vendredi 19 mars 2010

Le pitou

Pour le Noel de l’année dernière, je cherchais une histoire un peu en dehors de celles du Père Noël mais le faisant intervenir. C’est comme ça que je suis arrivée à ce livre : « Le pitou » de Mickaël ESCOFFIER et illustré Clément LEFEVRE.

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse

Ce petit pingouin est à la recherche de son jouet, son pitou. Il demande à la baleine puis à l’ours blanc, avec un peu d’appréhension tout de même. L’ours blanc lui fait la morale et lui parle de chaine alimentaire et de ne pas déranger les adultes et pire les personnes qu’il ne connait pas. Pour s’en débarrasser il lui indique où trouver le Père Noël ! Ce pingouin bien naïf qui croit tout ce qu’on lui dit va retrouver un pitou. Est-ce celui offert en remplacement par le Père Noël ? Ce totoro par exemple ?

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse

L’histoire apporte une touche de fantastique dans ces comportements d’adulte : ne pas être déranger, dire n’importe quoi pour être tranquille ou vouloir faire plaisir sans vraiment savoir ce que l’enfant attend. Et puis le retournement de situation est adoré par chez nous. Cela permet de faire passer la précaution : prendre soin de ne pas côtoyer un adulte étranger en riant.

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse

En plus le livre, grand format et papier épais fait la part belle aux illustrations de Clément LEFEVRE. Une topographie particulière et des pages pleines sans parole juste pour se fondre dans le décor. Ce travail au pastel laisse beaucoup de place aux textures, de plume,s de poils, de peaux, de moustaches mais aussi de vent, de neige. Il nous offre aussi une très belle représentation de ce Père Noël et de son chariot tiré par les rennes.

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse
6/24

La colère de Banshee

« La colère de Banshee » de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA m’avait fait de l’œil avec sa couverture aux reflets d’or mais ce sont les mots de Mirontaine qui ont fait le reste.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Je l’ai acheté et le lis avec beaucoup de plaisir (et de théâtralité) à notre loupiot. Il faut bien le dire, quelques crises sont survenues dernièrement. Des sentiments très forts l’empoignent tout entier et il ne sait pas encore comment contrôler l’absence des êtres aimés. Les colères sont alors très très violentes.

Banshee est une enfant princesse : cheveux dorés, yeux étincelles, robe miroitante. Elle est en colère et ne supporte pas de voir le monde autour d’elle ne pas en être ému. D’une démarche électrique, au sens propre carbonisante, elle va ordonner aux éléments de se déchainer. Le temps calme ne dure pas, le vent devient tempête, la mer houleuse fait peur aux marins experts de la mer, le requin est obligé de se sauver aussi. Mais quelle est la raison de la colère de Banshee ?

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Outre cette anecdote, j’ai beaucoup aimé les éléments naturels qui prennent de l’ampleur, de la puissance, devenant source de frayeur. Et que dire de cette enfant qui ne conçoit pas être extérieur au monde, pas en son centre.
L’émotion, elle aussi, est très bien amenée. Une émotion si forte, si oppressante, si englobante, qu’il faut le crier au monde entier. Une banshee, sorcière, n’a pas la convenance de société de se murer dans le silence, le défoulement est visible et aux proportions extraordinaires. La petite a peut-être exagéré mais comment vraiment se rendre compte des frustrations d’un enfant…

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Les illustrations de David SALA sont magnifiques. Effectivement les fonds ressemblent à du Gustav KLIMT comme l’indiquait Mirontaine. J’ai cru y voir aussi une sorte de préraphaélisme dans la peinture de ces deux femmes, la fille et sa mère. Et puis, mais est-ce vraiment cela, un peu de John BAUER dont je montrais là quelques illustrations et que l'on peut retrouver sur ce blog aussi en cherchant par son nom… une enfant blonde dans une nature haute et sauvage, marchant, se précipitant.
Les couleurs sont très belles et ces effets dorés offrent vraiment un plus, féérique, enfin de sorcière, quoi !

Bauchette a aussi beaucoup apprécié et vous offre un très beau billet là
5/24

jeudi 18 mars 2010

Curious Georges


*source Hans Augusto REY et Margret REY

Le maître de tout

J’achète beaucoup, beaucoup, de livres jeunesse. Pour l'imaginaire, l'émotion, les apprentissages.
J’ai des coups de cœur aussi. Des coups de cœur d’adulte, des coups de cœur de sensibilité, des coups de cœur pour un « objet » complet, un livre que je crois indémodable. « Le maître de tout » de Baert MOEYAERT et illustré par Katrien MATTHYS fait parti de ceux-là.

