mardi 30 avril 2013

Au cochon porte-bonheur

J'aime bien les éditions Picquier jeunesse. A chaque fois c'est une promesse, et d'exotisme (Asie principalement) et d'une certaine sagesse toute orientale. "Au cochon porte-bonheur" de Kim JONG-RYEOL et illustré par Kim SUK-KYEONG est une belle petite fable satyrique.

© Kim JONG-RYEOL et Kim SUK-KYEONG/ Picquier jeunesse

Les habitants de la ville d'Azalée sont surexcités. Une nouvelle boutique va bientôt ouvrir. Elle a comme enseigne un cochon en redingote et tient des promesses dignes des meilleurs bonimenteurs. "Azaléens! La chance vous attend au Cochon porte-bonheur. Venez nombreux et emportez l'article de votre choix sans débourser un sou. Parole de Cochon porte-bonheur!".
Tout le monde en parle et personne ne sait vraiment de quoi il s'agit... l'attente et le coup de pub créent une effervescence. A l'ouverture, une file de personnes attend tant bien que mal à la porte: seuls les dix premiers seront servis chaque jour.
Même pour aller à l'école, le garçon narrateur est obligé de faire un grand détour. La ville est près d'imploser. Et quand le magasin ouvre ses portes le premier matin, les referme sur les chanceux et les réouvre le soir, c'est encore pire. Le bruit court que les clients ont été comblés dans leurs attentes: le fer à repasser magique du roi d'Arabie repassant un habit à jamais impeccable pour le teinturier, une casserole de la dynastie Ming pour ne préparer que des plats succulents etc....
Tous les habitants veulent aussi un objet magique, même les enfants. Le vélo magique de Fifi Brindacier sans roue est tout de même bien tentant. La queue devant la boutique s'allonge, les habitants campent devant l'entrée, les voisins des villes alentour arrivent aussi. C'est la pagaille.

Mais bon, le mystérieux propriétaire du Cochon porte-bonheur semble honnête, ses clients repartent avec le sourire. Mais à bien y regarder, le narrateur se méfie... touts les chanceux attrapent, justement, un drôle de sourire. Sa mère, aussi influençable que les autres, est revenue avec un vase magique.
" - Tu vois, je ne mentais pas! dit ma mère en battant des mains.
Je la regarde, consterné: son nez s'est retroussé, le bout s'est aplati. Mon père se rend compte alors que quelque chose ne tourne pas rond. Il la dévisage.
- Qu'est-ce qui est arrivé à ton nez? On dirait un groin de cochon."
Et voilà, les chanceux se transforment progressivement en cochon... mais malgré une première impression, les autres habitants ne se rendent compte de rien. Et parmi les habitants cochons, un vrai cochon en redingote se promène dans une brume épaisse.
Le narrateur n'a pas d'autre choix que d'entrer dans la boutique pour parler au propriétaire... les habitants cochons ne sont plus que des cochons à amener dans une ferme.

© Kim JONG-RYEOL et Kim SUK-KYEONG/ Picquier jeunesse

Toute l'histoire parle de l'envie, de l'insatisfaction, de la convoitise en chaque homme. Loin de se raisonner, ils sont là tous perdus. Et pourtant la société change doucement mais aussi par épisodes de folie. Mais personne ne voit. Quelques enfants oui mais encore faut-il qu'ils aient des valeurs fortes et non matérialistes.
La rencontre entre le propriétaire du cochon porte-bonheur et du narrateur est magnifique. L'intérêt porté l'un à l'autre, le choix des portes-bonheurs et le postulat de costume d'un pays à un autre.
Et puis la question reste entière: peut-on aider des personnages aussi influençables?

Les illustrations de Kim SUK-KYEONG ponctuent le texte et apportent un malaise avec ce sourire énigmatique et les cochons qui prolifèrent.

mardi 23 avril 2013

Les Willoughby

Il suffit de peu pour passer à côté: croire qu'il s'agit d'un auteur à la mode pour de mauvaises raisons, penser que ses textes sont insipides sans même avoir lu une ligne juste parce que encensée ici ou là entourée de mièvreries. Alors oui, j'ai bien failli ne pas lire du Lois LOWRY. Cela aurait été dommage parce qu'elle offre pourtant un discours différent. Mais heureusement, la petite voix d'une de mes libraires préférées était là: "C'est l'histoire de parents abjectes et d'enfants qui veulent se débarrasser d'eux!" enfin avec plus de détails et de nuances.


