jeudi 31 mai 2012

Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches

"Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches" de Frédéric CLEMENT est un petit roman de sensualité picturale, sonore, imaginaire et physique.


Mr Zérène du groseillier est demandé auprès de la Marquise Adélaïde des Ailleurs, nouvellement veuve, pour proposer ses talents de portraitiste auprès de la dame et de ses enfants.
"Sur le chemin qui longe la Ciselée, Mademoiselle Louise-Amélie, votre demoiselle, et Charles-Henri, votre petit Monsieur, d'une brindille taquinaient un scarabée, un grand cerf-volant mâle. La scène était jolie, avec les reflets  de la rivière, je n'ai pas pu résister à sortir mes couleurs, et faire cette pochade... à même le dos du cerf-volant... (...)"

De ce pavillon chinois au milieu de la propriété démarre une parenthèse sensitive, enchantée, entre commandes et défi: une mise à l'épreuve du désir.
Piqué au vif et succombant aux charmes de la Marquise pas si farouche, le peintre part en Chine promettant de remplir la petite boite de "grains de beautés" offerte comme contenant des preuves par la désirée.  " De la pointe de son ongle Marquise prend la mouche posée sur sa gorge, à l'orée de la vallée d'Organdi, et glisse la Majestueuse dans la boite bleu, en porte-bonheur, "en talisman de taffetas", chuchote-t-elle. (...)
Votre papillon moucheté s'est recroquevillé en son état de chrysalide. Laide. Feuille sèche. Souche."

Les mouches du désir se succèdent: d'une discrète, encore insoumise, à une effrontée, discrète, voluptueuse, soupirante... Le peintre, au teint vert de gris pendant tout son voyage en bateau, suit un capitaine dans sa tournée. A chaque étape, une contrée exotique et mystérieuse, une île, une crique, à chaque arrêt, un pillage sensuel des pirates. Et pour Zérène, une collection, respectueuse, stupéfaite, succombée, de "grains de beauté" ou mieux encore, de grains de désirs, de pâmoison, de volupté, de jouissance.

La poésie est sur toutes les pages, toutes les lignes. Le texte respire, hume, se moire, transpire, jouit. Les respirations se font langoureuses ou saccadées. Les mots se parent de couleurs, de textures, d'odeurs et même de créativité par les croquis sur le vif d'un peintre épris de sa muse.

Ce conte offre des grains de beauté à foison, en langage d'entomologiste, de botaniste, de peintre... des changements d'états, de textures, de chaleurs, de désirs.
A chaque page, l'abordage des contrées, l'invasion des paysages et la rencontre des créatures fantastiques et merveilleuses ne sont que des explorations de la sensualité humaine, féminine et masculine. Des invasions poétiques du désir charnel et des métaphores impudiques, pourtant tout en pudeur.
Comment ne pas succomber, encore, au talent impressionniste de la volupté et de la jouissance de vie et de mort, de cet amateur de mots. N'hésitez pas à lire le billet de Lily et merci encore à elle pour cette superbe lecture.



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