mardi 30 décembre 2014

La couveuse - Contes des femmes qui veillent


"Si vous voulez mon avis de vieille en fin de course, avec dans mon sac tout ce que m'a montré la vie, il faut apprendre à ne pas calculer. C'est la poule qui couve qui me l'a appris.
La poule qui couve, elle est là, butée sur sa chaleur, à veiller dehors, à s'écouter dedans sans bouger d'une plume, large, gonflée, tout étalée. Au début, le temps de faire démarrer la chaudière, elle ne mange ni ne boit. Elle ne dort que d'un œil, féroce, et gronde si on s'approche. Elle écoute.
Quand vous couvez votre œuf, votre petit, mes belles, vous vous écoutez, vous l'écoutez et tout va bien. Si vous vous mettez à calculer ce que vous voulez qu'il devienne, il ne vous entend plus et il a peur."
(extrait de "Contes des femmes qui veillent" de Marie FAUCHER, Seuil; illustration de Phoebe WAHL)

lundi 29 décembre 2014

Le sang de Méduse - Le bestiaire de l'Olympe


"Un peu plus loin encore, Persée aperçut une jeune femme enchaînée à une falaise surplombant la mer. Elle se nommait Andromède et allait être sacrifiée à un monstre marin afin d'apaiser la colère de Poséidon. Persée n'hésita pas une seconde et, grâce à l'épée d'Athéna, tua le monstre. Cela fait, il déposa la tête de Méduse sur des algues tandis qu'il lavait dans l'eau le sang souillant ses mains. Celui-ci colora les algues cependant que le regard du monstre les pétrifiait. Persée, sans le savoir, venait de donner naissance aux premiers coraux." 

(extrait du "Bestiaire de l'Olympe" d'Anne JONAS et illustré par Nancy PENA, Milan Jeunesse)

Le bestiaire de l'Olympe

© Anne JONAS et Nancy PENA/ Milan jeunesse

Nous tournicotons autour des mythes grecs, encore. Avec ce livre-ci, l'angle se fait grâce aux bêtes. "Le bestiaire de l'Olympe" d'Anne JONAS et illustré par Nancy PENA ne fait pas la part belle qu'aux créatures fantastiques. L'auteur nous présente aussi une faune connue mais derrière le cerf, le coucou, la belette, la chèvre, ce sont des merveilles que nous découvrons. "Les dieux de l'Olympe aiment utiliser leurs pouvoirs pour rappeler aux hommes leur suprématie. Pour les punir ou les sauver. Ils n'hésitent pas à les transformer en animaux, en plantes, en planètes ou en monstres."

© Anne JONAS et Nancy PENA/ Milan jeunesse

Sur une trentaine de chapitres, nous découvrons des détails de l'histoire mythologique souvent laissés en suspend dans les vulgarisations sur le sujet.
Il y a bien-sûr les multiples transformations de Zeus, ce dieu tout puissant et volage, pour séduire les déesses, les nymphes ou les femmes, tour à tour taureau ou caille par exemple.
Ce sont aussi les victimes de l'orgueil des dieux, une araignée trop experte en tissage pour Athéna, un âne qui ne sait pas écouter la belle musique pour Apollon, une belette ou un coq qui non pas satisfait la demande.
Il y a les autres, la chèvre nourricière, l'aigle dévoreur de Prométhée ou la perdrix (neveu de Dédale).
Et bien-sûr les plus connues, les créatures incroyables, nées souvent des amoures particulières ou de la jalousie des dieux: le premier centaure, le Minotaure, Protée, le Lion de Némée, Thyphon...

© Anne JONAS et Nancy PENA/ Milan jeunesse

En plus de découvrir des pans de la mythologie grecque, souvent mis à l'écart par rapport aux duels mythiques et mises à mort, ce sont aussi des anecdotes sur la faune autour de nous qui apparait, comme des contes des origines: pourquoi la belette semble enfanter par la bouche (quand elle ne porte que ses petits à la manière d'un félin), pourquoi le coq se lève tôt, pourquoi la perdrix ne vole pas haut etc...

