vendredi 3 septembre 2010

The little red fish

* Taeeun YOO, en attendant que ses livres sortent en français, son site (source de l'illustration) est ici, son blog .

mercredi 25 août 2010

Maestro

Ma libraire m'a amenée jusqu'à cet auteur, elle a bien fait. "Maestro" de Xavier-Laurent PETIT m'avait offert un très beau moment de lecture.
Nous suivons des gamins de rue d'une ville touristique de Bolivie et plus particulièrement Saturnino, sa petite sœur Luzia et Patte-folle. Ils vivent des menus métiers de rue comme cireurs de chaussures et grappillent ici et là de quoi se nourrir. La vie n'est pas facile et les touristes profitent... pour survivre il ne leur est pas rare de devoir aussi voler.
Le dictateur fait place net avec sa milice sans considérer le peuple. Un jour, Saturnino est pris en flagrant délit de vol auprès d'une belle jeune touriste. Un milicien arrive et souhaite l'enfermer (ou pire). "Si tu sais ce que va faire un macaco, tu en sais plus que lui". Un vieil homme très élégant, Romero, prend parti pour le pilluelo (gamin des rues). Il propose à Saturnino de venir le voir le lendemain et d'emmener ses copains et sa petite sœur.
C'est le départ d'un nouvel espoir dans ce climat politique tyrannique et cette misère, encore faut-il que le monsieur ne soit pas un cazadore (touriste sexuel). Le rendez-vous est à l'école de musique.

Bien-sûr le livre parle de l'atmosphère oppressive de la rue, de la ville, de la misère, de la politique, de la situation d'orphelin, mais c'est encore plus l'espace de liberté, d'émotion écoutée, d'attention, de partage, qu'est l'école de musique qui m'a le plus embarquée.
Cet apprentissage de la musique est un réapprentissage de la confiance. Romero est un Maestro (chef d'orchestre), revenu en fin de parcours dans son pays. Sa pédagogie musicale est fabuleuse. Le premier contact avec la musique est auditive mais aussi tactile et émotionnelle : les enfants sont invités à poser leur oreille sur le caisson d'un violoncelle. "Ils jouaient un truc inimaginable, un énorme morceau de gaieté dans lequel chacun pouvait mordre comme dans un gâteau. Rien qu'à l'écouter, j'avais envie de galoper, de sauter, de danser, de crier..." dit Saturnino de la "Marche de Radetsky" de Johann Strauss. Les enfants se mettent aux instruments, la partition sous les yeux juste pour se l'approprier sans apprendre pourtant le solfège. Et puis une fois que chaque instrument connait son morceaux, le Maestro propose un concert privé...

L'école est un repère, un espace privilégié. Un espace atteignable aussi par le dehors même si les enfants y viennent pour la musique en laissant le reste à l'extérieur. C'est un espace où ils grandissent, se trouvent un peu, sont accompagnés... une première approche des changements dans une vie entre l'enfant et l'adulte qu'il deviendra.

Un roman à recommander! "Ce que j'aime en musique, on peut recommencer des milliers de fois comme si c'était neuf."

Un autre livre parle aussi d'une pédagogie de la musique de manière très tentante, "Totto-chan, la petite fille à la fenêtre" de Tetsuko KUROYANAGI dont je parle là, une approche de la pédagogie JAQUES-DALCROZE dont je vous parle ici. Et puis pour le plaisir d'écouter le morceau préféré de Patte-folle "La Marche de Radetsky" de Johann Strauss.

JOHANN STRAUSS "La marche de Radetzky"
envoyé par Ultra_White_Forever. - Regardez la dernière sélection musicale.

