jeudi 9 mai 2013

Les plantes ont-elles un zizi?

Il y a comme cela des titres un peu provocateurs... Et grand bien leur fasse! J'aime ces documentaires qui donnent à comprendre des savoirs scientifiques en proposant une ouverture humoristique.

© Jeanne FAILEVIC, Véronique PELLISSIER et Cécile GAMBINI/ Actes Sud junior

"Les plantes ont-elles un zizi et autres questions fondamentales sur les végétaux" de Jeanne FAILEVIC, Véronique PELLISSIER et illustré par Cécile GAMBINI est une autre manière d'évoluer dans la botanique.
Chaque chapitre part d'une question particulière, la réponse est alors déclinée en exemples, schémas et références.
Le sexe des fleurs apparait justement non dans la forme ambigüe de l'arum mais dans leur anatomie d'étamine et de pistil. La fécondation et la naissance d'une graine sont explicitées avec schémas mais aussi dessins de la spécificité des pollens et leur mobilité (anémophile, zoophile). Les plantes ne sont plus alors des formes molles "végétatives" mais de vraies stratèges pour attirer les insectes pollinisateurs, pour flouer ou faire alliance.

© Jeanne FAILEVIC, Véronique PELLISSIER et Cécile GAMBINI/ Actes Sud junior

La chaîne alimentaire réapparait avec les plantes comme productrices de matières organiques. Nous découvrons aussi la photosynthèse, fabrication de sucres grâce à la lumière, d'une manière beaucoup plus attrayante avec les bouches de la plante (stomates), la distinction des sèves, brute ou élaborée, mais aussi les racines qui puisent les nutriments, les symbioses faites avec d'autres organismes pour faciliter l'absorption des nutriments, comme les champignons (micorhize). Les crottes des végétaux amènent aussi un aspect intéressant des déchets, comme la lignine, toxique incrément.
Les plantes se font aussi mobiles, se déplacent, s'enracinent, réagissent à l'environnement. Les plantes n'apparaissent plus, non plus, comme de faibles éléments. Elles sont fortes, de leur évolution, de leur adaptation, de la structure cellulaire rigide mais aussi de leur anatomie ou/et de leur enracinement.
Nous découvrons les adversaires des plantes mais aussi leurs défenses physiques ou chimiques, leur sèves antigels, leurs stratégies pour survivre à l'hiver avec ce détachement des feuilles et le capuchon de liège protecteur.
Nous apprenons leurs moyens de communication, pour résister aux gazelles, pour attirer les pollinisateurs, pour marquer son territoire comme le noyer.
Il est même question de la mort, de morts-vivants et presque d'éternité.

© Jeanne FAILEVIC, Véronique PELLISSIER et Cécile GAMBINI/ Actes Sud junior

Vous l'aurez compris, une foultitude de connaissances est exposée mais rien n'est rébarbatif. La question de début de chapitre, illustrée d'une photographie des incongruités botaniques, amène beaucoup d'illustrations, d'exemples et d'"anecdotes". Et juste après une autre question un peu indiscrète arrive: les plantes font-elles des crottes?
C'est aussi une ouverture vers d'autres savoirs botaniques avec les références données, Linné mais aussi Francis Hallé, et les notes de fin d'ouvrage.

Les illustrations de Cécile GAMBINI sont soit des présentations schématiques presque scientifiques, soit des illustrations plus imagées de relation aux plantes. Elles ne sont peut-être pas particulièrement réalistes, comme dans un guide botanique par exemple, mais les plantes sont tout à fait reconnaissables et ne sont ainsi que des points de focalisation.
Le parti-pris de proposer une réflexion anthropomorphique n'est pas là pour dénaturer le contenu. De nombreuses coupes montrent la structure interne des végétaux, les mots latins des espèces mais aussi les noms particuliers des phénomènes présentés sont ici inscrits et même mis en avant par une pagination et une mise en gras. Tout est fait pour être le plus clair possible mais aussi le plus amusant.
Paris réussi... et dire qu'il sera question de botanique au programme de 6ième, avec cette insipidité possible des contenus: là, nous serons prêts!

lundi 6 mai 2013

Le pays de Jade (ou un peu de l'Atlas d'Orbae... avant le Secret)

Je n'ai pas encore acheté "Le secret d'Orbae" de François PLACE et pourtant je suis tentée... j'aime beaucoup les propositions de cet écrivain. J'avais un doute aussi: est-ce la réédition de son "Atlas des géographes d'Orbae", une suite, un extrait? Je suis encore dans le doute. En attendant, et parce que je n'ai pas encore parlé de cet atlas, en voici un extrait qui avait été publié seul...
L'atlas est en fait le résultat de 26 présentations de monde, de pays, de cultures. A chaque lettre une histoire et une géographie. Le livre est en fait constitué de 3 tomes: "Du pays des Amazones aux îles Indigo", "Du pays de Jade à l'île Qinookta" et " De la Rivière Rouge au pays des Zizotls". "Le pays de Jade" correspond donc à la géographie du "J". Je n'ai que les deux derniers pour l'instant.

© François PLACE/ Casterman

L’Empereur du pays de Jade est en séjour dans son pavillon d'été et, une nouvelle fois, la pluie l'indispose. Les astrologues responsables du choix des régions ensoleillées ont failli et se retrouvent punis. Le troisième astrologue de la cour, Han Tao, le plus jeune, est dépêché pour trouver la raison de leurs erreurs et ainsi sauver sa tête et celles de ses anciens maitres.
Il part dans les contrées du pays de Jade aidé d'un domestique. Ils parcourent la forêt des pins rouges et se font guider par les moines Boules de feu, passent le Col des cinq grimaces et ainsi découvrent peu à peu ce qui est arrivé.

Le voyage dans ce pays aux traits infiniment asiatiques est très plaisant. Nous pouvons y retrouver certains codes, vestimentaires, d'autorité des dignitaires mais aussi culturelles (le thé juste dans une illustration... pour que vous l'imaginiez mieux j'ai dû faire un zoom, vous comprendrez au "chapitre illustration", mais aussi des lettrés avec ce vieux peintre potentiellement influencé par le Moine Citrouille amère).

