dimanche 5 septembre 2010

J'explore ( - le potager, - sous la pierre, - le jardin, - le chêne, - l'herbe ) de tout près

Mes premières découvertes de Gallimard offrent de beaux moments de découvertes entomologiques avec « J’explore sous la pierre », « J’explore le potager » et « J’explore le jardin », "J'explore l'herbe", "J'explore le chêne".


Le côté interactif avec ce carton comme une lampe de poche apporte une interactivité qui plait beaucoup aux enfants. En effet, les planches des insectes sont reprises en transparence foncée et prennent du détail avec ce support blanc en dessous. Cela permet de mettre l’accent sur les pattes, les yeux etc… Ce que j’aime c’est cette vue d’ensemble de départ avec un paysage normal, puis un zoom sur la faune locale. Une double page, indication et transparent, offre après un descriptif sommaire mais qui permet la concentration d’un jeune enfant. A chaque fois aussi des données de bons sens.

« J’explore sous la pierre de tout près» de Claude DELAFOSSE, Caroline ALLAIRE et illustré par Sabine KRAWCZYK permet la rencontre avec mille-pattes, cloporte, perce-oreille mais aussi autre microfaune. La queue du lézard qui repousse si on lui arrache n’est pas le seul détail qui reste après lecture.
« J’explore le potager de tout près» de Claude DELAFOSSE, Caroline ALLAIRE et illustré par Sabine KRAWCZYK propose quelques nuisibles et quelques alliésla courtilière côtoie le doryphore mais aussi la coccinelle dans tous ses états.


« J’explore le jardin de tout près » de Claude DELAFOSSE, Caroline ALLAIRE et illustré par Héliador accueille insectes, mammifères sous terre et volants.
« J’explore le chêne de tout près » de Claude DELAFOSSE, Caroline ALLAIRE et illustré par Héliador est tourné sur la faune sépcifique de l'arbre. Le fait d’y retrouver écureuil, pic-vert et lucane est un beau programme. "J'explore l'herbe de tout près" de Claude DELAFOSSE, Caroline ALLAIRE et illustré par Sabine KRAWCZYK permet de se familiariser sur les petits insectes de nos jardins, même en ville.


Nous allons à la découverte des insectes dans la famille, si cela vous intéresse c'est ici.

samedi 4 septembre 2010

La grande question

©Wolf ERLBRUCH / Etre

J'ai une tendance à aimer les réflexions, une certaine philosophie, et je goûte mon plaisir quand je trouve ce genre de lecture pour mon lutin de 4 ans. J'aime beaucoup le graphisme de WolfERLBRUCH et je confirme que quand il écrit aussi le rendu est magnifique... et presque sérieux. La mort avec "Le canard, la mort et la tulipe" dont je vous parlais là, ici nous avons la vie : être en vie.

Une question est posée, par un enfant sûrement, celui de la couverture peut-être. Qu'elle est-elle ? Ce que nous faisons sur terre, qu'est-ce que la vie? Le grand pourquoi... Les intervenants sont nombreux, de touts les règnes, animal, végétal, minéral. Les réponses sont multiples... des objectifs de vie ©Wolf ERLBRUCH / Etre

" Le pilote, lui: "Tu es là pour embrasser les nuages" "

la vie comme conséquence d'autres vies ou une certaine fatalité, pour profiter d'un moment de bonheur mais aussi pour surmonter les obstacles, cheminer.

©Wolf ERLBRUCH / Etre

Le petit frère, la sœur, les parents, l'aveugle, la mamie, le soldat, le chien, la pierre, le boxeur, le jardinier, le boulanger... jusqu'à la maman. Chacun y va d'une sagesse qu'il a faite sienne. C'est doux, chaud, poétique, espiègle mais aussi sérieux, ce sont chaque fois des états d'esprit qu'un enfant peut vivre tout au long de sa vie. D'ailleurs la fin du livre comporte un carnet de notes vierge... pour noter nos propres réponses à la question.
C'est un livre à offrir à un enfant qui se pose ses premières questions existentielles, pour avoir des réponses mais surtout pour qu'il se les créé. Et puis, une autre raison pour se précipiter: les éditions Être ferment...

