mercredi 10 février 2010

Le magicien d'Oz

"Tu devrais avoir honte de toi!"

(Illustration de William Wallace DENSLOW,
de l'œuvre de Lyman-Franck BAUM, "Le magicien d'Oz")

*source

Graines de cabanes


© Philippe LECHERMEIER et Eric PUYBAREY/ Gautier Languereau

« Graines de cabanes » de Philippe LECHERMEIER et illustré par Eric PUYBAREY. A chaque graine, une cabane…voici le départ d’un périple à travers le monde et les imaginaires…

Le texte et les illustrations nous dévoilent des contrées formidables, un dépaysement et un enchantement, des associations d’idées, des détournements d’imaginaires et des références à toutes les pages.
 © Philippe LECHERMEIER et Eric PUYBAREY/ Gautier Languereau

Que de merveilles :
- Une cabane pour chaque arbre : une noix pour un noyer, une larme pour un saule pleureur, un trognon pour le pommier….
- Des « boites à soupirs » à trois vitesses pour les loups qui veulent s’en prendre aux cabanes des trois petits cochons
- Des matriochka en cabanes et non en héritage
- Des cabanons « pour ceux et celles qui ne sont jamais d’accord, pour les révoltés, les grognons, ceux qui disent toujours non. »


© Philippe LECHERMEIER et Eric PUYBAREY/ Gautier Languereau

Il est question de toute la littérature enfantine (Le petit poucet, Mille et une nuits, Les trois petits cochons…) mais aussi de géographie (Chine, Canada et ses chutes du Niagara, Mongolie), d’architecture réelle selon les coins du monde, de question de bon sens, de mythologie (Le fil d’Ariane, Les voyages d’Ulysse, La guerre de Troie), ou de philosophie…
Diogène ou la première cabaravane :
« La première cabaravane a été inventée par un Grec du nom de Diogène au IVe siècle avant Jésus-Christ.
Construite dans un tonneau, elle permettait à son propriétaire de se déplacer grâce à sa forme arrondie.
Mais elle possédait de nombreux défauts :
- On ne pouvait se déplacer qu’en dévalant une pente, ce qui la rendait inutile dans les plaines.
- Elle n’était pas équipée de freins et elle s’est écrasée de nombreuses fois après avoir tout dévasté sur son passage.
- Elle ne possédait pas tout le confort moderne, ce qui y rendait la vie assez austère. »

J’ai trouvé une très belle mise en appétit ici et n'oubliez pas que toutes les cabanes imaginaires sont attendues pour fin novembre sur vos blogs. Sur le mien seront exposés vos plans de constructions et vos trucs et astuces dont font partie (exclue!!) le ballayeur de ciel


© Philippe LECHERMEIER et Eric PUYBAREY/ Gautier Languereau

et quelques kits de cabane...

 © Philippe LECHERMEIER et Eric PUYBAREY/ Gautier Languereau

P comme papa


J’aime les livres dits « intelligents », de ceux qui provoquent la sensibilité, émoussent les sens, amènent, en seconde lecture, une réflexion, toute douce ou plus vive. « P comme papa » de Isabel MARTINS, Bernardo CARVALHO n’est pas de ceux-là et pourtant il a une place de choix, aussi, dans notre bibliothèque jeunesse.


Parce qu’il s’agit de tendresses, de câlins, de moments d’échange… un père et son enfant dans ces petits rapprochements du quotidien, pas d’histoire mais du spontané… p comme papa mais ce papa qui devient tout autre objet utile, nécessaire, important, rassurant, comique, amusant…
papa capuche,
papa échelle, papa fauteuil, papa avion, papa pommade etc…
*source illustrations de Bernardo CARVALHO (en version originale et cela rajoute en fait beaucoup de chaleur)

Les bouts de chou de 2 ans, et quelques, adorent et redemandent, les mots sont répétés, les gestes mimés, le reste de l’action raconté. Et puis les illustrations de Bernardo CARVALHO offrent des silhouettes toutes stylisées et rayonnantes, chaudes et pastels mais aussi feutrées… une belle proposition dont abusent mon compagnon et notre lutin… de l’autre côté de l’appartement je n’entends que les éclats de rire !

Mitsu un jour parfait

Etre sous le charme d’un livre jeunesse. Oh oui, cela m’arrive. Pas pour tous, pas à chaque fois, je ne sais pas ce qu’il lui faut : une dose d’imaginaire, une réflexion en dessous, des mots d’adulte… peut-être un soupçon de ceci et de cela. Dans mes fantasmes d’un jour écrire un livre jeunesse (voire plusieurs), j’aurais aimé avoir écrit celui-là.

*source image

« Mitsu un jour parfait » de Mélanie RUTTEN est d’une sensibilité extrême. Il revient souvent dans les « classiques » du répertoire du soir. Mitsu est cette crocodile bohème qui travaille chez elle et qui aime les petits plaisirs. Mais ce matin, rien ne va, elle s’est levée du mauvais pied.
Au cours de la journée ses amis essayent de lui changer les idées : une petite gourmandise, une porte ouverte vers une autre réalité (la vie vue d’en haut), un certain fatalisme (ou philosophie). Mais rien n’y fait, seule l’idée de l’aventure lui donne encore envie : au moins ailleurs elle ne sera pas aux prises avec son quotidien. Quelle déception de voir que personne ne se rend compte qu’elle part, là où les herbes ne sont plus aplaties par les pas répétés.
L’aventure est bien là, avec sa dose d’angoisse, de découvertes et de réconfort. L’aventure est aussi cette nouvelle rencontre à l’autre, ici Hervé l’écureuil.