© François PLACE/ Casterman

Dans cette quête, presque une enquête, Han Tao le jeune astrologue agit avec raison, sans dispersion ni précipitation. En cela il est serein comme un disciple des spiritualités asiatiques mais aussi concentré et montre les relations que les hommes ont avec la nature et l'harmonie à préserver.
Et bien-sûr la fonction de "Chercheur de soleil", lecteur du vol des oiseaux-soleil, est une pure merveille.

Comme toujours les illustrations de François PLACE sont à l'encre et rehaussées de couleur. Il y a une sorte d'influence asiatique concernant le choix de ses pages entières: ce sont à chaque fois des paysages, magnifique tableau ancrant le récit dans une flore et une géologie, où les personnages sont tout petits et sans réel expression faciale. J'y retrouve aussi des influences des peintres botanistes ou explorateurs, gageant sur l'ensemble et presque une réalité du rendu.

© François PLACE/ Casterman

François PLACE a toujours le pouvoir de nous faire voyager, ici comme dans d'autres propositions, nous suivons par l'histoire les traces d'une civilisation. J'aime ce côté spatiogène ("Les récits d’espace créeraient les espaces dans lesquels se meuvent les protagonistes et les personnages secondaires. Les récits seraient donc spatiogènes si l’on me permet ce néologisme bâti à partir du nom latin spatius/étendue, espace et du mot latin et grec genesis / naissance, formation [...] hypothèse intéressante, théorisée par Michel de Certeau" extrait du blog Les territoires de l'album, proposition écrite autour des géographes d'Orbae). Il créé ainsi une aventure, un voyage et une exploration presque scientifique (un peu d'ethnologie fictive et de botanique ou zoologie par exemple).
Magique!

N'hésitez pas à acquérir l'atlas, comme de petites nouvelles d'aventure... en attendant le secret. Et à relire "Les derniers géants" qui, depuis, a reçu un prix.

dimanche 5 mai 2013

Archéologie, une histoire sans fin

J'avais tout de suite craqué pour ce magnifique documentaire. "Archéologie, une histoire sans fin" d'Anne Rose de FONTAINIEU et illustré par Aurore CALLIAS est extrêmement bien fichu. Il offre une entrée dans la découverte archéologique de certaines civilisations de la préhistoire à nos jours. Mais ce n'est pas là une succession de savoirs mais plus une exploration à la suite des hommes. Le livre comporte deux parties: l'une apporte quelques pierres angulaires aux découvertes sous forme de récits et l'autre fonctionne comme un dictionnaire d'archéologie bien fourni.

© Anne Rose de FONTAINIEU et Aurore CALLIAS/ Gallimard jeunesse

Après une histoire sommaire des sciences, sources de récoltes et de classifications, dont l'archéologie est inclue, l'auteure présente les différentes méthodes d'archéologie pure: expérimentale où les spécialistes redécouvrent in situ le fonctionnement, ethno-archéologique examinant les découvertes à l'aune des cultures, survivantes actuellement et utilisant les même techniques, et préventive pour permettre le maximum de récoltes avant l'utilisation urbaine des sols par exemple.

Chapitre après chapitre, les découvertes sont resituées dans l'espace et le temps des civilisations mais aussi des fouilles. A chaque civilisation présentée, le parti-pris est de ne suivre qu'une ou deux fouilles représentatives et de montrer les avancées perpétuelles sur nos théories contemporaines. Et parfois les intellectuels sont aussi cités, comme Agatha Christie pour son livre situé en Mésopotamie.
La préhistoire est très présente et semble plus complète ici, en terme de découvertes, que les autres civilisations abordées. C'est le seul chapitre qui semble exhaustif et montre en quoi de nouvelles réflexions intellectuelles font suite aux os d'hominidés trouvés, réduisant la portée de la religion chrétienne (et du Déluge) et remettant perpétuellement en cause l'évolution de l'homme.
La Mésopotamie est abordée avec le site d'Ur, les civilisations de l'Indus et son écriture encore à déchiffrer, l'Egypte et quelques tombeaux, les mythes grecs et Troie, l'archéologie celte, Rome et ses jumeaux, la Perse, certaines découvertes précolombiennes, les Vikings et un exemple en Afrique australe avec le "Grand Zimbabwe".
Autant vous dire qu'une présentation rendant honneur à cette première partie est impossible.

© Anne Rose de FONTAINIEU et Aurore CALLIAS/ Gallimard jeunesse

La seconde partie comporte ainsi le nom des spécialistes qui ont participé aux découvertes, le nom de certains monuments, de personnages historiques ou légendaires dont font références les restes matériels des civilisations perdues, des éléments historiques ou géographiques.
Un seul regret ici: j'aurais adoré des illustrations encore là, des schémas de construction, des portraits etc... mais ce n'est qu'un tout petit bémol par rapport à cette somme de travail et pour l'auteure et pour l'illustratrice. Et je dois dire que cette seconde partie est à lire en piochant ou, souvent, pour compléter une approche plus poussée d'autres découvertes.

Avec cet imposant savoir, le livre propose aussi une mappemonde des découvertes pour les situer mais aussi des frises chronologiques par continent pour se repérer dans le temps et en rapport aux autres civilisations.
L'intérêt est aussi qu'il montre que les découvertes ne sont pas qu'anciennes, qu'elles vont encore se succéder dans l'avenir et, qu'à chaque fois, elles remettent en cause nos savoirs sur le passé de l'homme.

© Anne Rose de FONTAINIEU et Aurore CALLIAS/ Gallimard jeunesse

Le travail d'Aurore CALLIAS donne encore plus d'attrait au livre. Avec des photos de carnets par exemple, elle ponctue l'écrit par des portraits et des présentations de fouilles, entre schémas et mises en situation. Les illustrations colorées ne sont pas dénuées d'humour, le récit est ainsi incarné et répond aussi aux très nombreux focus sur les légendes par exemple ou les détails mis en avant.

Je reparlerais sûrement d ce merveilleux livre, ici ou en l'exploitant avec le loupiot de la maison sur mon blog principal.