Et j'ai aimé retrouver le canard et la mort...
L'avis de Malice sur ce livre pour tout enfant

Ajout du 17/01/2013:  l'album a été réédité par les éditions Thierry Magnier! Chouette!

vendredi 3 septembre 2010

Un million de papillons

© Edward VAN DE VENDEL et Carll CNEUT/ Pastel

"Un million de papillons" de Edward VAN DE VENDEL et illustré par Carll CNEUT est un petit livre un peu abstrait, le texte ne dévoile pas tout mais n'hésite tout de même pas à le feuilleter et le lire aux enfants. C'est un bonheur!

Vladimir est un jeune éléphant. Un jour, il voit des papillons, un million.
"Vladimir vit des papillons dorés, rayés, constellés d'étoiles ou traversés d'éclairs, des papillons décorés de virgules, de points d'interrogation et de guillemets, des papillons qui voltigeaient, vacillaient et virevoltaient.
Il vit aussi des papillons tachetés comme des coccinelles, colorés comme des drapeaux, des papillons arborant des voiles, des toiles ou des pétales à la place des ailes, des papillons heureux, curieux et audacieux, et il vit même le Grand Papillon du Mousménistan."
Il va voir ses parents pour leur raconter. Chamboulés ses parents lui demandent de partir de la maison, sur le chemin... avec tout leur amour, il le mette à la porte. Vladimir part à contrecoeur, seul, terriblement seul mais il ne sait pas où il doit aller ni pourquoi. En chemin il rencontre d'autres animaux... aucun ne voit la nuée de papillons dans le ciel, sauf lui. Mais presque tous en parlent avec nostalgie, ironie, la larme à l'oeil... chacun regardait passer Vladimir, lui qui cherchait où les papillons allaient l'entraîner jusqu'au jour où sur un pont...
Papillons dans les yeux, papillons dans le cœur, le texte d'Edward VAN DE VENDEL est une poésie sur le premier amour. © Edward VAN DE VENDEL et Carll CNEUT/ Pastel

Une idée du premier départ, de la première séparation affective d'avec les parents, de ce changement d'intérêts entre les jeux d'enfants et des jeux de plus grands. Les lecteurs pas encore sujets aux émois du coeur ne suivront pas le texte mais se délecteront sûrement déjà des illustrations de Carll CNEUT. Des animaux anthropomorphes, aux costumes chatoyants et aux multiples détails. Vladimir cherche les papillons, se retrouve le centre d'intérêt d'une foule et retrouve son chemin. © Edward VAN DE VENDEL et Carll CNEUT/ Pastel

Certaines planches offrent même un jeu spontané de "cherche et trouve". Les émotions passent par les détails d'attitude et non par les visages de masque.
Vous trouverez encore plus de pages ouvertes ici.

Les maximonstres, l'île aux monstres

"Les maximonstres, l'île aux monstres" de Dave EGGERS (ou sous le titre de "Les Maximonstres, il y en a un en chacun de nous") reprend un livre jeunesse que nous lisons, encore et encore avec le lutin de 4 ans: "Max et les Maximonstres" de Maurice SENDAK.. La lecture appelait à la bêtise, à l'enfance, à la monstruosité des comportements humains... alors qu'attendre d'un livre mi-scénario du film de Spike JONZE et mi-interprétation plus approfondie. J'avais envie de ne pas être déçue et je ne l'ai pas été, les Maximonstres prennent de l'épaisseur avec cette histoire.