mardi 24 août 2010

Skellig

Je connais David ALMOND par son livre magnifique "Le sauvage" illustré par Dave McKEAN. Je m'attendais à de la finesse du propos dans "Skellig". Je n'ai pas été déçue même si la part fantastique est un peu plus présente dans ce roman là.
Mickaël a déménagé avec sa famille dans une nouvelle maison anciennement habitée par un vieux monsieur. Tout est à refaire, la maison, le jardin et aussi la garage. C'est aussi une étape de vie, la famille s'est agrandie, une petite sœur est arrivée, elle n'a pas encore de nom et se bat pour vivre. La maman est souvent avec elle à l'hôpital et le papa bricole pour que la maison soit prête pour leur retour. Le jeune garçon n'a aucune envie d'être là, dans cette maison en ruine et ce garage qui tombe en miettes. Il lui est défendu d'aller le visiter d'ailleurs mais l'envie est trop forte: dans les décombres, les débris, les toiles d'araignées, il découvre une ombre, un homme, décharné, peut-être mort ou mourant, blanc, qui gobe les mouches.
Il faut que cet habitant parte, tout va s'écrouler sur lui et le garage va être refait. Mickaël veut l'aider... mais qui est-il? Qu'est-il? Il trouvera en sa jeune voisine, Mina, une alliée de choix.
"- [...] Moi, je suis malade comme un chien.
Elle lui effleure les mains. Elle remonte les manches crasseuses pour palper les poignets enflés. Elle murmure:

- Calcifiés. L'os durcit comme de la pierre. Le corps entier se change en pierre.
Il glousse.

- Pas aussi sotte qu'elle en a l'air.
- En même temps, reprend Mina, l'esprit aussi durcit. Il arrête de penser, d'imaginer. Il devient comme de l'os. Ce n'est plus un esprit. C'est un bloc d'os dans une coque de pierre. C'est l'ossification."

Derrière cet étrange personnage se faufile des thèmes comme la mortalité, la vieillesse mais aussi la naissance et les accidents ou la fragilité de la vie. La relation frère/sœur est aussi à ses débuts, entre jalousie, émotion et envie d'être le sauveur.

Et puis comment ne pas être sensible à la pédagogie. Mickaël est scolarisé. Il est accompagné par ses copains, joue au foot et, en cours, réponds à des questions fermées et est très dirigé. Mina, elle, fait l'école à la maison, avec sa maman. Elle est souvent perchée dans un arbre de son jardin, ou sur une couverture au pied de l'arbre, elle dessine, peins, écrit son journal, modèle et observe, écoute la nature.
"- Tu fais des sciences nat ?
Elle rit.
- Tu vois comme l'école t'enferme! Des sciences nat, pas du tout. Je dessine, je peins, je regarde, je lis. Je sens le soleil et l'air sur ma peau. J'écoute le merle. Je m'ouvre l'esprit. L'école, tu parles!
Elle saisit un livre sur sa couverture, l'ouvre et me dit:
- Écoute.
Elle s'assied bien droit, toussote pour s'éclaircir la voix et lit:

Mais aller à l'école par un matin d'été,

Oh! Voilà qui tue toute joie;
Par un œil cruel harcelés,
Les petits passent la journée
A soupirer de désarroi.

Elle referme le livre.
- William Blake. Encore. Tu as entendu parler de lui, au moins?
- Non.
- Il était peintre. Graveur, aussi. Et il écrivait des poèmes, en plus. Les trois-quarts du temps, il ne portait pas de vêtements. Il voyait des anges dans son jardin."

Les notions d'ornithologie ponctuent le texte, lui donne une ligne et une ampleur. Skellig ressemble un peu à l'un d'eux, peut-être, et puis les omoplates sont là, signes d'anciennes ou futures ailes humaines.
Les rêves de Mickaël suivent la réalité de sa vie et s'entremêlent avec la vie des oiseaux, sa petite sœur comme l'un d'entre eux. Le livre ouvre la voie sur d'autres choses encore.

Une petite merveille! Et puis je suis tellement d'accord avec beaucoup de propos sur l'enseignement et la découverte de William BLAKE cité souvent est d'un bonheur constant. Pour le plaisir, je vous laisse la représentation de Perséphone de Dante Gabriel ROSSETTI... personnage secondaire du récit, ramenant l'énergie après l'hiver.
Lily vous propose un très beau billet tout aussi mystérieux.

vendredi 20 août 2010

Jean-Henri Fabre, les Enfants de l'été

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

« Jean-Henri Fabre, Les enfants de l’été » de Margaret J.ANDERSON et illustré par Marie LE GLATIN KEIS est une lecture d’été pour jeunes amoureux des insectes.

