samedi 17 avril 2010

Ma Soeur-Etoile

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

« Ma sœur-Etoile » d’Alain MABANCKOU et illustré par Judith GUEYFIER est arrivé dans notre bibliothèque suite à une de ces nouvelles que nous réserve la vie.

Cet album au grand format est une très belle proposition. L’auteur congolais, Alain MABANCKOU, nous parle du secret de ses 10 ans : ses sorties nocturnes pour regarder le ciel et particulièrement une étoile. Il croit y reconnaitre sa grande sœur, morte une semaine après sa naissance et qui vit avec les anges aux dires de sa mère.
Il sort la nuit, raconte à cette étoile, lumineuse et « frémissante » ce qui arrive à sa famille. Et par les conversations qu’il a avec elle, toute une partie de l’Afrique nous est dévoilée. Le quotidien de la famille, avec ceux dans les habitations précaires et ceux, plus riches, qui vivent dans le dur. Cette proximité des blancs de l’hôtel, pourvoyeurs involontaires de livres pour l’enfant. Et les superstitions et légendes : les créatures maléfiques de la nuit qui effrayent les enfants, la coutume d’avoir plus d’un enfant par foyer, les sorciers et féticheurs au sein des villages.

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

Cette histoire est une superbe approche de la mort d’un enfant de la famille, de cet être qui n’a pas assez vécu pour laisser des souvenirs autre que la grossesse. Un hymne à la relation silencieuse et réelle entre l'enfant mort et les survivants, frère et sœur... ou parents.

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

Les références littéraires sont belles et nous entrainent. « Le petit prince » de SAINT-EXUPERY bien-sûr, la relation de ce garçon à sa sœur est intimement liée à ce symbolisme d’un être égaré, le garçon, en demande de relation, de communication, de compréhension… en demande d’un mouton dans les étoiles. « L’enfant noir » de Camara LAYE aussi par l’illustration mais aussi « Le crédit a voyagé », bar de quartier dans l’histoire, qui est en fait, l’ancien blog d’Alain MABANCKOU lui-même ou le porc-épic en référence à un de ses livres.
Et puis une philosophie de vie, de mort mais aussi d’amitié : l’autre peut apparaitre méchant dans ses comportements mais l’est-il vraiment ? N’est-ce pas une autre sorte d’incompréhension, une autre demande de communication.

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

Je n’ai tout d’abord pas été très attirée par les illustrations de Judith GUEYFIER. Je ne sais pas pourquoi mais les doubles pages m’ont fait changer d’avis. L’exotisme de ce pays, le Congo, est dans les détails du quartier, quelques modes vestimentaires, quelques commerces. Les couleurs sont profondes et magnifiques et les doubles pages émerveillantes… le garçon rêve, les nuages deviennent des vagues et des dessins, le lit trempé de pluie devient la mer et les moutons apportent comme un exotisme dans cette vie africaine.

« J’ai écrit cette histoire de mon enfance parce que, même devenu adulte, je suis resté cet enfant qui court après sa Sœur-Etoile. Et c’est peut-être aussi pour cela que je suis devenu un écrivain. » Alain MABANCKOU

De quoi donner envie de lire ses œuvres pour adulte !
13/24

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