Max est un enfant très vif et très animé. Oui oui tout cela à la fois! Il aime être au cœur de la famille mais ses parents sont séparés, sa sœur Claire prend moins de temps pour partager avec lui, sa mère a trouvé un autre homme dans sa vie. Le voilà seul avec ses envies d'évasions oniriques. Il cumule les demandes d'attention, les accès de colère, les bêtises; en enfilant son costume de "mi-loup mi-vent", réclame d'un côté puis de l'autre. Sa mère est toujours aussi attentive et spectatrice attendrie et fière de l'imagination de son fils au point d'écrire ses petites histoires inventées sur le moment. Mais elle a d'autres soucis matériels, sa sœur ne se rend même plus compte qu'une chamaillerie devient un moment d'intense émotion et même de danger réel. Son père lui a fourni ce journal à remplir, le "journal des souhaits" avec des listes de je souhaite, je souhaite en haut des pages... mais il est absent. Son copain n'est pas disponible, la société semble austère et peu encline à émerveiller... un soir c'en est trop "Monstre" - "Je vais te manger" et Max s'enfuit, en prise avec ses émotions, ses pensées trop fortes et sa sensation de tout gâcher. Il semble que tous aient oublié ce qu'était l'enfance, le vieux monsieur du voisinage comprend:
"Max lui raconta qu'il avait inondé la chambre de Claire
"Tu t'es servi de quoi? D'un seau?"
Max fit signe que oui.
"Mouais, j'aurais fait pareil."Voilà pourquoi Max adorait M BECKMANN: il était comme lui. Un adulte qui semblait avoir traversé sept bonnes décennies sans pour autant oublier un seul instant de son enfance - ce qu'il avait aimé, détesté, craint et désiré."

Il va navigué sur un bateau et rencontrer sur une île les Maximonstres. Par impertinence, charisme et don de la rhétorique et du conte, Max devient le roi des monstres. Des fêtes épouvantables se suivent, des défilés et des batailles. A chaque fois ce sont des promesses de roi, des solutions pour gérer les crises, pour trouver le bonheur... faire ce que l'on veut. La promiscuité est charnelle entre chatouilles, chahut et jeux spontanés.
Chaque monstre a son caractère bien trempé et relève de sacrés comportements d'enfants.
Carol parait ressemblé le plus à Max mais chacun, en fait, marque une exagération de toutes ses angoisses et agitations enfantines.

Et Katerine semble la plus adulte, sur la réserve, cherchant à s'éloigner de ce monde un peu enfantin... mais est-ce si vrai. Ils sont tous dangereux, souhaitent souvent manger Max et même si le ventre de Katerine est comme un bol de céréales à manger avec un pouce-cuillère, l'angoisse est là.
Les passions sont extrêmes entre jalousie et naïveté. Des conflits arrivent, des désillusions... Est-ce faire ce que l'on veut qui apporte le bonheur, est-ce seulement être ensemble, est-ce se comporter en enfant?

Ce livre apporte de nombreuses réflexions sur l'enfance, cette illusion du bonheur, du tout permis. Un conte initiatique vers une meilleure compréhension de l'enfance, vers une meilleure appréhension de leur envie de démiurge. A dévorer!



"Alexander regardait Max comme si le garçon était devenu fou. "Tu crois réellement que tu as ravagé notre île? Tu te crois donc si puissant ? Tu penses que le bonheur ou le malheur des gens ne dépend que de toi?"
"Leurs cris montèrent au ciel et s'entortillèrent l'un à l'autre jusqu'à ne plus faire qu'un, après quoi les autres bêtes se joignirent à eux, et de ce chœur créa une plainte sauvage d'abandon , de colère et d'amour. Ils hurlèrent jusqu'à ce que Max, trop loin à l'horizon, ait disparu à jamais."

Voici trouverez ici une belle approche du livre avec Lily et une belle critique du film, acerbe mais assez pertinente tout de même. Il va sans dire que j'ai aussi beaucoup apprécier le film.

The little red fish

* Taeeun YOO, en attendant que ses livres sortent en français, son site (source de l'illustration) est ici, son blog .

mercredi 25 août 2010

Maestro

Ma libraire m'a amenée jusqu'à cet auteur, elle a bien fait. "Maestro" de Xavier-Laurent PETIT m'avait offert un très beau moment de lecture.
Nous suivons des gamins de rue d'une ville touristique de Bolivie et plus particulièrement Saturnino, sa petite sœur Luzia et Patte-folle. Ils vivent des menus métiers de rue comme cireurs de chaussures et grappillent ici et là de quoi se nourrir. La vie n'est pas facile et les touristes profitent... pour survivre il ne leur est pas rare de devoir aussi voler.
Le dictateur fait place net avec sa milice sans considérer le peuple. Un jour, Saturnino est pris en flagrant délit de vol auprès d'une belle jeune touriste. Un milicien arrive et souhaite l'enfermer (ou pire). "Si tu sais ce que va faire un macaco, tu en sais plus que lui". Un vieil homme très élégant, Romero, prend parti pour le pilluelo (gamin des rues). Il propose à Saturnino de venir le voir le lendemain et d'emmener ses copains et sa petite sœur.
C'est le départ d'un nouvel espoir dans ce climat politique tyrannique et cette misère, encore faut-il que le monsieur ne soit pas un cazadore (touriste sexuel). Le rendez-vous est à l'école de musique.