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

Paul est un des derniers fils de l’entomologiste célèbre et le suit dans ses observations des insectes."La plupart des entomologistes étudient les insectes morts, sur épingles. Père, non, il est curieux de connaître les insectes vivants. Les insectes naissent en sachant faire beaucoup de choses astucieuses grâce à leur instinct naturel. Certains ont le savoir-faire du chirurgien, d'autres celui d'un ingénieur. Père est toujours subjugué par ce que savent faire les insectes. Il est aussi surpris de la stupidité dont ils peuvent faire preuve. Pour en savoir plus sur l'instinct, Père joue souvent des tours à ses insectes. Il appelle ses tours "des expériences".
La lecture est très simple. Son format de petits chapitres chacun consacré à une petite bête le prédestine à des lectures du soir. A chaque fois, ce sont des détails d'entomologie sortis des écrits de Mr FABRE, "Souvenirs entomologiques", des souvenirs de famille et une écriture enjouée.
Le plus enthousiasmant reste cette observation du vivant. L'entomologiste et ses enfants cherchent dans la nature, se plient aussi à un emploi du temps dicté par les observations extérieures. Les insectes décrits deviennent moins étrangers et les expériences offrent vraiment une interaction et une approche plus passionnelle. Elles montrent en quoi l'instinct est un élément primordial chez les insectes les élevant à des spécificités, des ingéniosités et aussi des manquements.
Les guêpes architectes, reines de la physique et de la géométrie, les coléoptères enfouissant les dépouilles pour les manger, les efforts épuisants des balanins éléphants et de leur longue "trompe", les chemins des chenilles processionnaires du pin et des fourmis, le bousier et la cigale. J'aurais aimé encore plus, de ces anecdotes, de ces expériences, de ces partages... de la pédagogie, de la passion et beaucoup, beaucoup de curiosité.

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

Les illustrations de Marie LE GLATIN KEIS sont présentes mais pas aussi souvent que j'aurais aimé, elles ne prennent qu'un détail et j'aurais été partante pour plus d'explication presque scientifique... elles ne sont que des illustrations du texte mais cela permet d'en faire un vrai livre pour enfants.

© Margaret J.ANDERSON et Marie LE GLATIN KEIS / A.barthélémy-Avignon

Et dire que les japonais sont fascinés plus que nous par cet entomologiste... une curiosité à réapprendre... j'en parle un peu là à notre niveau.

Pour vous faire une idée des "Souvenirs entomologistes", c'est ici.

samedi 7 août 2010

Je suis né un jour bleu


Dans "Je suis né un jour bleu, à l'intérieur du cerveau extraordinaire d'un savant autiste" de Daniel TAMMET, l'auteur déroule son histoire personnelle, de la petite enfance, au passage à l'école, l'adolescence et les premiers émois jusqu'à l'âge adulte, la voie vers une autonomie et une équilibre. Rien que cela c'est déjà fabuleux. Parce que bien-sûr Daniel TAMMET est atteint du spectre autistique et plus particulièrement du syndrome savant et que rarement les personnes atteintes arrivent à expliquer aux autres comment elles conçoivent le monde. Ainsi c'est tout une manière de pensée qui nous est offerte et aussi des conseils pour aider aux mieux ceux qui ont les mêmes "difficultés".

Chaque étape de vie est reprise sans impudeur, avec de la fraicheur et surtout cette lecture comportementale.
La naissance et ses premières années de vie où la sensibilité anormale aux stimulations et aux informations sensorielles le rend angoissé. Les pleurs dits de colique prennent une autre explication là: des réactions aux douleurs neurologiques. Et l'allaitement est avancé comme une aide pour les bébés autistes à développer des émotions rassurantes.
La première intégration dans un autre environnement que familial: celui de la crèche et des écoles. Il ne porte aucun intérêt aux autres enfants, seuls les chiffres, les nombres forment son environnement et les manuels de mathématiques se succèdent. Daniel ne comprend pas les métaphores, les expressions faciales, les conventions de discussion, il se choque aussi à l'espace de proximité, espace à ne pas franchir. "Écouter les autres n'est pas facile pour moi. Quand quelqu'un me parle, j'ai souvent le sentiment d'être en train de chercher une station de radio, et une grande partie du discours entre et sort de ma tête comme des parasites." Quelle est belle d'ailleurs cette image "j'allais leur toucher le cou avec mon index parce que j'aimais cette sensation chaude et rassurante."
Il ne se sent pas différent, puis cette impression arrive, c'est le début de la solitude et de la recherche des premiers amis. Avant il n'en avait pas conscience, entouré qu'il était de sa famille mais aussi des nombres, des calculs permettant de reprendre pied lors d'une angoisse. Ses ressentis sont aussi différents des autres, les cours mais aussi les films le laissent très émotifs. Pour s'adapter à sa "différence" sans être embêter, il a regardé les arbres pour se sentir disparaitre derrière leur verticalité et s'est créer son premier ami virtuel, une adulte avec une conversation d'adulte.

