dimanche 1 mai 2011

Comme une soudaine envie de voler: carnet de curiosités de Magnus Philodolphe Pépin

© Thierry DEDIEU/ Plume de carotte

C'est vrai que le fait de voir son nom quelque part me donne envie de m'arrêter, de regarder, d’ouvrir les pages et de lire la première phrase. Ses propositions d'albums sont d'un éclectisme surprenant et je suis harponnée très souvent. "Comme une soudaine envie de voler, cabinet de curiosités de Magnus Philodolphe Pépin" de Thierry DEDIEU arrive à un moment propice, des rêves d'envol ponctuent certaines nuits du lutin.

© Thierry DEDIEU/ Plume de carotte

Ce tout petit entomologiste regarde la nature de près et va fantasmer voler comme une coccinelle. Il n'est pas bien lourd alors il pense que cela sera facile. Avec son compagnon le grillon, il fera l'expérience de la pesanteur en poursuivant sa quête.
De l'observation de la nature, des élytres du coléoptère, en passant par les akènes des arbres tournoyant au vent, puis les ailes des oiseaux, découle des machines humaines et inventives. Le propos est drôle, nous suivons avec délice les folies de ce petit scientifique, mini Leonard DE VINCI.
J'y retrouve la rigueur de certains éléments naturalistes avec une aventure pleine de saveurs, de possibles. C'est aussi une superbe présentation du regard scientifique et inventif: de quoi observer, inventer et rêver encore.

© Thierry DEDIEU/ Plume de carotte

Le livre est esthétiquement très fort. J'aime ces pages très colorées qui nous rappellent les planches d’illustrations de BUFFON, j'aime ces dessins "techniques" et photos où apparaissent les détails (os, structures, schémas de construction). DEDIEU propose un savant mélange de crayonnés lors des vols, de croquis à l'encre et de couleurs, permettant vraiment de suivre l'histoire et de savourer aussi le livre comme une planche naturaliste.

jeudi 28 avril 2011

Départs d'enfants

© Nicolas GERRIER et Gaëlle CHARLOT/ L'atelier du poisson soluble

"Départs d'enfants" de Nicolas GERRIER et illustré par Gaëlle CHARLOT est un
condensé d'enfance. Ce sont 30 textes courts, des tranches de vie qui relatent des départs. Il y a de la magie à la lecture de ces pages.

Les départs sont nombreux, très symboliques de l'enfance.
Certains moments sont anecdotiques, comme ce départ de table, caprice et jalousie pour une portion trop petite, un départ de course avec les individualités de mômes coureurs, un tour de jeu, un départ en colonie, un trajet en voiture, encore une histoire du soir ou des fantasmes de métiers.
D'autres prises de paroles marquent d'un fer rouge la condition des enfants dans le monde: un mariage arrangé, un enfant soldat, une petite ouvrière... ou une sortie de "conditionnelle", une entrée dans le trafic de rue, un retour dans la famille biologique étrangère.
Il y a aussi les étapes de vie qui prennent des proportions énormes pour les bambins (ou jeunes adultes) et tout un univers qui s'ouvre, de jeux, de rêves, des sentiments, de peurs, de honte aussi quelque fois. Des moments de vie où s'inscrivent les attentes des enfants, leur caractère changeant, leur besoin de se positionner et de se faire réconforter. Les adolescents sont ici présentés avec leur part d'"étrangeté", leur besoin d'être relié mais aussi leur incroyable finesse de compréhension du monde.

"Allez ma vieille, c'est l'heure. Vas-y. Pars. Ferme les yeux, pousse la porte et fais le grand saut. Regarde, Josie, je vole!
Zoé, 15 ans
Nouveau départ"
© Nicolas GERRIER et Gaëlle CHARLOT/ L'atelier du poisson soluble

Dans tous les départs, il y a l'émotion brute. Certains auraient pu tomber dans le pathos, il n'en est rien. Là, les mots des enfants, que leur attribuent l'auteur, touchent juste, l'émerveillement est là comme l'indicible. Les anicroches de la vie comme sa noirceur sont déroutées par une perspicacité, une maturité, une sérénité même dans les moments les plus fous.
Nicolas GERRIER nous offre là de subtiles focus et propose une vision de l'enfance spontanée, fraiche, impertinente mais aussi si pleine de sagesse. Les enfants y sont quelque fois plus impressionnants que les adultes sauf cas sublimes de chansons, d'atmosphères, de regards. Les peurs parentales, les manques de communications, les éducations hâtives, les lois, une autre forme de temporalité sourdent derrière les mises en évidences des enfants.
Ce livre se relie encore et encore, pour sourire, rire, pincer les lèvres et se serrer la gorge!