"Les Willoughby" de Lois LOWRY propose une histoire d'orphelins, pas si orphelins, de parents exécrables, d'une nounou qui pourrait être odieuse et d'un milliardaire triste et pouilleux.

Le ton est donné dès les premières pages. Les parents Willoughby ne connaissent pas le nom de leurs enfants et décident de partir en vacances sans leur progéniture. Ils embauchent une nounou, la énième, sans même lui parler, parce qu'il ne faut pas pousser tout de même, et mettent en vente la maison... les enfants se retrouveront à la rue, tant pis!
Tim, l'ainé, les jumeaux Barnaby A et B et la petite dernière Jane, ne voulaient plus d'eux de toute façon. Et puis quand on est élevé aussi mal c'est assez logique d'avoir des comportements pas forcément gentils. Un bébé est abandonné sur le pas de la porte, bah, il faut l'abandonner à une autre.

Les règles sont données. Tim décompte les points selon la pertinence d'une vie d'enfant: bien se comporter, être éloquent, ne pas couper la parole, être alerte. Mais avec l'arrivée de cette nounou qui n'est pas ce qu'elle semblait (beaucoup plus maternante et réconfortante que ce qu'il pensait), la vie reprend des couleurs. Des cartes postales des parents ponctuent leur "abandon" si joyeux. Ils défient la mort sans jamais y passer.
Et tous les personnages, mauvais et bons, se déclinent. L'histoire partait mal et pourtant, comme l'indiquait la quatrième de couverture, ces vies "vieux jeu" vont devenir pleine de bons sentiments.

L'impertinence des enfants mais aussi le caractère exécrable et sans excuse de certains adultes sont assez jouissifs. La parenté n'est pas évidente, le respect non plus et la famille devient le regroupement de ceux que l'on choisit. Des anecdotes sont aussi très rigolotes comme une nounou statue d'albâtre ou ces cartes postales parentales.
Et le livre finit bien. Alors non, je ne suis pas contre les happy end mais je suis restée un chouïa sur ma faim. Mais je suis sûr que les jeunes lecteurs trouveront eux tout ce qu'il faut pour réfléchir sur le respect, sur l'amour filial et parental avec assez de gentillesses pour ne pas être déstabilisés à la fin.
Le livre est aussi entouré, accompagné par des propos de l'auteur, "abominablement écrit et ignominieusement illustré" dit-elle. C'est aussi une référence à d'autres histoires d'orphelins dans la littérature jeunesse (références notées en fin de livre) et une mise en avant lexicale avec un glossaire repris avec beaucoup d'humour.

***
 

J'en ai profité pour lire le petit carnet sur l'auteur offert par les éditions l’École des loisirs: "Lois Lowry, mon auteur préféré" de Agnès DESARTHE.
J'aime ces focus, même parfois malgré une réticence pour l'écriture des auteurs en question. Là, je compte bien lire d'autres propositions de cette écrivaine américaine venue à la littérature jeunesse sur le tard.
Agnès DESARTHE nous la dévoile photographies par photographies. Les prémices d'une imagination sont là, d'une solitude aussi. En sandwich entre sa soeur et son frère qui accaparent l'attention. Il y a aussi ce manque de présence parentale, un père absent par son métier, une mère occupée à être mère des autres.
Il y a là de la curiosité, des débuts d'histoire mais aussi des retournements de vie propres à offrir ce qu'il faut d'impulsion.
Lois LOWRY apporte une écriture adulte aux plus jeunes. Les difficultés, les moments durs ne sont pas mis sous silence, même la mort et, pourtant, il semble que l'on peut retrouver sous sa plume beaucoup de tendresse et d'humour comme dans ce livre-ci.
Une belle mise en scène est aussi l'interview de certains personnages récurrents de LOWRY. C'est adulte et pourtant tout à fait intriguant pour les enfants.
Je reviendrais peut-être sur ce dévoilement de cette auteure après d'autres lectures. A suivre alors... peut-être.

lundi 15 avril 2013

Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!

Bon, la couverture et les illustrations au cœur du récit sont de Kitty CROWTHER (et vous connaissez mon admiration). Bon, il parait qu'elle choisit les textes qu'elle illustre. Bon, Jean-François CHABAS n'est pas non plus un écrivain inconnu chez nous. Alors récupérer "Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!" dans la bibliothèque jeunesse des cousins devenus trop grands et le lire allait ainsi de soi.