Invisible mais vrai

Très bonne nouvelle, certains albums de Rémi COURGEON sont republiés sont un format tout petit, souple et peu onéreux. Il ne faut pas s'en priver. Dans cette collection "mini-albums" de Mango jeunesse, il y a pour l'instant trois de ses livres. Je commencerais pas "Invisible mais vrai" mais dans tous, la pâte de l'auteur/illustrateur est là, une très forte sensibilité.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Émile est le fils d'une professeur de piano. Mais il ne pense qu'à devenir "l'homme invisible", héros  littéraire, et n'a que faire des espoirs de sa mère. Un jour, l'accordeur de piano est appelé. Émile rencontre alors Monsieur Fressinet, aveugle de naissance.
Pour l'un, le garçon est invisible, pour l'autre, les couleurs le sont. Commence une amitié et une découverte des sens.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Je peux toujours faire confiance en l'auteur pour nous parler de thèmes pourtant peu simples. Ici l'amitié nait entre l'enfant et l'adulte grâce à une déficience visuelle mais aussi à un rêve d'enfant. Mais outre la découverte des moyens pour appréhender la vie chez les aveugles, braille ou auditeur, mais aussi l'utilisation extrême des autres sens, c'est le partage d'une émotion qui rend le livre vivifiant.
Les couleurs ne sont rien pour Mr Fressinet, rien comme la vue pour des genoux. Le garçon cherche alors des moments, des situations, des expériences sensitives à même d'appréhender les couleurs. Et son ami lui répond et partage sa manière de vivre la couleur, en musique.
La notion d'invisibilité, de transparence mais aussi de visibilité de phénomènes juste sensibles est aussi très incarnée.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Rémi COURGEON marque encore là un livre dans la droite file des rêves de garçon tout en finesse et délicatesse... et c'est encore plus flagrant avec "La colo", je vous en parle bientôt, en attendant n'hésitez pas à lire ses autres propositions sans oublier "Brindille" plus féminin pépite 2012 du Salon du livre jeunesse, dont je vous parlerais, aussi, plus tard.

vendredi 3 mai 2013

Comment ça marche? Machines et engins

Dans la lignée d'une curiosité sur le monde et d'une volonté de pratique, expériences à faire, manipulations, ce documentaire "Comment ça marche ? Machines et engins" de Nick ARNOLD et illustré par Allan SANDERS est une réussite.


Dans ce livre/kit, l'enfant trouve des pièces et des schémas de construction de plusieurs mécanismes explicitant le fonctionnement de machines plus complexes (plan incliné, levier, roue, poulie, engrenages, crémaillère, bielle et manivelle, cliquet et came)

Tout est très bien fait, l'attrait de la construction et de la manipulation et le livre. La grille, les pièces, le processus de construction, l'explication et la chronologie des inventions sont de très bonnes propositions pour entrer dans la mécanique. Les feuillets explicatifs des engins permettent (avec l'aide d'un adulte pour les plus jeunes mais en autonomie pour les 7/8 ans) de construire très rapidement le modèle.
Après la manipulation, les exemples concrets, la petite histoire de l'invention englobent bien cette première approche de la physique dynamique, surtout que les schémas du mouvement des engins amène la réflexion.

Peintures pressées, Un musée imaginiare

"Les histoires pressées" de Bernard FRIOT ont 25 ans! Cela fait plus d'un an que le lutin de la maison les réclame en lecture (auditeur), l'original comme deux de ses suites et je n'en ai pas parlé ici. Mais quel retard, comment l'expliquer? Je ne sais pas... l’œuvre de FRIOT fait partie de nos références le soir, toujours avec Lilo aussi, comme d'autres et rien ici sur ce média. Pour me faire pardonner et parce que vous pourrez ainsi savourer la belle écriture de cet homme, je vous conseille "Peintures pressées, Un musée imaginaire".

© Bernard FRIOT/ Milan Jeunesse

Je n'ai pas tardé longtemps avant de fondre sur cette proposition. Ce petit livre offre des histoires prenant axe sur une œuvre d'art.
Apollon vous parle de son métier et c'est jouissif. Dans un musée, une fillette ne comprend pas le concept de la mort et celui de garder les pinceaux d'un peintre, qui pourrait toujours avoir envie de peindre, même mort, non?! Le cœur de Lili qui bat vous fera frémir. Un homme partira d'un café sans sa main, en laissant une autre sur la table. Une enfant malade est sereine. La vue des enfers. La rencontre de l'autre pour plus de bonheur ou de malheur. Les films d'horreur ou le sacrifice dans l'art.

© Bernard FRIOT/ Milan Jeunesse

Chaque récit vous étonnera et le passage de l'un à l'autre aussi... humour, sueur froide, drôlerie, poésie presque naïve et émotion. Bernard FRIOT montre encore là qu'il est le maitre dans les courtes histoires. Mais attention, les portions de vie ne sont pas toujours gaies. Il ne faut pas croire que le sieur FRIOT ne choisisse que la beauté et le conte, cela peut aussi être cruel et déstabilisant, comme certaines œuvres d'art. L'amour, la mort, le regard d'autrui, l'horreur, le fantastique et surréalisme.
Il n'est pas ici question d'histoire de l'art, ni même de proposer une lecture d'une œuvre. Nous nous laissons porter par un imaginaire qui nous pousse à regarder l’œuvre d'art, à nouveau et totalement différemment. Des détails apparaissent, un sourire au coin des lèvres, une tendresse dans une main posée sur l'épaule. Un mystère sur un visage, une forme abstraite prendre corps comme un personnage.