J’y retrouve du Kitty CROWTHER, à qui elle dédicace ce livre. Des crayonnés pastels, des héros animaux, des décors presque inexistants si ce n’est un ou deux détails : une cafetière, un fauteuil, une chaise… des objets de rituels journaliers.

Aussi dans ces menus détails qui marquent une vraie philosophie de vie : des petits bonheurs, des moments de partage, des collections de choses inutiles, des plaisirs gustatifs. Mais il ne faut pas s’arrêter-là.


Ce livre propose une vraie aventure, éprouvante et fondatrice. Au-delà des apparences, au-delà des peurs, aux delà même des conventions. Une réflexion sur nos valeurs, l’amitié et la joie de vivre au jour le jour.
« Oui, mais, Öko, c’est quoi un jour sans ? Un jour sans quoi ? »… de quoi créer avec son enfant des jours avec… et des jours sans pour retrouver le goût.

Mélanie RUTTEN a un site, n'hésitez pas à aller le voir, surtout que ses participation au "Jounal de Votre Enfant" méritent le détour (entre autres). N'hésitez pas à lire ici, là ou là aussi pour d'autres avis enthousiastes.

Promenons-nous avec Balthazar, Yéti y es-tu ?


© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/Hatier Jeunesse

Le petit loup adore le dernier Balthazar (histoire reprenant un peu du principe de la pédagogie Montessori), « Promenons-nous avec Balthazar, Yéti y es-tu ? » de Marie-Hélène PLACE et illustré par Caroline FONTAINE-RIQUIER. Comme toute cette collection "Aide moi à faire seul" dont je vous parlais là, la lecture est interactive.

C’est une vraie promenade à l’automne en campagne. Une balade entre sons et traces de la nature : empreintes, feuilles, rencontres avec la faune domestiqu(é)e et celle plus sauvage, voire surnaturelle. Balthazar sort pour aller récolter des châtaignes et son chemin se suit aussi avec la chanson très connue « Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas…",
© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/Hatier Jeunesse

mais cette fois-ci avec le Yéti, remplaçant là le loup méchant de service. Enfin méchant, pas tant… il peut avoir peur lui-aussi.
© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/Hatier Jeunesse

Ce livre se lit à voix haute, les onomatopées sont constantes sur les bruits de la nature, vent, pluie, feuilles qui crissent sous les pas mais aussi cris des animaux. L’enfant peut aussi suivre quelques petits indices, un vrai bonheur d’interactivité.

© Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER/Hatier Jeunesse

Dommage que l’histoire soit si courte.

mardi 9 février 2010

Comment Wang-Fô fut sauvé

Ce petit conte de Marguerite YOURCENAR « Comment Wang-Fô fut sauvé » est une belle entrée dans les traditions de la Chine.

Wang-Fô est un vieux peintre nomade, peignant de part son pays, ne faisant que peu de cas de l’argent. Il lui arrive d’échanger ses œuvres avec ceux qui les apprécient contre un bol de riz. Ling, son jeune serviteur, se complait à lui tenir compagnie, à voler si nécessaire pour que le peintre soit constamment libre de ne penser qu’à son art. Mais voilà que l’Empereur des Han (Grande Chine) vient les arrêter pour une raison étrange. Le destin semble très peu propice à Ling et son maître. Et toute la question comment Wang-Fô devient naturelle.

Ce tout petit conte me comble bien-sûr par sa fin. J’aurais pourtant aimé être embarquée plus longtemps dans ce mode de vie nomade, miséreux et également sage. J’aurais aussi apprécié encore plus de détails de ce palais impérial, de cette autorité suprême, de cette liberté de mouvement du peintre contre cet isolement de l’empereur.
Le plaisir de lecture fut dans les détails colorés, les regards d’artiste de ce vieux peintre. Tout est prétexte à admiration : paysage, ombre sur un mur, broderie des soldats l’embarquant etc. Bien-sur aussi Marguerite YOURCENAR donne envie de regarder à nouveau la peinture chinoise, ces lavis, ces encres, ces détails si infimes et pourtant plein de vie.
Et puis cette raison superbe de détester ce peintre.


Georges LEMOINE propose des illustrations vraiment douces, comme faites de sables mais je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être en Chine. J’imagine que les enfants suivent ainsi l’histoire avec des repères plus « occidentaux ». « J’ai l’impression de ne pas avoir illustré cette histoire du peintre Wang-Fô. J’ai seulement marché sur les chemins où lui-même et Ling venaient de passer. » (extrait tiré de cette source). J’aime par contre énormément cette illustration de couverture. Toute la sagesse dans les rides d’un homme.


Ce petit conte donne envie d’aller plus avant, de lire toutes les "Nouvelles orientales" de Marguerite YOURCENAR, parce que malgré mes frustrations (sûrement dues à une « simplification » du texte), l’amorce me plait, me tente et m’invite jusqu’à la fin. Je vous invite à lire deux essais sur ce conte : le langage des teintes rouges et un essai sur le taoïsme dans la nouvelle. Et voici aussi une fiche pédagogique pour l’amener en classe.

Livre lu dans le cadre du Challenge Lectures d'école.