© Jean-François CHABAS et Kitty CROWTHER/ Casterman

Le vieux Bébert est accosté au comptoir d'un troquet, un jeune loup de mer à ses côtés. Il se pavane et va même jusqu'à dire qu'il a tué Teri Hate-Tua un monstre marin. Bien-sûr son voisin ne veut pas le croire. Bébert est un vieux marin un trop trop tourné sur la boisson.
Et pourtant Bébert a 20 ans n'est pas le même, sur le baleinier La Joyeuse Cocotte. Fringant, il est le seul survivant d'un naufrage, témoin de l'apéritif que font ces copains pour les requins. Il se réveillera avec une magnifique vision, Hana, une jeune fille merveilleuse habitante de l'île de Bwaga.
Il est sain et sauf et pourtant les habitants de cette tribu sont cannibales: bah oui, Bébert a encore les cheveux blonds à cette époque.
"Nous sommes navrés, mais il va nous être absolument impossible de vous manger. J'espère que vous nous ferez la grâce de pardonner cette grossièreté."
Mais il ne faut pas les titiller avec la langue et leur religion: ils vouent un culte à un bon orthographe et à la tortue rouge.
" "Nous v'là bien", que je me dis. "Manquait plus que ça. J'ai le choix entre mourir à coup de dictée et finir transformé en napperon de dentelle de Bruges par l'aut' rougeaude. Ah! elle est belle, la vie! Merci maman!"

Le récit est court mais très attirant. En peu de pages, l'aventure est là et l'humour aussi. Ce sont des jeux de mots, des références et le texte peut tout à fait se lire à haute voix. Parfait pour entrer dans l'univers des explorateurs, des pirates et des aventuriers.

vendredi 12 avril 2013

Peter Pan & Wendy

J'ai pour l'histoire de Peter Pan beaucoup de tendresse. Comme pour beaucoup je l'ai connue par le dessin animé Walt Disney et, comme pour beaucoup, la poésie restant de cette version me donnait envie de le suivre. Mais j'ai été très étonnée de rencontrer le personnage avant Neverland. Étonnée de découvrir qu'il apparaissait un peu, juste de quoi donner encore plus de caractère à ce personnage, dans un autre livre, "Le Petit oiseau blanc" de James Matthew BARRIE. Dans le chapitre "Peter Pan dans le jardin de Kesington" je redécouvrais un mystère. Alors oui, après la traduction de Céline-Albin FAIVRE, minutieuse, rigoureuse, investie et extrêmement soignée, je me méfie des autres traductions. Il me faudra d'ailleurs vous en parler.
J'ai pourtant succombé à cette adaptation jeunesse reprenant, elle, un autre passage des aventures de Peter Pan, celle dans l'île mystérieuse, celle avec les garçons perdus, inspiré d'une pièce de théâtre de J.M.BARRIE.

© Jean-Pierre KERLOC'H et Ilia GREEN/ Didier jeunesse

"Peter Pan et Wendy" adapté de Jean-Pierre KERLOC'H et illustré par Ilia GREEN est un livre CD mettant en scène un texte bien rythmé interprété par Eric PINTUS et "orchestré" par des extraits du jazzman Charles MINGUS.

Wendy commence à grandir et rencontre Peter Pan qui cherche une raconteuse d'histoires, une maman. Il propose à Wendy et à ses frères de le suivre vers son île du Pays de Neverland. Ils rencontrent aussi la fée clochette, jolie, pas polie, un peu cloche.
Nous retrouvons là les sirènes, le Capitaine Crochet, Lys tigré. Mais c'est vrai que le récit est assez court et tous les détails connus (peut-être absents de la version originale) n'apparaissent pas. Ce n'est alors qu'une ouverture à en lire plus.

Alors pourquoi cette édition est-elle intéressante? Malgré ma méconnaissance de la version originale je trouve le parti-pris extrêmement attirant. Un langage très travaillé pour reconstruire le discours d'un enfant, des jeux de sons, une intonation exceptionnelle d'Eric PINTUS. Peter Pan apparait ainsi très espiègle, joueur, imaginatif, peu responsable. L'enfant reste dans un univers de faux dangers et de vrais duels, les travers de la jeunesse apparaissent aussi grâce à Clochette, aux sirènes, entre autres.
Les références apportent aussi une dynamique de lecture/écoute: "un admiroir de style Blanche-Neige" mais aussi un crocodile pas assez rigoureux par rapport à sa santé.
Les musiques de jazz apportent aussi de la vigueur. Le propos est une aventure mais aussi une approche de l'enfance, de l'acte de grandir. Changer mais toujours avoir en tête une part de rêve.