Maintenant les œuvres d'arts ne sont pas dépourvues de réalité: l'artiste, le titre, la date et une préface un sens chronologique des œuvres proposées.

jeudi 2 mai 2013

Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus

J'aime les loups, j'aime cette part de sauvagerie, d'inconnu, de cauchemar aussi sur fond de nuit noire ou de pleine lune. J'avais ainsi acheté "Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus" de Stéphane SERVANT et illustré par Benoit MOREL dès sa parution et l'avais lu dans la foulée. Alors pourquoi attendre pour en parler. Peut-être justement pour que le charme du loup opère encore, peut-être pour ne pas limiter la portée du livre, aussi.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Derrière l'école un loup est blotti apeuré. Elle va tenter le réconforter. Puis se comprenant, ils vont faire découvrir l'un à l'autre les beautés de leur monde, la forêt et la ville. Mais tout n'est pas beau dans ce monde d'adultes. Les oiseaux de la volière ont été libérés: un loup, une jeune fille avec un masque de loup? Dans le doute, les adultes s'arment pour combattre le loup.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Bien-sûr il est question d'amitié et de tolérance, une écharpe montre l'attachement, le lien, entre le loup et elle, entre elle et la forêt. La force est dans cet amour avec l'esprit sauvage, le loup. Il apparait dans toute ses impulsions. Mais je trouve que le plus beau est cet amour de la liberté, de l'instant présent.
"Quand j'étais fatiguée, le loup m'apprenait les taches de soleil, la langue secrète des arbres, la saveur de la boue, les morsures du froid et la douceur du ventre des crapauds."

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Le loup et la petite fille étaient libres, spontanés, près de la nature et de leur rêve. L'enfant a grandi mais il lui reste son loup, l'esprit libre.

Bien-sûr le choix du rouge et du noir pour les illustrations de Benoit MOREL est magnifique, salvateur presque comme les couleurs de la passion et du sang. Mais nous sommes loin du chaperon rouge. C'est vrai: ce loup n'est pas celui des contes.
"C'était le premier loup que je rencontrais. Je veux dire: pas un loup de dessin animé ou de conte de fées.
Non, c'était un loup pour de vrai: dents jaunes, grands yeux, oreilles  pointues et queue touffue."

mardi 30 avril 2013

Au cochon porte-bonheur

J'aime bien les éditions Picquier jeunesse. A chaque fois c'est une promesse, et d'exotisme (Asie principalement) et d'une certaine sagesse toute orientale. "Au cochon porte-bonheur" de Kim JONG-RYEOL et illustré par Kim SUK-KYEONG est une belle petite fable satyrique.

© Kim JONG-RYEOL et Kim SUK-KYEONG/ Picquier jeunesse

Les habitants de la ville d'Azalée sont surexcités. Une nouvelle boutique va bientôt ouvrir. Elle a comme enseigne un cochon en redingote et tient des promesses dignes des meilleurs bonimenteurs. "Azaléens! La chance vous attend au Cochon porte-bonheur. Venez nombreux et emportez l'article de votre choix sans débourser un sou. Parole de Cochon porte-bonheur!".
Tout le monde en parle et personne ne sait vraiment de quoi il s'agit... l'attente et le coup de pub créent une effervescence. A l'ouverture, une file de personnes attend tant bien que mal à la porte: seuls les dix premiers seront servis chaque jour.
Même pour aller à l'école, le garçon narrateur est obligé de faire un grand détour. La ville est près d'imploser. Et quand le magasin ouvre ses portes le premier matin, les referme sur les chanceux et les réouvre le soir, c'est encore pire. Le bruit court que les clients ont été comblés dans leurs attentes: le fer à repasser magique du roi d'Arabie repassant un habit à jamais impeccable pour le teinturier, une casserole de la dynastie Ming pour ne préparer que des plats succulents etc....
Tous les habitants veulent aussi un objet magique, même les enfants. Le vélo magique de Fifi Brindacier sans roue est tout de même bien tentant. La queue devant la boutique s'allonge, les habitants campent devant l'entrée, les voisins des villes alentour arrivent aussi. C'est la pagaille.

Mais bon, le mystérieux propriétaire du Cochon porte-bonheur semble honnête, ses clients repartent avec le sourire. Mais à bien y regarder, le narrateur se méfie... touts les chanceux attrapent, justement, un drôle de sourire. Sa mère, aussi influençable que les autres, est revenue avec un vase magique.
" - Tu vois, je ne mentais pas! dit ma mère en battant des mains.
Je la regarde, consterné: son nez s'est retroussé, le bout s'est aplati. Mon père se rend compte alors que quelque chose ne tourne pas rond. Il la dévisage.
- Qu'est-ce qui est arrivé à ton nez? On dirait un groin de cochon."
Et voilà, les chanceux se transforment progressivement en cochon... mais malgré une première impression, les autres habitants ne se rendent compte de rien. Et parmi les habitants cochons, un vrai cochon en redingote se promène dans une brume épaisse.
Le narrateur n'a pas d'autre choix que d'entrer dans la boutique pour parler au propriétaire... les habitants cochons ne sont plus que des cochons à amener dans une ferme.

© Kim JONG-RYEOL et Kim SUK-KYEONG/ Picquier jeunesse

Toute l'histoire parle de l'envie, de l'insatisfaction, de la convoitise en chaque homme. Loin de se raisonner, ils sont là tous perdus. Et pourtant la société change doucement mais aussi par épisodes de folie. Mais personne ne voit. Quelques enfants oui mais encore faut-il qu'ils aient des valeurs fortes et non matérialistes.
La rencontre entre le propriétaire du cochon porte-bonheur et du narrateur est magnifique. L'intérêt porté l'un à l'autre, le choix des portes-bonheurs et le postulat de costume d'un pays à un autre.
Et puis la question reste entière: peut-on aider des personnages aussi influençables?

Les illustrations de Kim SUK-KYEONG ponctuent le texte et apportent un malaise avec ce sourire énigmatique et les cochons qui prolifèrent.

mardi 23 avril 2013

Les Willoughby

Il suffit de peu pour passer à côté: croire qu'il s'agit d'un auteur à la mode pour de mauvaises raisons, penser que ses textes sont insipides sans même avoir lu une ligne juste parce que encensée ici ou là entourée de mièvreries. Alors oui, j'ai bien failli ne pas lire du Lois LOWRY. Cela aurait été dommage parce qu'elle offre pourtant un discours différent. Mais heureusement, la petite voix d'une de mes libraires préférées était là: "C'est l'histoire de parents abjectes et d'enfants qui veulent se débarrasser d'eux!" enfin avec plus de détails et de nuances.