©Baert MOEYAERT et Katrien MATTHYS/ Du Rouergue


Je l’ai acheté pour deux raisons infimes mais suffisantes. C’est un livre à lire à la lampe de poche, fait de noir et blanc fluo (vous savez ce blanc jaune fluorescent), il propose des histoires en plein jour et des histoires la nuit. Et ce chat taquin ressemble tellement à mon imaginaire du chat du Chester rencontré par Alice dans l’œuvre de Lewis CARROLL. Non, non il ne sourit pas, il n’a pas ses yeux ronds mais la « perfidie » enfantine y est.
Je l’ai lu et relu pour encore d’autres raisons.

©Baert MOEYAERT et Katrien MATTHYS/ Du Rouergue

Le chat, petit solitaire, empêcheur de tourner en rond, nargue un chien tenu en laisse à un arbre. Il va le titiller et mettre ses valeurs à mal : être attaché et attendre.
« - Mais la situation n’est-elle pas différente cette fois ? lui demande le chat.
- Non, répond le chien. Tu ne crois pas ?
- Aucune idée, dit le chat. Attendre, c’est attendre, mais cette fois, ce n’est pas pareil. Ici, tu ne peux pas changer de position comme tu veux, la corde est trop courte. Tu sens la différence ?
- Que veux-tu dire ? demande le chien.Il arrête un moment de haleter, une pensée surgit dans sa tête avant de disparaître immédiatement ; néanmoins, il en est tout décontenancé. C’est la première fois qu’une idée surgit dans sa tête pour aussitôt disparaître. »
Le chenapan va aussi pérorer devant d’autres animaux de son entourage pour connaître leur position sur la liberté. Trois personnages en plus du héros, le chat, reviennent au cours de ces petites histoires qui peuvent se lire à la suite, celles de jours suivies de celles de nuit, une de jour suivie d’une de nuit ou complètement indépendamment : le chien, la chouette et le renard. Avec les 14 fables, le jour ou la nuit, nous voyons défiler les journées, les manières d’être, les dépendances et les caractères.

Le chien hurle à la mort attaché à un arbre et attend, naïvement, que son maître vienne le chercher : sa dépendance, son manque d’initiative ou même d’instinct de survie. Il a prôné le maître de tout, son maître, à la place d’un dieu. Le renard, rusé, est pris au piège de la réflexion : qu’est-ce qui le distingue du chat ou du chien ? La chouette taquinée devient taquine.

©Baert MOEYAERT et Katrien MATTHYS/ Du Rouergue

Les souris sont désespérées d’être au menu du chasseur. La liberté du papillon est de se perdre, de tourner en rond, de ne jamais aller en ligne droite. Les lucioles au besoin d’attraction. Le coq et la poule idiots.
Le chat est en fait piqué au vif. Qui donc est le maître de tout ? N’est-il pas son propre maître ?

©Baert MOEYAERT et Katrien MATTHYS/ Du Rouergue

Ce bestiaire propose les travers des animaux, des hommes : le narcissisme, la dépendance, l’envie d’originalité, la liberté au détriment de celle des autres etc.

Les illustrations de Katrien MATTHYS sont extrêmement stylisées. Le jour, les ombres chinoises sont impeccables d’attitude, de « férocité », les images sont presque épurées. La nuit, les ombres prennent des dimensions importantes, déformations, hallucinations. Les traits typiques de chaque animal deviennent une cicatrice, un squelette, la nuit… Impressionnant, stupéfiant.
Ainsi les enfants, accompagnés dans leur lecture pour le plus jeune âge, se confrontent à la peur du noir, aux ombres grimaçantes. La « technique de lecture » à la lampe de poche augmente cet aspect. Il est juste à déplorer que les rabats et les petits papiers de soie pour ne pas abimer la texture fluorescente des pages intérieur (de nuit) rendent le tournage des pages difficile.

4/24

mardi 16 mars 2010

Billy se bile

©Anthony BROWNE/ L’école des loisirs

Je ne suis pas arrivée toute seule vers les écrits d’Anthony BROWNE. Ses illustrations ne me parlent pas. J’ai même eu du mal à ouvrir quelques pages pour regarder si le texte me plaisait. Mais il s’avère que ce livre « Billy se bile » de BROWNE donc est une très belle proposition, une très belle manière d’entrevoir des solutions aux cauchemars, soucis et frayeurs d’enfants.