© Anne JONAS et Nancy PENA/ Milan jeunesse

Les illustrations de Nancy PENA offre un beau compromis avec de belles planches colorées et des arabesques entourant le texte. Les choix des couleurs rappellent l'aube ou le crépuscule, le moment où les dieux s'immiscent sur Terre peut-être le plus souvent. Les animaux et les éléments végétaux sont superbes, les humains drapés n'apparaissant que comme des détails. Les fonds sont aussi très importants et décoratifs.
Magnifique livre!


jeudi 25 décembre 2014

Joyeux Noël


"Tout devient compliqué quand on veut posséder les choses, les rapporter à la maison et les garder. Moi, je me contente de les regarder simplement. Ensuite, je les ai dans ma tête et je peux m'occuper de choses bien plus amusantes que de porter des valises."

(extrait de "Moomin, la comète arrive" de Tove JANSSON, Petit lézard; source illustration de Lieke VAN DER VOST)

Vivre ensemble, La liberté, ( -, c'est quoi?)

J'en avais parlé au moment des élections présidentielles. Ces deux ouvrages de la collection Philozenfants de Nathan, écrits par Oscar BRENIFIER, ciblant les plus de 7 ans, ne sont que deux exemples que je compléterais au fur et à mesure tant ces propositions sont excessivement bien faites et interactives.

  © Oscar BRENIFIER, Frédéric BENAGLIA et Frédéric REBENA/ Nathan
"Vivre ensemble, c'est quoi?" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Frédéric BENAGLIA permet d'aborder la solitude, l'entente, l'égalité, le respect, le travail et l'autorité. A ces 6 thèmes sont associés 6 questions. 
 © Oscar BRENIFIER et Frédéric BENAGLIA/ Nathan
Mais le point fort de ces propositions philosophiques pour enfants est là: à chaque question le débat est ouvert car les réponses multiples sont oui et non! Plusieurs oui, plusieurs non, et à chaque fois quelques arguments "caricaturés" par les illustrations dans une situation explicite. 
© Oscar BRENIFIER et Frédéric BENAGLIA/ Nathan
"Doit-tu toujours être d'accord avec les autres?
- non (...)
- non (...)
- non (...)
- oui (...)
- non, car j'ai le droit d'avoir mon opinion.
oui mais: (...)? (...)? Existe-t-il des opinions supérieures aux autres? (...)?"
En fin de thème, un récapitulatif et ce que permet cette question comme réflexion plus large.

***

" La liberté, c'est quoi?" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Frédéric REBENA propose d'aborder les thèmes sont la volonté, autrui, grandir, prisonnier, droit et utilité . Les questions sont: Peux-tu faire tout ce que tu veux ? Les autres t'empêchent-ils d'être libre ?
 © Oscar BRENIFIER et Frédéric REBENA/ Nathan
As-tu besoin de grandir pour devenir libre ? Un prisonnier peut-il être libre ? A-t-on tous le droit d'être libre ? À quoi peut te servir ta liberté ? 
  © Oscar BRENIFIER et Frédéric REBENA/ Nathan

mardi 23 décembre 2014

"Et combien de temps encore des pieds si abîmés, si épuisés pouvaient-ils tout bonnement marcher sur cette terre?" - Esprit d'hiver


