dimanche 28 août 2016

Oeuf de mouette - Charlie et la chocolaterie


"Et puis, il a une méthode secrète pour faire de beaux œufs d'oiseaux bleus, tachetés de noir, et si on en prend un dans la bouche, il devient de plus en plus petit jusqu'à ce que, soudain, il ne vous en reste qu'un minuscule bébé oiseau tout rosé, en sucre, perché au bout de la langue."
(extrait de "Charlie et la chocolaterie" de Roald DAHL et illustré par Quentin BLAKE; Folio)

Albums de famille - Equinoxe


"Certaines photos dans ces recueils sont devenues des mystères familiers. Des oncles lointains, des visages aux prénoms oubliés, des gros ventres, des yeux rieurs, des chapeaux, des voitures noires, des jardins. Immobiles. Pour toujours. Des vies transformées en figures abstraites sur du papier. Il lui semble presque impossible d'imaginer ces corps animés de désirs, d'espoirs ou de souffrances. La partie de campagne. L'enfant boudeur sur le tricycle, l'homme adossé au cerisier, la nappe blanche et les bouquets fleuris sur la grande table lui paraissent irréels au point de rendre leur disparition sans importance.
Elle aussi, à son tour, aux yeux de tous, deviennent lentement une image dans l'album du passé. Une mutation irréversible, difficile à admettre, mais c'est bien ainsi que la jeune femme l'avait vue. Enfermée à double tour derrière le masque de sa vieillesse."
(Extrait des "Équinoxe" de Cyril Pedrosa; édition Aire libre)

Skim



"J'ai rêvé que je plongeais mes mains dans ma poitrine pour attraper mon cœur et tacher de la calmer."
("Skim" de Mariko TAMAKI et illustré par Jillian TAMAKI; casterman)

samedi 27 août 2016

Les éditions Notari!

Juste un petit message pour vous inviter à lire l'interview du couple éditeurs Notari. Vous savez à quel point j'aime leurs choix!


Pour qu'ils continuent à fureter, à offrir des mots et des images, une sorte de surréalisme de la beauté... pour enfants et adultes.
Merci à eux.

mardi 16 août 2016

La conspiration d'Anubis



"Accroupi devant la corbeille dont il a retiré le linge, Pharaon ne bouge plus. Le serpent noir est dressé devant lui, prêt à frapper.
- L'uræus d'or me protège, murmure Ramsès.
Il parle au cobra, posément, sans accroc de peur dans le ton. Il lui parle du vent, des nuages de sable qui filent d'une dune à l'autre, du chaud des pierres et de l'ombre salvatrice. Il lui parle du bleu du ciel, pur comme une faïence, et de la montagne thébaïne laquée de silence. Bercé par les mots et la musique de la flûte, l'animal se met à dodeliner de la tête, les yeux fixés sur l'uræus. Un son discordant - la voix de canard de Pentaour - rallume brutalement une étincelle mortelle dans don regard."

(Extrait de "La conspiration d'Anubis" d'Alain SURGET, Auzou édition)

samedi 23 juillet 2016

"La suie des rues" - La maison dans laquelle


" "Quand je parlais de la "suie des rues", qu'est-ce que tu imaginais? Réponds à cette question et je répondrai à la tienne. Tu croyais que j'allais t'emmener à l'Extérieur? Que je m'y baladais le soir, quand j'étais de mauvais poil, et que cette fois, j'avais décidé de te prendre avec moi? Comme ça, tranquille?"
Fumeur attrapa ses cigarettes:
"Ce que je voulais savoir, c'était ce que tu entendais pas la "suie des rues". Qu'est-ce que cette question a de si terrible.
- Ce n'est pas ce que tu as demandé. Ta question était: "On va vraiment dans la rue?"
- Non. J'ai commencé par te demander ce que l'expression signifiait. Mais, admettons, comme tu dis si bien. Pourquoi pinailler autant? Tu avais parfaitement compris ce que je voulais dire!"
Sphinx ébranla de nouveau la corbeille.
"Quand tes questions sont plus stupides que toi, c’est déjà pénible, Fumeur. Mais quand elles sont carrément débiles, c'est insupportable. Elles sont comme le contenu de cette corbeille. Tu n'aimes pas l'odeur qui s'en dégage? Moi, ce qui me débecte, c'est celle qui se dégage des mots vides, des mots morts. Il ne te viendrait jamais à l'idée de me jeter ces mégots au visage, n'est-ce pas? Alors pourquoi ça ne te gêne pas de m'accabler de paroles vides de sens, putrides, sans te demander une seconde si ça m'est agréable ou non? Tu t'en fous complètement en fait."
A ces mots, Fumeur pâlit, et sa cigarette se ramollit entre ses doigts moites.
"Bon sans, je te tape vraiment sur les nerfs... Tu sais, je peux carrément arrêter de te poser des questions, il suffit de le dire.
- Interroge-moi tant que tu veux, mais sur ce que tu ignores." "