© Nicolas GERRIER et Gaëlle CHARLOT/ L'atelier du poisson soluble

Les illustrations de Gaëlle CHARLOT sont d'une sensibilité à fleur de peau, les mimiques y sont, les univers et pertinences enfantines aussi. Elle apportent effectivement un plus, une émotion complémentaire qui ne nous échappe pas lors des départs les plus fulgurants, les plus durs, les plus sauveteurs ou les plus insidieux.

Merci L'atelier du Poisson soluble.

jeudi 7 avril 2011

La nuit de Léon

© Yannick JAULIN et Elodie NOUHEN /Didier Jeunesse

"La nuit de Léon" de Yannick JAULIN et illustré par Elodie NOUHEN est un conte, mêlant poésie, pertinence, chaleur humaine et un chouïa de linguistique vendéenne.
Léon est un nomade, sans domicile fixe. Il arrive ici le soir de Noël, il fait froid, il est seul et cherche un abri. Personne n'ouvre sa porte. Mais au bout du village, une femme, belle comme une fée, semble l’attendre et lui indique une maison. Mais attention il ne faut pas avoir peur...

© Yannick JAULIN et Elodie NOUHEN /Didier Jeunesse

Deux personnages perdus se rencontrent et frottent leurs solitudes l'une à l'autre, choisie ou subie. Solitude des chemins, solitudes de la vie, solitude conséquence d'un refus de contact de la part des autres, au chaud dans leurs maisons. Le rapport à l'autre est très présent, celui sans abri comme celui qui dérange et que nous ne comprenons pas.
L'histoire se passe en une nuit, d'un vol de légumes, d'une maison abandonnée sur l'instant, d'un lit et de peu de paroles. Mais la reprise du contact permet un échange au delà des mots et c'est aussi la parole, transmission, évocation, apparait comme un cadeau, trésor de convivialité et d'amour.
Ce conte nous offre comme un baume pour le cœur. Là où l'homme se retrouve perdu, la vie et la terre offre son ventre, son cœur, ses tripes. De la solitude, des vies brisées, peuvent aussi sortir des contes, des histoires, des rencontres. Le don est humain et terrestre. En cela, les quelques mots de patois arrivent à point nommé, mettant une très légère distance sur une atmosphère au demeurant très précisée par le reste du texte. La relecture avec définitions donnent encore un autre cachet à l'histoire.

© Yannick JAULIN et Elodie NOUHEN /Didier Jeunesse

Elodie NOUHEN offrent de magnifiques illustrations où la froideur humaine apparait nettement. Les contrastes de couleurs froides et chaudes mettent en valeur le temps, le cœur et les émotions refoulées. Son travail de collage et de grande précision dans les textures propose une atmosphère en dehors du temps. Les ours polaires n'en sont presque pas, les rats sont géants. Les détails, les flocons et une certaine intimité précise et colorée ramènent aussi comme une impériosité à rester concentré sur l'humain.

samedi 2 avril 2011

Fumée

© Anton FORTES et Joanna CONCEJO/ OQO

"Fumée" d'Anton FORTES et illustré par Joanna CONCEJO est un album fort. Il ne se lit pas facilement, pas en raison d'un contenu flou ou pompeux, non, non rien de cela: mais bien par le sujet, les camps de concentration. Mais si les drames de l'Histoire ne vous font pas fuir de suite, que vous envisagez de les présenter à vos enfants, n'hésitez pas à lire ce livre, il est subtile, pertinent, difficile, très profond mais il permet d'accéder à cette part de l'histoire d'une manière extrêmement sensible.