Daniel TAMMET offre tout le parcours de sa vie et certains passages sont "rassurants". Il a été entouré, diagnostiqué, préservé et aussi les personnes qu'il a rencontré lui ont offert un retour assez magnifique.
Il nous parle du quotidien de la famille, de ses parents et frères et sœurs, dans cette organisation, ses comportements demandant aménagement. La cohabitation difficile et les règles demandant des efforts à chacun, de son insensibilité au danger ou son incapacité à appeler à l'aide. Il ne nous épargne aucune angoisse et nous énonce les astuces trouvées: l'isolation dans sa chambre, les jeux communs alliant le dénombrement, l'ordre et les chiffres, par exemple.
Le premier amour est aussi une étape clef de son histoire. Et quel plaisir qu'elle se soit passée dans le respect: son homosexualité a été énoncé comme une évidence, pas un choix. Et son premier sujet d'amour a refusé en lui parlant avec sincérité sans fuite ni colère.
L'autisme provoque de nombreuses difficultés pour la vie de tous les jours. La question de l'autonomie, de la vie de couple, du travail. Daniel, n'étant jamais parti de chez lui et étant autonome juste dans la maison parentale, part en Lituanie 1 an pour son premier travail. Sachant que toute nouveauté dans le quotidien offre une angoisse, ce défi de vie montre toute la capacité et la volonté de Daniel.
L'auteur offre aussi l'après, ce début d'autonomie à long terme, sa vie de couple et ses ambitions.

Le livre présente en effet l'autisme asperger savant dans tout son diagnostique et ses études. Il ne s'agit pas d'une vulgarisation sur l'autisme mais plus une présentation scientifique de son esprit mathématique avec de nombreux exemples. Daniel TAMMET est atteint de synesthésie et a souffert d'épilepsie dans son enfance. Son cerveau offre des potentialités autres.
Il nous présente les tests, les expériences mathématiques sur les nombres premiers mais aussi sa vision des chiffres, comme des paysages numériques.
L'autisme et son mode opératoire semble plus abordable comme cette sensibilité aux détails quand nous avons une vue d'ensemble:
"Un tiens
vaut mieux que deux tu
tu l'auras
En lisant rapidement on ne remarque pas le second "tu" superflu."
Daniel TAMMET nous livre son ressentis face aux défis présentés par les scientifiques et analyse ses compétences et ses efforts. Énoncer 22 514 décimales du chiffre Pi dont voici le paysage, la forme spatiale et géométrique, la couleur peinte par l'auteur.

Ou apprendre une langue étrangère très compliquée, l'islandais, en une semaine. Cela vient après ces premières approches des langues en cours, en famille, entre amis ou lors de son séjour en Lutuanie. La synesthésie joue aussi sur les mots en leur offrant une couleur et une texture. Daniel TAMMET offre alors une description des langues, du langage et ses lien entre modèles visuels et structure phonétique, prouvant une certaine synesthésie latente de la langue: choisissez de ces formes laquelle peut s'appeler kiki et laquelle bouba... statistiquement chacun sera d'accord que le côté piquant phonétique renvoie aux piquants de la forme.
L'auteur offre aussi une ouverture sur les autres langues, réelles ou imaginaires, avec des ponts entre chaque. Des découvertes comme l'imaginaire espéranto ou le mänti (inventé par Daniel TAMMET).

Alors oui c'est une biographie, un essai scientifique sur l'autisme, la synesthésie, l'épilepsie et le syndrome savant mais c'est aussi un livre remarquable. Il est bien écrit, plein d'humour, de sagesse et de foi en l'homme. Il n'y a aucune indélicatesse et en plus de toutes ces références, d'autres s'égrènent au fil des pages, comme celles littéraires sur un contexte épileptiques des écrits de DOSTOIEVSKY et de Lewis CARROLL.

