et à voix haute s'il vous plait !
... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
C’est vrai qu’en plus je suis assez japonisante, que j’aimerais énormément une ou deux kokeshi supplémentaires à la maison. Mes deux miennes, Kimidoll, sont assez design et mon couple convoité bien loin.
Ici c’est un soupçon de Japon qui est offert. Pas d’histoire mais une sorte de recherche à la « Où est-il ? ». Il nous faut retrouver avec l’aide des motifs de ses tissus si particuliers de kimonos. Retrouver les lieux, les personnages, les habits, en apercevant l’école,
le logement, les habits traditionnels (kimonos, gokuku/étoffe, obi/ceinture, sen’su/éventail et yutaka/kimonos d’intérieur) et toutes les petites choses kawai (les coiffures, les accessoires pour les cheveux ou les animaux imaginaires de compagnie).
Un vrai bonheur de détails, de motifs, de fond, de styles et de belles interactivités : soulever des volets, changer de page pour trouver la réponse etc. En plus de ce côté un peu mode, la traduction japonaise est aussi présente pour certains mots bien réclamées par les françaises.
Je ne peux que vous inviter à lire ce qu’en dit Lily qui m’a prêtée son exemplaire, c’est une série sous la même influence kokeshi, à lire et à offrir aux princesses avec ou sans couronne. Merci encore Lily.
En très bonne compagnie, au rayon jeunesse, nous avons craqué l’une et l’autre sur deux livres différents. J’avais vu une couverture, lu la quatrième de couverture, et pris l’exemplaire sûr d’y trouver mon compte.
« Le sauvage » de David ALMOND, illustré par Dave McKEAN est un coup de fouet, un coup de hache, un coup de cœur. Le propos est dur (mais pas tant), l’illustration extrême mais il faut oser lire page après page.
Blue est un garçon qui vient de perdre son père d’un arrêt cardiaque. La psychologue scolaire demande alors à l’enfant d’écrire ce qu’il ressent face à ce deuil. Rien ne sort, ni par la bouche ni par la main. Blue est dans une famille à la sensibilité sans faille. Ses parents l’aident, le soutiennent, lui apportent réconfort et amour. La mère, restée seule, est toujours aussi présente et attentionnée.
Mais les mots ne viennent pas pour décrire cette horreur, cette « p. d’horreur ». Un jour, Blue se met à écrire une histoire (quelques morceaux présents avec l’orthographe et la grammaire d’origine). Pas de celles qui n’ont aucun lien avec la réalité, trop mièvres : « Moi, ce que je voulais, c’était du sang, des tripes et de l’aventure, et c’est ce que j’avais imaginé. » Le sauvage nait de sa plume, un enfant vivant dans les bois, de rapines, de liberté, de meurtres. Et grâce à cette histoire qui prend vie, Blue exprime son agressivité, sa haine, son envie d’être ailleurs.
Il est question de cette communication qui peut péricliter même dans une famille extrêmement attentive. Un enfant qui ne sait plus dire ou qui ne veut plus pour ne pas surcharger de peine
C’est aussi un livre sur l’agressivité des enfants. Agressivité « ordinaire » d’un petit tyran d’école ou agressivité meurtrière, de survie, de haine contre la vie et les hommes. J’ai beaucoup aimé ce regard sur l’agressivité comme une inadaptation, une faiblesse, une jalousie. J’ai aimé cette autre pour ce que l’enfant a en lui sans jamais pouvoir assouvir sa haine, sa violence, pour contrecarrer celle qui vient de la vie, celle qui peut venir des adultes (même si ce n’est pas le sujet du livre).
Le deuil est aussi, bien sûr, au centre du livre. Et avec nuances, nuance des souvenirs, présents et nombreux auxquels on peut se raccrocher, si infimes qu’ils ne seront pas une frustration. Ce deuil de l’entre-deux, d’un enfant, qui a profité de son père mais pas assez pour savoir ce qui aurait pu advenir. Ce travail de deuil, comme une reprise au goût de la vie, aux petits bonheurs. Le sauvage va découvrir la dualité des hommes et l’intérêt de certains. Un bonheur comme de la joie, un pique-nique et de la danse. Le langage a aussi beaucoup de place, avec les poèmes : « Bien sûr, le sauvage n’avait pas de mots, il bredouillait, grondait ou haletait, il ne connaissait rien aux mots. Comment il aurait pu ? Pourtant il commençait à apprendre.» Et puis enfin ce transfert, cette voix extérieure lors d’une lecture à voix haute, qui permet de dire ce que nous avons au fond de nous. Une offrande à la famille.
Et que dire des illustrations de Dave McKEAN. Il reste fidèle à lui-même. J’ai de lui de nombreux artbooks en anglais reprenant ces petits tiroirs de curiosités, ces montages photographiques, à la fois glauques, pertinents, dérangeants et si interrogateurs. Ces dessins sont aussi « chargés » de double sens adulte. Le sauvage est vraiment cruel, presque métamorphosé en cauchemars. J’avais pris quelques illustrations de cet artiste ici et là. Allez donc voir son site.
Voici un petit livre jeunesse mettant en scène l’esprit de la montagne coréen : « Le tigre aux sourcils blancs » de Lee JIN-SUK et illustré par Baik DAE-SEONG.
