lundi 25 mars 2013

Le rêve d'Icare

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

"Le rêve d'Icare " de Jean-Côme NOGUES et illustré par Hippolyte est un coup de cœur !

Icare est le fils de l'ingénieux Dédale en exil sur l'île de Crète. Il est le témoin de la tension entre les dieux et les rois.
Minos le roi de Cnossos n'a pas respecté Poséidon, le dieu de l'océan: au lieu de sacrifier le taureau blanc comme l'écume offert par le dieu, il l'a conservé; Poséidon se venge alors en apportant à l'animal une attirance dont la femme de Minos n'est pas insensible. De leurs amours défendues nait le Minotaure, homme à la tête de taureau. Le monstre vit, féroce, et devient un instrument de pouvoir de son beau-père.
Icare est un jeune homme mal dans sa peau. Il est beau comme un dieu, a des origines royales et pourtant il est méprisé comme le fils d'un esclave. Son père, Dédale, est reconnu pour son talent mais lui se fait insulter quand, par fougue, il demande un duel de lutte entre gentilshommes au prince Androgée. Ce dernier, athlète accompli, gagnera une des couronnes les plus convoitées aux Panathénées à Athènes, en Grèce. Androgée est tué. Par Egée, le roi d'Athènes? C'est en tous cas ce que croit Minos, son père. Une guerre est déclarée, Minos en sort vainqueur mais souhaite une vengeance plus profonde et demande 14 jeunes athéniens en pâture chaque année pour son monstre, le Minotaure.

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

C'est avec une rage compréhensive, qu'Icare avait été témoin de l'emprisonnement du Minotaure dans le labyrinthe créé par son père. A l'arrivée de Thésée, prince d'Athènes, venu tué le monstre, il est le confident d'Ariane, princesse nouvellement éprise du héros si populaire de Grèce. Elle lui demande l'aide de Dédale. Et Dédale fournira la solution... le fil déroulé pour sortir du labyrinthe.
Minos est furieux: son instrument de pouvoir, le Minotaure, est tué; son labyrinthe dévoilé; sa succession détruite; sa fille partie dans les bras de Thésée. Il cherche le coupable, Dédale avoue et se retrouve avec son fils emprisonné dans son invention: le labyrinthe.

Ce livre apporte une lecture de la complexité d'un mythe. Icare apparait comme un maillon d'une légende plus forte que lui. Par sa jeunesse, son ambition à être, à devenir quelqu'un, il est fougueux mais seul, délaissé par un père portant un lourd fardeau, par une société codifiée et même par les dieux.
Bien-sûr il sortira du labyrinthe avec des ailes comme son père. Ce dernier souhaitera partir loin, très loin, fuir un roi. Icare, lui, voudra devenir l'égal d'un dieu, partir haut. Ce mythe reprend tout le malaise de la jeunesse, le rapport au corps, le poids de la destinée de ses parents, ce besoin de reconnaissance qui pousse à des actes insensés.

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

Le texte parle de la parentalité, de la paternité dans les conseils mais aussi dans la façon d'être.
"Icare dormait en travers de la pote, la joue contre le sol comme l'eût fait un esclave attendant le retour de son maître. Dédale s'y fait trompa, ne comprit pas le signe de rébellion. Il entra."

Le texte de Jean-Côme NOGUES est très riche. Il apporte la tension, les étapes d'un malaise et même si la solution semble présente, il marque ce manque d'attention à l'autre. Les hommes semblent en proie aux dieux mais aussi aux actes des autres. Les émotions sont ici magnifiquement présentes et apportent du fond dans les personnages, comme pour le Minotaure ou la description d'un lieu chargé de sens, comme son tombeau.
Au fil des pages, de magnifiques détails sur l'ingéniosité de Dédale, le labyrinthe mais aussi les ailes, apportent encore plus au mythe.

J'aime énormément le travail d'Hippolyte que je découvre. Son ingéniosité dans cette exercice de style sur fond noir ou marron, travailler le crayon, coloré ou non, comme une plaque à gratter.
Ses illustrations donnent de la profondeur au récit et même si le parti-pris est de rester dans une pudeur (nudité des athlètes, et d'un pied, pas présente) les scènes sont fortes et déclenchent l'émotion.
La mythologie apparait alors celle des hommes, des muscles, des colères et des éléments (divins) avec une grande place offerte au ciel par exemple.

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