Daniel TAMMET a aussi été un cobaye scientifique, "volontaire", et pourtant il offre avec générosité son ressenti, ses émotions, son hypersensibilité aux sensations physiques et de quoi mieux le comprendre. Il est le sujet d'un documentaire que vous pouvez voir là. Son second livre propose même une explication plus aboutie des capacités du cerveau (de son cerveau) et des clefs pour améliorer les capacités du notre.

Ici vous trouverez un petit texte très incitant.
Rajout du 03/04/12: Et pour une bibliographie plus importante sur le sujet de l'autisme, vous pouvez suivre ce lien et mes réflexions sur le sujet.

samedi 10 juillet 2010

A voix basse... the land of enchantment

... la lecture entraîne de sacrés dangers et de fabuleux enivrements...

*source Norman ROCKWELL The Land of Enchantment

... la lecture comme une aventure d'enfant par Juliette NOUREDDINE, "A voix basse":


J'ai un bien étrange pouvoir
Mais n'est-ce pas une malédiction ?
Cela a commencé un soir
J'avais à peine l'âge de raison
J'étais plongée dans un roman
De la Bibliothèque Rose
Quand j'ai vu qu'il y avait des gens
Avec moi dans la chambre close

Qui donc pouvaient être ces gosses,
Cette invasion de petites filles ?
Que me voulaient ces Carabosse
Qui leur tenaient lieu de famille ?
J'ai vite compris à leurs manières
A leurs habits d'un autre temps
Que ces visiteurs de mystère
Etaient sortis de mon roman

{Refrain:}
Ils jacassent
A voix basse
Dès que j'ouvre mon bouquin
Je délivre
De leurs livres
Des héros ou des vauriens
Qui surgissent
M'envahissent
Se vautrent sur mes coussins
Qui s'étalent
Et déballent
Linges sales et chagrins
Ils me choquent
M'interloquent
Et me prennent à témoin
De leurs vices
Leurs malices
De leurs drôles de destins
Mauvais rêve
Qui s'achève
Dès que je lis le mot "fin"
A voix basse
Ils s'effacent
Quand je ferme le bouquin
A voix basse
Ils s'effacent
Quand je ferme le bouquin

Depuis dès que mes yeux se posent
Entre les lignes, entre les pages
Mêmes effets et mêmes causes
Je fais surgir les personnages
Pour mon malheur, je lis beaucoup
Et c'est risqué, je le sais bien,
Mes hôtes peuvent aussi être fous
Ou dangereux, ou assassins

J'ai fui devant des créatures
Repoussé quelques décadents
Echappé de peu aux morsures
D'un vieux roumain extravagant
J'évite de lire tant qu'à faire
Les dépravés et les malades
Les histoires de serial-killers
Les œuvres du Marquis de Sade

{au Refrain}

N'importe quoi qui est imprimé
Me saute aux yeux littéralement
Et l'histoire devient insensée
Car je n'lis pas que des romans !
Ainsi, j'ai subi les caprices
D'un Apollon de prospectus
J'ai même rencontré les Trois Suisses
Et le caissier des Emprunts Russes

Un article du Code Pénal
Poilu comme une moisissure
S'est comporté comme un vandale
Se soulageant dans mes chaussures,
Ce démon qui vient de filer
Ça n'serait pas, -je me l'demande-
Un genre de verbe irrégulier
Sorti d'une grammaire allemande ?

Je pourrais bien cesser de lire
Pour qu'ils cessent de me hanter
Brûler mes livres pour finir
Dans un glorieux autodafé
Mais j'aime trop comme un opium
Ce rendez-vous de chaque nuit
Ces mots qui deviennent des hommes
Loin de ce monde qui m'ennuie.

Malgré les monstres et les bizarres
Je me suis fait quelques amis
Alors, j'ouvre une page au hasard
D'un livre usé que je relis
Et puis -j'attends je dois l'avouer-
Au coin d'un chapitre émouvant
Que vienne, d'un prince ou d'une fée,
Un amour comme dans les romans
Comme dans les romans

A voix basse
Qu'il me fasse
Oublier tous mes chagrins
Qu'il susurre
Doux murmures
Des "toujours" et des "demain"
Qu'il m'embrasse
Qu'il m'enlace
Et quand viendra le mot "fin"
Je promets
De n'jamais
Plus refermer le bouquin

mardi 6 juillet 2010

Les vertes lectures: La Comtesse de Ségur, Jules Verne, Lewis Carroll...


