samedi 10 août 2013

Manolo, le charnego murcien


"En fait, ce furent là les seuls jouets de son enfance, des jouets qu'il ne devait jamais casser ni mettre au rebut. Il grandit en beauté et en intelligence, avec une disposition rare pour le mensonge et la tendresse. [...] De son contact quotidien avec la faim il lui resta une lueur animale dans les yeux et une façon particulière de pencher la tête que seuls les imbéciles prenaient pour de la soumission. Très vite, il connut la vérité la plus arrogante et la plus utile de la misère: qu'il n'est pas possible de s'en délivrer sans risquer sa vie. Ainsi, dès son enfance, il eut besoin de mensonge autant que de pain, autant que de l'air qu'il respirait. Il avait la vilaine habitude de cracher souvent; cependant, si on l'observait attentivement, on remarquait dans sa façon de faire (les yeux fixant soudain un point de l'horizon, un complet désintérêt pour son jet de salive et pour l'endroit où il atterrissait, une intime et secrète impatience dans le regard) cette résolution ferme et irrévocable, fille de la rage, qui souvent fige le visage des paysans sur le point d'émigrer et de certains jeunes provinciaux qui ont pris la décision de s'enfuir un jour vers les grandes villes."
(extrait de "Teresa l'après-midi" de Juan MARSE)

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