"Holly baissa les yeux sur ses pieds [...] et c'est alors qu'elle remarqua, tout autour de ses pieds, quelque chose de sombre, ou du sable, répandu sur le sol.
Poussière? Cendre? Qu'était-ce donc?
Holly souleva un pied et en reposa la plante pour voir si elle était mouillée, si elle se tenait au milieu d'une flaque de quelque chose. Ce n’était pas le cas. [...] Elle prit une éponge dans l'évier, s'agenouilla et essuya le sol:
Rien.
Elle ne ramassa rien avec l'éponge, et quelle que pût être cette tâche foncée, elle n'était pas ni collante ni crasseuse. Elle fit courir sa main autour de la tâche et découvrit que rien ne semblait s'être répandu à cet endroit, du moins récemment. Ce cercle était simplement d'un noir plus foncé que le reste du carrelage.
Merde.
Les carreaux de céramique [...] avaient-ils commencé à se décolorer? [...]
Elle frotta plus fort avec l'éponge mais rien n'y fit.
Ou bien si?
Était-ce son imagination ou le cercle sombre s'élargissait-il, s'épanouissait-il, alors qu'elle passait l'éponge sur sa surface?
"Mais qu'est-ce que tu fiches?"
[...]
"Seigneur, s'exclama Holly. Tu m'as surprise. Je te croyais dans ta chambre.
- Maman, qu'est-ce que tu fais? redemanda Tatiana, avec la même expression de surprise agacée.
- Eh bien, on dirait qu'il y a quelque chose sur le carrelage, répondit Holly. Mais je n'arrive pas à l'éponger. Tu vois comme c'est sombre, tout ce cercle? On dirait une tâche ou une décoloration ou peut-être...
- C'est toi."
Holly leva les yeux vers sa fille.
" C'est toi, maman."
Holly ne voulut pas demander à Tatiana ce qu'elle entendait par là. Elle ne lui faisait pas confiance. Il semblait qu'elle était capable de critiquer sa mère, quoique Holly fasse ou dise. [...] Puis elle trouva le courage de demander à Tatty: "C'est moi, que veux-tu dire par là?
- Maman, tu ne vois pas ce que tu es en train de faire?"
Holly secoua la tête. Son regard passa de Tatiana à l’éponge qu'elle tenait dans sa main, puis de l'éponge au rond sombre par terre autour d'elle.
" Maman, tu essaies d'effacer ton ombre.
- Quoi? " fit Holly.
Pourquoi ces larmes soudaines dans ses yeux?
Pourquoi, une fois encore, éprouvait-elle ce sentiment d'abandon total, d'avoir été rejetée, abandonnée par tous? "

(extrait de "Esprit d'hiver" de Laura KASISCHKE, photographie d'Alfred STIEGLITZ)

mardi 16 décembre 2014

Marya, une vie

"A ces moments-là Marya jouissait de son anonymat; elle se sentait invisible. Elle murmurait des réponses, donnait des conseils, le consolait, l'approuvait, sympathisait avec lui. Alors il ne la voyait pas - il ne la jugeait pas. Elle n'avait pas besoin d'être brillante, vive, impitoyable, de jouer un rôle comme au cinéma, elle pouvait se détendre dans ses bras, se laisser embrasser, caresser, l'écouter poursuivre des discussions éternelles avec les autres - son père, ses amis - par son intermédiaire."

"Les murs étaient ornés de dessins au fusain qu'elle avait faits, des croquis de personnages imaginaires et quelques autoportraits; quand elle était trop tendue ou excitée pour dormir après des heures d'étude ou après un examen, elle prenait un crayon et dessinait ce qui lui passait par la tête - les doigts animés d'une énergie étrange, sporadique. Les murs lui renvoyaient le reflet austère de son propre visage. Les pommettes marquées, les yeux noirs, les sourcils touffus... Elle s’enlaidissait volontairement; c'était une consolation, une forme de vanité inversée. Qui est-ce? demanda une fois l'une des filles de l'étage. Un homme? Une femme?"

(extraits de "Marya, une vie" de Joyce Carol OATES)

lundi 15 décembre 2014

Le parc de Marguerite


 © Sara STEFANINI/ Notari

L'album de Sara STEFANINI est un appel au vert. Marguerite est une enfant vive. Elle déambule dans le parc voisin et s'arrête par moment pour observer les gens qui passent. Les promeneurs et leur chien. C'est drôle, ils se ressemblent. Et elle revient chez elle. Elle rêve d'un parc intime, pour elle et pour sa mère. Elle va le créer.