"Les Willoughby" de Lois LOWRY propose une histoire d'orphelins, pas si orphelins, de parents exécrables, d'une nounou qui pourrait être odieuse et d'un milliardaire triste et pouilleux.

Le ton est donné dès les premières pages. Les parents Willoughby ne connaissent pas le nom de leurs enfants et décident de partir en vacances sans leur progéniture. Ils embauchent une nounou, la énième, sans même lui parler, parce qu'il ne faut pas pousser tout de même, et mettent en vente la maison... les enfants se retrouveront à la rue, tant pis!
Tim, l'ainé, les jumeaux Barnaby A et B et la petite dernière Jane, ne voulaient plus d'eux de toute façon. Et puis quand on est élevé aussi mal c'est assez logique d'avoir des comportements pas forcément gentils. Un bébé est abandonné sur le pas de la porte, bah, il faut l'abandonner à une autre.

Les règles sont données. Tim décompte les points selon la pertinence d'une vie d'enfant: bien se comporter, être éloquent, ne pas couper la parole, être alerte. Mais avec l'arrivée de cette nounou qui n'est pas ce qu'elle semblait (beaucoup plus maternante et réconfortante que ce qu'il pensait), la vie reprend des couleurs. Des cartes postales des parents ponctuent leur "abandon" si joyeux. Ils défient la mort sans jamais y passer.
Et tous les personnages, mauvais et bons, se déclinent. L'histoire partait mal et pourtant, comme l'indiquait la quatrième de couverture, ces vies "vieux jeu" vont devenir pleine de bons sentiments.

L'impertinence des enfants mais aussi le caractère exécrable et sans excuse de certains adultes sont assez jouissifs. La parenté n'est pas évidente, le respect non plus et la famille devient le regroupement de ceux que l'on choisit. Des anecdotes sont aussi très rigolotes comme une nounou statue d'albâtre ou ces cartes postales parentales.
Et le livre finit bien. Alors non, je ne suis pas contre les happy end mais je suis restée un chouïa sur ma faim. Mais je suis sûr que les jeunes lecteurs trouveront eux tout ce qu'il faut pour réfléchir sur le respect, sur l'amour filial et parental avec assez de gentillesses pour ne pas être déstabilisés à la fin.
Le livre est aussi entouré, accompagné par des propos de l'auteur, "abominablement écrit et ignominieusement illustré" dit-elle. C'est aussi une référence à d'autres histoires d'orphelins dans la littérature jeunesse (références notées en fin de livre) et une mise en avant lexicale avec un glossaire repris avec beaucoup d'humour.

***
 

J'en ai profité pour lire le petit carnet sur l'auteur offert par les éditions l’École des loisirs: "Lois Lowry, mon auteur préféré" de Agnès DESARTHE.
J'aime ces focus, même parfois malgré une réticence pour l'écriture des auteurs en question. Là, je compte bien lire d'autres propositions de cette écrivaine américaine venue à la littérature jeunesse sur le tard.
Agnès DESARTHE nous la dévoile photographies par photographies. Les prémices d'une imagination sont là, d'une solitude aussi. En sandwich entre sa soeur et son frère qui accaparent l'attention. Il y a aussi ce manque de présence parentale, un père absent par son métier, une mère occupée à être mère des autres.
Il y a là de la curiosité, des débuts d'histoire mais aussi des retournements de vie propres à offrir ce qu'il faut d'impulsion.
Lois LOWRY apporte une écriture adulte aux plus jeunes. Les difficultés, les moments durs ne sont pas mis sous silence, même la mort et, pourtant, il semble que l'on peut retrouver sous sa plume beaucoup de tendresse et d'humour comme dans ce livre-ci.
Une belle mise en scène est aussi l'interview de certains personnages récurrents de LOWRY. C'est adulte et pourtant tout à fait intriguant pour les enfants.
Je reviendrais peut-être sur ce dévoilement de cette auteure après d'autres lectures. A suivre alors... peut-être.

lundi 15 avril 2013

Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!

Bon, la couverture et les illustrations au cœur du récit sont de Kitty CROWTHER (et vous connaissez mon admiration). Bon, il parait qu'elle choisit les textes qu'elle illustre. Bon, Jean-François CHABAS n'est pas non plus un écrivain inconnu chez nous. Alors récupérer "Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!" dans la bibliothèque jeunesse des cousins devenus trop grands et le lire allait ainsi de soi.

© Jean-François CHABAS et Kitty CROWTHER/ Casterman

Le vieux Bébert est accosté au comptoir d'un troquet, un jeune loup de mer à ses côtés. Il se pavane et va même jusqu'à dire qu'il a tué Teri Hate-Tua un monstre marin. Bien-sûr son voisin ne veut pas le croire. Bébert est un vieux marin un trop trop tourné sur la boisson.
Et pourtant Bébert a 20 ans n'est pas le même, sur le baleinier La Joyeuse Cocotte. Fringant, il est le seul survivant d'un naufrage, témoin de l'apéritif que font ces copains pour les requins. Il se réveillera avec une magnifique vision, Hana, une jeune fille merveilleuse habitante de l'île de Bwaga.
Il est sain et sauf et pourtant les habitants de cette tribu sont cannibales: bah oui, Bébert a encore les cheveux blonds à cette époque.
"Nous sommes navrés, mais il va nous être absolument impossible de vous manger. J'espère que vous nous ferez la grâce de pardonner cette grossièreté."
Mais il ne faut pas les titiller avec la langue et leur religion: ils vouent un culte à un bon orthographe et à la tortue rouge.
" "Nous v'là bien", que je me dis. "Manquait plus que ça. J'ai le choix entre mourir à coup de dictée et finir transformé en napperon de dentelle de Bruges par l'aut' rougeaude. Ah! elle est belle, la vie! Merci maman!"