Le texte est fort et marque la trame du drame. Ce sont des mots d'enfant, de ce fils qui a suivi ses parents en camp de concentration. Entre les lignes, ce sont tous les efforts d'une maman pour cacher le pire, pour préserver la vie, pour garder l'espoir.
Les détails de la détention (de juifs et de gitans) arrivent: l'alimentation où les pommes de terre ont presque plus de présence que les personnes, les médecins dont il faut se méfier, les conditions de vie, les échanges, les "travaux" et ces absences, ces disparitions.
"Nous dormons enlacés, serrés par les autres."

© Anton FORTES et Joanna CONCEJO/ OQO

Les illustrations de Joanna CONCEJO apportent énormément au livre. Ces croquis au crayon de papier apportent le côté éphémère des vies. Certaines ombres ne sont que des esquisses, en rouge, rose ou bleu. La végétation apparait aussi, comme une survivance de l'espoir, un pétale par-ci, un pissenlit là... même un cauchemar de dragon vert comme la verdure autour, le jardin d'avant.
Les habits sont plus marqués que les visages, les horreurs sont symbolisées et les "bourreaux" apparaissent comme des oiseaux de proies: au dessus, voyant tout.
"Je ne pleure jamais, parce que le bébé qui pleurnichait la nuit fut emmené, et sa mère n'arrête pas de cirer; et moi, je ne veux pas que maman crie."

© Anton FORTES et Joanna CONCEJO/ OQO

Le livre est bien-sûr magnifique, effrayant et permet de mettre en avant une part d'ombre de l'Histoire. A chaque parent d'expliciter doucement, au fur et à mesure, chaque détail. Pour que chaque vie ne soit pas juste une ligne, pour remettre des visages. Merci infiniment à Cristiana de La Boite à Thé de m'avoir susurrer ce titre.

© Anton FORTES et Joanna CONCEJO/ OQO

"A tous ceux qui ne se soumettent jamais à la vérité des vainqueurs."

vendredi 1 avril 2011

Mon père est un homme-oiseau

© David ALMOND et Polly DUNBAR/ Acte sud junior

Je devrais le savoir, avec un David ALMOND pas de risque d'être déçue! Alors oui, "Mon père est un homme-oiseau" de David ALMOND et illustré par Polly DUNBAR est une très belle proposition pour les enfants de plus de 5 ans. Libouli, je suis sûr que tu me comprends (même si tu n'as pas gardé tous les billets le concernant).

Dans cette famille, il ne reste que 2 personnes: la fille, Lizzie, et le père. La mère est morte mais nous n'en saurons pas plus. Dans cette famille, c'est Lizzie le pilier, elle soutient son père, l'aide à vivre le jour présent: manger, (mâcher, avaler), se vêtir, se laver. Et ce père se laisse aller. Il n'est que l'ombre de lui-même tout en voulant redevenir fantastique pour sa fille. Alors il décide de se transformer en homme-oiseau, il se fabrique des ailes, recrache sa tartine pour déglutir des vers de terre. Le Concours de l'Homme Volant arrive à point nommé. Il va pouvoir prouver à sa fille sa valeur.

© David ALMOND et Polly DUNBAR/ Acte sud junior

Les thèmes de David ALMOND sont encore bien là: une éducation alternative où l'imaginaire, l'amour filial et parental ont beaucoup plus de place que le conventionnel. Oui pourquoi pas prendre le défi d'un concours pour apprendre autrement, de la nature par exemple, de ces oiseaux qui reviennent encore dans les rêves (comme pour "Skellig"). Il y a aussi tout ce rapport au rôle des parents dans l'éducation, pas seulement tournée vers l'école. Le travail d'équipe père-fille, l'imaginaire construit à deux, l'émulation pour un projet plus finalisé.
Il y a aussi ce respect de l'homme dans sa fragilité, dans sa fébrilité temporaire. Le père de famille, qui pourrait perdre presque la garde de son enfant aux dires des autres, de cette tante par exemple, est ici décrit dans tout son amour pour sa fille, dans son exigence d'être fabuleux.
"- Mais Papa, dit-elle avec douceur en lui prenant le bras gentiment. Je te demande juste d'être mon papa.
Papa réfléchit un instant. Il plongea ses yeux dans ceux de Lizzie.
- C'est vrai?
On aurait dit que cette idée ne lui avait jamais traversé l'esprit."