Les illustrations de Ilia GREEN sont toujours superbes, les volutes de mer, de nuages, de rêves, nous emmènent. Les personnages sont très enfantins et, paradoxalement (mais pas tant), les adultes aussi... pirates mais aussi Mme Darling et fille, petite-fille etc...

Mais si vous souhaitez en savoir plus sur le personnage réellement créé par J.MBARRIE, n'hésitez pas à suivre ce site qui lui est dédié investie par Céline-Albin FAIVRE.

Je vous proposerais des images de l'intérieur dès que mon appareil photo ne fera plus des siennes.

mardi 9 avril 2013

Le loup des sables (-, encore lui !)

"Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY a été distribué dans les écoles primaires suédoises à tous les enfants de 6 ans. Et même si je ne m'aligne que rarement aux choix du plus grand nombre, j'avais envie de m'y plonger. Le tome 1 et le tome 2 "Le loup des sables, encore lui!" ne formant à la base qu'un seul livre, je me suis ruée sur les 2! Et je ne suis pas déçue.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Zackarina est une enfant. Elle vit avec ses parents dans une petite maison près de la mer. A la première frustration, et elle en a, enfant unique, en demande constante d'attention, la fillette court à la plage pour ruminer sa colère ou son chagrin. Mais sur la plage, dans le sable, dans ce trou fait à la main... une truffe noire accompagnée du reste du corps d'un animal: un loup des sables, un animal fantasmé de grains de sables, se nourrissant de rayons de soleil et de clairs de lune. Et le loup va devenir le confident mais aussi la source de discussions et de réflexions.
Avec fantaisie, lucidité et poésie, le loup des sables rebondit sur les peurs de Zackarina. En revenant de la plage, elle est plus sereine, plus à l'écoute.

Même si le procédé est effectivement très répétitif: la fille part de chez elle en colère, retrouve le loup des sables sur la plage et revient chez elle avec une solution, il n'en reste pas moins que les 30 histoires du premier tome et les 15 du second apportent justement une pertinence à des questions existentielles. Il y a de l'explication et aussi, surtout une poésie propre à l'enfance.
Le propos n'est pas tant de savoir si le loup est réel mais bien qu'il apporte un soutien et des pistes pour grandir. Des manières de ne pas laisser la solitude nous prendre, de presque récompenser les actes d'espièglerie et d'aventure enfantine, de ne pas oublier ce qu'est l'enfance. Des explications sur les faits incompréhensibles.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Il s'agit d'un conte initiatique. Les français semblent le rapprocher du "Petite prince" de SAINT-EXUPERY, il y a effectivement de belles vérités et de subtiles réflexions. L'auteure nous apprend plutôt s'être inspirée d'une autre forme de poésie amenée par les Moomins du duo JANSSON et plus précisément par le personnage de Renaclerican (ou Pipo).

Ce livre est revigorant. Zackarina est toute malicieuse et garde son énergie. Elle bouge, roule, hurle, se défend.
C'est aussi un très beau livre sur la parentalité et ce soit-disant devoir d'autorité. La maman part de la maison pour travailler, le père semble travailler à la maison. Ils sont débordés, pris par leur occupation puis attentionnés et patients... un peu parents modèles tout de même.
Et puis il y a cette liberté de mouvement, les portes sont ouvertes. Zackarina sort toute seule, va sur la plage, peut même "partir en randonnée". C'est une ode à la nature, à la respiration du dehors, un hymne au mouvement spontané des enfants.
Le(s) livre(s) mérite(nt) lecture et relectures...

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Vous pouvez retrouvez ici l'interview d'Asa LIND.
Et ces deux livres m'ont inspiré les illustrations précédentes: le loup des sables suédois, les illustrateurs des contes lus par la maman de Zackarina ou dont parle le loup des sables.

lundi 8 avril 2013

"Ceci est ma tête"