Le récit est court mais très attirant. En peu de pages, l'aventure est là et l'humour aussi. Ce sont des jeux de mots, des références et le texte peut tout à fait se lire à haute voix. Parfait pour entrer dans l'univers des explorateurs, des pirates et des aventuriers.

vendredi 12 avril 2013

Peter Pan & Wendy

J'ai pour l'histoire de Peter Pan beaucoup de tendresse. Comme pour beaucoup je l'ai connue par le dessin animé Walt Disney et, comme pour beaucoup, la poésie restant de cette version me donnait envie de le suivre. Mais j'ai été très étonnée de rencontrer le personnage avant Neverland. Étonnée de découvrir qu'il apparaissait un peu, juste de quoi donner encore plus de caractère à ce personnage, dans un autre livre, "Le Petit oiseau blanc" de James Matthew BARRIE. Dans le chapitre "Peter Pan dans le jardin de Kesington" je redécouvrais un mystère. Alors oui, après la traduction de Céline-Albin FAIVRE, minutieuse, rigoureuse, investie et extrêmement soignée, je me méfie des autres traductions. Il me faudra d'ailleurs vous en parler.
J'ai pourtant succombé à cette adaptation jeunesse reprenant, elle, un autre passage des aventures de Peter Pan, celle dans l'île mystérieuse, celle avec les garçons perdus, inspiré d'une pièce de théâtre de J.M.BARRIE.

© Jean-Pierre KERLOC'H et Ilia GREEN/ Didier jeunesse

"Peter Pan et Wendy" adapté de Jean-Pierre KERLOC'H et illustré par Ilia GREEN est un livre CD mettant en scène un texte bien rythmé interprété par Eric PINTUS et "orchestré" par des extraits du jazzman Charles MINGUS.

Wendy commence à grandir et rencontre Peter Pan qui cherche une raconteuse d'histoires, une maman. Il propose à Wendy et à ses frères de le suivre vers son île du Pays de Neverland. Ils rencontrent aussi la fée clochette, jolie, pas polie, un peu cloche.
Nous retrouvons là les sirènes, le Capitaine Crochet, Lys tigré. Mais c'est vrai que le récit est assez court et tous les détails connus (peut-être absents de la version originale) n'apparaissent pas. Ce n'est alors qu'une ouverture à en lire plus.

Alors pourquoi cette édition est-elle intéressante? Malgré ma méconnaissance de la version originale je trouve le parti-pris extrêmement attirant. Un langage très travaillé pour reconstruire le discours d'un enfant, des jeux de sons, une intonation exceptionnelle d'Eric PINTUS. Peter Pan apparait ainsi très espiègle, joueur, imaginatif, peu responsable. L'enfant reste dans un univers de faux dangers et de vrais duels, les travers de la jeunesse apparaissent aussi grâce à Clochette, aux sirènes, entre autres.
Les références apportent aussi une dynamique de lecture/écoute: "un admiroir de style Blanche-Neige" mais aussi un crocodile pas assez rigoureux par rapport à sa santé.
Les musiques de jazz apportent aussi de la vigueur. Le propos est une aventure mais aussi une approche de l'enfance, de l'acte de grandir. Changer mais toujours avoir en tête une part de rêve.

Les illustrations de Ilia GREEN sont toujours superbes, les volutes de mer, de nuages, de rêves, nous emmènent. Les personnages sont très enfantins et, paradoxalement (mais pas tant), les adultes aussi... pirates mais aussi Mme Darling et fille, petite-fille etc...

Mais si vous souhaitez en savoir plus sur le personnage réellement créé par J.MBARRIE, n'hésitez pas à suivre ce site qui lui est dédié investie par Céline-Albin FAIVRE.

Je vous proposerais des images de l'intérieur dès que mon appareil photo ne fera plus des siennes.

mardi 9 avril 2013

Le loup des sables (-, encore lui !)

"Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY a été distribué dans les écoles primaires suédoises à tous les enfants de 6 ans. Et même si je ne m'aligne que rarement aux choix du plus grand nombre, j'avais envie de m'y plonger. Le tome 1 et le tome 2 "Le loup des sables, encore lui!" ne formant à la base qu'un seul livre, je me suis ruée sur les 2! Et je ne suis pas déçue.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Zackarina est une enfant. Elle vit avec ses parents dans une petite maison près de la mer. A la première frustration, et elle en a, enfant unique, en demande constante d'attention, la fillette court à la plage pour ruminer sa colère ou son chagrin. Mais sur la plage, dans le sable, dans ce trou fait à la main... une truffe noire accompagnée du reste du corps d'un animal: un loup des sables, un animal fantasmé de grains de sables, se nourrissant de rayons de soleil et de clairs de lune. Et le loup va devenir le confident mais aussi la source de discussions et de réflexions.
Avec fantaisie, lucidité et poésie, le loup des sables rebondit sur les peurs de Zackarina. En revenant de la plage, elle est plus sereine, plus à l'écoute.

Même si le procédé est effectivement très répétitif: la fille part de chez elle en colère, retrouve le loup des sables sur la plage et revient chez elle avec une solution, il n'en reste pas moins que les 30 histoires du premier tome et les 15 du second apportent justement une pertinence à des questions existentielles. Il y a de l'explication et aussi, surtout une poésie propre à l'enfance.
Le propos n'est pas tant de savoir si le loup est réel mais bien qu'il apporte un soutien et des pistes pour grandir. Des manières de ne pas laisser la solitude nous prendre, de presque récompenser les actes d'espièglerie et d'aventure enfantine, de ne pas oublier ce qu'est l'enfance. Des explications sur les faits incompréhensibles.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Il s'agit d'un conte initiatique. Les français semblent le rapprocher du "Petite prince" de SAINT-EXUPERY, il y a effectivement de belles vérités et de subtiles réflexions. L'auteure nous apprend plutôt s'être inspirée d'une autre forme de poésie amenée par les Moomins du duo JANSSON et plus précisément par le personnage de Renaclerican (ou Pipo).

Ce livre est revigorant. Zackarina est toute malicieuse et garde son énergie. Elle bouge, roule, hurle, se défend.
C'est aussi un très beau livre sur la parentalité et ce soit-disant devoir d'autorité. La maman part de la maison pour travailler, le père semble travailler à la maison. Ils sont débordés, pris par leur occupation puis attentionnés et patients... un peu parents modèles tout de même.
Et puis il y a cette liberté de mouvement, les portes sont ouvertes. Zackarina sort toute seule, va sur la plage, peut même "partir en randonnée". C'est une ode à la nature, à la respiration du dehors, un hymne au mouvement spontané des enfants.
Le(s) livre(s) mérite(nt) lecture et relectures...