© David ALMOND et Polly DUNBAR/ Acte sud junior

Ce livre est plein d'amour, de poésie de la vie. Et les illustrations de Ponny DUNBAR apportent par de douces touches de textures de la poésie dans ces images pastelles.

lundi 28 mars 2011

Pourquoi j'ai tué Pierre

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

"Pourquoi j'ai tué Pierre" d'Olivier KA et illustré par Alfred est une lecture de santé publique.
Olivier est un garçon de 7 ans et à chaque étape de sa vie, il revient sur un contexte, une sensibilité, une éducation, une forme de vie qui nous explique pourquoi il a tué Pierre. Cette bande-dessinée est à lire absolument même par des lecteurs pré-adolescents, accompagnés de leurs parents. Le crime n'est pas celui que l'on croit, ou presque.
Olivier est élevé par ses parents et, pendant les vacances, va chez ses grands-parents. Il nous conte ses vacances, entre baba-cool attitude des premiers, religiosité des seconds et colonies. Il nous parle de l'avant, du pendant et de l'après... parce qu'il est question d'attouchement, de pédophilie.
Ce geste, cette infamie, cet acte émis par une personne de confiance. Pierre est un prête, homme de foi sorti du carcan, très proche des autres qu'ils soient ou non de la même confession. Forme d'autorité, il est aussi un homme modèle: bon vivant, à l'écoute, altruiste. Et puis il est entré dans la famille, en tant qu'ami, soutien d'éducation, responsable des vacances.

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

C'est de tout ce qui fait une proximité, une sensualité, une éducation sexuelle dont il est question dans ce livre. Olivier découvre la pudeur en même tant que la nudité comme forme de présence au monde. Il découvre les premiers émois mais aussi les gestes, les attitudes entre adultes et enfants.
La religion a aussi une place ici. Comme ordre établi, comme garant d'une moralité. Elle constitue une forme de contre-pied moral à une utopie "politique" de "peace and love". C'est ainsi une bonne part des approches de la sexualité aux enfants qui se retrace là.

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

Et puis il y a l'acte, pas explicité, pas accepté (et pas acceptable). Et c'est aussi la culpabilité de la victime qui choque, qui interpelle... un malaise qui se lit à tous les âges, le poids des traditions, des éducations, de l'affectif, cette non-trahison des sentiments.
L'histoire, réelle, a une fin. Elle seule mérite de relire le livre, de revenir découvrir les détails de cet attachement et de cet "acte de mort" particulier.

Un billet qui vous éclaira là, un autre superbe ici.

dimanche 27 mars 2011

L'enfant de la neige

© François DAVID et Marc SOLAL/ Motus

"L'enfant de la neige" de François DAVID et mis en forme par Marc SOLAL est un début de conte... une minuscule particule de flocon, départ de toute une histoire.
Un enfant au visage et à la peau blancs comme neige. Un enfant vivant au nord, là où la neige est univers. Les autres enfants ne le supportent pas: ils ne le voient pas, ne comprennent pas ses émotions et s'imaginent cette différence, presque un camouflage, comme un flagrant délit de mauvaise nature.

© François DAVID et Marc SOLAL/ Motus

C'est un livre objet: les illustrations ne sont que des détails de gaufrage, blanc sur blanc. Un petit début demandant relecture, une ébauche qui si l'on revient montre l'enfant présent dans l'ensemble du groupe, sur une terre. Une mise en avant de lui, de cet enfant pas comme les autres, puis son isolement... des autres hommes et de la terre même.

Il s'agit là du regard vers la différence, de l'autre comme le méchant de base, de ces autres: les anti-héros, ceux en marge, ceux camouflés aussi. Très belle approche qui laisse en suspend de bien belles réflexions.