" J'apprends à penser. Docteur Blind dit qu'il faut que je structure ma pensée comme on construit un feu. D’abord on ramasse le bois. On entasse les mots et les connaissances. C'est long mais nécessaire. Petits bois, gros bois, tendre ou cassant. Chaque morceau aura son utilité. La bûche a besoin de la branche, la branche de la brindille, et la brindille ne s’enflammera que si le tas de feuilles mortes a eu le temps de sécher. Ce qui compte, prétend Docteur Blind, ce n'est pas la matière, le mot, la chose ou l'idée, mais l'usage qu'on en fera. Alors avec lui je glane ici et là, des herbes et des paroles."
(extrait de "Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU, édition Rouergue; photographie d'une œuvre de land art de Nils UDO, "Nid")

samedi 6 avril 2013

Fifi Brindacier

Je me rappelle d'images de cette petite héroïne dans mon enfance... animée avec cette petite rousse aux tresses dressées mais aussi immobile. Mais jusqu'à présent je ne connaissais pas du tout ce petit personnage fripon. En suivant en cela ma période littérature jeunesse des pays du nord (avec quelques exceptions), je ne pouvais décemment pas l'ignorer. Je profite ainsi d'une des dernières traductions françaises, d'Alain GNAEDIG, plus fidèle au texte et ne dénaturant pas l’insolence de la petite. Tant mieux!

© Astrid LINDGREN et Ingrid VANG NYMAN/ Livre de poche


"Fifi Brindacier" d'Astrid LINDGREN et illustré par Ingrid VANG NYMAN (comme dans la version originale) est le premier tome d'une série sur cette orpheline, Fifilotta, Provisionia, Gabardinia, Pimprenella Brindacier, soit Fifi.
Sa mère morte et son père disparu en mer, la petite Fifi va prendre sa vie en main. Elle vivait en voyage permanent avec son père sur un bateau tout autour du monde. Elle décide de quitter la mer et de vivre dans la maison qui devait être la leur, la villa Drôlederepos. Les marins l'ont laissé partir, ils savent qu'elle s'en sortira et puis elle a un sacré pactole sur elle.
Fifi se lève quand bon lui semble, se couche quand elle veut (ou plutôt quand elle se l'ordonne elle-même). Son cheval peut tout aussi bien être dans le jardin que dans la maison comme son copain Mr Nilsson, un petit singe. Elle a comme voisins Tommy et Annika et avec eux elle va pique-niquer, grimper aux arbres, aller à l'école ou au cirque et rien n'est prévisible avec elle.


© Astrid LINDGREN et Ingrid VANG NYMAN/ Livre de poche (en noir et blanc de cette édition)

Ce premier volet nous présente une petite héroïne déroutante. Elle est impertinente, espiègle et délurée. Sa position d'enfant seule, sans autres règles que les siennes, donnent de vrais petits tableaux adorables: une pâte à biscuit étalée à même le sol,

 © Astrid LINDGREN et Ingrid VANG NYMAN mais illustration absente du livre

un sol nettoyé à la brosse/patins. Fifi est sans complexe, aventurière, sans aucune conscience des normes et des conventions et les policiers, dames bien élevées, maîtresse ou même bandits en prennent pour leur grade. Fifi n'en fait qu'à sa tête, sans se retenir. Les bandits pris sur le fait repartent gâtés.
Ce qui est aussi jubilatoire, et j'imagine encore plus pour les jeunes lecteurs, est la moralité quasi absente. Fifi est aussi une petit fille garçon manqué, très loin de la petite poupée à faire plaisir aux parents, elle apporte toutes les bêtises que l'enfant aurait aimé faire (sans le savoir à la différence d'une Sophie de la Comtesse de SEGUR, bien consciente de ses caprices). Fifi reste sans punition et c'est aussi jouissif.

J'aime beaucoup les illustrations d'Ingrid VANG NYMAN proposant Fifi assez poupine. Quel dommage que ce présent livre n'est pas toutes celles que l'artiste a proposé pour ces histoires.

Et si vous souhaitez savoir ce que le personnage impertinent a provoqué dans son pays d'origine et l'impact sur les petites filles, c'est ici.

La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer

J'ai pris l'habitude de suivre la collection "Trimestre" avec beaucoup d'intérêt, au point de commander des livres que j'ai déjà. Cette dernière proposition est encore un coup de coeur!

© Benoit BROYART et Donatien MARY/ Oskar

"La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer" de Benoit BROYART et illustré par Donatien MARY est un uppercut.