Je prends beaucoup de plaisir à lire des essais sur les livres. Est-ce pour palier à une culture lacunaire de la littérature ? Bien-sûr mais c’est aussi une manière de raisonner sur ce que les auteurs nous donnent à lire. « Les vertes lectures : La Comtesse de Ségur, Jules Verne, Lewis Carroll, Jack London, Karl May, Selma Lagerlöf, Rudyard Kipling, Benjamin Rabier, Hergé et Pierre Gripari » de Michel TOURNIER et illustré par Sibylle DELACROIX offre en cela une ouverture aux lectures en même temps qu’une belle mise en valeur.

L’auteur, de livre pour adultes et plus jeunes, nous livre ici les contextes d’écritures de ces auteurs fabuleux. Il nous rappelle que sous les termes de lectures « vertes », il y a ces livres mis au rayon jeunesse mais dont les récits, sous des histoires imagées, ont justement la « verdeur » de la vie : ironie, cruauté, drame, jalousie et politique...
La bibliographie de la Comtesse de SEGUR remise dans son contexte apporte cette touche de peinture de mœurs, de religiosité, de politique. « Le grand bonheur de Sophie, c’est sans doute de nous donner pour notre joie et pour notre perplexité un écheveau de malice et de candeur si bien enchevêtré qu’il ne nous est pas possible de le démêler. »
Jules VERNE nous amène la distinction entre écrivains historiens, intéressés par la noirceur humaine, et les écrivains géographes, euphoriques à toutes nouvelles expéditions. Mais Michel TOURNIER ouvre les aventures écrites par VERNE dans justement ce paysage habité. « […] l’œuvre de Jules Verne relève tout entière de la philosophie et sa forme romanesque elle-même peut se ramener à une quête de la rationalité par un sujet connaissant héroïque affrontant des terres et des mers inconnues pour les conquérir. » La physique et la géographie sont alors en dualité et offre une vision du bonheur dans un lieu clos, éloigné du vrai monde : le bonheur par élimination des intempéries.
Lewis CARROLL est dépeint dans ses failles et sa passion pour les très jeunes filles mais c’est sûrement pour cet enfer de « derrière le miroir » vers la sexualité et du devenir qui annihile le présent.
Jack LONDON offre sa vie sous romance, de multiple aventures et tumultes.
Karl MAY que je découvre et son western-choucroute.
Selma LAGERLÖF apparait avec tout le prodige d’unir le réalisme à la féérie, offrant une connaissance appuyée des éléments de la nature, faune et flore, et des activités nocturnes.
Rudyard KIPLING encore plus mystérieux, pour lequel l’Inde apparait en décor mais pas forcément en symbole. La faune et la flore participent de ces caricatures humaines et de cette civilisation victorienne. Le discours entre l’inné et l’acquis est là dans cet adolescent sauvage, pas si sauvage d’ailleurs et pas sexué. J’ai envie de relire « Le livre de la jungle » et « Kim » bien-sûr.
Benjamin RABIER est repositionné dans ses satyres humaines sous forme d’animalier… et un clin d’œil à la vache qui rit.
Tintin apparait comme un jeune homme sorti du scoutisme et sorti de toutes les contraintes personnelles : pas de métier, de famille, de statut social etc… seule intelligence parmi les adultes.
Ou Pierre GRIPARI dont la vie n’a de valeur que l’écriture de conte, qu’être transparent et sortir de l’imagination.
Un point important est aussi cette proposition d’un discours sur la propre œuvre de l’auteur, Michel TOURNIER. Sont repris cette réflexion superbe sur la solitude, l’inné et l’acquis, le sauvage mais aussi de ce qu’est un livre jeunesse réussi. L’auteur nous présente ses différentes trames, avec un « Vendredi » différent entre la version philosophique et celle jeunesse mais aussi le rôle important d’un livre, car repris en classe, car traduit ou même piraté. En cela le questionnaire de Proust en fait de livre est particulièrement intéressant, surtout quand on pense qu’il a essayé de remettre sur le devant de la scène « La pomme rouge » de Francis GARNUNG, oh combien une merveille!