Bien-sûr le livre parle de l'atmosphère oppressive de la rue, de la ville, de la misère, de la politique, de la situation d'orphelin, mais c'est encore plus l'espace de liberté, d'émotion écoutée, d'attention, de partage, qu'est l'école de musique qui m'a le plus embarquée.
Cet apprentissage de la musique est un réapprentissage de la confiance. Romero est un Maestro (chef d'orchestre), revenu en fin de parcours dans son pays. Sa pédagogie musicale est fabuleuse. Le premier contact avec la musique est auditive mais aussi tactile et émotionnelle : les enfants sont invités à poser leur oreille sur le caisson d'un violoncelle. "Ils jouaient un truc inimaginable, un énorme morceau de gaieté dans lequel chacun pouvait mordre comme dans un gâteau. Rien qu'à l'écouter, j'avais envie de galoper, de sauter, de danser, de crier..." dit Saturnino de la "Marche de Radetsky" de Johann Strauss. Les enfants se mettent aux instruments, la partition sous les yeux juste pour se l'approprier sans apprendre pourtant le solfège. Et puis une fois que chaque instrument connait son morceaux, le Maestro propose un concert privé...

L'école est un repère, un espace privilégié. Un espace atteignable aussi par le dehors même si les enfants y viennent pour la musique en laissant le reste à l'extérieur. C'est un espace où ils grandissent, se trouvent un peu, sont accompagnés... une première approche des changements dans une vie entre l'enfant et l'adulte qu'il deviendra.

Un roman à recommander! "Ce que j'aime en musique, on peut recommencer des milliers de fois comme si c'était neuf."

Un autre livre parle aussi d'une pédagogie de la musique de manière très tentante, "Totto-chan, la petite fille à la fenêtre" de Tetsuko KUROYANAGI dont je parle là, une approche de la pédagogie JAQUES-DALCROZE dont je vous parle ici. Et puis pour le plaisir d'écouter le morceau préféré de Patte-folle "La Marche de Radetsky" de Johann Strauss.

JOHANN STRAUSS "La marche de Radetzky"
envoyé par Ultra_White_Forever. - Regardez la dernière sélection musicale.

mardi 24 août 2010

Skellig

Je connais David ALMOND par son livre magnifique "Le sauvage" illustré par Dave McKEAN. Je m'attendais à de la finesse du propos dans "Skellig". Je n'ai pas été déçue même si la part fantastique est un peu plus présente dans ce roman là.
Mickaël a déménagé avec sa famille dans une nouvelle maison anciennement habitée par un vieux monsieur. Tout est à refaire, la maison, le jardin et aussi la garage. C'est aussi une étape de vie, la famille s'est agrandie, une petite sœur est arrivée, elle n'a pas encore de nom et se bat pour vivre. La maman est souvent avec elle à l'hôpital et le papa bricole pour que la maison soit prête pour leur retour. Le jeune garçon n'a aucune envie d'être là, dans cette maison en ruine et ce garage qui tombe en miettes. Il lui est défendu d'aller le visiter d'ailleurs mais l'envie est trop forte: dans les décombres, les débris, les toiles d'araignées, il découvre une ombre, un homme, décharné, peut-être mort ou mourant, blanc, qui gobe les mouches.
Il faut que cet habitant parte, tout va s'écrouler sur lui et le garage va être refait. Mickaël veut l'aider... mais qui est-il? Qu'est-il? Il trouvera en sa jeune voisine, Mina, une alliée de choix.
"- [...] Moi, je suis malade comme un chien.
Elle lui effleure les mains. Elle remonte les manches crasseuses pour palper les poignets enflés. Elle murmure:

- Calcifiés. L'os durcit comme de la pierre. Le corps entier se change en pierre.
Il glousse.

