jeudi 18 septembre 2014

"- Oui, tu n'y peux sûrement rien" - "Les oiseaux"


"Au moment où Mattis allait partir, il arriva quelque chose de déplaisant. Comme il n'avait pas acheté l'habituel sachet de bonbons, le commerçant crut qu'il n'avait pas assez d'argent - aussi puisa-t-il rapidement un peu de bonbons au camphre et entortilla un petit cornet. Il plaça celui-ci avec les autres victuailles et cilla un peu.
Mattis rougit. C'est ainsi que le commerçant faisait avec les enfants, il l'avait vu. Rapidement, Mattis rassembla les deux ou trois sacs qu'il avait achetés, et laissa le cornet sur le comptoir.
- Prends ça aussi, dit le marchand. Tu paieras une autre fois.
Mattis se trouva embarrassé par ces propos. On lui donnait des bonbons comme à un enfant - bien qu'il sût de grandes choses, comme des arbres fendus et des éclairs et des présages de la mort. Il prit le cadeau, bredouilla un remerciement et se fourra un bonbon dans la bouche. S'était fait petit. Le pire, c'est que le commerçant se tenait là, gentiment. Il fallait que Mattis essaie de se tirer de là.
[...]
Quand il fut dehors, il ne put s'empêcher de prendre le bonbon numéro deux; en mit un à chaque coin de la bouche et aspira le jus sucré et fort - le goût vous en restait longtemps ensuite dans la bouche."

(extrait de "Les oiseaux" de Tarjei VESAAS, Éditions Plein chant; illustration de Robbie BUSHE)

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