samedi 6 avril 2013

La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer

J'ai pris l'habitude de suivre la collection "Trimestre" avec beaucoup d'intérêt, au point de commander des livres que j'ai déjà. Cette dernière proposition est encore un coup de coeur!

© Benoit BROYART et Donatien MARY/ Oskar

"La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer" de Benoit BROYART et illustré par Donatien MARY est un uppercut.

Nathan part chercher du pain à la boulangerie du coin. Ce n'est pas anodin. Son papa est au chômage et même un détail comme l'absence de la baguette serait un drame... comme ceux qu'il lit dans le journal, comme ceux qu'il a dans la tête. Allez comme d'habitude Nathan joue, il baisse la tête ne regarde que le trottoir, s'il ne rencontre personne il aura gagné. Mais aujourd'hui... en remontant le regard, il a perdu... son chemin. Il se retrouve dans un quartier inconnu. Mais en plus, rien ne va, beaucoup de personnes se pressent dans la rue comme un jour de semaine mais nous sommes samedi, et personne ne lui répond quand il demande son chemin. Il est devenu transparent.
Perdu, seul, frigorifié, il se love dans un parc et une grosse dame l'aperçoit. Elle lui propose de venir au chaud, de dormir une nuit chez elle. En arrivant, une odeur de gaufres, un lit bien chaud. C'est trop beau. La nuit, une dispute réveille Nathan... il y a un ogre.

Ce très court récit nous parle de la parentalité. De ce père irrité et de ce quotidien aux situations angoissantes. Mais aussi chaque adulte du récit semble apporter une touche de ce qui fait le parent... préoccupé, l'enfant peut être transparent, mais non pouvons aussi être rassurant, maternant comme la dame qui l'accueille.
Alors oui, la dame n'est autre que la femme de l'ogre. Mais cette référence au conte du "Petit poucet" n'est pas simple copie. L'ogre n'est autre que le parent en prise avec ses frustrations et ses manquements. Le parent hurle, vocifère, veut manger l'enfant... ou plutôt se débarrasser de cette responsabilité, de cette charge, de cette image peut-être d'une certaine insouciance.
Cette histoire m'a parlé de moi! Comme toutes les propositions "Trimestre", ce n'est pas un texte a laissé à l'enfant seul, il constitue une porte ouverte au dialogue, pour exprimer des émotions lourdes de sens, pour proposer des échappatoires.

Donatien MARY offre l'illustration d'un cauchemar. La nuit dans une chambre et l'ogre sont magnifiquement terrifiants. Je vous mets des photos dès que je récupère mon appareil utilisable.

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