J’ai tout de suite adoré la couverture. Ce tigre aux yeux globuleux, aux sourcils théâtraux et ces barbes et sourcils si sages espiègles. Il s’agit de maitre Tigre, esprit de la montagne, âgé de quelques mille ans. Il a le don de se transformer et aussi de lire dans les âmes. D’ailleurs il croque les âmes impures jusqu’à la rencontre d’un cœur pur et alors sa façon de réagir aux dérives comportementaux des hommes devient tout autre.
J’étais interpellée, j’avais envie… et fut un peu déçue. J’aurais aimé un conte initiatique là où il n’y a qu’un début… aider les humains bons. Oui, oui, c’est facile à dire mais c’est simpliste et dans la philosophie et dans la pratique. Mais le lectorat cible demande peut-être ce simplissisme.
J’ai pourtant beaucoup d’affection pour ce livre, un conte coréen superbement mis en couleurs et illustrations (les fonds sont d’une pure beauté). J’ai aimé cette approche autoritaire du gentil tigre, esprit fort et entier, qui apprend encore la sagesse d’une enfant. Et puis j’ai énormément aimé cette manière de visualiser les âmes impures : l’homme voleur devient un sanglier, sauvage comme lui, une femme trop rusée comme un renard etc. La comparaison entre le caractère dévalorisé de l’homme et un animal n’est pas nouvelle mais cet effet de langage permet de regarder les valeurs humaines, notre état animal/homme. Un cœur pur ne serait alors que lumière ( ?!)… un bon début pour réfléchir.
Cette dernière image me rappelle étrangement ce tableau que j’adore depuis l’enfance (la gravure était même arrivée jusque dans ma chambre) : une peinture que je croyais de De Chirico (un fauve dans le ciel où la peau et le ciel étaient intervertis).
"Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver; et la sagesse nous vient des rêves.
Vous me demandez de labourer la terre. Dois-je prendre un couteau et déchirer le sein de ma mère ? Alors, quand je mourrai, elle ne voudra pas me prendre dans son sein pour que j'y repose.
Vous me demandez de creuser pour trouver de la pierre. Dois-je creuser sous sa peau pour m'emparer de ses os ? Alors, quand je mourrai, je ne pourrai plus entrer dans son corps pour renaître.
Vous me demandez de couper l'herbe, d'en faire du foin, de le vendre pour être aussi riche que les hommes blancs. Mais comment oserais-je couper les cheveux de ma mère ?
Smohalla, indien nez percé, fondateur de la religion des rêveurs"
(extrait de "Paroles indiennes, textes indiens d'Amérique du Nord recueillis par Michel PIQUEMAL")
En fouillant dans les quelques livres laissés là par je ne sais qui dans la maison maternel, j’ai trouvé « Les souris de Sansonnet » de Dick KING-SMITH, illustré par Alice DUMAS.
Cette lecture pour enfants est aussi une belle décontraction d’adulte. Sansonnet n’est pas un oiseau mais un chaton tigré, membre d’une lignée de grands chasseurs de souris. Mais Sansonnet est différent. Il aime les souris, une souris en particulier Josépha, son animal de compagnie.
*source de la couverture Pierre-Marie VALAT
« - N’ayez pas peur, dit-il. - Ce n’est pas uniquement pour moi que je vous demande la vie sauve, répondit la souris. Mais, voyez-vous, je suis enceinte. « Quel drôle de nom, pensa Sansonnet. Je ne connais personne qui s’appelle ainsi. » - Enchanté. Moi, je suis Sansonnet. »
Dick KING-SMITH nous invite dans une ferme avec tous ses animaux utilitaires et domestiques. Les chats, le mouton un peu bête, la vache pas finaude et le cochon très intelligent mais si dédaigneux. Sansonnet, pour être le meilleur hôte possible, va multiplier les astuces pour prendre soin de sa souris et de sa multiple progéniture : une cage en forme de baignoire, des sanitaires, la recherche d’un partenaire, les mots de passe, les cachoteries.
Une amitié particulière va se créer entre cette souris et ce chat pas ordinaire mais si attachant avec sa naïveté des choses de la vie… et de la ferme. Une histoire très charmante et pleine d’humour (humour presque adulte) et aussi une leçon de choses. De l’amitié, de la différence et aussi cette liberté des animaux, la domesticité et le reste.
Les dialogues sont très savoureux et presque inoubliables. « - Puis-je vous demander conseil ? Le verrat grogna. - Mais c’est notre petit ignorant ! - Euh… non, en réalité, je suis un chaton, corrigea Sansonnet. Le verrat soupira. - Es-tu sensé ? - Non, Sansonnet ! Le verrat secoua la tête. - Un sansonnet est un oiseau, affirma-t-il. - Nous sommes tous des oiseaux, expliqua Sansonnet. Mon frère [Rossignol], ma sœur [Alouette] et moi-même sommes des oiseaux. »
Les illustrations d’Alice DUMAS, toutes petites au sein même des lignes, offrent une lecture plus enfantine et permettent aussi souvent de comprendre l’humour entre les lignes (des babines ouvertes, de la bave et des mouvements de langue d’un interlocuteur deviennent un renard attablé devant un lapin sur assiette).
Cela permet aussi de se réfugier dans ces petites images te de reprendre le texte au vocabulaire précis et peu enfantin.