- Pas aussi sotte qu'elle en a l'air.
- En même temps, reprend Mina, l'esprit aussi durcit. Il arrête de penser, d'imaginer. Il devient comme de l'os. Ce n'est plus un esprit. C'est un bloc d'os dans une coque de pierre. C'est l'ossification."

Derrière cet étrange personnage se faufile des thèmes comme la mortalité, la vieillesse mais aussi la naissance et les accidents ou la fragilité de la vie. La relation frère/sœur est aussi à ses débuts, entre jalousie, émotion et envie d'être le sauveur.

Et puis comment ne pas être sensible à la pédagogie. Mickaël est scolarisé. Il est accompagné par ses copains, joue au foot et, en cours, réponds à des questions fermées et est très dirigé. Mina, elle, fait l'école à la maison, avec sa maman. Elle est souvent perchée dans un arbre de son jardin, ou sur une couverture au pied de l'arbre, elle dessine, peins, écrit son journal, modèle et observe, écoute la nature.
"- Tu fais des sciences nat ?
Elle rit.
- Tu vois comme l'école t'enferme! Des sciences nat, pas du tout. Je dessine, je peins, je regarde, je lis. Je sens le soleil et l'air sur ma peau. J'écoute le merle. Je m'ouvre l'esprit. L'école, tu parles!
Elle saisit un livre sur sa couverture, l'ouvre et me dit:
- Écoute.
Elle s'assied bien droit, toussote pour s'éclaircir la voix et lit:

Mais aller à l'école par un matin d'été,

Oh! Voilà qui tue toute joie;
Par un œil cruel harcelés,
Les petits passent la journée
A soupirer de désarroi.

Elle referme le livre.
- William Blake. Encore. Tu as entendu parler de lui, au moins?
- Non.
- Il était peintre. Graveur, aussi. Et il écrivait des poèmes, en plus. Les trois-quarts du temps, il ne portait pas de vêtements. Il voyait des anges dans son jardin."

Les notions d'ornithologie ponctuent le texte, lui donne une ligne et une ampleur. Skellig ressemble un peu à l'un d'eux, peut-être, et puis les omoplates sont là, signes d'anciennes ou futures ailes humaines.
Les rêves de Mickaël suivent la réalité de sa vie et s'entremêlent avec la vie des oiseaux, sa petite sœur comme l'un d'entre eux. Le livre ouvre la voie sur d'autres choses encore.

Une petite merveille! Et puis je suis tellement d'accord avec beaucoup de propos sur l'enseignement et la découverte de William BLAKE cité souvent est d'un bonheur constant. Pour le plaisir, je vous laisse la représentation de Perséphone de Dante Gabriel ROSSETTI... personnage secondaire du récit, ramenant l'énergie après l'hiver.
Lily vous propose un très beau billet tout aussi mystérieux.

vendredi 20 août 2010

Jean-Henri Fabre, les Enfants de l'été

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

« Jean-Henri Fabre, Les enfants de l’été » de Margaret J.ANDERSON et illustré par Marie LE GLATIN KEIS est une lecture d’été pour jeunes amoureux des insectes.

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

Paul est un des derniers fils de l’entomologiste célèbre et le suit dans ses observations des insectes."La plupart des entomologistes étudient les insectes morts, sur épingles. Père, non, il est curieux de connaître les insectes vivants. Les insectes naissent en sachant faire beaucoup de choses astucieuses grâce à leur instinct naturel. Certains ont le savoir-faire du chirurgien, d'autres celui d'un ingénieur. Père est toujours subjugué par ce que savent faire les insectes. Il est aussi surpris de la stupidité dont ils peuvent faire preuve. Pour en savoir plus sur l'instinct, Père joue souvent des tours à ses insectes. Il appelle ses tours "des expériences".
La lecture est très simple. Son format de petits chapitres chacun consacré à une petite bête le prédestine à des lectures du soir. A chaque fois, ce sont des détails d'entomologie sortis des écrits de Mr FABRE, "Souvenirs entomologiques", des souvenirs de famille et une écriture enjouée.
Le plus enthousiasmant reste cette observation du vivant. L'entomologiste et ses enfants cherchent dans la nature, se plient aussi à un emploi du temps dicté par les observations extérieures. Les insectes décrits deviennent moins étrangers et les expériences offrent vraiment une interaction et une approche plus passionnelle. Elles montrent en quoi l'instinct est un élément primordial chez les insectes les élevant à des spécificités, des ingéniosités et aussi des manquements.
Les guêpes architectes, reines de la physique et de la géométrie, les coléoptères enfouissant les dépouilles pour les manger, les efforts épuisants des balanins éléphants et de leur longue "trompe", les chemins des chenilles processionnaires du pin et des fourmis, le bousier et la cigale. J'aurais aimé encore plus, de ces anecdotes, de ces expériences, de ces partages... de la pédagogie, de la passion et beaucoup, beaucoup de curiosité.

