposition commune: "Comment ça marche? moteurs et voitures" auquel s'ajoute "Engin de chantier" de Ian GRAHAM et illustré par Carles BALLESTEROS. Il nous manque "Comment ça marche? Avions et hélicoptères".

Il s'agit toujours de livres activités, des kits de maquettes permettant de construire un mécanisme permettant d'aller plus loin dans les technicités. C'est parfait pour l'apprentissage des STEM en ingénierie. Maintenant tous les propos ne sont pas forcément complets mais c'est amplement suffisant pour démarrer.


Dans le premier, vous trouverez une chronologie des véhicules et des machines mises en avant ainsi qu'un schéma explicatif des forces et mouvements en présence dans chaque machine.


Vous construirez avec une notice en papier séparée une soupape en action en comprenant mieux le cycle à quatre temps d'un moteur et ce qu'est une soupape. Vous découvrirez les vitesses, la suspension, les commandes, les roues, les freins, les pistons et la direction. (Euh c'est un comble pour notre fiston dont les parents n'ont pas de voitures!).


Dans le second, il y a moins d'explications: une illustration met en scène l'engin de chantier et le mode opératoire est directement inscrit. Vous construirez ainsi une boule de démolition (plate: les éléments constructifs du kit sont fait de carton plat), une chargeuse, un bulldozer, un camion toupie, un chariot élévateur, un camion benne, une grue etc...


Cela suffira pour les plus jeunes mais vous n'avez là que peu d'indication de ce pourquoi les hommes ont inventé ces mécanismes.

Ah et je vous conseille de garder les plaques de cartons dans lesquelles les pièces sont détachables. Vous pourrez ainsi les réemboiter et mettre toutes les pièces dans la pochette à cet effet, sinon c'est presque mission impossible!

En construction, cela donne ça!