mercredi 13 novembre 2013

N'y a-t-il personne pour se mettre en colère?

J'aime beaucoup la poésie de cet auteur, Toon TELLEGEN, ce médecin devenant auteur jeunesse et donnant la voix à de petits (ou gros) animaux. Des petits riens, des petits bonheurs, des petits partages, du quotidien mais aussi ce qui fait le lien, le charme, l'amitié. Je vous donnais là un exemple de sa poésie, "La boîte à fêtes", extrait de "L'anniversaire de l'écureuil" ou là une idée de l'ours glouton, extrait de "Lettres de l'écureuil à la fourmi".
Vous ne serez pas étonné de savoir que le premier livre en ma possession fut celui illustré par Kitty CROWTHER pour qui j'ai une admiration intense, autant pour son art, que pour la sensibilité qu'elle met entre chaque touche colorée et chaque mot. Le premier volet avait été illustré par Alex SCHEFFLER, chacun pouvant être lu de manière complètement autonome, les caractères et les relations entre les animaux s'intensifiant juste au travers de leurs histoires.

© Toon TELLEGEN et Marc BOUTAVANT/ Albin Michel jeunesse


"N'y a-t-il personne pour se mettre en colère?" de Toon TELLEGEN et illustré pour ce troisième volet par Marc BOUTAVANT est une superbe proposition. Il s'agit là de la plus accessible des trois par rapport à la quantité de texte. Ici les chapitres sont plus courts et le sujet aussi permet de s’immerger plus facilement.

Tout le monde dans ce bois est en colère... ou presque. Il y en a pour qui la colère est une seconde nature : le daman est un colère contre le soleil, l'éléphant contre lui-même, le rhinocéros et l’hippopotame mutuellement ou d'une autre manière la musaraigne et le cochon de terre. Le scarabée et le ver de terre font une compétition de colère.
Il y a d'autres animaux (le hérisson ou le grillon) pour lesquels la colère est un mystère à élucider. Il faut l'apprendre, l'acheter à l’écrevisse, la comprendre, la faire sienne. Et puis il y a les animaux qui, par amitié, apprennent aux plus timides à faire venir la colère, aux plus hargneux à la faire partir.
Somptueux chapitre de la musaraigne qui souhaite mettre à bout l'écureuil.

© Toon TELLEGEN et Marc BOUTAVANT/ Albin Michel jeunesse


Les scènettes sont magnifiques et pleine d'humour. Comme toujours Toon TELLEGEN a de la poésie dans les dialogues, une subtilité et une sensibilité poussées, tout est en finesse.
Mais ce qui fait vraiment de ce troisième livre une apothéose est le kaléidoscope des émotions proposées. Les manifestations de colères, d'agacement, de découragement, de mélancolie, de frustration, sont autant dans les propos, les attitudes, les manques de respect que dans une mise en situation, une imagination sur la vie. Il s'agit là d'une vraie grammaire émotionnelle et une éducation à la vie : à la seconde lecture, une manière de reconnaitre, de distinguer, de laisser passer et de faire partir... (c'est comme une manière bouddhiste d'envisager les émotions: la souffrance est au sein même de la vie, les émotions sont une part de nous, doivent être prises en considération, être vécues et s'évacuer comme une gros nuage poussé par le vent... le crapaud est là bien loin de la grenouille, calme et attentive, d'Eline SNEL... mince je devais en parler il y a déjà bien longtemps, ici ou ailleurs!).

© Toon TELLEGEN et Marc BOUTAVANT/ Albin Michel jeunesse


Les illustrations de Marc BOUTAVANT proposent encore là des animaux bien campés, stylisés et très attachants. Mais c'est aussi des mises en ambiances, des doubles pages en clair-obscur, des éléments piquants, éclaboussants, venteux. Au fil des pages, le bois, la mare, les herbes prennent possession des lieux, offrent un paysage mais aussi certaines fois un miroir des émotions. Magnifiques effets de feuilles, de vents, de reflets. Superbement abouti.

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