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

Les illustrations de Marie LE GLATIN KEIS sont présentes mais pas aussi souvent que j'aurais aimé, elles ne prennent qu'un détail et j'aurais été partante pour plus d'explication presque scientifique... elles ne sont que des illustrations du texte mais cela permet d'en faire un vrai livre pour enfants.

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

Et dire que les japonais sont fascinés plus que nous par cet entomologiste... une curiosité à réapprendre... j'en parle un peu là à notre niveau.

Pour vous faire une idée des "Souvenirs entomologistes", c'est ici.

samedi 7 août 2010

Je suis né un jour bleu


Dans "Je suis né un jour bleu, à l'intérieur du cerveau extraordinaire d'un savant autiste" de Daniel TAMMET, l'auteur déroule son histoire personnelle, de la petite enfance, au passage à l'école, l'adolescence et les premiers émois jusqu'à l'âge adulte, la voie vers une autonomie et une équilibre. Rien que cela c'est déjà fabuleux. Parce que bien-sûr Daniel TAMMET est atteint du spectre autistique et plus particulièrement du syndrome savant et que rarement les personnes atteintes arrivent à expliquer aux autres comment elles conçoivent le monde. Ainsi c'est tout une manière de pensée qui nous est offerte et aussi des conseils pour aider aux mieux ceux qui ont les mêmes "difficultés".

Chaque étape de vie est reprise sans impudeur, avec de la fraicheur et surtout cette lecture comportementale.
La naissance et ses premières années de vie où la sensibilité anormale aux stimulations et aux informations sensorielles le rend angoissé. Les pleurs dits de colique prennent une autre explication là: des réactions aux douleurs neurologiques. Et l'allaitement est avancé comme une aide pour les bébés autistes à développer des émotions rassurantes.
La première intégration dans un autre environnement que familial: celui de la crèche et des écoles. Il ne porte aucun intérêt aux autres enfants, seuls les chiffres, les nombres forment son environnement et les manuels de mathématiques se succèdent. Daniel ne comprend pas les métaphores, les expressions faciales, les conventions de discussion, il se choque aussi à l'espace de proximité, espace à ne pas franchir. "Écouter les autres n'est pas facile pour moi. Quand quelqu'un me parle, j'ai souvent le sentiment d'être en train de chercher une station de radio, et une grande partie du discours entre et sort de ma tête comme des parasites." Quelle est belle d'ailleurs cette image "j'allais leur toucher le cou avec mon index parce que j'aimais cette sensation chaude et rassurante."
Il ne se sent pas différent, puis cette impression arrive, c'est le début de la solitude et de la recherche des premiers amis. Avant il n'en avait pas conscience, entouré qu'il était de sa famille mais aussi des nombres, des calculs permettant de reprendre pied lors d'une angoisse. Ses ressentis sont aussi différents des autres, les cours mais aussi les films le laissent très émotifs. Pour s'adapter à sa "différence" sans être embêter, il a regardé les arbres pour se sentir disparaitre derrière leur verticalité et s'est créer son premier ami virtuel, une adulte avec une conversation d'adulte.