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Vous pouvez retrouvez ici l'interview d'Asa LIND.
Et ces deux livres m'ont inspiré les illustrations précédentes: le loup des sables suédois, les illustrateurs des contes lus par la maman de Zackarina ou dont parle le loup des sables.

lundi 8 avril 2013

"Ceci est ma tête"


" J'apprends à penser. Docteur Blind dit qu'il faut que je structure ma pensée comme on construit un feu. D’abord on ramasse le bois. On entasse les mots et les connaissances. C'est long mais nécessaire. Petits bois, gros bois, tendre ou cassant. Chaque morceau aura son utilité. La bûche a besoin de la branche, la branche de la brindille, et la brindille ne s’enflammera que si le tas de feuilles mortes a eu le temps de sécher. Ce qui compte, prétend Docteur Blind, ce n'est pas la matière, le mot, la chose ou l'idée, mais l'usage qu'on en fera. Alors avec lui je glane ici et là, des herbes et des paroles."
(extrait de "Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU, édition Rouergue; photographie d'une œuvre de land art de Nils UDO, "Nid")

samedi 6 avril 2013

Fifi Brindacier

Je me rappelle d'images de cette petite héroïne dans mon enfance... animée avec cette petite rousse aux tresses dressées mais aussi immobile. Mais jusqu'à présent je ne connaissais pas du tout ce petit personnage fripon. En suivant en cela ma période littérature jeunesse des pays du nord (avec quelques exceptions), je ne pouvais décemment pas l'ignorer. Je profite ainsi d'une des dernières traductions françaises, d'Alain GNAEDIG, plus fidèle au texte et ne dénaturant pas l’insolence de la petite. Tant mieux!

© Astrid LINDGREN et Ingrid VANG NYMAN/ Livre de poche


"Fifi Brindacier" d'Astrid LINDGREN et illustré par Ingrid VANG NYMAN (comme dans la version originale) est le premier tome d'une série sur cette orpheline, Fifilotta, Provisionia, Gabardinia, Pimprenella Brindacier, soit Fifi.
Sa mère morte et son père disparu en mer, la petite Fifi va prendre sa vie en main. Elle vivait en voyage permanent avec son père sur un bateau tout autour du monde. Elle décide de quitter la mer et de vivre dans la maison qui devait être la leur, la villa Drôlederepos. Les marins l'ont laissé partir, ils savent qu'elle s'en sortira et puis elle a un sacré pactole sur elle.
Fifi se lève quand bon lui semble, se couche quand elle veut (ou plutôt quand elle se l'ordonne elle-même). Son cheval peut tout aussi bien être dans le jardin que dans la maison comme son copain Mr Nilsson, un petit singe. Elle a comme voisins Tommy et Annika et avec eux elle va pique-niquer, grimper aux arbres, aller à l'école ou au cirque et rien n'est prévisible avec elle.


© Astrid LINDGREN et Ingrid VANG NYMAN/ Livre de poche (en noir et blanc de cette édition)

Ce premier volet nous présente une petite héroïne déroutante. Elle est impertinente, espiègle et délurée. Sa position d'enfant seule, sans autres règles que les siennes, donnent de vrais petits tableaux adorables: une pâte à biscuit étalée à même le sol,

 © Astrid LINDGREN et Ingrid VANG NYMAN mais illustration absente du livre

un sol nettoyé à la brosse/patins. Fifi est sans complexe, aventurière, sans aucune conscience des normes et des conventions et les policiers, dames bien élevées, maîtresse ou même bandits en prennent pour leur grade. Fifi n'en fait qu'à sa tête, sans se retenir. Les bandits pris sur le fait repartent gâtés.
Ce qui est aussi jubilatoire, et j'imagine encore plus pour les jeunes lecteurs, est la moralité quasi absente. Fifi est aussi une petit fille garçon manqué, très loin de la petite poupée à faire plaisir aux parents, elle apporte toutes les bêtises que l'enfant aurait aimé faire (sans le savoir à la différence d'une Sophie de la Comtesse de SEGUR, bien consciente de ses caprices). Fifi reste sans punition et c'est aussi jouissif.

J'aime beaucoup les illustrations d'Ingrid VANG NYMAN proposant Fifi assez poupine. Quel dommage que ce présent livre n'est pas toutes celles que l'artiste a proposé pour ces histoires.

Et si vous souhaitez savoir ce que le personnage impertinent a provoqué dans son pays d'origine et l'impact sur les petites filles, c'est ici.

La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer

J'ai pris l'habitude de suivre la collection "Trimestre" avec beaucoup d'intérêt, au point de commander des livres que j'ai déjà. Cette dernière proposition est encore un coup de coeur!

© Benoit BROYART et Donatien MARY/ Oskar

"La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer" de Benoit BROYART et illustré par Donatien MARY est un uppercut.

Nathan part chercher du pain à la boulangerie du coin. Ce n'est pas anodin. Son papa est au chômage et même un détail comme l'absence de la baguette serait un drame... comme ceux qu'il lit dans le journal, comme ceux qu'il a dans la tête. Allez comme d'habitude Nathan joue, il baisse la tête ne regarde que le trottoir, s'il ne rencontre personne il aura gagné. Mais aujourd'hui... en remontant le regard, il a perdu... son chemin. Il se retrouve dans un quartier inconnu. Mais en plus, rien ne va, beaucoup de personnes se pressent dans la rue comme un jour de semaine mais nous sommes samedi, et personne ne lui répond quand il demande son chemin. Il est devenu transparent.
Perdu, seul, frigorifié, il se love dans un parc et une grosse dame l'aperçoit. Elle lui propose de venir au chaud, de dormir une nuit chez elle. En arrivant, une odeur de gaufres, un lit bien chaud. C'est trop beau. La nuit, une dispute réveille Nathan... il y a un ogre.