Même si ces chapitres me poussent à vouloir lire, relire, que ce soient mes lectures présentes, CARROLL ou KIPLING mais aussi les plus jeunes comme du LONDON ou du LARGELÖF, ils vont encore plus loin et m’incitent à lire entre els lignes d’un Tintin (Tiens cela me rappelle des cours de sociologie de la représentation artistique !) ou d’un Bécassine, oui, oui. Les propos tenus par Michel TOURNIER poussent à l’esprit critique, poussent à une relecture des écrits dit jeunesse avec justement la lucidité plus aiguisée d’un adulte. Il nous offre des portes d’entrée mais aussi l’intuition de nombreuses autres caractéristiques d’un livre pour adulte réussi, avec un sens.

J’ai particulièrement été touchée par l’oralité et l’écrit dans la littérature.
Même si la lecture est un acte conquis, acte d’apprentissage, elle n’est pas démunie d’oralité. J’aime énormément ce point de vue. De cette lecture à voix haute des proches d’un enfant à celle de comédiens lisant des œuvres classiques pour tout un chacun ou pour les aveugles, en passant par la lecture à voix haute d’apprentissage avant d’être mentale plus tard, l’écrit peut être partage, don de voix.
TOURNIER reprend aussi les genres littéraires dont l’oralité lui semble (et est) une conséquence : le théâtre se doit d’être vécu ; la poésie d’être audible et proclamée ; les contes, résultantes de partages et d’oralité populaire ou ceux créés pour être amplifiés devant public. Le livre offert par l’auteur comme une moitié dont le lecteur par sa voix mentale ou orale présentera le reste, la tonalité, l’emphase etc…

La philosophie aussi transparait là et présente les œuvres avec une nouveauté et une originalité salvatrice : Gilles DELEUZE, KANT, SPINOZA.

Une lecture recommandable bien-sûr !

jeudi 1 juillet 2010

J'ai choisi d'être médecin chez les Touaregs

« J’ai choisi d’être médecin chez les Touaregs » propos de Sœur Anne-Marie recueillis par Jacques DUQUESNE et Annabelle CAYROL offre une belle prise de conscience.

En suivant les journalistes durant leur séjour auprès d’Anne-Marie SALOMON, ce sont des propos francs, sans langue de bois, qui nous sont offerts et le récit de vie d’une religieuse pas comme les autres. « J’avais envie d’être médecin de campagne, mais je ne comprenais pas ce qui était en moi ; l’idée que j’avais du médecin de campagne ne correspondait pas à ce que je voyais en France. Et quand je suis arrivée en Afrique, j’ai compris que ce désir se réalisait. Cette espèce de rôle de médecin de campagne qui est déjà de cœur avec la population, qui va aider l’un et l’autre à entreprendre quelque chose… qui s’occupe de la scolarité des gamins, qui va peut-être avoir son jardin aussi, et ainsi de suite… »

Jeune femme, elle voulait être et religieuse et médecin mais entrera juste au couvent et deviendra pour la première partie de sa vie professeur de physique/chimie. Sa foi, sa volonté d’être là pour les autres, pour les plus pauvres, la pousse à aller en Afrique, au Mali, et pour plus d’efficacité d’aide l’entraine vers une formation de médecin à plus de quarante ans. C’est cette même motivation d’être au plus près de la pauvreté qui la dirige vers les Touaregs. De sa vie après, peu de choses si ce n’est son temps exclusivement destiné à la médecine, aux centres de soins, aux patients, cette disponibilité constante aux autres mais pas aux remontreurs de bonne conscience venus regarder son travail. De sa situation pendant la période de rébellion au Mali, peu de choses, si ce n’est une prise de conscience des dangers comme si sa vie n’était pas importante et comme si la foi l’aidait en tout.