Nathan part chercher du pain à la boulangerie du coin. Ce n'est pas anodin. Son papa est au chômage et même un détail comme l'absence de la baguette serait un drame... comme ceux qu'il lit dans le journal, comme ceux qu'il a dans la tête. Allez comme d'habitude Nathan joue, il baisse la tête ne regarde que le trottoir, s'il ne rencontre personne il aura gagné. Mais aujourd'hui... en remontant le regard, il a perdu... son chemin. Il se retrouve dans un quartier inconnu. Mais en plus, rien ne va, beaucoup de personnes se pressent dans la rue comme un jour de semaine mais nous sommes samedi, et personne ne lui répond quand il demande son chemin. Il est devenu transparent.
Perdu, seul, frigorifié, il se love dans un parc et une grosse dame l'aperçoit. Elle lui propose de venir au chaud, de dormir une nuit chez elle. En arrivant, une odeur de gaufres, un lit bien chaud. C'est trop beau. La nuit, une dispute réveille Nathan... il y a un ogre.

Ce très court récit nous parle de la parentalité. De ce père irrité et de ce quotidien aux situations angoissantes. Mais aussi chaque adulte du récit semble apporter une touche de ce qui fait le parent... préoccupé, l'enfant peut être transparent, mais non pouvons aussi être rassurant, maternant comme la dame qui l'accueille.
Alors oui, la dame n'est autre que la femme de l'ogre. Mais cette référence au conte du "Petit poucet" n'est pas simple copie. L'ogre n'est autre que le parent en prise avec ses frustrations et ses manquements. Le parent hurle, vocifère, veut manger l'enfant... ou plutôt se débarrasser de cette responsabilité, de cette charge, de cette image peut-être d'une certaine insouciance.
Cette histoire m'a parlé de moi! Comme toutes les propositions "Trimestre", ce n'est pas un texte a laissé à l'enfant seul, il constitue une porte ouverte au dialogue, pour exprimer des émotions lourdes de sens, pour proposer des échappatoires.

Donatien MARY offre l'illustration d'un cauchemar. La nuit dans une chambre et l'ogre sont magnifiquement terrifiants. Je vous mets des photos dès que je récupère mon appareil utilisable.

mardi 2 avril 2013

Le rêveur

"Le rêveur" de Pam MUNOS RYAN et illustré par Peter SIS est un petit ovni. Sous un format de roman, nous découvrons un conte proposant une belle proposition pour entrer dans l'univers du poète Pablo NERUDA.

Neftali est un garçon malingre, bègue et rêveur. Il est souvent malade et son comportement devient vite un sujet de colère paternelle.
Neftali rêve de partages avec son père. Peut-être pendant cette journée en forêt avec son travail, peut-être pendant les vacances à la mer... il siffle au cours du trajet, c'est pourtant bon signe. Entre ce père, souhaitant des fils forts, aux métiers convenables et valorisants, et ce second fils toujours dans la lune et dans ses livres, une tension nait. Elle ne partira pas de la maison familiale. Neftali va par contre réussir à grandir, toujours collectionneur invétéré, mais aussi maintenant lecteur assidu et poète. Il s'épanouira même dans l'écriture et dans la révolte contre le gouvernement de son pays, le Chili, et l'oppression faite aux autochtones, les Mapuches.

" Bien qu'il eût changé de nom, il ne pouvait pas se détacher de son histoire personnelle, et celle-ci imprégnait ses écrits. Certaines suites de mots évoquaient le rythme de la pluie qui avait baigné son enfance; ses souvenir d la grande forêt explosaient en phrases lyriques, aussi poisseuses que la résine de pin, aussi craquantes qu'une carapace de scarabée. Certains vers s’étiraient lentement, d'autres s'arrêtaient net, fidèles à l'alternance des vagues fortes ou faibles qui déferlaient sur le rivage; d'autres encore, semblables aux notes plaintives d'un harmonica solitaire, se balançaient doucement."

Le récit est émaillé d'envolées lyriques et de petites illustrations de Peter SIS presque surréalistes. Il demande peut-être une seconde lecture pour mieux interpréter les signes, découvrir toute la poésie que le jeune Neftalí Reyes (Ricardo Eliecer Neftalie Reyes Basoalto) entrevoit dans sa vie, dans la nature, la météo ou les objets témoins d'une vie fabuleuse.
J'aime les onomatopées qui rythment le récit et les détails de cette nature... comme le scarabée, la pomme de pin ou le chucao, devin des forêts. Et le choix de ponctuer l'histoire par un poème de Pam MUNOS RYAN et de proposer des voix de compréhension de poèmes de Pablo NERUDA est fort agréable. Cependant la police de caractère, l'espacement des lignes, le format, et quelque part, le récit m'ont laissé perplexe.A relire donc pour entrer dans le rythme.