© François DAVID et Marc SOLAL/ Motus

Un très beau billet ici.

lundi 7 mars 2011

Les sales histoires de Félicien Moutarde 1. La naissance de Félicien Moutarde

© Fabrice MELQUIOT et Ronan BADEL/ L'élan vert

"Les sales histoires de Félicien Moutarde" de Fabrice MELQUIOT et illustré par Ronan BADEL est vraiment une série dont nous allons raffoler, petits et grands. Sorte de bande-dessinée à la première personne, nous suivons dans ce tome 1 les premières aventures de Félicien, dont sa naissance, son premier "crime", son premier amour et ses supers pouvoirs inexistants.
Tout est dit dès la première page, un bébé moche, avec tous les défauts de la terre, aucun superpouvoir et un esprit critique, voire cynique, décapant. Félicien nous montre tous les travers des premières années de parentalité et de vie.
Il prend la main sur sa naissance et souhaite être un méchant... de toutes façons il a plein de défauts, des points faibles qu'il souhaite utiliser. Un petit râleur, un mioche affreux jojo, qui sous ses paroles, montre une manière d'être enfant, petit être fragile dans un monde de dangers et d'attentes parentales.

Félicien prend le contre-pied de nos idées éducatives, de nos conceptions du développement de l'enfant. Son regard incisif n'est pas tendre, il dénote par rapport à toutes les merveilles que l'on associe volontiers aux petits enfants. Il commet ses premiers "crimes" d'enfance, s'effraie et se venge contre les engeances de contes créées pour faire peur aux petits en les prenant pour des idiots. C'est aussi un livre sur la solitude des enfants et sur les dangers relationnels.

© Fabrice MELQUIOT et Ronan BADEL/ L'élan vert

Ce roman graphique fait du bien aux grands qui ne se délectent plus de cette surabondance de mièvrerie autour de l'enfance. Ce Félicien est jouissif dans les métaphores associées à sa réalité et toutes les malveillances qu'il stimule. Et il plaira aux petits pour ce regard malicieux sur les parents, l'amour et les super-héros.
Les illustrations, en noir et blanc ou lie de vin, apportent de la fantaisie au discours. Elles proposent un univers de l'enfance sous le signe de la dramatisation avec de superbes images théâtralisées.

© Fabrice MELQUIOT et Ronan BADEL/ L'élan vert

Le tome 2 arrive bientôt, on a hâte! Ce seront les aventures de Félicien Moutarde à partir de ses 2 ans.

samedi 5 mars 2011

Tous ses petits canards

© Christian DUDA et Julia FRIESE/ Être

"Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE est un énorme coup de cœur. Courrez le chercher, la maison d'édition a fermé depuis décembre 2010: vous ne regretterez pas si vous chercher finesse, jeu de mots, humour et dessin presque filmique. Bon allez je vous en parle plus en détails.

Konrad, renard de la forêt, a faim et voit une superbe cane qui ferait bien son déjeuner. Il se précipite, elle s'envole et laisse derrière elle un œuf parce que oui "les œufs n'ayant pas de poignées, elle avait dû abandonner le sien." Cela devait être simple, le renard mangeait la cane et nous changions d'histoire... ou encore le renard se préparait une bonne omelette et puis fin. Mais voilà justement il n'y aura pas de fin à la faim du renard.
Konrad a les yeux plus gros que le ventre... un œuf c'est peu, un petit canard c'est mieux. Mais qu'est-ce qui prend le caneton, à l'éclosion, de l'appeler maman... non, non, non, c'est un repas! Et qu'est-ce qui a pris le renard a lui dire que non, lui c'est papa. Et puis Konrad lui donne un nom et Lorenz, parce qu'il s'appelle Lorenz, va...
Et puis un petit canard c'est pire comme repas : "j'aurais encore faim avec, en bouche, un avant-goût de canard."

© Christian DUDA et Julia FRIESE/ Être

L'album a un texte dense où l'humour n'est jamais loin, il apparaît par exemple dans tous les bruits d'estomac du renard, dans tous les quiproquo. Les illustrations de Julia FRIESE faites de découpages, de crayonnés, de peinturlures, apporte aussi une dimension très poétique et dynamique. Les animaux sont crayonnés dans tous leurs mouvements, dans l'action, comme une sorte de "flip book" sur une seule feuille : le renard a souvent plus de deux oreilles, le canard se démultiplie sur la page pour mimer l'action... l'agitation, l'attention du premier et le papillonnage du second sont alors palpables. Et puis il y a comme un album de photos, nous montrant ce qu'il n'est pas dit.

© Christian DUDA et Julia FRIESE/ Être

Comme vous le comprendrez à l'"usage", ce livre a plusieurs lectures. L'amour filial, la parentalité, la leçon de choses ne sont pas les seules.