Daniel TAMMET offre tout le parcours de sa vie et certains passages sont "rassurants". Il a été entouré, diagnostiqué, préservé et aussi les personnes qu'il a rencontré lui ont offert un retour assez magnifique.
Il nous parle du quotidien de la famille, de ses parents et frères et sœurs, dans cette organisation, ses comportements demandant aménagement. La cohabitation difficile et les règles demandant des efforts à chacun, de son insensibilité au danger ou son incapacité à appeler à l'aide. Il ne nous épargne aucune angoisse et nous énonce les astuces trouvées: l'isolation dans sa chambre, les jeux communs alliant le dénombrement, l'ordre et les chiffres, par exemple.
Le premier amour est aussi une étape clef de son histoire. Et quel plaisir qu'elle se soit passée dans le respect: son homosexualité a été énoncé comme une évidence, pas un choix. Et son premier sujet d'amour a refusé en lui parlant avec sincérité sans fuite ni colère.
L'autisme provoque de nombreuses difficultés pour la vie de tous les jours. La question de l'autonomie, de la vie de couple, du travail. Daniel, n'étant jamais parti de chez lui et étant autonome juste dans la maison parentale, part en Lituanie 1 an pour son premier travail. Sachant que toute nouveauté dans le quotidien offre une angoisse, ce défi de vie montre toute la capacité et la volonté de Daniel.
L'auteur offre aussi l'après, ce début d'autonomie à long terme, sa vie de couple et ses ambitions.

Le livre présente en effet l'autisme asperger savant dans tout son diagnostique et ses études. Il ne s'agit pas d'une vulgarisation sur l'autisme mais plus une présentation scientifique de son esprit mathématique avec de nombreux exemples. Daniel TAMMET est atteint de synesthésie et a souffert d'épilepsie dans son enfance. Son cerveau offre des potentialités autres.
Il nous présente les tests, les expériences mathématiques sur les nombres premiers mais aussi sa vision des chiffres, comme des paysages numériques.
L'autisme et son mode opératoire semble plus abordable comme cette sensibilité aux détails quand nous avons une vue d'ensemble:
"Un tiens
vaut mieux que deux tu
tu l'auras
En lisant rapidement on ne remarque pas le second "tu" superflu."
Daniel TAMMET nous livre son ressentis face aux défis présentés par les scientifiques et analyse ses compétences et ses efforts. Énoncer 22 514 décimales du chiffre Pi dont voici le paysage, la forme spatiale et géométrique, la couleur peinte par l'auteur.

Ou apprendre une langue étrangère très compliquée, l'islandais, en une semaine. Cela vient après ces premières approches des langues en cours, en famille, entre amis ou lors de son séjour en Lutuanie. La synesthésie joue aussi sur les mots en leur offrant une couleur et une texture. Daniel TAMMET offre alors une description des langues, du langage et ses lien entre modèles visuels et structure phonétique, prouvant une certaine synesthésie latente de la langue: choisissez de ces formes laquelle peut s'appeler kiki et laquelle bouba... statistiquement chacun sera d'accord que le côté piquant phonétique renvoie aux piquants de la forme.
L'auteur offre aussi une ouverture sur les autres langues, réelles ou imaginaires, avec des ponts entre chaque. Des découvertes comme l'imaginaire espéranto ou le mänti (inventé par Daniel TAMMET).

Alors oui c'est une biographie, un essai scientifique sur l'autisme, la synesthésie, l'épilepsie et le syndrome savant mais c'est aussi un livre remarquable. Il est bien écrit, plein d'humour, de sagesse et de foi en l'homme. Il n'y a aucune indélicatesse et en plus de toutes ces références, d'autres s'égrènent au fil des pages, comme celles littéraires sur un contexte épileptiques des écrits de DOSTOIEVSKY et de Lewis CARROLL.

Daniel TAMMET a aussi été un cobaye scientifique, "volontaire", et pourtant il offre avec générosité son ressenti, ses émotions, son hypersensibilité aux sensations physiques et de quoi mieux le comprendre. Il est le sujet d'un documentaire que vous pouvez voir là. Son second livre propose même une explication plus aboutie des capacités du cerveau (de son cerveau) et des clefs pour améliorer les capacités du notre.

Ici vous trouverez un petit texte très incitant.
Rajout du 03/04/12: Et pour une bibliographie plus importante sur le sujet de l'autisme, vous pouvez suivre ce lien et mes réflexions sur le sujet.