Sœur Anne-Marie présente aussi et surtout ses projets et la politique médicale du Mali. D’une pratique privilégiée malienne très ethnique voire familiale au début, elle met en place des centres de soins pour tous, nomades ou non où le jour de consultation se fait plus en fonction des problèmes médicaux : gynécologie, sida, tuberculose mais aussi paludisme ou bilharziose. Ses engagements et ses actions aident en partie à l’émancipation des femmes (consultation où elles viennent seules mais aussi prévention, contraception et investissement dans les discours ethnico-médicaux de mariages). L’investissement éducatif est là aussi : à chaque centre de soin une école et vis-versa.
Le plus important reste la conception de l’Afrique de Sœur Anne-Marie, contre une attitude colonialiste, contre la poursuite des relations historiques entre l’Europe et le continent noir d’un dirigeant arrivé avec l’argent confronté à des mains-d’œuvre obéissantes ou résistantes. Elle n’apporte son soutien financier et de moyens que si la population locale a travaillé sur le projet, l’a étudié, se forme pour l’encadrer et le soutenir à long terme. La prise en charge de la population est totale, autant dans les projets de construction des centres de soin ou des écoles (où les dons de livres sont sur des livres francophones mais maliens), que dans le paiement des consultations médicales.
Les à priori sont vilipendés, autant cette politique méprisante de la culture Touareg qu’est le slogan « nourriture contre travail » que la caricature des Africains paresseux où la paresse n’est qu’une vue de l’esprit et une inconscience du contexte climatique du travail. Sœur Anne-Marie n’est pas tendre avec les locaux non plus, sur leur différence de conception de l’hygiène, sur leur absence de prise en charge, sur la corruption ou leur désinvolture culturelle concernant les papiers (de mariage ou de divorce par exemple) ou la position de la femme (cf l’extrait sur les poupées tamasheks).

Le grand point fort de ce livre est aussi pour moi la position de cette sœur sur les occidentaux.
Ce mépris des touristes cochant un lieu et cherchant un guide pour aller tâter de l’éléphant. Leur invasion même si porteurs de bons sentiments et de bonne volonté. Leur ignorance du terrain, ne se souciant pas de l’après eux. « Il existe souvent, chez des gens par ailleurs généreux, une sorte d’inconscience. Ils ne comprennent pas l’Afrique, ils ne savent pas que nous avons besoin d’argent plus que de personnes pour travailler. Les agents, nous en avons. L’argent, il fait toujours défaut. »
Même les associations et les ONG en prennent pour leurs grades. Les interrelations des associations sont acclamées et leur processus pratique d’aide décrit. Mais les stratégies « de dons », la méconnaissance du terrain et des projets à court terme sans suivi des locaux de certaines ONG sont épinglés.

Et puis deux points annexes mais pas tant que cela : la religion et la culture malienne.
La culture malienne dans sa religiosité (pas au sens péjoratif), les gigots d’accouchement mais aussi leurs liens forts à la famille, aux personnages importants comme le marabout (décideur et marieur) ou la forgeronne (la griotte, la conteuse de récits et de nouvelles), la polygamie et la sexualité mais aussi des indications sur les avancées : ce téléphone par exemple qui permet d’être moins pauvre car la population peut quémander des sous à sa famille éloignée.

Les propos sont aussi religieux. Sœur Anne-Marie est une Sœur de la Retraite à la spiritualité ignacienne, proche des jésuites. Et tout le parcours de cette femme semble très emprunt de religiosité (mais pas au sens kitch) : une éducation à la religion avec un contexte de « Propagation de la foi » pour les chinois mais aussi, une fois rentrée au couvent, une démarche poussée vers les autres, un tournant professionnel allant de soi, comme prédestiné, un soutien dans les dangers politiques.
Bien-sûr à la vue de son métier de médecin, Sœur Anne-Marie se positionne sur la contraception : elle est pour la pilule au cas par cas et foncièrement contre l’avortement qu’elle ne pratique pas.
Mais sous ces aspects très religieux apparaissent aussi des « fantaisies » moins rencontrées : de la thérapie par la couleur qui explique la couleur de son boubou, le bleu met en relation avec l’autre, le violet met en relation avec dieu, des dons de guérisseuse pour les brûlures, de sourcière.
Une chose aussi, bien importante dans cette lecture, fut de découvrir la liberté à être religieuse. Anne-Marie SALOMON se décrit électron libre et je soupçonnais une incompatibilité avec l’entrée au couvent. Seulement, les Sœur de la Retraite ont une philosophie très différente. Bien-sûr on retrouve la chasteté, la pauvreté et l’obéissance mais justement cette dernière est comme une gestion de la liberté et non une dépendance à une supérieure. L’ouverture vers le monde et la foi en l’homme sont prégnants.

Une autre lecture sur le Mali et ses Touaregs venant accompagnée celle sur les écoles et la culture : « Enfants des sables, Une école chez les Touaregs » de Moussa AG ASSARID et Ibrahim AG ASSARID

Merci à Babelio et aux éditions Plon.