Ce très court récit nous parle de la parentalité. De ce père irrité et de ce quotidien aux situations angoissantes. Mais aussi chaque adulte du récit semble apporter une touche de ce qui fait le parent... préoccupé, l'enfant peut être transparent, mais non pouvons aussi être rassurant, maternant comme la dame qui l'accueille.
Alors oui, la dame n'est autre que la femme de l'ogre. Mais cette référence au conte du "Petit poucet" n'est pas simple copie. L'ogre n'est autre que le parent en prise avec ses frustrations et ses manquements. Le parent hurle, vocifère, veut manger l'enfant... ou plutôt se débarrasser de cette responsabilité, de cette charge, de cette image peut-être d'une certaine insouciance.
Cette histoire m'a parlé de moi! Comme toutes les propositions "Trimestre", ce n'est pas un texte a laissé à l'enfant seul, il constitue une porte ouverte au dialogue, pour exprimer des émotions lourdes de sens, pour proposer des échappatoires.

Donatien MARY offre l'illustration d'un cauchemar. La nuit dans une chambre et l'ogre sont magnifiquement terrifiants. Je vous mets des photos dès que je récupère mon appareil utilisable.

mardi 2 avril 2013

Le rêveur

"Le rêveur" de Pam MUNOS RYAN et illustré par Peter SIS est un petit ovni. Sous un format de roman, nous découvrons un conte proposant une belle proposition pour entrer dans l'univers du poète Pablo NERUDA.

Neftali est un garçon malingre, bègue et rêveur. Il est souvent malade et son comportement devient vite un sujet de colère paternelle.
Neftali rêve de partages avec son père. Peut-être pendant cette journée en forêt avec son travail, peut-être pendant les vacances à la mer... il siffle au cours du trajet, c'est pourtant bon signe. Entre ce père, souhaitant des fils forts, aux métiers convenables et valorisants, et ce second fils toujours dans la lune et dans ses livres, une tension nait. Elle ne partira pas de la maison familiale. Neftali va par contre réussir à grandir, toujours collectionneur invétéré, mais aussi maintenant lecteur assidu et poète. Il s'épanouira même dans l'écriture et dans la révolte contre le gouvernement de son pays, le Chili, et l'oppression faite aux autochtones, les Mapuches.

" Bien qu'il eût changé de nom, il ne pouvait pas se détacher de son histoire personnelle, et celle-ci imprégnait ses écrits. Certaines suites de mots évoquaient le rythme de la pluie qui avait baigné son enfance; ses souvenir d la grande forêt explosaient en phrases lyriques, aussi poisseuses que la résine de pin, aussi craquantes qu'une carapace de scarabée. Certains vers s’étiraient lentement, d'autres s'arrêtaient net, fidèles à l'alternance des vagues fortes ou faibles qui déferlaient sur le rivage; d'autres encore, semblables aux notes plaintives d'un harmonica solitaire, se balançaient doucement."

Le récit est émaillé d'envolées lyriques et de petites illustrations de Peter SIS presque surréalistes. Il demande peut-être une seconde lecture pour mieux interpréter les signes, découvrir toute la poésie que le jeune Neftalí Reyes (Ricardo Eliecer Neftalie Reyes Basoalto) entrevoit dans sa vie, dans la nature, la météo ou les objets témoins d'une vie fabuleuse.
J'aime les onomatopées qui rythment le récit et les détails de cette nature... comme le scarabée, la pomme de pin ou le chucao, devin des forêts. Et le choix de ponctuer l'histoire par un poème de Pam MUNOS RYAN et de proposer des voix de compréhension de poèmes de Pablo NERUDA est fort agréable. Cependant la police de caractère, l'espacement des lignes, le format, et quelque part, le récit m'ont laissé perplexe.A relire donc pour entrer dans le rythme.

samedi 30 mars 2013

mercredi 27 mars 2013

" - Ah! Tu remues trop...,


bougonna le loup. Facile à dire. Ce sont des adultes. Ils ont oublié.
- Oublié quoi? poursuivit Zackarina.
- Que le corps tout entier gambille et frétille quand on grandit, comme une poêlée de pop-corn! Toi et moi le savons très bien, et n'importe quelle petite grenouille aussi. Mais les adultes ne grandissent plus, ils oublient ce que ça fait!
Il se leva d'un bond et sautilla sur la plage, en entonnant cette chanson d'une voix éraillée:
- Comment rester sage et tranquille
Quand tout le corps fourmille!
Comment rester tranquille et sage,
Quand les jambes aiment le tapage!"
(extrait de "Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY, Bayard jeunesse)

Pippi Longstocking (ou Fifi brindacier)

*illustration de Louis S.GLANZMAN de la série écrite par Astrid LINDGREN

mardi 26 mars 2013

" - Je crois que je vais créer un club de lecture à voix haute"

" Thomas se sentit rougir. En classe, il devait souvent lire à voix haute, mais il ne l'avait encore jamais fait chez quelqu'un. C'était une impression étrange. Il ouvrit le livre et se lança.
D'abord, il trébucha sur quelques mots. Mais cela s'arrangea en cours de lecture. Parfois, Mme Van Amersfoort riait. Thomas ne savait pas pourquoi. Il était trop occupé à lire.
Ce qui arriva ensuite fut miraculeux. Thomas ne lisait pourtant que des vers pour enfants! Comment se faisait-il qu'une adulte rie en entendant cela! Thomas levait de temps en temps les yeux de son livre, afin d'observer le visage de Mme Van Amersfoort. Quant elle riait, des rides rigolotes s'étiraient depuis sa bouche jusqu'à ses oreilles. Sa tête opinait comme si elle disait oui! oui! oui! Et deux nattes garnies de noeuds encadrèrent peu à peu son visage.
Pendant un moment, Thomas ne comprit rien à ce qu'il voyait, mais ça ne dura pas. Mme Van Amersfoot n'était plus une vieille dame, mais une vieille petite fille. Peut-être allait-elle bientôt bondir de sa chaise pour attraper sa corde à sauter."
(extrait de "Le livre qui dit tout" de Guus KUIJER, École des loisirs, illustration de Fiep WESTENDORP extraite de la série de "Jip et Janneke" d'Annie M.G.SCHMIDT)