(extrait de "La maison dans laquelle" de Mariam PETROSYAN, éditions Monsieur Toussaint Louverture; source photo de Tchernobyl de Gerd Ludwig)

vendredi 8 juillet 2016

Le voyage céleste extatique

© Clément VUILLIER/ 2024

Il s'agit d'un tout petit objet. Pas forcément une bande dessinée d'ailleurs, plutôt un recueil de gravures et ses légendes.
Un petit dialogue entre un initié et un novice. Cosmiel guide Jean dans une découverte d'une autre forme de vérité. Le monde ne serait pas comme il se voit. L'infiniment petit comme l'infiniment grand ne dépendraient pas de la logique connue. Les contractions seraient de mises et le centre ne serait alors que l'immensité. Au centre de la Terre, vessie retournée, il y aurait l'univers, la Lune, le Soleil et Pluton. C'est une remise en question de notre foi dans les sciences vers une ouverture plus cosmique. A bien y relire, je n'ai pas tout saisi, comme s'il s'agissait d'une forme d'initiation métaphysique. Mais est-ce bien nécessaire de tout comprendre?

© Clément VUILLIER/ 2024

Ce serait une version de l’œuvre d'Athanasius Kircher, scientifique jésuite, tournée vers une approche de dieu et de cosmologie. Cet homme est connu aussi pour ses mauvais postulats scientifiques et serait passé à côté de beaucoup de théories.
Les illustrations en noir et blanc sont des paysages de montagnes, de glaciers, de pierres, de vents. Très minéral et lunaire. Vous trouverez une fontaine ou des tuyauteries. Quelques fois des formes géométriques ou bien des mesures. De quoi? Aucune idée. Mais suivre les deux petits personnages en toge dont l'un a les yeux auto-éclairants est un beau parcours dans des perspectives surréalistes.
Le tout donne un exercice de style bien plaisant. De la fantaisie avec un peu de métaphysique.

© Clément VUILLIER/ 2024

Merci aux éditions 2024 et à l'opération Masse critique de Babélio.



Contes du Far West


Il n'est pas tant question de grands espaces, de vent sec, de désert brulant ou de virevoltants mais bien de faux héros. Le Far West de O.HENRY n'est qu'un lieu cristallisant les attentes. Ce sont bien les personnages qui ont le beau rôle.
Un homme veut offrir un Noël aux enfants de sa ville mais sa ville n'en compte aucun. Un autre a fraudé les comptes de sa banque mais pas tant que ça... ou si bien plus. Des amants choisissent l'amour au détriment de la guerre que ce font leur parents. Un altruiste récupère un homme un peu délabré pour le requinquer contre son gré. Un mendiant se retrouve dans la carriole de cow-boys. Un homme souhaite faire le beau pour une belle donzelle. Un autre cow boy aimerait se consacrer à l'art.
Des hommes, pas les plus beaux ni les plus vaillants. Il y a bien un cow boy, un ranchero, un braqueur de banque ou un sherif, ils côtoient leur caricature tout en offrant leur faiblesse. Ils se pourraient être mollassons, ils n'en sont pas moins très humains. La plume d'O.HENRY est belle, sophistiquée même dans la bouche des plus démunis.
O.HENRY est tendre avec les hommes, tendre avec la vie qui pourtant malmène. Il parle de liberté, d'amour, d'amitié par petites bribes en décrivant les moments de vie où l'ironie et la facétie se jouent d'eux, gentillement. Même si la conscience n'est pas toute pure, il est toujours possible de se racheter.
La fin présente toujours un revirement. Oui au fur et à mesure des nouvelles, elle peut être attendue mais elle est si bien amenée que ce serait dommage de s'en priver.

Merci aux éditions Phébus et à l'opération Masse critique de Babelio.
tous les livres sur Babelio.com

dimanche 3 juillet 2016

"Et on se saute dessus. Comme deux chats qui se battent. Jusqu'au sang." - Guadalquivir


"Parce qu'on aurait pu continuer comme ça toute la nuit. Jusqu'au petit matin. A se battre sans fin. Et pas un de nous deux n'aurait abandonné. Parce qu'on le sait maintenant: on est pareils tous les deux. Écorchés l'un et l'autre. Je réalise pourtant que Kenza vient de me sauver la vie. Alors ma main cherche la sienne. Et, comme un signe de paix, nos doigts se mêlent. Et le souffle court, l'un contre l'autre, nos corps se serrent pour se réchauffer. Nos yeux pleurent. De ne pas pouvoir dire ce qu'ils voudraient. Toute la rage qu'on a. Et tout l'amour qu'on a. Tout ce feu, toutes ces flammes qui restent bloqués là, à l'intérieur. Toutes ces braises qui nous déchirent et sur lesquelles on ne peut pas mettre de mots sans saigner. Parce que cette vie fait de nous des animaux, privés de paroles et la bouche pleine de crocs. Des bêtes féroces qui mordent la main qui se tend. Parce qu'on a grandit trop vite avec au milieu de nous un grand vide brûlant. Alors on se serre et on se réchauffe. Et on pleure et on rit. En même temps. Comme le soleil et la pluie."

(extrait de "Guadalquivir" de Stéphane SERVANT, Scripto Gallimard; source photographie Lauren WITHROW)