samedi 1 février 2014

Double jeu

Avec Jean-Philippe BLONDEL je sais que je peux me laisser aller à la lecture, que je ne serais pas déçue et même que ses histoires d'adolescent toucheront au plus sensible chez moi. "Double jeu" m'a moins secouée que "Brise glace" mais c'est toujours avec délice que je suis cet auteur et ses héros.


Quentin est un adolescent en perdition. Il est viré de son lycée, et pour lui offrir une dernière chance, envoyé dans un autre d'un quartier plus prestigieux. Est-ce qu'il n'est qu'un péquenaud, un raté? Quentin ne sait pas s'il va aller au delà de ses préjugés sur les ados de ce quartier. Il ne sait pas non plus s'il va abandonner l'école et presque tout rêve pour aller à l'usine sur la butte devant le lotissement des parents.
Encore faut-il qu'il en ai des rêves? Mais non, il ne sait pas. Les copains de l'ancien lycée ne l'aide pas non plus laissés sur le bord de la route et sur la voie de la délinquance. La seule chose qu'il apprécie est sa petite soeur, celle pour lequel il raconte des histoires, avec laquelle il se confie.
Alors se battre ici avec sa vie ou partir et tout plaquer.
Et puis une professeur de français, vigilante, perspicace, lui enjoint de lire une pièce de théâtre "La Ménagerie de verre" de Tennessee WILLIAMS.
"Je bredouille que je... enfin, je suis désolé pour tout à l'heure, je... Je suis en train de me liquéfier. Elle m'interrompt.
- Ah non, Silber, pas ça.
- Pardon?
- Pas d'excuses, pas de paroles de mollusque, restez digne. Droit. Si vous vous aplatissez, vous allez me décevoir."

Jean-Philippe BLONDEL est un spécialiste pour évoquer l'adolescence mais encore plus cette transition, ce manque de repères, cette étape de doutes. Là aussi, le jeune héros n'est pas idiot mais en marge tout de même, il a besoin d'un déclencheur pour se trouver.
Ce que j'aime chez cet auteur aussi est cet effort sur soi demandé. Une personne va enfin sortir le narrateur du marasme mais tout n'est pas donné, la confiance en soi est un acte de volonté. Alors oui, nous pouvons être lièvre et rapide dans ses choix de vie (et peut-être se perdre en route ou perdre la route) ou torture mais il faut avancer. Le théâtre va l'aider. Mais c'est surtout le jeu, jouer sa propre vie, reconnaître ses sentiments puis en faire une force, une respiration. Respirer, pagayer sur un lac immobile. Jouer, jouer le jeu, jouer un autre.
Et puis ici un professeur comme un référent. Le premier sûrement. L'auteur malmène aussi souvent l'éducation nationale dont il fait parti. Elle mâche, broie quelque fois. Elle laisse en marge des jeunes qui ont besoin, en plus du partage des connaissances, de supplément d'affection ou plus d'attention.

Voici l'avis de Mirontaine et un extrait très parlant.

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