 © Sara STEFANINI/ Notari

Entre les lignes, il y a ce rapport à l'extérieur de la maison, aux autres, à la vie et à la société. Les hommes et leurs chiens, ce lien tenu mais aussi cette forme d'amitié.

© Sara STEFANINI/ Notari

Marguerite semble isolée avec sa mère, bloquée à la maison. La verdure apparaissant dans le foyer, c'est aussi une invitation aux contacts extérieurs, aux nouvelles rencontres après ce temps sans rien.
L'album parle effectivement d'un manque que peut combler le rapport aux autres. Une intimité, une confiance qui veut aussi s'ouvrir aux autres.

© Sara STEFANINI/ Notari

Les illustrations de Sara STEFANINI sont belles, fraiches et pleine d'humour avec ces caricatures de chiens et d'hommes.

lundi 1 décembre 2014

Quatre soeurs, Enid, Hortense

Ce gros roman jeunesse (4 tomes) me tentait énormément. Un peu une envie de renouveler un moment de lecture plaisir, comme avec "Miss Charity" de Marie-Aude MURAIL. Et la sortie des bandes-dessinées découlant de l’œuvre me tentaient elles aussi. Alors ni une, ni deux, j'ai savouré les deux premiers tomes des "Quatre soeurs", "Enid" et "Hortense, de Malika FERDJOUKH et illustré par Cati BAUR.


© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Et le plaisir est immédiat! Elles ne sont pas quatre mais cinq, cinq filles habitant une immense demeure, la Vill'Hervé. Elles y vivent seules depuis la mort de leurs parents. Chaque tome met en avant l'une d'elles plus spécifiquement.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt  (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Cati BAUR a adapté en bande-dessinée ce roman plein de facétie, d'humour et de tendresse. Cette immersion dans un quotidien féminin ravit les filles mais la liberté donnée à des adolescents parlera surement à tous. C'est intelligent, doux et câlinant!

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt  (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Enid est la petite dernière, 9 ans, encore une enfant. Elle a besoin d'être chouchoutée par les sœurs mais aussi les parents en fantômes prévenants. Avec elle, nous découvrons une part du quotidien de toute la maisonnée. Les moments de partage, aux repas, à la farniente ou à dans la salle de bain. Chacune des soeurs cherchent sa place, nécessaire à la bonne marche de la famille ou plus diffuse, Charlie chargée du bricolage et de la charge financière, Geneviève aux fourneaux par exemple.
Avec ce premier tome nous découvrons la batisse qui crie aussi comme un personnage, le jardin et son puits, les habitants et les invités occasionnels ou non, choisis (Basile l'amoureux de Charlie, Colombe une amie de la famille) ou subits (tante Lucrèce déchainant une vague de rangement), les animaux, des chats mais aussi un écureuil ou une chauve-souris.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

La part belle est faite aussi à l'automne, le vent et le froid. Cette part d'ombre et de fantastique comme Halloween.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

Hortense est souvent silencieuse. A 11 ans, elle est toujours fourrée avec un livre à la main. Son journal intime se dévoile peu à peu. Les habitants de la Vill'Hervé prennent aussi plus de substance. Hortense se prend d'amitié pour la voisine, malade et affaiblie et découvre son potentiel de comédienne. Bettina continue à nous montrer son caractère fort, extravertie, jalouse et capricieuse.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

La fragilité des sentiments et de l'amour sont à l'honneur dans ce second tome.
Le dessin se fait plus stylisé au second tome. Le contour est plus clair et ce côté moins fouillis permet une lecture plus fluide.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

Superbe, j’attends avec impatience le 3ième tome et la lecture du roman d'origine!

Voici un autre avis argumenté ici.