Billy est un garçon à l’imagination débordante : tout élément peut devenir agressif et venir lui faire peur au moment du coucher, chapeaux, nuages, oiseaux. Son papa et sa maman viennent le rassurer, c’est ton imagination, nous sommes là. Mais comment faire quand il lui faut dormir chez sa grand-mère ? En dehors du fait que même les adultes peuvent avoir peur des oiseaux d’Hitchcock et du tableau qui m’interpelle tant de cet homme sur la falaise : Moriarty face à Holmes ou Rouletabille ? (Caspard David Friedrich "Voyageur contemplant une mer de nuages", merci Evelyne !)

©Anthony BROWNE/ L’école des loisirs

La grand-mère va alors lui offrir des poupées-tracas pour lui permettre de se débarrasser d’un souci par poupée… cela va marcher jusqu’à…©Anthony BROWNE/ L’école des loisirs

J’aime beaucoup cette légende guatemaltaise : ces poupées de chiffon qui prennent à leur compte nos soucis, se déposent sous l’oreiller pour que les soucis n’encombrent plus notre tête pendant le sommeil. J’aime énormément aussi cette participation des enfants, qui les fabriquent pour leur propre utilisation. Bouts de bois, chiffons, tissus, et voilà de la créativité utilisée pour passer des étapes de l’enfance.

Participation spontanée au Challenge "Je lis aussi des albums (jeunesse)!" 3/24

Mais qu'est-il donc ?


*source Hans ARNOLD

dimanche 14 mars 2010

A Fairy Shepherd

*John BAUER

Lundi

©Anne HERBAUTS/Casterman

« Lundi » d’Anne HERBAUTS est un superbe livre très poétique. Lundi est un pingouin, il a ses activités prenantes mais pense aux jours de la semaine constamment. Ses amis sont une théière et « deux mains », chaque personnage est et fonctionne comme son propre nom… un lundi, une théière pour faire le thé et un ami pour se serrer la main.

©Anne HERBAUTS/Casterman

Grâce à Lundi nous rencontrons les saisons/ personnages, le printemps pour rire et s’étirer, l’été d’odeurs et de couleurs, l’automne pour s’envoler et l’hiver où tout s’immobilise. Au fil des saisons, Lundi se sent si petit, il en vient à disparaitre. Ses amis vont le chercher.
Les illustrations d’Anne HERBAUTS sont très poétiques, comme des crayonnés d’enfant pour le fond, des aplats de couleurs et énormément d’effets de graphisme et de typologie : papier gaufré, page blanche, effets de couleurs.

©Anne HERBAUTS/Casterman

Cette histoire est très poétique et capte l’attention pour nos petits un peu plus grands. L’histoire n’est qu’un prétexte aux sensations. Une très belle lecture après la compréhension de la temporalité : des saisons et de la semaine. De quoi aussi faire la différence entre un nom, une fonctionnalité et une façon d’être : nous ne sommes pas que ce que nous faisons.


Challenge "Je lis aussi des albums (jeunesse)" 2/24

samedi 13 mars 2010

Coeur de maman


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©Isabel MARTINS et Bernardo CARVALHO/éditions Notari


J'ai récidivé avec un autre livre de ce duo pour les mêmes raisons, ce côté graphique et une poésie de situation, cette fois-ci tourné vers la maman et avec un peu plus de texte. "Cœur de maman" d'Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO émerveille encore. Le duo défile le fil entre la maman et son enfant: "Le coeur d'une maman, ce n'est pas simplement un muscle qui bat sans arrêt. C'est un lieu magique dans lequel se produisent les choses les plus extraordinaires."

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©Isabel MARTINS et Bernardo CARVALHO/éditions Notari

Le cœur d'une maman quand l'enfant est malade, quand il se perd dans la foule, en vacances. Ce ne sont que petits instants de poésie qui délimitent bien les émotions vécues. L'amour filial y est décrit avec pudeur, le retour des enfants aussi (dans leur absence ou leur reconnaissance). Et l'amour grandit à chaque enfant sans rétrécir.


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©Isabel MARTINS et Bernardo CARVALHO/éditions Notari

Le texte plus fourni d'Isabel MARTINS touche juste (même si certaines pages me semblent un peu pesantes pour l'enfant devenu adulte), les illustrations de Bernardo CARVALHO elles sont toujours aussi graphiques.